* J'. ^-<-y'.iL'. -^,- -I 1 ■■' n' ■si %^ t-- * i-.'^ " ;-/ ■J: r bit; ti- Ui V I <- ' I 1 ' ^ ^^ r. Hi««i» I" t" ':- ' r- <'■-■ V J :> - I ^V ; - 1 r" ! J .1- '^ *A*^' ._-L_ \ -f '\ y H HISTOIRE J RELLE \] GENERALE DES RE ORGANIOUES PRISCIPAIFJENT ETUUIM CHEZ L'HOSIIIE ET LES AXlMiljI , PAR SIDORE GKOFIROY SAIKT-HILAIBE J r J \ MEMBUE DE L^INSTITUT (ACADKMIE DES SCIENCES), i 5 CONSEILLEI\ ET'INSPEGTEUR GENERAL HONORAIRE DE ^'INSTRUCTION PUBLIQUK PROFESSEUR-ADMINISTRATEIJP. AU MUSEUM d'HISTOIRE NATUREI.LE , PPOFR^SEVR DE ZOOLOGIE A T.A FACULTE DES SCIENCES DB PARIS. I - TOME PREMIER. I ■vj. i 1. # Am PARIS 1 ^- 'f^ LIBRAIRlE DE VICTOR MASSON, 4 PLACE DE i/ECOLE-DE-MEDECINE, 17. MDCCCLIV. f/cASi--. n w: iLLlAMSfcNORCATE ir LONDON. ^ ff I^'<1» -i --.. --cStf*: X ■ b -3 X , / A / / / / \ V / u / ^ ^ / \ \ a. Kf'- V \ I 2 X ^ 1^ { / 1 / ^ ?• I \ ^ / i ^ r / \ ^ \ \ .'^ \ / I • N \ X" / J \ I / / ^ ^l \ \ \ m / X s ; s , i ^ - ' : ^ ^ * ^ ^ 4 . vc,- - \ ':^ ', I T k ^ - /■ h .■■: ^.\ 1 f ^ < ?. HISTOIRE NATURELLE ■1 1 GENERALE DES REGNES ORGANIQUBS. TOME PREMIER. ^, ■f » _> * \ 1 -J • ^ -l^-^AW^ ■?p ! ■ I 1 > Outrages dti m&nie auteur r t illSTOIIlE OEXEIiALE ET I'ARTICULIEUE DES ANOMALIES DE l/OIlGAMSATION CHEZ L'hOMMK ET LE3 AMMAUX, ou TuAiTE DE TEUATOLOGIE, 3 Yol. iii-8 el alias; Paris, 1832-1830. EssAis DE ZOOLOGIE GENERALE, OU Meiiioires et notices sur la zoologie g-eiierale, Tanlhr pologic et riiistoire de la science, 1 vol. in-8, avec pi.; Paris, 1841^ o- 1 vol Vie, travaux et doctuine scientifique d'Etienne Geofproy Saint-Hilaire , in-8 (memo format que Ic present ouvragc), avec porlrait ; Paris, 184'. tc nicnie oiivrage, 1 vol in-12 ; Paris, 1847. Catalogue methodique du museum d'histoire natukelle ; Mammiferes ; Inlroduclion et Primates, in-8 ; Paris, 1851. Domestication et naturalisation des animaux utiles ; Rapport geiijeral adresse en 1849 a M. Ic Minislre de ragricnltm^e ; 2^ edition, avec fig., in-12 ;' Paris , 1854 (sous presse). I I i **^ I /-- \ Analyse des LsgoNs be teratologie , faites en 1830 par M. Is. Geoffroy Saint- Hilaire, par M, V. Meunirr. in-8 ; Paris, 183G. P.ESUME DES LE(;0NS DE MAMMALOGIE, PUOFESSEES PAR M. Is. GeOFFROY SAINT-HiLAIKE, par M. Gervais, professenr a la Kacultd des sciences de Montpellier, in-8 ; Paris, 1836, JIammiferes; Classification pakallelique de M. Ts. Geoffroy Saint -Hilaire, tableau synoplique avec caracteres, par M. Payer, professour a la Facnlto des sciences do Paris ; in-plano, Paris, 1845. I,E(:0NS DE ZOOLOGIE GENERALE , failcs au Muscnm d'Hisloire nalurcllo , resumce^ par M. A. Blanc, licencie cs-scicoccs nalurelles, in-8; Paris, 1848, ■-, K • rari> Inipvinierie do 1.. Martinet, nw Mign^Mi, 2, » • 'SW* ^ * -' N y .-^^ V-" HISTOIRE NA t RELLE i i ■- L GENERALE F 1 DES REGNES ORGANIQUES, PiilKIPALHENT ETlllllEE CHEZ L'HOMME ET LES ANIHAUX, PAR II. SIDORE GEOFFROY SAIM-HILAIUE 9 MEWBKE DE l/li\STlTUT (ACADEiMIE DES SCIENCES), CONSKILLER ET IN3PECTEER GENERAL IIONORAIRE DE L'INSTRUCTION PURLIQUE PROFESSEUR-ADMINISTRATEUR AU MUSEUM D^HISTOIRE NATURELLE , PROFESSEUR DE ZOOLOGFE A LA FACULTE DES SCIENCES DE PARIS. 1 » N TOME PREMIER. if ' » PARIS LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON PLACE DK L'ECOLJi'DE-MEDECmE, 17 MDCCCLIV. v m 9 1 < / ■ I ' ;* f ' # t^ V :■ •-- . < I f- ■.'- 7y Scane,/eee. # ^ * m • r 1 1 .* I i FT.'" ■I f MON ]RE • £ MeiTiG etant fait par nioi, cet ouvrae'e est !e tien I ? (DUPATY- r ? I, GEOFFROY SAINT-HILAIRE ■^ I i*"^*»:^?:^'''*?:Vf ' » '-■ '-- ^ V - 1 I ' > .«>, ■■ f -:■,.;, . ,-... I ^ K \ f PREFxiCE ^ -. t 1 \ Plus de Ving se ^coules, depuis que j'osais commencer une ocuvre alors nouvelle et dif- ficile. Piesque au lendemain de mon entree dans la science, mais sous les auspices et avec les con- seils de mon ven6r6 pere, j'entreprenais d'exposer semble de les anoma- a I'aide lies de I'organisation, He les coordonner ^ d'une metliode rigoureuse, de les constituer, pour la premiere fois, en un corps de doctrine. Huit annees ont ete employees a executer, autant qu'il r ^tait en moi, le plan que je m'etais trace, et qui iie pouvait me couter ni trop de temps ni trop d'efforts ; car le terme de mes recherches terato- logiques eta tologie elle- It, en realite, bien au dela de ] m^me. Dans ma conviction, d lors <^nonc^e. ie devai par I'etude des malies, de leurs caracteres^ de sur I'organisation , de leur r influence de leu lois leur mode de production i connaissance plus exacte et plus approfondie des modifications de Fordre normal, de leur essence, de leur raison dexis- *• \ ^^ — c- ^ -x» — (^(Vsi'-L^i ' ■ - ■ ^ F ■ il ■- - - fc ifi ] 'A X '* s^ I \\ PISEFACK » teiicG; et, des principes auxquels peut se ralta- » cher leur infinie \'ariete (1). » Introduit par la teratologic ainsi comprise dans les hautes regions de la science, comment ne pas eprouver le d^sir d y penetrer profondement? J'ai fait plus que le d(^sirer. Appuy6 a la fois sur la itetolome, i'ai voulu du le tenter; et de la nouvelle serie de reclierclies que j'ai ainsi entreprises, est resulte le livre, longtemps medit^ , dont je commence aujourd'hui la publi- cation. Pour la seconde fois, je viens offrir au public un travail de coordination et de synthese, mais celui-ci embrassant un champ bien plus vaste. Je ferai sans plus tarder I'aveu de ma tem^rite : en traites partiels, H naturelle. si riche manque encore d'un c ^tres organises, etudi^ s ge d'ensemble mparativement les un point de vue general ; c'est cet ouvrage que j'a r congu la pensee de donner a la science. J'etais loin de prevoir, au d^but de mes recher ches, jusqu' subi, bien qu'elles ont allaient me conduire J us que je n'ai voulu , I'extension graduellement prise. Simple zoolo- giste, j'ai longtemps essay 6 de me renfermer dans savais mal, I'appl de mes etudes ordinaires. Mais je ain. Aux limites m^mes du regne d la methode mcom {V. Preface de VEisloire generale et particuliere des anomalies, t. I, p. xij ; 1832. ) I t '( -— -^ L ) ♦ t rUEl'ACE. V plete, les demonstrations ponr la plupart inache- vees, la synthese seulement paitielle. J'ai done dii m'avancer au dela, et quand je m'^tais pr^par^ a line Zoologie generale, quand j'en avais d^ja commence la redaction , la logique m'a imp(^rieu- r sement present, ou de deposer la plume, ou d'ecrire un livre dont la zoologie ne serait plus qu*une partie, predominante il est vrai : une Histoire naturelle generale des regnes organiques. Je ne me suis dissimul6 ni I'etendue ni le diflicultes immenses d'une telle entreprise. Ce qui me manque personnellement pour I'accomplir, je le sais aussi. Mais j'ai dii voir, j'ai yu par-dessus tout, combien il importe, combien il est urgent qu'on ose, du moins, la commencer. Depuis long- 4 temps d^ja, nos maitres out trac6 toutes les grandes lignes de la science : le Systema naturce et les premiers volumes de \Hisloire naturelle datent de plus d'un siecle, le Genera plantarum et la Metamorphose des plantes de plus de soixante annees, la Philosophie zoologique et les Recherches sur les ossements fossiles de quarante, la Philosophie analomique de plus de trente. N'est-il pas temps de rassembler en un m^me foyer leslumieres venues de ces sources diverses? Et quand nous avons * ^ devant nous de tels guides, n'essaierons-nous pas enfin de constituer cette science d(^ja devin^e et d6- nomm^e par Buffon, I'Histoire naturelle g^n^rale; ¥■* It ▼i ^ - J ^. VT^.Xt m f^^r f T^ ■■' h - ^i :t f I 1* - I: i i \ VI PREFACE. / d'exposer nos connaissances sur I'ensemble les groupes principaux des 6tres yivantsrde par une methode s notions, diverses qui nous sont ac- d'origine, et de divers ordres, ■ r" quises; de les subordonnerhierarchiquement I r leurs rapports de fdiation logique et de caui par la meme , en mettant chaque resultat a sa place, de le mettre dans tout son jour, et de lui donner sa juste valeur; de discuter, d'apprecier omparativemen hautes conceptions qui fo depuis Buflbn surtout, le brill ■■•) mais trop problematique couronnement de la Philosophic naturelle; de faire entre elles la part de la verite, de I'erreur et du doute ; de separer nettement de ces hypotheses; seulement vraisemblables, dont le jugement appartient a I'avenir, celles sur les- quelles nous sommes en droit de prononcer, les unes, decidcment fausses, alliage impur qu'il faut rejeter loin de nous; les aiitres, deja demontrees ou presentement demontrables ; d'elever cnacune de celles-ci, desormais partie int^grante et inip^- rissable de la science, au rang d'une th^orie ra- tionnelle, et toutes les theories, prises ensemble, toutes les formules, toutes les lois, au niveau d'un corps de doctrine; de remonter, en un mot, par echelons, des premieres notions aux dernieres racines au faite , jusqu'a ce consequences des qu'enfin I'histoire des ^tres organises rev^te ce ■) « I PREFACE. VII double caractere de toutes les parlies vraim ■ ■ ' J ■ avancees du savoir humain : certitude et uiiit6 Ai-je besoin de le dire? ce que nul encore tente ? J pas la presomptueuse esperance de r^aliser. Mais on n'est pas seule science par ce que I acheve : on pent I > A aussi par ce que Ton commence. Je commencerai done, dusse-je ne faire que quelques pas en avant. Chacun puise ses devoirs dans les miennes se sont depuis longtemps form^es a I'^cole de celui que j'appelierais mon premier niaitre , si je n'avais a lui donner un nom plus cber. Je lui dus de comprendre 7 6 gie, que nos efforts devaient tendre double but. Appliquer, (^difier alorSj ce sont encore, et plus que jamais, les deux besoins ^galement imp6rieux, de I'Histoire nalurelle. devious J'ai cru que je devais, que nous quand la science attendait de nous un double pro gres lui payer un double tribut. A moi, moins peut-6tre qu * \ autre, il eut ete permis de d^laisser I'Histoire naturelle gen^rale ; I'exemple de mon pere et le culte de ses travaux ne m'appelaient pas moins de ce c6t^ que mes propres predilec- tions. Mais, en m^me temps, tres heureusement plac^ pour les Etudes experimentales sur les ani- maux, i'^tais redevable envers I'Histoire naturelle » I A. f I IX . L f ^-—1 I 1. ^ Ls> VIII PREPACK. ppliqu^e, du moins en ai-je juge ainsi, de tous les ssais qu'il ^tait en mon ponvoir de tenter sur la de especes utiles. De la d recherches auxquelles j'ai du nienie do dur quelqiies annees : une fo dans la vole pratique , je ne pouvais reportei leurs les forces vives de ma pense( mes efforts, avant d'avoir obtenu subor- entr^ tats q fus Libre enfin, j deja repris et Fardeur de |ue]ques r(^sul- plus que des pi quitter, le livre vers lequel pour ne le toujours converge doit fruit giques et anatomiq omme fiq dans le resume de ! tout entiere; car si, depuis c j'ai pu concevoir la pensee de et qui q embi J J en a vingt je 1 ai partiellement commence, et vingt-six que que m y prep Co J t * ett Jl duit a Tentreprendre ii durant plus d'un quart de de recherches parfois ralenties. jamais interrompues, je ne le tairai pas. Je dois compte a mes lecteurs qui m'ont dirige, des essais auxquels je mesuislivre; cai et ce sont memes dirig suivre encore. Si que le pour rage auquel j'ai consacre d'annees est trop au-dessus de mes forces, que sachedu moins quelle conviction m'a entrain^ y 'X-'.-- . . - - ^- % I t t i 14 PREFACE. IX ale croire n6cessaire; et quels i patience ont pr^sid^ a son ex^ ? quelle longue k J J'avais eu le bonheur de preluder a I'etude de I'Histoire naturelle par des etudes Irop reslreintes sans doute, mais serieusement faites , sur les ma-^ thematiques. Dans les habitudes intellectuelles + auxquelles on se forme par la culture de ces sciences sublimes, est la premiere origine demes ts vers un but si Ion effo temps liors de ma port Je me trouvais, bien jeune encore, en presence de ces merveilles de la creation animee, qui, comme celles de la creation celeste, touclient deja profon- dement le coeur, alors qu'elles echappent encore a I 'espi Le premier sentiment que j 7 r deva Le S( t ^tre, il fut celui d'une religieuse admiration. L L cond fut un profond decouragement. Quand passai de la contemplation a Fetude, quand je retombai de la nature a son histoire, la m'apparut aussi in^gale dans marche tour a tour h^sitante et aventureuse, que je venais de la voir assuree, ferme, souverainement grande dans le monde ideal des verit^s matli^ma- tiq J aperce\ dev 9 nzons; mais comment des analogues, que mon pere venait de incomprise de la plupart de t moi d'immenses ho- atteindre? La Theorie restait partout ailleurs en zoologie, je chercha en I. a. • I ! >« ^ tj .l*-*- ~£^". *•» i I I I I tt I s PREFACE . vain une route ou je pusse m'engager avec quelque suret^. Nous sommes deja loin de cette 6poque , et les souvenirs en sont bien effaces. Les doctrines de r^cole allemande des Philosophes de la nature peine pen^tre de ce cote du Rhin d ecoles franc ne s'etaient pas encore defmitivement constituees I'une en face de mais tous dissentim qui devaient quelques annees plus tard existaient deja en ger- mes dans les esprits. Tandis que, parmi les maitrej del'Histoire naturelle, les uns s'(51an^aient de pleir saut, etpresquepar les seules forces de leur pens^e vers les plus liautes sommit^s; d'autres, par uuf reaction qui allait jusqua condamner I'usage auss bien que Tabus de nos plus belles facultes, preten- daient interdire a la science d ■> r dessus de la simple observation des faits. Au dela de ( qui est visible et tangible a nos sens, il n'y ava place, selon eux , que pour des hypotheses, c'esl a-dire pour le doute ou I'erreur. Des lors I'absten ^sse, et presque, par quel- B ques gee en s; mmobilisme en svsteme precept De ces exemples ou de ces iraires, lesquels suivre ? jNi les uns ni les autres. Ni ces exemples. Malheureux, ils portent avec eux leur enseignement. Heureux, ils sont trop i w^ r » \ I F ( PREFACE. XI au-dessus de nous ; nous leur devons notre admi- ration, mais non noire imitation. L'audace n'est permise qu'au genie, et pour le g^nie m^me , elle a des perils oii trop souvent il succombe. Ni ces preceptes. La vraie sagesse ne saurait ^tre dans I'exces de la prudence. Faut-il nous arr^ter a I'entree de la route , parce qu'elle pent avoir des passages difficiles? De telles regies de conduite sont de celles que Ton ne pose guere qua la condition de s'en afFranchir soi-m6me. N'avons-nous pas vu, heureusement incons^quents a leurs propres principes, les partisans les plus exclusifs de I'observation creer, eux aussi, d'ad- ^ et , moins utilement pour la I'acceptaient aride et niirables theoi la m^me qui d par pouryu qu'elle fut positive, ne pas craindre :ourir le cliamp tout entier, en posant pour point de depart une hypothese , la fixite I'espece, et pour point d'arriv^e une autre de hypothese, la serie ou rechelle organique (1) 9 Demontrer qu'entre l'audace de ces exemples et la timidite de ces preceptes , il y a place pour une sage hardiesse; que I'Histoire naturelle n'est r^duite ni a renoncer a la decouverte des rapports ■ r (1) Oil verra que ces deux hypotheses sont inadmissibles dans le sens et avec Texlension qu'on leur donne generalenient. Elles doi- ^^enl etre, non enlierement rejetees de la science , mais epurees des eiTeurs jjraves qui s'y melent k de grandes et fondamentales veriies. 1 ^ J- -:--.1 --> ^ - -- • ±- ■ r' J ^' ' r 1- — 1 / , ^ -.|. 1 ^^',t*i|ti;twlV-V'»-* v^^ *■*• -n* ' - 1") M t i \ r * XII PREFACE. et des lois gen^rales, ni a les attenclre, de loin en loin, des efforts individuels de quelques hommes de g^nie : tel fut le premier objet des recherches et des meditations dont cet ouvrage est fmalement resulte. Dans un travail redige de 1827 a 1 829, je resolvais deja en grande partie les questions rela- tives a la metliode zoologique, comme je les resous ou plutot comme nous les resolvons presque tons aujourd'hui; faisant essentiellement consistercette methode dans Fassociation logiqiie del'observation et secondement de Texperience^pour la decouverte des faits, du raisonnement et secondement du cal- cul, pour la decouverte des rapports et des lois montrant, dansFobservation, la source, unique en Histoire naturelle , de toute certitude, mais aussi, dans le raisonnement, ie principe de toute gran ? deur dans les resultats • Fune a laquelle il appar- tient de jeter les fondements' de Fedifice, Fautre de le construire ; tons deux ^2falement b indis pensables, non-seulement a la dignite, mais a existence meme de la science. Sans Fune ou sans Fautre, nous n'aurions devant nous qu'un vain amas de materiaux , ou que des plans vainement traces dans Fespace. Sur ces questions si controversees il j a vingt ans, et sur lesquelles on commence a tomber d'ac- cord, je n'ignore pas d'oii est venue la lumiere. Et lorsq^e j'ai du traiter, il y a quelques annees, 9 I I f . t -.<». r PREFACE. Xlll 4 ce point capital de notre science (1), il ne m'est pas arriv6 de faire la moindre mention d'essais qu'avait precedes et qu'allait suivre I'oeuvre du maitre. Dans la Fhilosophie anatomique, la me- thode rationnelle, seule vraie, seule possible en Histoire naturelle, n'est-elle pas deja a la fois realisee dans une direction par la Theorie ou Methods des analogues, et indiquee pour les autres sous ce nom si caracteristique : Vohservation con- centree des faits ? Et I'ere de son avenement dans la science n'est-elle pas cette memorable discus- sion de 1830 ou mon pere cut, devant FEurope attentive, Cuvier pour adversaire et Goethe pour Tout deyait s'eff'acer devant I'eclat de tels souvenirs, et je me rendis la justice de m'oublier A / moi-meme. Sans me faire davantage illusion, je rendrai aujourd'hui leur date a des travaux qui furent du V moins les points de depart de reclierclies plus importantes. J'en avais public deux parties avant la discussion de 1830; et meme, encourage par le maitre trop indulgent sur les pas duquel je m'avan- Qais, j'avais ose presenter Fune d'elles au premier de nos corps savants. J'eus le bonlieur de la voir tres favorablement accueillie de F Academic, adoptee m^me par elle pour le recueil des M^moires I t H (1) Vie , travaux et doctrine sdentifique d/Etienne Geoffroij Saint- Hilaire, Paris, 18^7, Ch. V, VUI, X et XI. .n| \ 9( If I t I r ' ■: - .-■■ |tT|fH^''/:''* "^^ '■^^- -^fr^y-wi ! ^■■'- ./ ^t'i-^ --* trT*r»»T.ft^#T ^ ^ / «n #i^ »»^ I «ti I i ^1 * V} XIV I'UEI ACE des i devo angers des le r, comme je me sentais le desir, de develop- per, d'etendre et d'appliquer, autant qu'il pouvait ^tre en moi , des vues qui venaient d'etre encou- gees de si haut. Et quelques mois apres, lorsque J dus pr6s these inaugurale dont je la comp cette ffi Faculte de medecine une de I'lme propositions prodrome de generak des anomalies a laq J allais consacrer huit s I'esquisse partielle de jourd'liui. Depuis, les si et ouvrage que j au ijets de mes recherche 6t6 tres varies: mais toutes 'inspirent de la m^me pense thode coordonner les fails d 6 x^ Ains de la trois dans mes memoires sur presentes a I'Academie ans ap mes premiers essais, bien accueillir avec la meme faveu • de Ces variafinnc qu ces variations que je cherche a deter- miner, et, pour V parvenir, j'emploie deja ce que j'ai nomm^ depuis la Methode synthetigue par divi- sion. Un an plus tard, c'est encore le perfection- nement de la methode que j'ai surtout en vue, en proposant cette Classification paralUlique, d'abord propre a la zoologie, mais bientot etendu par moi-meme a la teratologic , et un pen plus tard I'anthropologie par I'un de mes illustres maitres I ft \ • -r ' - ^ 'w PREFACE. XY la botanique par Tun de mes anciens eleves, au- jourd'hui I'un de mes savants confreres (1). Que I'on me permette de lappeler encore quelques essais sur I'histoire de la zoologie, sur ses relations n^cessaires avec les autres branches des connais- sances liumaines, sur la classification de celles-ci 6t leur unite subjective opposee a leur diversite objective : essais bien imparfaits peut-etre, mais du ttipins temoignages de mes efforts constants pour rapprocher la methode de I'Histoire naturelle de la methode suivie dans les sciences plus avancees; seul moyen pour le naturaliste d'assurer sa marche vers la d^couverte des lois sr^n^rales de I'oreani b sation. Le s memes vues ont aussi dirige mon ensei gnement. Des 1831 , dans un cours dont le pro gramme, public en 1830, embrasse deja Tensemble de la zoologie generate, j'entreprenais de discuter les principes de la methode, et d'exposer les lois de I'organisation animate (2). En 1837, sur un plus grand theatre (3), j'ai renouvele cette ten- (1^) El tout recemment a la classificallon des connaissaaces Jiumai- 'les, par un savant georaetre dont j'anrai bientot a resumer et in discuter les vues. (2) Ge cours a ete resume en 183Zi dans la menie chalre, celle de I'^^thenee. J'avais, en outre, souvent rappele el applique mes vues dans ^6ux autres cours faits en 1832 et 1833, Fun sur les vertebres, I'autre ^^^ les embranchements inferieurs du regne aniinal. (3) A la Faculte des sciences oil j'avais Thonneur de suppleer mon pere. -..--' -t J ri ■_ ^ ■ *;i *t r*"A*TT.t-J^.i' ■ ^' ' P^L'.^ ^ — - I ^ XVI PREFACE . tative, et depuis, a trois reprises, en 1839 en 18i2 et en 1847 do le plan et les principaux resultats de mes recherches. Si j'ai fait d'annee en annee quelques piogres dans une voie si difficile, je le dois en grande pai tie a ces cours, les seuls peut-etre que Ton ait entrep Fensemble de la zoologie generale, les sen] r^ment que Ton ait sur faits sur ces bases. Au pied de sa chaire, parfois dans sa chaire meme, sous I'influence feconde et comme a I'aide des muettes interrogations de son auditoire , quel professeur n'a senti son esprit prendre tout a coup des forces nouvelles? Pourquoi ne le dirais-j« sans mon cours de 1847, pendant lequel pas 9 soudainement apparu moment oil j'en d^ses p^rais presque, des solutions longtemps cherchees dans le silence du cabinet: sans Fauditoire 6claire y vraiment ami de la science que j'avais le bon heur d devant moi, cet emblablement jamais g n'aurait \ J'avais eu depuis longtemps, la satisfaction d'entendre I'Academie reconnaitre dans plusieurs de mes travaux le double caractere que je m'effor- gais de leur donner ; elle les avait, en 1833 d6- clares exacts et philosophiques. Mais , moins indul- gent a moi-m6me, je ne me faisais pas illusion sur ce qui leur manquait , et sept annees s'ecoulerent 'i \ PREFACE. XVII que je les crusse dignes d en un corps d'ouvrage. Me je n'avais pas Essais de zoolog lors reconnu dai generale, car je n'avais I'Histoire naturelle generale une science une et indivisible, n'ont paru qu'a la fin de 184^0; et ce Hvre n'est encore qu'un recueil de memoires dela- pour un Edifice qui fa ches, pierres d'aUente posees pour ui peut-6tre ne serait jamais eleve. J'en meme Faveu : « Les resultats de mes reclierches», lit-on dans la Preface , \< pourront-ils un jour former un en- » semble, en tete duquel il soit permis d'^crire » sans trop de presomption ces mots : TraitS de » zoologie ghierale? Je n'ose dire que telle estmon » esperance; mais telle est mon ambition, sans » doute au-dessus de mes forces (1). » F ' ' ' Avec la meme ambition, j'ai aujourd'hui plus d'esperance. Treize ann^es de plus , treize annees non moins remplies que les precedentes, me don- nent le droit, et, je crois aussi, le devoir d'oser davantage. Voici done un nouveau livre; mais que le public veuille bien I'accepter pour ce que je le donne. En 1840, je lui oifrais des Essais partiels; c'est encore un simple essai que je lui offre au- jourd'hui, mais etendu a la science entiere. f ^1 (1) Essais de zoologie generale^ ou Memoires et notices sur la zoologie generale, Varithropoloriie et Vhistoire de la science^ Paris, 1841 ; Preface, p. xy. I. h -J n* i^^ ^^\'.x \,'.» ' ,. ' "-■■. .: :.. ,- ir ' , . -.-^y.'^ I. -.^\ --•- ■ .. . ..n-~- 4 I i I XVIII Ili^FACE. Je ermine ici ces expl preliminaires Mes lecteurs savent maintenant la pensee de g lis par quelles labo recherclies je m'y suis prepare, et c'est \ que j'avais besoin d'invoquer aupres d Puis t-ils me suivre avec quelque bienveillance dans 4 ongue route que je vais parcourir, soutenu pai entiment qui inspirait a mon pere la noble et simpl Utilitati epigraphe de la Philosophie anatomiq 18 Decembre 1853 (1). (1) II n'est pas inutile de rendre leur vraie date k cette Preface et k la pensee de cet ouvrage. Les pages qui precedent, imprimees une premiere fois en 1851 , ont ete des lors distribuees ^ mes confreres, ^ mes amis, et presentees a I'Academie des sciences. ( Voyez les Comptes rendus de VAcademie, t. XXXII, p. 107.) La date que I'on vient de lire est done celle, non de la redaction, mais de la derniere revision de cette Preface, \ n r ^4 \ t -J. \yv i J t DIVISION DE L'OUVRAGE ET DISTRIBUTION DES MATIERES. m I Quand uii auleur traite d'une science depuis longtemps constituee, il lui suffit d'inscrire le nom de cette science en tete de son ouvrage, pour indiquer clairement a personne \ occuper. Un traite nouveau d a pour commentaires tous les traites anterieurement publies, et son titre le circonscrit en des limites a I'avance eonnues et acceptees. Dans un traite qu'aucun autre n'a precede, et lorsqu'il ^ Jigit d'une science depuis longtemps cultivee dans plu- n'a point sieurs de P dont Fensemble aborde, comment le titre adople par -il 1 expression exacte et complete de sa pensee,pourrail uffire au lecteur? Un titre est comme une de ces for elles qui resument et, pour ainsi dii ne multitude de notions ; pour y ] ' faut-il en avoir la clef. On a deja vu, par la Preface qui precede, quel est objet de cet ouvrage : c'est ime liistoire generate , et ^on, chose fort differente, une histoire universelle des etres organises, que j'oseici entreprendre. II est neces- t \\ ( \ f I - ki h - ■I t I »ff 4. * \ ik M r 1 .1 T ' * " - -> :' u ^ ■- h r - . .---V .-- - > i^iQS'VlnAi'^A \ #* 4^ '.*:•--■■>' .- .1' ^^• ■"* W-* ■il' ■— ^ ' -* l' _ ^ .1 F "■^ XX ? DIVISION DE L OUVRAGE. saire d'indiqiicr, des a present, qiielles question?; |)rin- eipales m'ont paru du domaine d'un tel ouvrage, et dans quel ordre elles y seront traitees. Le lecteur saura du moins exactement sur quel terrain je lui propose de me suivre . Voiei le progranmie trcs abrege de VHistoire natiirelie (jenerale des recjnes organiques. DIVISION DE L OUVRAGK . 1 \ ] \ l\TllODtCTIO\mST01Uai'E('l) INDICATION DES PRINCIPALES QUESTIONS TRAITEES. T /'Origines, progres et decadence de rHistoire natmelle dans rantiquite. — Aristote. Theo- phraste. — Pline. Renaissance et progres dans les temps moderncs. — Rondelet. Belon. Gesner. Bauhin.— Les Leuwenhoeck. Harvey. Jean Ray. —Linne. Buffon. Les Jussieu. Adanson. Bonnet. Haller Pallas. , Progres recents. \ Saint-Hilairc. Lamarck. Cuvicr. GcoilVoy De Candolle. PREMIERE PARTIE. Prolesoinencs. /Notions gcnerales sur les rapports des sciences. Classifications diverses des connaissances Im- inaines. Classification objective et parallc- lique. Rapports necessaires entre revolution des sciences biologiques et celle des sciences physiques. Consequences relatives au perfectionnement de la methode en Histoire naturelle. Vues cmises sur la methode des sciences natu- relles et sur la direction qui doit etre suivic dans ces sciences. Cuvier et son ecole. Schelling et les philosophes allemands de la nature. GeolTrov Saint-Hilaire et son ecole. Etat prdsent de la science. Progres qu'ellc doit accomplir, et melhodes ^ auxquellcs elie pent recourir. (1) CcUcIiitroductioii , ou sont resumes les principaux prog-res des sciences naUirellc? sera complctcc par riiisloriquc de chaciine des questions qui seront successivcnjcnt traitees' Les sources seront indiquees dans les notes bibliographiques placces au bas des pa<-es* notes oil des coinbinaisons typograpiiiques, uniformeineni adoptees dans tout rouvrLe' pcrniettent dc saisir, des le premier coup d'ceil, les noms des autcurs et les litres des ou- vrages cites. # M. i DIVISION DE L OUVllAGE. XXt Regacs dc la nature. Caractcres.— Reiines orgaiiiques. SECOND E PA HI IE. • Motions biologiques fOndamentales • -Vie individuelle. Vie specifique. Individualite organique. Animaiix et vegetaux simples et complexes, unitaires et composes. Vie mixte et vie commune. Heredite organique.— Epigenese. — Etres nor- maux et anormaux. — Hybrides, mulcts, m^tis. — Animaux domestiques et vegetaux cultives. Origincs. Retour a T^tat sauvage. Applications pratiques. Polymorphisme zoologique et botanlque. Generation alternante. Metamorphoses. In- fluence du parasitisme. Filiation des etres organises. — Variabilite li- mitee des types. — Permanence de la nature organique. Notion de Tespecc , relativementa Tordre actuel des choses; relativement k chacune des epo- ques geologiques ant^rieures; et a un point de vue general. — Application a Thistoire des races humaines, au noint de vue de leur \ \ Origine commune. point de vue Premiere application h la geographic biologique, a la paleontologie, \ et plus gen^ralement, a la geonemie. /Affinites, analogies, harmonies organiques. / I / Expressions diverses des affinites. Systemc TKOISIEME PAUTIE. Fahs iseueraux, rap- ports t't lots orga- nologiciucs, Rclulifs aux clres organises coiiside]'o:> cii ciix-iticiiios on dans Icurs oriraiies. <:e la chaine ou de rechelle des ^tres. Cartes, reseaux et autres representations gra- phiques. — Classifications. Methode naturelkv Caracteres essenticis, generaux , subordonnes, indicateurs. — Repetition des memes formes, des memes caracteres dans des groupcs dille- rents. Correspondants zoologiques et botani- ques. — Classification parallelique. Ses avan- tages sur les autres formes de classification, comme expression beaucoup plus approchec des rapports naturels. — Elle est tres gen(5- ralement applicable en biologic. — Series zoologiques, r^ductibles abstractivement a Tu- nite. Degradations successives. Determination dc Tordre hierarchique. — Examen au m6mc point dc vue du regne vegtHal. Analogies individuelles, specifiques , generates. Svmetrie. — Theorie ou Methode des analo- gues. Fixite des connexions. — Analogies primitives. — In^galites de developpement. — Balancement des organes. — Developpement ccntripete, et affinite des parties similaires. organismes. — Theories de runite de composition, et de la repetition or- ganique en zoologie, — Theorie de la meta- Renovation des '* hV .if' .'■.-■. .Ai**t»^' '""^^^ •*»***** '■'-^.JV^^VP^ ■*«^<^*^'^-^*. . V-t *-' I xxu . TROISIEME PARTIE. , (Suite,) DIVISION DE L OUVRAGE. r n^^^Phose en botanique.- Concordance eatre rembryogfoie, I'anatomie compar^e la t^S^^^^^ logic, et meme la pathologic '^^^^^to^ Harmonics individuclles, specifiqucs -enerales Sympathies. — Rn..r.^.A „._.^ ,.' ©^"^^^^'eh. Rapports entre Torgane et la Conditions d'cxistcnce. Abns du fonction. - finalismc. cessivcs. Ha^onies teratoid™ ^^,^::J logiques. — Premier - ^ '^" „ . u^v,uvc. Alius Ul Harmonics transitoircs et sue progressive. apercu de rharmonie QUATRIEME PARTJE. f i r Faifsg^eneran ports et flois logiques , • rap etho Relatifs aiix inslincis , nux mcciii's, et plus g-oneralc- monfc aux manifesfations vilales cxtericiu-cs ries etrcs • / *>rg'aniscs. Mceurs des animaux. Conservation de I'individu- conserration de l•espc^ce. - Recherches de a nournture. - Habitat. Especes sddentaires crrat.ques voyageuscs. -Dcplacements acci- dcntcs. Migrations irrcguiicrcs. Migrations penod,ques. - Associations temporaires oi, permanentes. Especes socialcs. — Prevision, rnaiernelles. Choix du lieu ou doiventX deposes les oenfs. Nidification. Education Modmcafon des habitudes , et par suite des in- stincts Chez les animaux domestiques. l>erma uence des instincts acquis. Considerations ethologiques , V(?getaux. apj)licaf)Ies aux I f''LNQUlB:ME PARTIE. (xeonem.c actuelle ou geographie biologique - Distrdiut.on des animaux et des races humai- nes a la surtace d'un meme continent et des i OS qu. s y rattachent. Distribution a ia surface Concordance des lois organologiques, des lois ethologiques, et des lois geonemiques. Con- vergence de la science tout entiere vers Tunite philosophiqae. Vue d'ensemble sur la nature organique. — Mobilite perpetuelle des details, permanence generalc. L'uiiitc par la variete. — Succession harmonique des phenomenes individuels et generaux. Harmonic progressive. — L'unit6 par la variete , Tharmonie progressive, lois g^n^rales de la nature, et ti^moiguages ecla- tants de la sagcsse supreme. % ^ { i f I * t »: III ■^-^ — l^v h - -- - ■-- '■^ I I r I VIII. L'ecole d'Aristote. Theophraste. — IX. Auteurs remains et g-recs. Plinc. — ^- I>ioscoride. Galien. I "i > I. L'Histoire plantes •meme LaGe mysterieux de I'orioine de a 3tre globe ct de notre espcce , nous represente Ad peine sorti des mains de Dieu , et avant meme la c del don de la femme , s'occupant de denommer les ! 1 terre et les oiseaux dii del ; et les noms q la furent, dit la Genese, les noms veritables Nous dor '^omme fut aussi le premier droit de dire que le premier r (1) C'est,du moins, la version generalemenl admise; c'est, par jxemple, celle de Lemaistuk de Sacy, pour ce passage de la Genese, ':19: Omne enim quod vocavit Adam animce viventis , ipswn est ^'^^en ejus. M. de Genoude, toutefois, et plusieurs aiitres, traduisont ""leremment. . , ^ e passage de la Genese a ete presque reproduit dans le Coran. On y ' ^J' 31 , que Dieu lui-meme apprit a Adam les noms de lous les etres. i( r ■j^ 1—^1 - -"^ ^ V r yv * r X •.-■ m - . L ^ ■ ^ ^T ^l** i^ ■ ;■'-.. ^ .*>■ ' — -—- ^'\- \-i > » HI -^■^^ti-tv ■ ^'1 Vi* '■'■ ' ■^ » • * m iM N < ,1 li H- 4 INTRODUCTION HISTORIQUE. en particulier , devangant toutes les autres branches des connaissances humaines, a precede meme I'achevement de notre espece. Si I'anciennete d'une science pouvait ajonter a sa valeiir propre, a sa dignite, selon I'expres- sion de Bacon , la zoologie aurait done encore ce litre a I la qualification que, par d'autres motits, Linne n'hesite pas a lui donner : Zoologia^ pars ilia Historia3 naiuralis nobilissima (i). "LdiGenese ne fait pas seiilement remonter aux temps primitifs la connaissance des animaux ; ses premiers cha~ pitres nous les montrent employes par Thomme, soumis a sa loi. Selon plusieurs versions meme, les especes domes- tiques faisaient deja partie de Voeuvre des six jours (2 dans toutes nous voyons Abel pasteur de brebis, et c'est le pigeon, messager intelligent et docile, qui, lors du de- luge, annonce a Noe la retraite des eaux. Dans les cha- pitres suivants , apres le voyage d'Abrabam en Egypte, 1 t i * } } I (1) Sy sterna naturcB J edit, prima, (\2iWS les Observationes in Regnum I X amma^e, edition de Fee, p. 5Zi. X \ L ■ (2) Ce qui a ete oppose, le croirait-on? a mes recentes experiences (le domestication. Une courte explication, sans qu'il soil besoin de recourir aux faits, permettra d'apprecier a sa valeur cette objection r pretcndue religieuse. r C'est le mot Behemah que la plupart des traducteurs ont rendu par animaux domestiques. Mais le sens de ce mot est fort ambigu. Les Septante lui ont donne tour a tour pour equivalent xttivg-, TSTpaTvou; r _ el H^'^ov, auxquels correspondent en latin jumentum, quadrupes et fera. M. Tabbe Rara, professeur au Lycee de Douai, hebra'isant dis- tingue, a bien voulu rediger pour moi, sur cette question philo- logiqiie, une interessante note dont voici la conclusion : « Le mot » Behemah parait n'etre jamais employe pour designer les poissons, les )) oiseaux, les reptiles, mais, du reste, s'appliquer d tons les animaux » (sauvages ou domestiques) quise tiennent sur leurspieds, » t ▼ »t M^ ^ i- i \ 1 f f 3 \ ORIGIMES DE L IllSTOlRE NATURELLE. 3 » ■' y ^ I'ane, la chevre, le boeuf, le chameau , sont mentionnes, presque a chaqiie page. 11 est digne de remarque que , parmi les aatres qua- druped es domestiques, un seul, le cheval, figure dans la Genese ; encore n'est-ce que deux fois, et beaucoup plus tard, dans I'histoire de Joseph en Egypte. Le pore et le chat, la poule , parmi les oiseaux, sont completement omis ; et il en est ainsi de I'espece elle- meme que Ton croh^ait avoir ete partout la premiere asservie a I'homme. Si Ton a fait du chien le gardien du troupeau d'Abel , si on Fa represente, apres le crime de Cain, defendant le corps de son maitre contre les betes feroces, c'est d'apres une tradition recueillie par quelques Rabbins (1), mais qui ne remonte qu'a urie epoque peu reculee, et doit etre consideree comme depourvue de toute valeur historique (2). Le Pentateiique^ si riche en indications relatives aux ^ + (1) Eliezer, Magna opera Domini seu Condones in Pentateuchumy ^enise, 1583 (en hebreu), cap. 21. (2) Noil seulement la Genese ne fait figurer le chien dans aucune des scenes pastorales, dans aucun des evenements qu'elle retrace; ^^h il n'y est ni cite ni indique de quelque maniere que ce soit. Je *i ai pas trouve davantage son nom siir cette triple liste d'animaux L P'^rs et impurs que le legislateur hebreu a dressee dans le Levitique. ■ Les indications que donne la Genese sur les animaux domestiques, ^^ja interessantes par elles-memes, seront rapprochees, dans la suite decet ouvrage, de celles que Ton trouve dans les livres sacres de la ^<^rse et de Tlnde. La discussion comparative des unes et des autres lournira quelques arguments que nous verrons cohflrmes par des *^Us d'un autre genre, en faveur de cette hypothese: II y a eu, pour ^^ domestication des animaux, plusieurs centres correspondanta Tori- §ine des rameaux principaux de la race caucasique. ) f i I ! I tl ■ J - ir.\ * ■ *,;*.*.*. h . '-.-— ' *i-' : ■^ l' n ^ -^ i^tr^i |:p-*^f*Ti I Mi^ »1 I HI I t 4 1 I ! I I ^ » I I h \ \ 6 INTRODUCTION HISTORIQUE. J animaux, nous apprend beaiiconp moins sur les vegetaux. La connaissance et la culture des uns parait toutefois avoir marche de pair avec celle des autres. A cote d'Abel pasteur , est Gain laboureur, et Noe ajoute la culture de la vigne a celle des ccreales (\ -X II Les livres les plus anciens de I'Asie centrale et orien- tate, les monuments de I'Egypte, nous montrent, comme 1 la Genese^ les animaux et les plantes observes et cultives dans une haute antiquite. L'histoire authentique confirme ici ce qu'indiquent deja les mythologies, cette histoire anterieure ccrite par les poetes au berceau de toutes les civilisations f2 k (1) La mention de rolivier (mais non de sa culture) precede celle de la vigne dans Thistoire de Noe {Genese, VIII, 11). La Flora hihlica de Sprengel, inseree dans son Historta rei her- haricB, 1807, 1. 1, p. 6 ^ 19, comprend 70 plantes. Mais presque toutes les indications que donne ce celebre botaniste sont extraitesdespar- ties de la Bihle qui suivent le Pentateitque, principalement des Psaumes et des livres des Prophetes, _ Les plantes et les animaux de la Bible ont donne lieu a un grand - ^ nombre de travaux. On trouye la liste tres complete de ceux qui se rapportent aux plantes, dans le Thesaurus litterahirw botanicw de Pritzel, fascicuL V, 1850, p. 362. Pour les animaux, voyezsurtout ■ r BpCHART, Hierozoicon, 2 vol. in-/i, Leipzig?, 1793 et 179/i. (2) « S'il est vrai, comme I'a dit Fontenelle, que Thistoire n'est M qu'wne fable convenue, il n'est pas moins vrai que la fable est » souvent une histoire meconnue . n^ Je trouve cette remarque, aussi vraie que spirituellement exprimee, dans un ouvrage anonyme et peu connu, Sur le progres des connaissances hitmaines, Lyon, in-8, 1781. ^ _ Voyez p. 31. L'auteur de cet ouvra2:e est le celebre Michel SerVxIN. I » f + i s' t f -\ i t « ^ I ORIGINES DE L HISTOIRE NATURELLE. H F 7 de sa Chaque peiiplc est comme chacun de nous : premiere enfance, il ne sait rien ; sur les temps qui sont venus ensuite, il n'a que de vagues et douteax souvenirs. Mais ce qu'ont du etre d'abord les peuples de FAsie et du nord-est del'Afrique, veritables aneetrcs intellectuels des societes modernes , nous pouvons rimaginer par ce que .J ■"_/ sont encore aujourd'hui tant de peuples de FOceanie et de FAmerique ; peuples enfants dont plusieurs s'eteignent deja en presence des nations vieillies de notre Europe. Chasseurs et peclieurs, les peuples primitifs sont sans cesse en face de la nature : leur subsistance , leur u, prix d'une connaissance exacte des poi S'ils deviennent etres vivants qui ii pasteurs, s'ils commencent a cultiver le sol, c'est un nouvel ordre de faits qui se deroule devant eux : leurs J fapports avec le monde exterieur s'etendent, ( les notions dont ils ont besoin . La premiere Hi ^ I '■ i , c'est Fensemble de ces notions toutes pr les f animaux qui les autres proie, d les vegetaux utiles par leurs produits ou funestes par leurs poisons . Mais bientot la curiosite , heureuscment innee en nou ^ d > traditionnellement de de _ r ire par la fiction. La nature est la plus grande de r les ; elle ne suffit pourtant pas a la jeune imaginiii ces peuples ; et quand I'homme se civilise, ce qu'i rtt d'abord dans ses livres et sur ses monuments, c fit autant des mythes et des legendes que des faits. Mais ces faits sont souvent bien observes ; ces i n \ J ) \ f In I *»» ( !ii>i r-. '}\ 1 .i.Vi '4 bl ■■k*-* ' ■ ■^- ^: I ■*> -f I t K-' I I 3* ■ r I - ^ I L \ I f I V } I 8 IINTRODUCTION IJ15T0RIQL1E. b fois qu'uii voile transpai siir d'impoi revo\ faits le s ^ - - . memes verites, et les arclieologaes , maitres enfrn o temps mcompi dans cette conclusion commune : la science moderne multitude de points de Fantiaue Orient m. II est, du moins peuple a I'egard cluquel le doute n'est plus permis; peupl(^ immobile qui, s conserve et comprend encore des livres 1 poetes et ses legislateurs primitifs. Non par Cyclopedies et les ouvrages scientifiques que possedent les Chinoii naissances • f Histoire naturelle, des C( r es dont il est difficile de ■ ^ pas faire remonter tres loin la source (1). Mais, bien des siecles avant tons ces recueils, .et par delatous les autres livres de I'antiquite, chez quelque nation que ce soil, le Chi'king ou Livre des vers^ etle CItoii-king ou Chang- (1) La Chine a possede, mais a perdu des livres beaucoup plus aiiciens sur les sciences. Brules, avec les Kings , par ordre de Tem- pereur Chi-hoang-tl, vers la fin du iii^ siecle avant notre ere, ils n'ont pas ete retrouves ou retablis, comme les Kings, aprfes la per- secution. VoyezDE Guignes, preface de la traduction du Chou-hing par le p. Gaubil, p. xiij; oXYEistoire imiverselle de I'antiquite, par ScHLOSSER, trad, de Golbery j t. I, p. 98 : ^ Tons les livres sur les » sciences et sur les arts, dit Tauteur, ont peri, v ) 1 I- } i T I ^ 1 r f>i^' K ^ -^ n NOTIONS CHEZ LES CHINOIS. 9 cfiou^ le Livre auguste des Cliinois (i), renferment deja sur les animaux et les vegetaiix de I'Asie orientale des indications dont le nombre et la precision nous etonnent. Et plus on pcnetre dans Fintelligence de ces textes, trop souvent defigures par les traducteurs (2), plus I'etonne- nient augmente. Le Chi-king^ en particulier, collection d odes et de chants divers, recelc , sous des formes va- ^lees, des notions, tres nett'ement donnees, sur une mul- titude d'especes sauvages, sur leur organisation extc- rieure,leur habitat ou leursmoeurs; et comme les auteurs ne sont pas des savants qui decrivent et exposcnt, mais des poetes qui rappellent et comparent, on voit que toutes ^^^ I ces notions devaient etre des lors tres generalement re- pandues. Moins riche sous ce point de vue, le Chou-king livre historique autre genre d'interet nous offre un et administratif , 11 mentionne surtout les aniinaux et les vegetaux utiles a I'homme; ceux dont les produits, ^oiiinie les pelleteries, les dents, les perles, le vernis, ^taient payes en tributs on offerts en don a rempereur ; (1) Ces livres, dans leur forme actuelle, sontattribues a Confucius; 'e fond remonte authentiquement a une tres haute antiquite. (2) Dans un seul chapitre du Chou-king, et precisement Tun de ceux ^^1 interessent THisloire naturelle (le Low-n^ao), la traduction de AtBiL, h laquelle pourtant il faut recourir, ne renferme pas moins ^ dix~sept contresens^ releves par M. Stanislas Julien. Sans Tobli- b^ance extreme que ce celebre sinologue a mise k me premunir contre ;*^s causes d'erreur, sans les precieux documents dont je lui suis '^^devable, je me serais sans doute egare des les premiers pas dans le difficile examen des deux Kings que j'ai du consulter. ^ I't^gard du Chi-Mng , plusieurs notes relatives aux aniinaux et ^ P'antes ont cte ajoulees par M. J. Mohl k sa savante traduction : ^^vcu Chi-king sive Liber carminum^ Stuttgard, in-15, 1830. I. 1. K{ i ^1 ( . ^,1 f I 1* *''».':V[':,t^> '1 ( I • L ,■1 i . ' III -r f * * f » »* f 1 t f I I I 10 mTRODUCTIO>< HISTORIQLE, puis les cerealcs(l), divers Grangers, le murier ei Ic ver a soie, cuUives des Ic regne d'Yao (2) ; et Ics quadrnpcdes domestiques, le cliien, le boeuf, la brebis, le eoclion et le cheval : celoi-ci employe, plus de vingt sieclcs avant noire ere, dans les travaux de la guerre aussi bicn que dans ceux de la paix. IV. ■ avons de semblables indications, en moindre noAibre toutcfois, a I'cgard des Indiens et des Perscs •, et ici, avant toute etude des textes, on pouvait asscoir deja quelques previsions sur ce que Ton sail des croyances peuples, T de r Indus I'adorateur de Brahma voyait dans les animaux, et jusque dans les Dlantes. ses freres monientanemcnt transformes (1) « Dans toutes les traditions sur les ages priniitifs et dans tons » les commentairessur ces traditions, ditScuLOssKR, loc. cit,, p. 110, » il est question des cereales que nous connaissons. » Le meme auteur cite plus bas les pois, les feves, qui faisaient partie necessaire de certains sacrifices, le coton et le clianvre. (2) Presque des les premieres pages du Chou-king, il est question du ver k soie, du murier, et de leur culture qui remonterait ainsi a vingt-deux siecles avant notre ere. Mais M. Jclien, Comptes rendus de VAcademie des sciences, t. XXIV, p. 1071, la reporte a une epoque bien plus reculee encore. Voici les premieres lignes d'an passage dans lequel I'auteur enumere les principales inventions faites en r Chine avant et apres notre ere : « II resulte de documents authen- ■ )) tiques deja publics ou faciles a produire, qxxedeux mille sept cents ans )) avant Jesus-Christ, les Chinois cwaient invente I'art d'elever les vers )> a soie; mille ans avant, la boussole pour les voyages de terre et de » mer;... deux cents ans avant, Tencre etle papier a ecrire, la poudre )> de cjuerre... » ' # I f i. I i c i' • ■ ''.^' ■■■ /.Ow > 1 V i t MOTIONS CHEZ LES lA'DlENS ET LES PEllSES. 11 et dechus, la loi mazdeeune, sur Faiitre five du lleuve, engeait en devoirs cgalcment pieux Famour ct la protec- tion des especes utiles, bienfaits d'Ormuzd, et la destruc- tion des animaux nnisibles, ouvrages detestes d'Aliri- iiian (1). Chez I'un et raiitre pcuple^ les dogmes theolo- giques rattacliaient done a la religion elle-memc la connais- V sance de la nature vivante. Les parties deja connues des yedas et des Nackas attestent-elles , en effet, dans les temps recules on elles furent ecrites, un savoir reel sur les ^nmiaux et les plantes? On n'oserait I'affirmer; mais on V spercoit du moins, dans pkisieurs passages, les traces de notions trcs variees, et parfois precises, sur un grand nombre d'espcces indigenes, et peut-etre meme, pour le ^end-avesta^ sur quelques animaux de pays ctrangers, mais voisins. • Le meme recueil, dans le livre cosmogonique intitule ^oiin-dehesch (2), renferme une longue enumeration niethodiquement faite, dans laquelle on pourrait voir la premiere ebauche d'une classification zoologique. Quant ^ux especes utiles, les Yedas aussi bien que les Nackas iious les montrent complctcment, et depuis longtemps, en la possession de I'homme. Plusicurs animaux, en par- liculier, out deja subi des modifications organiques qui doivent faire reporter tres loin Icur premiere domestica- r r J Li ^ i ±^ i ' r . ■ t V 4 J I (1) Zend-avesta, traduct. (I'Anquetil-Duperuon, t. II, p. 353. ^<^y. aussi J. Reynaud, dans le bel article Zokoastre de VEncyclo- P^die nouvelle, t VIII, p. 807. (2) Loc, cit.y t. II, p. 363. Ce livre perd malheureusenient pour nous une grande partie de son inleret, en raison des nombreuses imperfec- tions de la traduction. \ m m t^ ' i» » ^ f y J-_ H-^ t ■I I r 12 INTRODUCTION HISTORIQUE.. tion. L'antique Rig-Veda lui-meme nous montre, dans rincle, dcs vaclies a mamellcs hypertrophiees et pen- dantes , ot des chevaux presque aussi varies de leurs que ceux de nos jours. De meme, Je Zend m mentionne, en Perse, dans plusieurs especes, des ] distinctes, par exemple, des de chiens dont chacune a sa taille, ses formes, son naturel propre emploi partieulier (2 V. I ^ t I i L'Egypte antique no nous a pas laisse de livres, mais elle a ecrit son histoire et sa religion sur tous ses monu- ments. Or sa religion, c'est aussi tout son savoir. Chez les peuples divises en castes. Tune d'elles reste Funique depositaire de toutes lesrichesses intellectuclles, amassees par les generations anterieures. En Egypte, le pretre est en meme temps le seul philosophe, le seul lettre, le seul ant, et meme le seul medecin. Le droit de savoir est 1 ' le de ses prerogatives, et cette prerogative, il la con- ■ » ■ ve precieusement. II place dans le temple, entre lui et Dieu, tout le tresor des connaissanccs humaines; il honore, il en agrandit la religion, et n'en revele au J pie que quelques notions presentees sous le voile de ■■. des mysteres que Ton doit endre I , J (1) Sect. Ill, led. Ill, hymn, xvi ; traduct. de M. Langlois, t. Il, r - I - I ■ p. 87 I (2) Boun-dehesch, dans le Zend-avesta, loc. cit., t II, p. 373, et plu- sieurs passages du Vendidad-sade , t. I, 2" part., p. 379 et suiv. 1 f \ 4 I 1 i \ I X m t NOTIONS CHEZ LES EGYPTIENS. la "i Ce qu'etait I'Histoire naturelle dans Faiitique Egypte quels furent le iiombrc ct rimportance des faits deja re- cueillis, cesontdes questions a jamais insolubles. Meme apres les admirables decouyertes de Ghampollion et d'Yoong, son emule doublement illusfre, qui oserait concevoir tienne les voiles esperance d'arracher a la science J* cachaient aux Egypt gyp- eux- memes? Mais nous en entrevoyons du moins Pnncip fran caise X, et les travaux des naturalistes de Fexpedition en Egypte ont des longtemps montre combien Peut etre ici feconde Falliance de I'Histoire naturelle et de I'Histoire. tes Egyptiens, comme tons les autres ntiquite, ont moins fixe leur attention snr \ V peupl de b de Leurs connaissances sur le premier ces regnes ne sont du moins r Pi^euves beaucoup pi que par de s qui, en des dai Cin rappoi peces alimentaires ou moms decisives, et - h presque exclusivement a J les, ou diversement utiles IS les arts, la medecine et I'economie domestiqu les chac sulement sont mentionne'es par Sprenge udite Historia rei herbarke, comme fi dans dont I I ■ ^ ^-— F monuments de I'Egypte : ce sont, avecle papyrus dont connait I'usage, lefiguiersycomore, plusprecieux par son bois que par ses fruits; le sebestier (2), mangeait les drupes ; la scille '^ployee dans maritime, deja ^elumbo, ou le celebre Lotus d (^) Log. cit., p. 29 a 31. (2) Cordiamyxa. de plusieurs maladies s .A -^-> d'Osiris : ce der I I \ \ ■ I Ih. tl r ▼ t I 'J '^ ^ '^ ■ 3 \ ' 1 ^t ■(•->* Hi -■r ^ # 4 » I I n 'i t: r t 14^ i*i fr- V 4-1 •■ -X »■ * W lA ( I k I . i I i t n ' \ I - / la mTRODLGTlON HISTORIQLE . er, plante sacree, souvent representee a ce litre et pour beaute de ce li\8 en forme de rose (1) , mais aussi plante feves. Cette peuple, mais non les pretrc iirte liste donnee par Sp loin d'etre plet •) pi plantes, par exemple Ce sont encore, on le voit, des espece de de celles dont des par produits , conserves dans hyp jusqu'a nous en nature : les unes textiles, le cotonnier et que le chanvre ; d'autres diversement s palma-christi, dont I'liuile servait a rcclairage, et divers ■ L coniferes et terebinthacees dont les resines et. les baumes etaient employes dans I'economie domcstique et dans Fart des embaumements. -r f Le savoir des Egyptiens sur les animaux s'etend bien au dela. Un peui)le qui les divinisait, a du en porter loin la connaissance. Nous voyons rEgy'pte au moins aussi ricbe en races ani males cultives ; et plusieurs de C( qu en deia s vegctaux ment eloignees des types specifiqaes dont elles derivent. Dans les scenes de chasse peintes sur les monuments, figurent des cliiens a oreilles tombantes, fort semblables a nosbraques, et des levriers, ceux-ci toutefois a oreilles droites. Ailleurs ce sont des boeufs de varictes diver ■-X parmi zebu; ailleurs encore, des 1 che crmiere, des belier des cbe\' pendantes ! to I I t \ f 1 \ \ \ ( \ [ r t \ t I (1) C'est sous ce nom qu'IlERODOTE designe le Nelumbo. Voyez VEiiterpe. > rr i ' 't \-^ \ .V V*;- I NOTIONS CHEZ LES EGYPTIENS. 15 Be semblables peintures represeiites ayec une parf; entente de leurs habi- les momies et d'autres doeu de plus les figurines, F s de diverses sortes, conserves jusqu'a nos jours dans les h} attestent que les Egyptien ont de meme possede des notions etendues fixactes sur les especes sauvages ; et non pas ptiles importait de connaitre. Ces quadrupedes 's inseeles. ennemis de riiomme, de se to ti^oupeaux, de ses cultures, que nourrit en si arand nombr afr e I'Egypte aussi bien que ncs: cette multitude de d^ qui r peuplent le Nil; ces animaux de diverses classes ^ivent sur ses bords , et que le fleuve , a chacune de ses inondations, livre a I'Egypte comme un tribut annuel, fournissaient deja un champ bien vaste d'observation. Les Egyptiens ne s'y sont pas arretes. lis ont recueilli '^ en dehors de toute appMcation pratique, un grand nombre de faits sur to des de I'Egypte et des desert 3 boi deux cotes, soit mie ces fails ( etudies bizar propre, soit qu'on les rattach apparence, dont chaque mystere etaitl'expr Ju I'enti foil de I'un des grands pi Eervntiens ont ete dans 'evovons surtout d les cette voie, nous d'Herodote, dont fiqu dote meme temps que politique. Les details qu Hero, s a transmis sur plusieurs animaux de TEgypte tableaux si fidelement naifs dans lesquels il a expi ,i ■t I I ♦•» I n \\ -** Vi*'k V^^ '^^' ' ^ \ 16 INTRODUCTION HISTORIQLE leurs caractcres ct retrace leurs moeurs , ne soiit sans doute qu'un pale rcllet du savoir desEgyptiens; et cepen- dant, tels qii'ils sont, ils cussent suffi pour faire vivrc a jamais le nom d'Herodote, alors meme que Ic Pere de t'histoire cut perdu , par la mutilation de son admirable livre, ses titres a une plus brillante talite 1 . 1 ' 1 ! t» i- i \ ■■t r I ( I VI. I Ce n'esf pas ici le lieu de rechercher si la civilisation et la science grecques procedent de la civilisation et de la science egyptiennes ou indiennes, ou si ces vives lumieres dont rionie , la grande Grece et I'Attique furent tour a I ^ ' tour le fover, sont dues au genie propre des peuples hcl- (1) La veracite d'Herodote avail ete contestee : chacun aujourd'hui lui rend hommage. En ce qui concerne THistoire naturelie, mon pere, durant son sejour en Egypte, a repris de point en point les recits d'Herodote, et en a etabli la fidelite par des preuves auxquelles 11 ■ ' > reste pen a ajouter. Pour ne citer qu'un exemple, le passage dans lequel Herodote nous depeint un oiseau, le trochilus, penetrant dans la gueule beante du crocodile ; ce passage qui, entre tous, avait excite rincredulite, a ete, comme les autres, reconnu exact. Mon pere a ete a son tour, dans la haute Egypte, temoin oculairede la merveilleuse scene decrite par Herodote. — Voy. I'histoire des crocodiles d'Egypte inseree parGEOFFROYSAiiNT-HiLAmE dans la grande De^cr/pffon de I'Egypte, Histoire naturelle, t. I, p. 198 etsuiv. Voy. aussi, sur le meme sujet et sur plusieurs questions analogues, les memoires suivantsdu meme auteur : Memoir e sur les animaux du Nil^ consider es dans leurs rap- I- . r - ports avec la theogonie des anciens Egyptiens^ dans le Bulletin philo- mdtique, 1802, t. HI, p. 129 (extrait). — Sur les habitudes attribuees par Herodote aux crocodiles du iV^7, dans ]es Annates du Museum^ 1807, t. IX, p. 373. — De I'etat de I'Histoire naturelle chez les Egyp- tiensj dans la Revue encyclopedique, 1828, t. XXXVIII, p. 289. 'I ^ kr :'-- ■■■:'. ^ leni niqucs V PREMIERS I'ROGRES CHEZ LES GUECS. iinportc beau coup de 17 reste le ca~ qii'eii Grece, commc en Egypte, la culture sii branches Ics plus diverses du savoir liumain ractere commun detoutes les ccoles. Un sage^ commc on disait avant Pytliagore, un philosopher commc on a dit depuis , ne separe ni les sciences de la pliilosophie pro- I prement dite, ni unc science quelconque de toutes les Le de luiches fV de ges de la Grece, est physicien, astronome, moraliste; Pytliagore fait de la science des ;\naxa *oirc naturelle et de ; Alcmeon est metaphysicien , 1 ; Democritc est de plus eeometi letapliysique , a li naturaliste et me Empedo ■ % musicien .-^1 ambition la pr d decouvert un uicipe fails e Ions le efforts pr de la science et de la philosophic deploic librement ses ailes, et troj I seperdre dans les espaces infmis ou elle erre sans guide: mais parfois aussi I'observation vient a la suite ; on in- ' W L (1) SurccUe importante question, voy. Renouvier, Manuel de phi- ^osophie ancienne, 18/jZi, liv. II et suiv. Sur I'histoire de la philosopliie et des sciences en Grtice, voyez, outre ^6 meme livre : Cuvier, Histoire des sciences naturelles, lemons re- r cueiilies par M. Magdeleine de Saint-Agy, t. I, 1831, p. 66 et suiv. fi^AmviLLE ei Maupied, Histoire des sciences de rorganisation, ^^^5, 1. 1, p, 28 ct suiv. I. 2 t^ t 1 • ¥*^^^ ^*4 t "Ilk \ tl 4 •4tn ifPt k 1^. II S- ■■-_>« - t U x i : I I 1 ■ i I 18 INTRODUCTION HISTOIUQUE . voque son secours, non pour Tir, niais lorsqu'on croit avoir decoiivert, pour justifier et etendre des idees C 1 > 4i la unique Hippocrate d'avoir foil Finversc, et c'est pourquoi de que I siecle avanfc I - I'ere chretienne, avee bcaucoup d'hypotheses , quelques notions positives sur les animaux. Dans le v% le progres est tres marque. II y a deja loin de dans I'eau le prineipe essentiel dc la vie ; d'A fais tous les h omme ■ lui-meme de I'element liumide, et eet element de I'infmi ; de tons ces philosoplies n'appelant a Tappui de leurs sys- temes qu'un petit nombre de tliits vulgairement connus , a Anaxagore entrevoyant les fonctions de I'encephale ; a Alcmeon , a Empedocle faisant deja des observations em- bryologiques •, a Demoerite surtout, poursuivant avee per- severance, et non sans succes, Fctude des prineipaux iils de Thomme et des animaux , a ee point que premier anatomiste \ appareils de Cuvier a eru pouvoir comparateiir (1 Jusqu'ici toutefois , et plus pres de nous encore , nou nc trouvons que des essais. Dans le cours du \'' siecle i et jusque chez Demoerite, ■reur la plus grossiere s'allie encore trop souvent a la verite. Si-, dans le iv' siecle, et dans un dre de questions , Xeno fait pi pi >; 'enferment d les ■ X Cynegetiques nous montrcnt dans Fillustrc general des (1) Loc, cit.,p. 103. . . w ! ^ b r n r r I ■. ',^ ' '. I \'\ 1 t i I r ARISTOTE. 19 Dix mille auteiir s( iliasseiir consomme mais iitifique. Lc premier natiiraliste de laGr le createiir de iiotre science, c'est Aristote ^ seconde et continue par son eleve Theophraste ; la destinee et la gloire de I'anatomiste de Sta >^ bientot b que de precurseurs , comme apres lui que des disciples. Aristote personnifie I'histoiD r tiaturelledes Grccs, ou, uour mieux dire , des Anciens VIT. Aristote est le prince des naturalistes de I'antiquite ; il serait, si Platon n'eut existe, le prince de ses phi- losoph les; et apres ces deux grands titres , on peut ^ii'e qu'il se serait immortalise par ses seuls travaux sur la poetique et la rlietorique, sur la politique, sur la physique et I'astronomie. Par runiversalite de ses con- ^^aissances, il offre bien le caractcre commun de tons les ^sprits eminents de son sie(jle et des siecles precedents ; i^ais il est special en meme temps qii' universe] . On trouve partout et sur tout, dans ses livres, des notions certaines ^t precises, des idees completes et arretees. 11 est, dans <-'baque branche du savoir bumain, comme.un maitre qui la cultiverait seule ; il atteint, il recule les limitesde toutes ^6s sciences, et il en penetre en meme temps les profon- ^eurs intimes. Aristote est, a ce point de vue, une excep- bon absolument unique dans I'histoire de I'esprit bumain, ^^ si quelque cbose doit nous etonncr ici, ce n'est pas ^l^i'elle soit restee unique, c'est qu'il en existe une : tant I «t *%9 «i I « \ 8 i > "Ml I - -*■ I I I ft i ^ Id 1 20 INTRODLCTIO?^ IJISTORIQLE, ime semblable reunion de facultes et de connaissances est surprenante pour qui veut s'en rendre compte psydiolo- giquenient. S'il etait arrive, lors de Tinvasion des barbares, que le souvenir d'Aristote peril avec tant d'admirables monuments de la civilisation antique, ses ouvrages eussent pu etre pris par les modernes pour une vaste encyclopedie ecrite en commun par I'elite des litterateurs, des philoso- phes et des savants de Tune des plus grandes epoques de la Grece. On eiit refuse decroire a unseulAristote,comme on a doute de T existence d'un seul Homere. Aristote a aborde I'Histoire naturelle avec un plan qui la comprenait tout entiere (1). Tout le monde connait et admire en lui le grand zoologiste ; il etait aussi geologue et botaniste. C'est au pied de sa statue qu'on eiit pu graver ♦a bon droit cette inscription celebre : Naturam amplec- iiliir omnem. Entre ses nombreux traites, la plupart ■. conserves jusqu'a nos jours, d'autres dont il ne reste malheureusement que les titres (2), les deux monuments principaux de son genie sont VHistoire des animaux et le Traile des parties. Apres eux, viennent les livres sur la Generation des animaux. Par cesimmortels ouvrages, que cbmpletaient plusieurs autres traites d'une moindre etendue, quatre progres qui, dans revolution graduelle de la science, semblaient devoir sesuivre a longs intervalles, se trouvent simultanement (1) Yoy. BLAimiLLE et Maupied, loc. cit., p. 180 et suiv. — Apres ce savant travail sur Aristote et ses ouvrages, il suffira de citer iei les lemons de Cuvier, loc. cit., p. 130 el suiv. , (2) Mentionnes par Diogene Laerce , Vies des philosophes ceUbres, ouvrage ou se trouve aussi le testament d'Aristote et plusieurs doeu- mentssur ce grand honime. I * •f It r , --.- { V I < I * r i ^ •* ARISTOTE. 21 plis : la zoologie, jusqu'alors si pau\ cierablement enrichie , im esprit de sage critique y fait la part de la verite et de I'erreur ; une classification ration- i^elle, expression souvent heureuse des rapports naturels, enchaine les faits , et deja de ceux-ci sont deduites des d'un ordi en consequences generales, souvent d'autres termes, la synthese est des lors instituee avec et par I'analyse. Parfois meme, la synthese d'Aristote est si nardie, qu'elle atteint jusqu'aux plus hautes sommites ^6 la science, jusqu'aux veriteS les plus abstraites , et encore aujourd'hui les plus neuves de la philosophic naturclle. Du sein de ces temps recules, auxquels ses ecrits appartiennent par leur date, Aristote savanceainsi auloin vers I'avenir; et par un privilege accorde a lui seul entre tous, vinat et un siecles et demi gressif pour nous, un auteur pro des le Tel est, tel m'apparait du moins I'auteur de VHisioire animaux. Disons-le d'ailleurs, et sa gloire n'est en rien affaiblie par cette remarque : pour precipiter a ce degre niouvement dela science, il ne fallutpas seulement le bGnie exceptionnel d'Aristote, ilfallut aussi que ce grand 'iomme veciit dans une grande epoque ; que le fils de ^icomaque et le disciple de Platon, heureusement initie ans sa jeunesse au savoir positif du medecin comme aux ^peculations abstraites de I'Academie, devmt, dans son **Bemur, lemaitre etl'ami d' Alexandre. Aux productions e 1 Europe meridionale, Aristote put, le premier, com- parer celles de I'Egypte, dc I'Asie Mineure, de la Perse, ^ ^ i hide : c'etaieni les trophees que le jeune roi de Mace- % \ I* ^ * ■( Mi ! I T «^tt f I I 22 INTRODUCTION HISTORIQUE. doine , u chaque yictoire nouvelle , se plaisait a en^ f en Grece, Gomme s'il se fiit donne pour mission de /. • qiienr monde pour pour meme. 11 etait digne d'Alexandre dc Ari stole. V ^ Ylll. \ r I f I I 1 r \ t? Si, apres lenaturaliste de Stagyi e, I'Histoire naturelle se w ' soutient quelque temps encore, c'est qu'il se survit pour ainsi dire a lui-meme , dans ses disciples Tlieophraste et Praxagore, et dans les disciples de ses disciples, Herophile et Erasistrate (i^ Plus jeune seulement dc treize ans qu'Aristote, et son condisciple a 1' Academic, avant d'etre son disciple et son successeur au Lycee, Tlieophraste avait aussi ecrit son encyclopedic ; elle se composait de plus de deux cents traites, dont le temps a malheureusement detruit la plupart. II nous rcsle, du moins, du mo- raliste le celcbre livrc des Caracteres, et du natura- w liste, le Traite des pierres^ quelques opuscules et fragments zoologiqaes, VHistoire des plantes et un Traite des causes de leur vegetation. Aristote avait etc surtout zoologiste ; le second chef de I'ecole peripateti- cienne se fit surtout mineralogiste et botaniste. Continuer et completer son maitre etait sa noble ambition, et il com- prit que le seul moyen de le continuer dignement, c' etait de I'imiter. VHistoire des plantes de Theophraste, le plus ■ (1) Erasistrate parail se rallacher plus directement encore a Aristote ; selon plusieurs auteiirs, il etait son petit-fils. 1 / i I i -.:. . ■ . ■■ r. -^ . "':■' ■\'-..- |.: ^ r THEOPHRASTE . important de ses ouvrages, est moMec sur V Histoire des (inimaux d'Aristote : la methode y est la meine, et le plan analogue. J\Iais la meme methode n'y est plus employee d il est main aussi ferme, et ne conduit qu'a d moindre valeur. Theophraste estbon o^ bota parfois experiment et neanmoins la nique reste, apres lui, infm ogie apres Aristote. Get es ctere de la science erecrrnc de s\' def ^lais ses generalisations ont une bien moindre portee. D( ^•^s classifications il ne reste presque rien aujourd'hui ; cellc; ^ Aristote subsistent encore dans leurs traits principaux Aheopbraste ne demeure pas moins le second natura list etudes qu'il po dument dans son jardin botanique d'Atbenes en ' HISTORIQLE. maitrc. Si Fori cut jiigc Tlieophraslc en liii-mciiie, on cut admire a quelle hauteur il avait porte I'Histoirc naturelle : en comparant les deux naturalistes grecs, on a surtout emarque combien Aristote a surelevcrplusliaut encore. 1 Les autresperipatcticiens, Praxagore, Heropliile, Era- sistrate ne sont plus, a proprement parler, des naturalistes ; ce sont des medecins. Mais ces medecins ont fait plus pour notre science que bien des naturalistes de profession. L'Egypte est a peine devenue grecque , que Praxagore y M commence, surle cadavre humain, des etudes impossibles dans sa patrie. Heropliile, son eleve, puis Erasistrate, disciple de Theophraste apresl'avoir cte quelque temps d'Aristote lui-meme, viennent bientot a leur tour sur la terre des Ptolemees, ct, par le nombre etrimportancede leurs decouvertes anatomiques, ils surpasscnt a la fois leur devancier Praxagore et tons leurs successeurs jusqu'a IX. \ Chez les Romains, Tagriculture est pendant long des arts de pa IX qui Yarron et Columelle , quelque interes- ouvent au point de vue de I'Histoirc na- 's De re rustled , ne sont pas des natu- des fc A plus forte raison, parmi les Grecs, ne peut-on don le litre de naturaliste ni a riiistorien Polybe, ni au g graphe Strabon : leurs ouvrages ne renferment pas mo des documents que leur exactitude et leur precision n< * i s ^-r ^ . ^r i I > I I. m * I f PLIXK. 25 I P i Tile -Live de Polybe meme eloge. Vtlienee, Oppien, Elien, A consultes par nous bien plus souvent encore, et leurs ou- devo s pter, toutefoi able dc qu'av( k) serve. Disons-le detour : tous ces hommes que flatterie des modernes de propos de I'Histoire iiaturelle. Et passons d'Aristote a ses pretendus seurs, nous retombons de 1 'invention et le genie del ^^'auserie spirituclle. Pline Ini-mpmp n'pQt m la hauteur qui se'parc r pilation lleurie et de la 3 lui-meme n'est qu'im compilateur plus elegant V re, plus spirituel, mai stout aussi pcu scrupuleux. On pent le lire avec plus de plaisir, mais non avec plus de Pi^ofit. II amuse, il cliarme ; il n'a pas la pretention d'in- La atteinte ^ une illustration , a d'autres litres si meritee; ce serait lui i imputer s toute f^onne la rais ces fables absurdes ; d'avoir cru a tous ces contes de femme dont il a rempli tant de pages, en depit de efutation de ces inepties populaires aite dcjaquatre siecles auparavant par Ai Que ) enfni , dans I'interet de Pline lui- me, de le qualifier denaturaliste ; car la posterite i Ji devenir severe : il n'est point de merite de stj pensce fiui puisse faire oublier ou racheter un c I; ^^ I 5 I I + i ^ *f t ^1 26 IIS'TllODUCTIOK IIISTORIQLE . 9 absolu une gi Etsurtout otic ronbannissc enfin del paralleles si cliers aux rheteurs, entrc Aristote Pline Pline et Biiffon : Buffon que flatter, et oae dans iiotre r\ ieclc meme oil a pretendu lionorer, en le decorant du nom de P/i frangais (2). G'ctait louer Buffon coinine on eiit pu loi Valmont de Bomare (3) I * I ill X. Si la Grece, devenue province romaiiie, ne se fiit sur- vecu a ellc-meme, nous pourrions terminer ici cette esquissedel'liistoiredes sciences naturellesde I'antiquite : (l)J'ai peine i croire que Cuvier, dans ses celebres lecons histori- ques du College de France, ail pu comparer, lui aussi, Pline a Aristote, et prononcer ces paroles qu'on lui attribue dans la redaction de son cours sur VHistoire des sciences naiurelles, loc. cit,, p. 260 : « Pline » ecrivit alors son Histoire naturelle , ouvrage qui n'est pas moins " remarquable parmi les Latins que celui d'Aristote parmi les Grecs.» Si I'illustre professeur avail, en effet, porte ce jugement, j'enappel- leraisa lui-meme. On lit un peu plus bas (p. 26/i), dans la meme le^on, et ici je retrouve Cuvier : « Pline est loin d'avoir le genie »> d'Aristote Quoique ecrivant a une epoque plus eclairee, il a V accueilli avec peu de. critique toutes les fables absurdes qui etaient » accreditees de son temps. II semble memequ'il ail eu une predilec- » tion parliculiere pour le fabuleux. Son ouvrage, d'ailleurs, manque » d'ordre, de methode. « En resume, Cuvier le considere comme le plus extraordinaire des compilateurs ; et ceci meme n'est vrai que par rapport aux compilateurs de I'antiquite. (2) Linne a ete de meme appele le Pline du Nord. (3) Je viens de reproduire, sur les ouvrages d'llistoire naturelle publics du I" au iv^ siecle, une opinion que j'ai enoncee pour la pre- K r I F I ft ( I \ \ I r } 4 t i 1 -"■■'' -.- :■^^■^■:. ^^^H , . > -• E [^'>; -^vt'PP ' -'- - . ■- - - > - F ^ - ^ ■ n -■ - t- '-' --■ .- '. ,' ..- - - :, - - --. '* f I i f 1 DIOSCORIDE. 27 Dioscoride sous les Cesars, Galien sous les Antonins deux Gr 1 Bien moins celebre que Pline, Dioscoride a bien plus de droits que lui au titre de naturaliste. II est, toutefois, niedecin de profession , et c'est essentiellement pour I'appliquer a son art qu'il aborde notre science : il 'rit pas un livre d'Histoire naturelle proprement dite , inais ce que nous appellerions aujourd'hui, ce qu'il appelle deja un traite de matiere medicale : uioi uI-ac laroiyj}^^. 1 f tel est le remarquable titre de son ouvrage. C'est le regne vegetal qui fournit a la therapeutique la plupart de ses me- dicaments ; Dioscoride est done surtout botaniste : aussi ^ a-t-on souvent compare a Theophraste, qu'il egale selon plusieurs, qu'il surpasse selon d'autres. II est, en realite, tfes inferieur a son devancier pour I'art des descriptions, ^a methode et 1 'esprit scientifique ; mais il a vu plus de Plantes ; il salt et expose plus de faits de detail , et tandis \ "I ^ifere fois en 1837 {Revue des deux mondes, livr. du l^avril). On ful ^ ^bord loin de s'y rendre. On la troiiva injuste et irreverencieuse ^nvers plusieurs grands ecrivains, envers Pline surtout. Je fus accuse ^nme de lese-anttquitL Depuis, j'ai relu Pline, je I'ai eludie de ^<^uveau, et je persiste dans mon opinion. J'ai eu, d'ailleurs, la satisfaction dela voir partagee, et presque des ^ii^onient meme ou je^venais de I'emettre, par M. Villemain, Cows ^^ litterature, xYiii^ siecle, 1838, part. I, t. II / p. 38Zt. La severite de illustre professeur va meme bien au dela. Elle atteint aussi, dans Pline, ^^ litterateur. « Pline, dit M. Villemain, appartenait h cette ecoled'ima- ^Vgination plutot que de gout, qui produisit dans Tacite un peintre *' ^^comparable, mais qui, partout ailleurs, est empreinte de declama- ^^ tion et de subtilite. Homme de lettres^ hien plutot que de sciences^ Pline " jette souvent sur des fables ou des idees fausses un style recherche. « (i) Tous deux etaient nes, non sur le sol meme de la Grece, mais dans TAsie Mineure : Galien, a Pergame, en Mysie ; Dioscoride, l\ Ana- ^-^^be, en Cilicie. du il ■ ll \ 1 1- * 28 INTRODUCTION HISTOKIQUE . que Theopliraste etait surtout consulte par les savants, Dioscoride est bientot devenu classique parmi les mede- eins, et il n'a cesse de I'etre, en Europe, que dans les temps modernes, et en Orient, de nos jours (1 Le siecle suivant est celui de Galien. Les traites de V Administration anatomique et de V Usage des parties font de cette derniere epoque I'une des priricipales de la science. Un seul medecin de I'antiquite a pu etre com- pare a Hippocrate : c'est G un seul anatomiste et physiologiste, a Aristote : c'est encore Galien, du moins en ce qui concerne I'homme ; et il s'est avance bien au dela de I'un et de I'autre f2V 1 ^ Dernier effort du genie grec ! Le mouvement imprime ; par Aristote avail dure plus de cinq cents ans : il s'arrete. Apres Galien, on ecrit, oncommente, ondiscute; onn'in- vente plus. L _ ■ ~ r (1) Sur Dioscoride, voy. Sprengel, loc. cit.^ p. 151 et suiv. L'au- teur enumere les plantes decrites par le botaniste grec, toutes celles du moins dont la determination a pu etre obtenue. Dans le meme ouvrage, on trouve de precieuses indications sur les connaissances botaniques de.Pline et de Galien, (2) vSur les services rendus par ce grand medecin aux sciences na- turelles, voy. Cuvier, loc. cit., p. 312; et surtout Blaiinville et Maupied, t. I, p. 3/i2. Sur Tensemble des travaux de Galien, en attendant Touvrage etendu que prepare M. Daremberg, on consultera avec interet son Essai sur r Galien considere comme philosophe. Voy. la Gazette medicale^ 181x7, t. XYII, p. 591. Voy. aussi la T/iese inaugurale deM. Daremberg, Paris, in-Zi, 18/il. r Les consciencieuses recherches de M. Daremberg auront pour re- sultat, non seulement de mieux faire comprendre et apprecier les parties deja connues des oeuvres de Galien, mais de faire connaitre des parties importanles jusqu'a ce Jour plus ou moins completement i-gnorees. t I I 1 I I ! \ t > \ .:■,:; - ^* .-—.•. : '"■ . .^.<-^- .;,j-: ir * ;* t 1 v^'^''v^v\/vvv\/\/vx''Vvv\/v\/v/Nyv/\/\/vv"^./\/v\/\/v\>'v^^/^ rww DEUXIEME SECTION. RENAISSANCE ET PROGRES DE l'hISTOIRE NATL'RELLE DANS -■^ I.ES TEMPS MODERNES, x" r ^OMMATRE. I. Roveil de Tesprit liumain. — II. Renaissance tlcg leltrcs el des sciences Fin du Renaissance do THistoirc naturellc. Seizi^ine siecle. — III. Naturalistes compilateurs. Premiers obscrvateurs. —IV. Clusius. Rondolet. Belon. — V. Gesner. ~ VI. Cesalpin. seizieme siecle et premiere partic du dix-septieme. — VII.Pliysiologistes.Fabrico tl'Aquapendentc. Harvey. —VIII. Zoologisles ctbotanisfes. Colonna. Les Bauhin, -econde partie du dlx-septieme Steele ct commencement du dix ~ Imiiieme . *X. Micrograplies. ~ X. Anatomistcs. Zoologistes. Classificateurs. — XL Resume. *'-^prit nouveau dc la science. Division du travail. i i i i i < I I. I r 1 I !■ 1 t- II I^ans le moyen age, rHistoire naturellc sub commun des connaissances humaiiK ^^'iit que va suivre une autre aurore. Un seul homme, sur '^oyou iioe, eleve nn iui^ T c'est une longue les confins dc Isidore de Se\ dans un immense ouvraffc, atin de postt de temps. Mais ^Pi'f^s lui, les tenebres semblent s'enaissir encore. L'obs profonde en Occident. Dans I'Orient Constantinople, a Bagdad on extend, de ( U echos affaiblis Ibn-Sijin, aue n 1 i [ I -^ \- I i ! I 99 4 ^f :% ?>0 INTRODUCTION HISTORIQL'E. ppelons Avicenne (1), semble pres de faire revivre pi ieurs branches des connaissances humaines : il est nat meme temps que medecin et philosophe ) de plus alchimiste, comme tous ceux de de ipays. Le reveil de I'esprit humain date pour I'Europe de la nation des universites. Celles de plusieurs villes d'ltalie de France sont fondees des lexn^ siecle; celle d'Oxford commencement du xni"; celles de Prague et de Co- logne, au xIv^ A r epoque,' la philosoph cesse d'etre entierement asservie a la theologie, ancilla tlieo- logue, comme on I'avait appelee; et le nominallsme se pose en face du realisme, silongtemps souverain dans toutes les ecoles : c'est du moins, dans les voies sans issue de la vieille scolastique , une tentative do reforme et dc pi Enti huit siecles aupai ecommencent ivant. la Grecs, il y a a la fois pointdevue, opposition complete sous un autre. Pom f (/e scierices distinctes; c'est leur ensemble , ou la philosopliie, + (1) Un peu avaiit Avicenne, qui a ecrit dans la premiere partie du XI* siecle , le philosophe Alfarabi , le Phenix du quatrieme siecle (del'Hegire), parait avoir possede des connaissances etendues sur les etres vivanls, parUculierement sur les plantes. M. Hoefer, dans sa savante Histoire de la chimie, Paris, 18Zi2, 1. 1, p. 326, a recemraenl fait connaitre un manuscrit d' Alfarabi qui offre quelque interet a ce pointdevue. Plus pres de nous, le medecin et philosophe Ibn-Rochd, ou Averroes (XII* siecle) , el le medecin Ben-Beithar (xni*' siecle) , ont aussi, comme na- turalistes.honore la science arabe. Ben-Beithar a laisseun dictionnaire de matiere medicale oil il ajoute ii Dioscoride et le corrige quelquefois. r I I t 1 I i ■■ ff r 4 \ MOYEIS AGE ET REKA1SS\>"CE. 31 .■1 ♦^luc chacuii, comme autrefois, pretend eultiver et ensei- gner. Mais les pliilosophes grces s'avancaient hardiment vers la connaissance des verites de tons les ordres, affran- <^hisde toute autorite, memetrop soiivent decelle des taits, <^hereliant siirtout , dans la sagacite inventive et la force synthetique de leiir esprit, des ressources qni suppleaient Parfois merveilleusement a tout ce qui leur manquait d ailleurs. Au moven age, et au commencement de la re- naissance, au contraire, nulle initiative scientifique(l), nul Gitort d'invention et d'imagination , nulle aspiration vers iavenir; tons setournent vers le passe, etn'ont qu'unc '^^ule et meme pensce : etudier et comprendre les anciens ; aire le depouillement de tout ce qui est dans leurs livres ; leconstruire piece a piece redifice de la science antique. Immense labour parlequelilfallaiten effet commencer! ^I^^iatre siecles y furcntentierementconsacres, sans meme y S'utire! Pour I'Histoire naturellc en'particulier, despre- n^iers erudits du moyen age a Linne, il s'ecoula plus de ^nips que des premiers philosophes grecs a Aristote /2). >> i 4 Mt m i r ^ II. I < f I^ans unc epoque ou la connaissance des but de efforts, le merite supreme est rcrudition ji^ ) Sauf de glorieuses exceptions. Que cVinitiative! quelle force ^ntive, quel genie novateur chez le moine Roger Bacon ! art~i ^' ^^*^^'6loppe quelques unes des vues que j'indique ici dans un intiiule : Sur les naturalistes compilateurs du seizieme et du -'^epheme siecle, dans mes Essais de zoologie generale, p. 98 et suiv. " ^ ous ne devons done reprocher aux naturalistes du xvip sifecle, 1 I I U \ ^t a <, I * 32 INTRODUCTION HISTOH IftL'E . h 'i f k^■ ' - ; ct I'oeuvrc paFex('elJence,la compilation coinmciitccC'est la, depms Ic xii'' sieclo, Ic caractcrc commiiii des travaux acconiplis siir divers points del'Enropc : partont des coni- pilateurs ct des commentateurs. Les uns compilcnt et con> niententles onvrages des anciens; les antres, les compi- lations et les commentaires des- aiitcurs i)reeedents. Les uns le font a\ cc une erudition lucide et intelligente ; les autres, sans gout, sans critique; mais tons, intcrpretes habiles marchent les memes voies, poursuivent la meme oeuvre. On comnrend ce nue nonvait etre alors F His toil A I'etude de ubstituee qui en avaient autrefois traite ; et Ton ne songeait, sans enrichir la science de notions vrainwynt nouvelles, cpi'a remanier sans cesse les notions antericurement acquises. Et encore, dans cette qioque de restauration erudite, les meilleures sources d'erudition manquerentlongtemps aux compilateurs : jusqu'au xni^ siecle, les livres eux-memes d'Aristote n'etaient connus, VOrganon exccpte, que pai- quclques extraits pen fideles; et quand enfrn Albert » disais-je en resumant cet article, ni de s'etre portes avec ardeur sur » Tetude des livres anciens, car cette etude etait necessaire, ni de liii » avoir consacre tant de temps, car elle etait eminemment difficile. Ce » qui a ete fait, etait precisement ce qu'il fallait fairc ; et ceux de nos « contemporains qui, du haut de la science de leur siecle, ont jugt^ J) severement et presque avec dedain les travaux de ceUe epoque, ont )> fait acte a la fois d'injustice et d'ingratitude. Ces hommes laborieux » et perseverants qui ont consume leur vie dans les recherches les plus » abstruses et les plus arides, et, par elles, ouvert la voie a leurs )) successeurs, ne sont-ils pas pour nous de veritables ancetres scien- » tifiques, auxquels nousdevons notre reconnaissance aussi bien que I » notre estinie? » ^ , _ T I i ♦ I f 1 J r f ! - ^- - .AlOYEN AGE ET REAAISSAISCE. Ic Grand lesrcndit a I'Eiirojie, cenefut, alors nieiiic, qu'a Uudc d'linc tradaction aralje, de seconde main. 11 fall •ittendre deux siecles encore (1), de Theodore Gaza, une complete de ces tresors si longtemps desires. Que pouvaient,pour les i)rogTes de I'Histoire naturelle, i'ofesse, ii runi\Trsite dc Bologne, de 1315 k 1326, epoque de sa ^^^^»'l. Des le sieele precedent, renipereiir Frederic II avait voiilu que I. 3 im§i f r u<- - —1 > Ul ► I i .1* I \ i: > f m i \ T ■ I- ^^iifii ' " ^ J I <\ i ^ I / 3/1 IM KOBUGTIO^■ HISTOUiaUE . etude, si loiigteinps interrompue , de i'luia Mm, dans cette epoque encore, 1' exploration ntreprise par lesPortugais, et activement poiirsui\ omie (1) du globe plusieurs peuples, commei duclions des contrees tropic a faire connaitre les pro- Vinsi, au moment meme 'es du savoir antioue, les ■^ o\ f • r derne dans deux de ses directions principals logic et I'histoire naturclle propremcnt dite , Si cette epocjue a a peine realise par elle-m pi IV si 0- Histoii qui que les moderncs ont trop oublie. 11 y a loin de G Gcsner, de s de de plantes ou d'animaux, a Clusius et a Cesalpin ; mais un seul pas en avant, si ce pas est le premier, est encore '\ J . des dissections fussent failes dans les diverscs universites de FEmpire et du royaumc de Naples. On ne voit pas que ces dissections aienl iitilement laisse trace dans la science : mais la mesure prise par Fre- deric ne reste pas moins comme un titre d'honneur pour ce prince, pro - tecteur si constant et si eclaire des lettres et des sciences renaissantes. C'est au toeme prince que Ton doit le traite De arte venandi cum avibiis, oil plusieurs oiseaux, dafts cette epoque de compilation, soiit exactement decrits d'apres nature. (1) Mundinus parait n'avoir jamais disseque (du moins publique- ment) que deux cadavres humains, trois au plus; et ses dissections ont peu profite ii hi science. Mais il avait ose donner Fexemple. Un tel service vaut bien des decouvertes. Son Anatome omnium kumani corporis interiorum memhrorum a ete loiigtemps classiqUe. On Fa souvent reimprimee avec on sans les precienx Commentaria de Bep.enger he Carpi, qni, plus heureux que son predecesseur, avalt pu s^eclairer d'un grand nonihre d'obser- Vations anatomiques. \ a I ii 1 ^ ■■/ 1^1 I I ( * BERNARD PALISSY, 35 r "n titre au souvenir de la posterite. Longlemps apres la mort de Gaza, ceiix qui passaient devant sa maison de se decoiivraieni a\ee respect: eet bommage "'etait que justice. r 1 11 . / ^ 1* r I Laconnaissancedes monuments de I'antiquite continu I' ^tre, dans le xvi" siede, I'objet destravaux les plus nom 1: plus perse\ eore en general d V / udits 9 / tion est la udits ; les autres, etce nesont pas ceux dont I'emdi die dor toujour; moins sure, sont en meme temps observateiirs u^s, quelques uns meme penseurs pleins de bar- ns cettc epoque, il n'est guere qu'un seul bomme on puisse dire qu'd procede de lui-meme, et qu'il est J de iourne vers I'avenir (1), et cet bomme de genie ient a Fbistoire de notre science que par un seul ses travaux si merveilleusement divers. C'est le d( ^ Ki det( ( eniin I fossiles, dans lesquels on ne sut voir si long temp ' simples jeux de la nature, dans lesquels il montr* es preuves (2) de rantiqiie submersion des conti |1) Dans ses rechei'clies scientiflques, du moins. ^^ ^ meme auteur est aussi un archcologuc distingue. On a de lui s etudes interessantes sur divers monuments aiiciens qu'il avait '^"^s dans ses voyages. - ■ ^ ) Entrevues dejii par Leokard de Vinci (voy-Pouchet, loc. cit., ^Z' et beaucoup plus anciennement par Avicenine, dans des m 1M il i I ) «4 M I . r r*-( --J.- "t^ ^ h 'A *M h •1 i» i I «r T ■ t i. > r I 30 ) IXTRODLCTION HISTORIQUE . pe .J la geologie, Fiin des createiirs cle cl rinveiiteur des rustiqiies figu- Palissy (1 / A e On pourra rcmarquer que les noms qui vont main tenant re cites appartiennent presque tous a la medeeine. G'est elle, en effet, qui a surtout initie les modernes aox sciences d'observation. Non seulement Vesale, Fallope, Eustaclie de Saint-Severin, si bien nomines les triumvirs de i'ana- iomie ; du Bois ou Sylvius; Fabrice d'Aquapendenle , passages Ires remarqiiables pour le temps ou ils ont etc ecrits, et sur lesquels M. Hoefkr ^ loc. cit. , 1. 1 , p. 328 , a recemment appele raltention. lis se trouvent inseres dans la Bibliotheca chemica ciinosa de Ma^get, edit, in-fol. de 1702, 1. 1, p. 636 el 637. '"(1) Et cet ouvrier de genie est, en menie temps, au xvi^siecle « un des plus grands ecrivains do la langue fran^aise, » vient de dire rillustre auteur du Civilisateur. -— Voyez, dans la cinquieme livraison i852, p. 250, le remarquable article deLAM\RTixE, intitule : Bernani r lie Palissy, le potter de terre. Est-il besoin d'ajouter que Palissy resta longtemps incorapris? Pies de deux siecles plus tard, en 17Zi9, Buffo>' , Theorie de la terre, dans VHistoire naturelle, t. I, p. 267, lui rendit enfin cet homraage dlgno de tons deux : ' « Un poller de terre, qui ne savait ni latin ni grec, fut le premier qui osa dire dans Paris, et a la face de tousles docteurs, que les co- quilles fossiles etaient de veritables coquilles deposees autrefois par la mer dans les lieux oil elles se trouvaicnt alors... ; et il defia liar- )) V -i) )) » M diment toute I'ecole d'Aristote d'attaquer ces preuves. C'est Bernard I Palissy, Saintongeois, aussi grand physicien que la nature seule eu puisse former un : cependant sonsysteme a dormi pres de centans, et le nom raeme deson auteur est presque mort. » Dans les travaux de Bernard Palissy est « I'embryon de la geologie » moderne, « a dittres justement Cuvier. -Voyez son Histoire des sciences naturelles, t. II, p. 23Zi ; passage ou le mot zoologie, substituc au mot geologie , sans doute par une faute typographique, forme un contre-sens qui ne saurait echapper aux lecteurs attentifs. •* M t r I f > i I » II I i MEDECIISS NATURALISTES. rf 37 Columb JListemeiit celebre que son maitrc Fallof Vmbr e Par etude de f". 4 o de meme, a bieii peu d 'except pres, des iiaturalistes proprement dits L'Histoii epoque i e n'est guere, alors, qu'unc annexe de differences premiere origine de notre science et sa renaissance moderne. Dans I'anliquite, Hi don diffi zoologie , d s * • de s manifes de pour I'esprit. Maintcnant I'Hi de ses devient ctudiee medecins : elle Test done surtout au point de ppl de guerir; et la botan la branche la plus genefalemcnt ct la niieux Elle I'est meme d'abord presoue seule. Au debut xvie siecle , nous ne trouvons que des ou, plus exactement, des erudits specialement occupe i'uiterpretation et du commentaire des livres anciens etaux. Tels sont, tres utiles encore dans le cc (1) Comme elle Tetait dejii, ct par la meme raison, k I'ecole 'eference tres marquee. : i W ai ^ M - \ ti 11 K ( r V i i f ^ m i ^ t^^ t ^ I :t f » b* Is ? NT! P^ 38 INTRODUCTION HISTORIQUE Qu ils se renferment, le premier ties Leoniceniis, tra- ducteiir de Galien ct commentateiir de Plinc , qii'il ose lUm priiiniier el, refuter, et Monardus aui etablit, entre les • J / des Arabes an mo\ ge, line comparaisoii tout a I'avantage des Grecs ppartiennent a la fo et xTi" siecles; el Italiens : car, pour I'Histoire naturelle tons deux sont aussi, la renaissance est surtout italiemie. ^ G'est par Brasavola, fondateur du premier jardin dans Z' 1 \ par Matthiole, parRuel, que robservation s'introduit dans U livres botaniques, qui pourtant restent encore essentielle- ment des commentaires des anciens. Lonicer commence dans la vaste compil e de Enfin ell e end d( de plus en plus, une grande pla dans les ouvr: Rembert ou Dodonsei ges des botanistes Brunfel Bocl Dalechamps , Lobel , Fucbs ; ct des Dodoens Cordus , es oil super precedents qu'ils sont eux-memcs surpasses par Glusius, Rondelet et Belon, et, au-dessus de'tous, par Gesner et Gcsalpin. T -■ (1) Theophraste, commo on I'a vu plus haut, avail tleja iin jardin botaniqne. . Celui qn'a cree Brasavola appartenait au due de Ferrare, et n'etait pas public. C'est Pise qui a du, quelques annees plus tard, au due Cosme deMedieis, Favantage de posseder le premier jardin bota- nique, librement ouvert aux etudes des naturalistes et des medecins. En Alleniagne , Euricius Cordus "parait avoir fonde aussi de tres — ■ bonne heure itn jardin botaniqne. grand \ I i i 1 I t 4» k. ■■ f ¥. \ i f- r IrK ' ■ ■u- I ""^ 1 RONDELET ET BELO>* 39 x-- ^ ' i \ I i V IV \ 4 t pell des efforts nombreux et utiles , mais aussi des Si y 'I'avail, je nc saurai pOLir la science Glus s ind Roi Beloj dii 1 ■- ; / ^ qui hoiiore la 'lie dut a Gesner et a Cesalpiii. Clusius, oil pour retablir ici uu iiom •^ ranee, Cliarles de I'Ecluse, represente par excellence, eiitre tous ses contemporains , I'introduction , dans les cadres de la zoologie et de la botanique, des animaux et ^^^ plantes exotiques, decouverts dans ce sieclc et dans le ^lecle precedent. Par Clusius, rHistoire naturelle com- -e arevetirl'un des caracteres sans lesquels elle no ^erait pus digne du nom de science; elle cesse d'etre l*^^cale, elle s'etend sur toutes les regions connues du blobc; elle tend a se faire universellc et comparative. Kondelet et Bclon sont, dans I'histoire de la zoologie, '"se[)arables I'un dc raiitre : |)ar leurs efforts, naral- lele et continues durant un grand nombre d'annccs, par ceux de Salviani, I'une des brancbes }»rincipales *^1^ la zoologie, I'bistoire des poissons, se trouve des lors I'ortee trcs loin. Rondelet et Bclon sont iG I'icbtbyologie. Et ce titre^ auq s createurs tous deux out des 1 , "^ ^-' ' . JL -, ymts eganx, n*est pas le setd dont la science doi\c '^1^ lenir comptc* A Rondelet^ il appartiont d'avoir pre f u .9 I m ■^\ »^ if I ^ ' v: jjj- ^r I \ _ ■ T I- ,-' ^. 3 \ F / 40 INTUODUCTIO^' HISTOKIOUE 4 pare par dc jiisles et ingeiiieux rapprochements, d'avoir ebauche memo , dans son Histoire des animaux aquatiqiies, une classification rationnelle; premier pas vers Fun des progres les plus importants et alors les plus difficiles de la zoologic. Superieur a son emule dans la connaissance et I'interpretation des anciens, Belon est en meme temps, dans son epoque, I'un des explorateurs les plus actifs du globe dont il va etudier les prodoctions en Allemagne, en Italic, en Grece, en Turquie, en Egypte ; son retour enrichit la science autant que les efforts reunis de tons ses predecesseurs , depuis Fantiquite, et de tons es conlcmporains. Puis, penseur audacieux dans ses ouvi •) il osc, pour 1 I i ei e fois • \. I la tete d'un livrc ornithologique (1), dresser le squelette d'un oiseaii en i"ace de celui de I'bomme, et designer par des signes com- muns toutes les parties analogues de I'nnet del'autrefS): pensce d' une immense portee, et qui, dans une epoque aussi reculee, assure a Belon Thonneur du premier essai lente pour la demonstration partiellc de I'unite de compo- sition prganique. v. \' \ \ \ t I f \ - r J- f l-v; I I iMl M Conrad Gesner est, avant tout, un compilateur; nuln'a plus compile que lui, et ce sont bien les qualitcs du com- pilateur, son immense erudition, sa merveilleuse assi- ■N. (1) Histoire de (a nature des oiseaux. Paris, in-fol., 1555. N ^ (2) « Pour faire apparolstre, dil Belon, conibicii raffinile est j^raiidr « des viis aiix aiUres. » i I r } i _ ^ 'i-^-^i -■ 'i' . ■ :-.'- J ' k t ■I •t 1 I I i I f i r I '^V ^ \:n . lli uiiile(i), que ses coiitemporains et scs siicecsseurs ont siirtoot adniirees en liii. 3Ii\is mil n'allie mieux a ces qua- lites, eomomoes a tous les bons travaux da xvl^ siccle, cclles qui poiivaicnl les rendre vraiment lecondes, et est poiirquoi Gesner conserve on rang si eleve dans Ifi science. J'avoue n'avoir jamais eu la patience de lire dans son entier ces ouvrages que Gesner a eu la patience bien plus grande decomposer; et je crois pouvoir dire Qnc luii j^'a^ piyg que moi, poursuivi jusqu'au bout leur laborieuse etude. Qui le pourrait dans une epoque riche ^le plus de livres qu'elle ne possedait de pages an temps clu naturaliste de Zurich : ^lais si Gesner n'a plus dc lecteurs, il est encore con- ^^ulte cliaquc jour, il ne cessera jamais de I'etre ; et ceux fpri le consulteront, le feront toujours avec un immense pi'ofitpour eux et une egale admiration pour lui. Sa grande mstoire dcs animaux^ dont les diverses parties parurent de 1551 a 1587 (2), n'est pas un simple traite, mais bieii plutot une bibliotheque complete de zoologie. Tout ce '^lu on savait alors sur les animaux, tout ce que Fantiquite 6t le inoyen age avaient transmis aux temps modernes cle notions zoologiques, tout s'y trouvc fidclement rapporte, :) 'nethodiquement classe, (k'laire par une intelligente criti- 'P'p, et, deplus, enrichi de faits habilement observes pal G esner lui-meme . (1) (( Prolixissima eruditio at stupenda fere assidititas,^) Scilyiiedel, ^'ita Conradi Gesner i , a la tete de I'edition qu'oii lUi doit des Opera ^^tanica de Ges>'ek (Nuremberg, in-folio, p. xxxvij ). (2) Des cinu parties qiii composentce grand ouvrage, la cinqiiieme, ^1*H traite des serpents, est posthume. Aiissi manque-t-elle a la plu- P^^i't des exemplaires de Fauivre de Gesner. J. 3.: !i ( ^ > m 1 I tit Zr , ] ^ > N. \ T I I ft fi^ flj /l2 liNTIlODLCTlON niSTORIQLi: VHistoire des veyetaux, monument non moins vasle selon le plan de Fauteur, est malheureusement restee ina~ chevee; elle eut eu les memes merites, et un autre encore, et d'un ordre superieur, qui donne aux parties publiees une valeur considerable. L'auteur fait, deslors, des mo- difications de lafleur et da fruit, une etude toute spcciale; il signale la preeminence des caracteres qu'elle fournit, et jette ainsi les premiers fondements de la classification naturelle des plantes (1). Immenses travaux sur lesquels on ne pent reporter son souvenir sans etre frappe d'etonnement! Le zoologiste qui ne connaitrait de Gesner que sa grande Histoire des ani- supposerait que I'execution d'un aussi gigantesq ouvrage a du reniplir tons ses moments ; le botaniste pourrait penser de meme de ses (Piivres botaniques . Et pourtant Gesner a laisse aassi un livre sur les mine- raux ; il a ecrit sur la medecine ; il a traduit du grec Stobee, Heraclide de Pont, et d'autres auteurs ; il a donne une excellente edition d'Elien ; sa Bibliotheqiie universelle est, pour I'epoque, un veritable traite de bibliograpliie ; el son Mitliridate est presque pour la linguistique ce que ses rands ouvrages sont pour 1' Histoire naturelle. Voilr ce qu'avaitfaitGesner lorsque la mort le surprit a quarante- neufans : mort aussi belle aue sa vie elle-meme! Dane pidemie pestilenlielle qui sevit en Suisse en 1565, Gesner. devouc an soin des malades, est / 64 ^ (1) Gesner s'est toute sa vie occupe de botanique. Enfant, il collec- tait et dessechait des planles; plus tard, il cultivait et observait dans son iardin, etcommencait une riche serie de dessins botaniques. 11 en a laisse plus de quinze cents. \ t t ^ ? m -■i^v---':?:- v; -:-^^^ l" F . .' -. '-^ ■ v9 k:--^« I VI. I 1 I "l ( CESALPIN. /l3 sympt fait poi cabinet, met en ordre ses ouvri ■t e de travailler, le cinqmeme jour, ciu'cn cessant de g vi vre ! Gesner a ete dit le Pline de I'AUemagne et le Restau de I'H; du • \ 1 des raisons poai ( lue tons les progres 1 effet, et au-dessus de toute compa- Mi le pins ponr notre science. Une 3squelles il Ini a ete si ntile , c'est qu'il a realises etaient de cenx immediatement I'etat de la science, ou dans son avenir le plus prochai fallait perdu de viie, po '^a suite en avant. Pour etre le plus grand naturaliste de '"^tm siecle, Gesner n'etait point un naturaliste de genie, u ^^onis qu'on ne veuille adopter cctte definition celebre : le 8'^nie, c'est la patience. V i i I **f % if i i L'liomme de 2-enie, d de ^ians cette epoque, Cesalpin, et il n'est besoin po Prouver la {ue de dix pages, les dix premieres de De planlis. Dans la preface, Cesalpin :i concept 5 de la methode dont le ph des lors, avec une etonnante nettete, le principe form a Dans le premier chap irciilation du snnc": el P n^ «* » Kir '(' 4 r pwff / x' J ^ ■ L ^ -V-" - 1 S ; i ■ I ( I*-- P lih I^iTR0DLCT10N UISTORIQUE . ne le dit Haller liii-meme. fuvier (1\ la i>etite circulation, coimue aussi (1(3 Michel Servet (2 tion , par la gioire livre est de Columbu de C(isalpiii jusqii'a Harvey ! Ge m^ F '. Dremieroul' organisation et lesfonct (1) Les physiologistes, sans excepter Haller lui-meme, avaient seii- lement donne attention a divers passages des Qucestiones peripateticw et des Qucestiones inedicce, les uns obscurs, les autres relatifs seule- menta la petite circulation. Mais dans le ivmid De plantis, in-'i, Florence, 1583, on lit (au commencement dii premier chapitre dn second livre, p. 3) : (c Qua autem ratione fiat alimenti attractio, et nutritio in plantis , )) consideremus. Nam in animalibus videmus alimentum per venas )> M perfeet mier ). srnritu, qui ex eodem alimento in corde gignitur. » DupETiT-TiiouARS, auteur d'un excellent article sur Cesalpin , in- sere dans la Biographie universelle, 1813, t. VII, p., 561, a le pre- appele I'attention sur ce passage si important pour I'histoire de la science, et si longtemps neglige. -MM. de Blainville et Mau- PIED, Histoire des sciences de I' organisation, t. II, p. 227 , ont aussi insiste sur ce mfime passage ; mais ils n'ont guere donne ici qu'uu extrait de la Biographie universelle. On lira avec beaucoup plus d'interet et de fruit un travail recent de M. Floureks, insere dans le Journal des savants, annee 18Zi9, p. 193 et suiv., et qui est intitule : Nouvelles recherches toucliant I'histoire de la circulation du sang. L (2) Le memequi futbrule par Calvin. Son ouvrage, Christtanismi restitutio, qui etait encore inedit, fut mis avec lui sur le buclier : deux exemplaires toutefois echapperent, et Servet ne mourut pas tout entier ! C'est dans cet ouvrage , malgre son titre tout theologique , qu'est indiquee la petite circulation. Servet etait medecin, et Ton n'a aucun motif serieux pour croire, avec plusieurs historiens de la science, qu'il n'etait ici que le copiste de Nemesius, eveque grec du v" siecle, et auteur d'un tres pauvre ouvrage sur la physiologic. / ^ i t * ■* » i * m r # :.--'--'.^:.U': ^. r* ■^ \ I :M 1 1 I t CKSALPIX. 45 des phiiiles soient robjet do rechercbes Huivies : Gcsalpiu est le vrai createur de ranatomie vegctale. Et ce novateui bardi est en meme temps Fun dcs bommes qui niarcbenl da pas le phis forme dans les \ oies deia ouvertes. Entre toii^ d dans cette epoqae, Tiin de ceux dont I'erudition solide, la critique la plus sagacc; il s'avance for e st la ( etude des roclies; et il devance botanistes ordin 1 "leure des plantes : 1520 cspeces sont d( De I de d'un pape termine si protection ; peut-etre Galilee! La post r • J / d e de ses con- sloricuse me- mo ire a I plus de deux siecles de di to d'bui encore, combien, parmi let s '»'^ges (1), et ■"^^vants eux-memes , ignorcnt ce que fut Cesalnin! II •'St des bisto t res recenles dcs sciences naturelles ou Cep' alp ^ ifondu dan s foule des observ H J V ■ (1) Les auteurs qui, hors de Fltalie, out rendu de digues hommagcs pin, sontsurtout: Dupetit-Tiiouaus, loc. cit., 1813. ^Geof- ■I'^oy-Saixt-HilairEj Coiirs de Vhistoire/naturelle des mammi feres, ^^28, leQonll, p. i; et Fragments biographiqiies, 1838, p. 37. « On ^ accusa d'atheisme, >' llt-on dans ce dernier ouvrage. « Tout homnic » de geirie, parce qu'il pense autrement que son siecle, qu'il estcrea- teur d'idees nouvelles, excite Tenvie et recoit ce salaire. » — Cu- i> ^^iKu, loc, cJt,, X. II, p! 198. — Serkes, Legons orales au Museum '^^histoire naturelle. Flourens, loc. cU.,\i. 202 et 203. M [i ti ^tt% t t \- 4 i \f. %^ t } * ' i J \ I I J ll ■■ i \ V c f¥^ I t r i / liC) il INTRODUCTION HISTORIQIE. des iiisloires dc la physiologic oii ee grand iioiri est omis flV. ■ / YH ^ e Cesalpin, siiccode ' I - \ A rcpoqiie de Vesale, dc Gesner, ( cclle d' Harvey ct des Bauhiii. La science; avait reca une impnlsion Irop vive, pour que Ton ne vif pas surgir bientot de nombreux et d'il- Ds naluralistcs continu(3nt, en effet, litres ; les anatoniistes surpassent Ic.s d 1 leru^s. Apres Vesale, Fallope avait enseignc a Padoue, et cette ceolc etait dcvenue, pour ranalomic , la premiere de 2) et da niondc. C'est de la que so propage Ic mouNcment nouvean de la science. Fabrice d'Aquapen- deute est I'eleve de Fallope, et quand il a succede a Fal- lope, commo ccliii-ci a Vesale, rimmorlel Harvey est! ( f ' \ - (1) II n'est pas un des ouvrages de Cesalpin ou ne se revele son genie progressif. Dans le traite Dem^iaZ//^, rideedevenue si vulgalre h ■ ■ - uiijourd'hui, alors si bardie, que venait d'emettre siir les corps orga- nises fossiles notre illustre Palissy, est congue aiissi et nettement formiilee par Cesalpin, et il y a peu de vraisemblance que les eerils du premier de ces novateurs (ou ceux d'Avicenne ou de Leonard de Yinci, voy. p. 35 et 36) soient la source ou a puise le second. Voici la premiere phrase du passage sur lequel je crois devoir appeler raltention : nEtsi enim aliqUando in eorum [saxorum] caesura ostrea- J) rum testce^ aut ccetera conchylia reperta sint, hcec recedente mari el r a lapidescente solo inibi derelicta in lapides concreverunt.}) Deme-r tallis, editions de Rome, 1596, et de Nuremberg, 1602, p. 5. (2) « L'ltalie, cette lerresi eminemment classique pour ranatomie.>> (Cm'iER, Rapport historlqiie siir les progres des sciences, in-8, 1810, p. 325), I V I 1 n ^ . •'■ .i- --!> '! I I' I « ■ I : HARVEY. ill Ad I rattaclie au plus grand anatoinistc dii xvi" sicclc Ic plus gmnd physiologiste dc tons Ics temps ! Yesalc est I'ancetrc direet d'Harvev ! Fabriee n'est pas le iiiaitrc de I'iinmortel Harvey ; il a la gioire plus grande d'etre son precursi dansles deux voies ou celui-ci s'est avance si loin. Fabi des dir B par de Fabriee, il en tire hardiment la eonsequencc ivre comme autrefois Cesalpin , il demontre le r des expei fait Fabr Pl s al'hommeet aux animaux formation ey s elanee a sa suite dans et ^ ^^uteiu^ immortel ■ ■ iibler impossible , il de la decouverte de del'embi b des ;l ormation successive des organes (1). Et Harvev ne ^ f^rrete pas la : il concoit et proclame deja I'analogic •^l^'s caracteres transitoires de I'homme et des animaux .^ t ^ v^) A'oyez Serres, Precis d'anatomie transcendante, 18Zi2, I. P''. Je ^*'^i en particulier, parmi les iiombreux passages de ce livre relalifs ^arvey et a ses travaux , le chapitre, IV de la premiere partie, inti- *^ • Dss preliminaires du systcme de Vepigenese organiqtie. Harvey ^ ^le parait nulle part mieux apprecie que dans ce chapitre, ecrit dc ^^^^*i»i de maitre. I M r k ) I ti to »f I. t r * ? Lfel. i* *■ \ Ml ^ hS IMRODLCTIOX HlSTOr, I superieurb avcc les caracteres pcrmaiiciits dcs luiiiiiaux nfe '-^, #- H 01 IV son endr fail 1 elle- iiieine dii sang, dontla demonstration etaitoependant aussi r facile a saisir que rigourense, n'eut pas beaiicoup pins de igme '") bryogenie. Des 1619, rauteur avail complete sa de 1628, il fit jtaraitre son celebre Be motu cordis (2 \ ■/ et il qu'Harvey ne put plus que ceux «qui ne savent pas distinguer les raisons vraies » el certaines d'a\ ec celles qui sont fausses et incer- r I * - W L ' (1) De meme que j'ai reprodiiit plus liaut le passage , si loug- lemps neglige , ou I'on voit Cesalpin devancer Harvey de plus d'un quart de'siecle, je reproduirai celui, eucore moins connu peul- etre , ou Ton voit Harvey devancer iPun sii-de d deml mon pere et >[ecke]. Ce nassai>e d'Harvey, deja cite par M. Seures, loc. cit., et par nioi Geoffi p. 160, se trouve dans les Eocercitationes anatomicce de motu cordu, p. leZi'des edit, in-18 de Rotterdam, 165/i et 1660. 1.'auteur s'cxprime ainsi : ■feda et dioina, nihil faciens f cuimani » animali cor addidit, uhi non erat opus, neque, primquam easet ejm f ,vmalis, transiens per omnium animalium constitutiones (ut ila di- « cam, ovum, vermem, latum), perfectionem in singulis acquirit. W^c ohsevvationibm f :> alibi in fwtus' formationc , nniiUs ■ \ - - ■» sunt- )' . (2) Exerdtatio anatomica db motu cordis d sanginms in amma- libus, \r\-h, Francfort. i ) I I I * 1 I I I ■■ '^''•jy \ Al \ il ■ ^^^^B 1 ^^^^H 1 1 ^^^^^^^v ^^^^^H. ^^^1^ ^^^^1 ^^^^^^^H ^^^■l ^ ' ■ ^^^^^B^i ^H j H ^H i 1 ^H| ..^BP |[^ "^^fj :!! n i * ! ^ t IIARYEV. A9 » taines (1). » Mais Ic nombre en fiit grand. La decon- verte d'Harvey eut quelques defenscurs, et parmi eux Willis , mais une foule d'adversaires ; et Riolan lui-meme se mit a leur tete, lui que ses contemporains appelerent le pnnce des anatomisies (2). Au milieu du xvn« siecle, les vieilles idees dominaient encore dans les ecoles. Un professeur de Leyde, ayant ose dire, en J 640, que le sang cn^cule dans les vaisseaux et aue la terre tourne autour du defendit , par epnmande ; et 1 autorite supe de dangercuses nouveautes dont I'unepourtant dataitdei 1 ^e plus de gt ans (de soixante meme, si nous remon- tons a Cesalpin), et I'autrc d'un siecle tout entier ! Et c'esi Pf^ine si Harvey, apres avoir employe sa jeunessc a fai sa decouverte, son agemur a la defendre, put, dura IJ eposer d 3 )) )) ('^) Expressions de Descartes, De Vhomme, m~h, 166/i, p. 12Zt. ^^la a ete si clairement prouve parHervseus, dit encore Descartes, * qw il ne peut plus etre mis en doute que par ceux qui sont attaches ^ Jeors prejuges, ou... accoutumes a mettre tout en dispute. » \-) Anatomicorum sui swculi princeps* Telle est Tinscription raise ^^ l>as d'un portrait de Riolan, appartenant a I'ancienne Faculte de ^'tlecine, et qui existe encore aujourd'hui. ^st k Riolan que sont specialement adressees les deux Exercitat tones ^^^^^^ico3 de circulalione sanguinis^ publiees par Harvey en 16^9. ( ) Selon CuTiER (ou du moins selon une phrase que lui attribue • MAGDELEmE DE Saint-Agy), loc. cit.,t. II, p. 53, Harvev aurait du onheur a Tadhesion don nee a sa decouverte par Descartes, dans le jaUe De Vhomme. Cette adhesion ( voy. p. Zi8, et ci-dessus, note l) est ^tfet des plus explicites ; et Descartes a fait, comme le dit Cuvier, de circulation du sang, Tune des bases de sa physiologic. Mais le traite fiomme ne parut que plusieurs annees apres la mort d'Harvey : une ^^duction latino fut d'abord publieeen 1662, puis le fextc frangais I. /I r* I I m ^ f '■( n ^ J tt^ I ; I 50 l^•TRODUCTlO^' HISTORIQUE. YIIl. ^ f 'h* i ( I* ^ I I I ? Les noms illustres de FHistoire naturelle a la tin du xvi^ dans la premiere moitie du de Fabio Colonna, plus connu sous le nom de Fabius Co lumna, et des deuxfreres de Bale, Jean et Gaspard Bauhin Aldrovande Jonston , tres renommes aussi de temps, sont aujourd'hui tombes rang secondaii Tons deux marchaient au xvn" siecle dans des voies ou le XVI' n'avait fait lui-meme que suivre le xv« . On est etonne de trouver a Fabrice et a Harvey des contemporains aussi arrieres. Aldrovande et Jonston ne sont que des compi- lateurs. Le gigantesque ouvrage du premier, dont la pu- blication, commencee parl'auteur de 1599 a 1605, s'est longtemps poursuivie paries soins de divers continuateurs ; * _ VHistoire naturelle de Jonston, qui a paru de 16/i9 a 1653, sontle fruit de recherches, malheureusement aussi mal dirigees qu'immenses. L'esprit scientifique y fait pres- que completement defaut. Nulle critique , nul discerne- textes ment dans le choix des materiaux. Souvent meme, en copiant Gesner, Aldrovande le gate ; et Jonston le traitant lui-meme comme il avait traite Gesner, leur double travail n'aboutit parfois qu'a introduire dans les anciens des erreurs nouvelles. ■ L' ouvrage de Thomas Moufet, Theatrum insectorum, r i I en 166Zi. Harvey avait cesse de vivre le 3 juin 1657 (et non 1658, comme le (lit Jourdan, Biographie medicale , t. V, p. 91, dans un ar- ticle d'ailleurs generalement exact). r I. V I \ I \ * r Ml ^ --^ ^-^*^ n ii I I ^ I i I I s LES BAUHIN. 51 ^l^e une plus haute estime, parce que I'observation y une plus grande place. Mais si important qu'il puisse dans I'histoire particuliere de I'une des branches de I lence, iln'aexerce sur son ensemble ou'une influence ^ peine sensible. L'entomologi d'une partie des animaux arti( Belon avaient fait pour les poissons ; et il le fait difference des temps , sans une fait a Fe^'ard & Rondelet b superiorite mai s deux illustres compatriotes. Les travaux de Colonna sur les mollusques pour Pl Colo una comme zoologiste, a cote de Moufet. Mais bien superieur comme botaniste ; c'est un observateur infatigable, et il dessine ^esultats de ses observations : on lui doit la connaissanc "e pres de cent plantes nouvelles, et des notions tres pre cises sur les organes de la fructification dans un grand Sombre d'especes. Colonna s'est done distingue C( ^f ganographe , et sous ce point de vue, il est hors ^ans son epoque. En outre, dans ses ouvra Parfois les plantes rapprochees selon leurs affmites; et les groupes for ainsi peuvent etre consideres ^^ja comme des genres n; Les deux, ou plutot les trois Bauhin, car Jean Gaspard Bauh fds de Gaspard, doit etre cite a la suite de Pere et de 1 presque vl) Je ne rendrais pas ^ cette illustre famille un horamage comple- ^lent juste, si je ne citais deux noms de plus : ceux de Bauhin le pere, ^ur d'une partie de VHistoria naturalis plantarum deDALECHAMPS ; ^6 Cheuler, gendre et collaborateur de Jean Bauhin. I'lusieurs Bauhin, petits-fils et arriere-petits-lils de Gaspard, sesont ^ 'stingues dans la carriere medicale. ^ *«l I 41 i ■i r, . I i t ■) «# i / \ 1 I ( ; P i . I F V « 9 > f f « 7 : ) \ I H f i 52 INTUOUUGTION HISTOIUULE . C deleur temps, surdes SI mAnt pomme botanistes Les recherclies de Jean et de Gaspard,parallclementp suivies , niais dans lesquelles lis se pretaient souvent aide fraternelle, embrassent le regne vegetal tout en • Ni Fun ni I'autre ne conduisirent jusqu'au terme 1 epr VH Baubin, dans laquelle on decrites et plus de 3600 fi & universalis de Jean jusqu'a 5000 plantes . nombres immenses pour cette epoque, fut entiercment redigee, mais ne parut que trente-huit ans apres la mort de I'auteur, et alors que les progres de la scienee lui avaient enlevc une grande partiedesoninteret. LeTlieatrumbotanicum, ceuvredu second des Baubin , dut pareillement attendre plus de Irente ans un editeur; et alors meme il n'en parut qu'uii Mais le P du vivant de Gaspard abr table, faite du Theatriim botanicum il a sufti pour placer son autcur a la tete de tous les bot nistes de cette epoque , sans excepter Jean Baubin k meme. Le Pinax. c'est un releve babilement fait deto les travaux anterieurs 1 dination , la synonymic de tous les auteurs enfin etabbe; c'est la nomenclature qui commence a se fixer; c'est une voie beureusement tracee a travers le cbaos de toutes les terminologies et de toutes les classifications jusqu'alors concurremment et confusement en usage. Ainsi, des deux freres, I'un a surtout enricbi la science ; I'autre a dresse I'inventaire desesricbesses, I'aperfectionnee dans ses formes, et I S \ \ I \\ \ i ^ ¥. .-■-.'■ '-. ■ "'V- '- •■',-' m 1 ft 1 LES BALHIA. 63 que pcrsonne a la degager do cables difficultes qui jusqu'alors en herissaient les abords. Ce sent la assurement.de grands litres, etsi quelques modernes en ont conteste la valeur, c'est parcequ'ils n'a- vaient pas su se reporter a I'epoque des freres Bauhin . Que ceux qui ont immediatement profile de leurs travaux aient meleun peutrop d'admiration a leur juste reeonnaissance ; que ees deux astres delabotanique, sidera ktcida fratriim, aient du avec le temps perdrc un peu de leur eclat, je I'ad- niets volontiers ; mais il n'en restepas moins vraique leur influence surla science a ete considerable, et qu'iln'a fallu i^ien moins, pour enlever aux Bauhin le sceptre de la bota- "ique descriptive, que ravenement de Linne lui-memef i). c i M m IX. ■ J i \ i m duit cle en siecle, le meme feit historique foule des travailleurs se precipite, toi se^ dans les voies qui viennent d'etre Quelques hommes d'elite s'en ouvrent parallelement nouvelle. La voie nouvelle, dans la seconde partie du xvn" s ^t an commencement du xvm^ , c'est la micrographie (1) Sprengel s'exprime aiiisi a leuregard, Ilistoria rei herharice, * ^^? P- kl\5 : « Fratrum Bauhinorum tot tantaque sunt in promo- 'fioienda re herbaria merita , ut ah una ft ^' superentur. )> Et CuviER dit, loc. ciL, t. II, p. 208: « Linnaeus seul pent ^tre ^' regarde comme les ayant surpasses. » . f m r ^ .■u. ) i ".". I'- - *. # I - b- J ^ ' J I \ ! h i i n f I 5a IINTRODLCTION HISTORIULE . Non que la premiere invention du microscope appar- tienne a cette epoque. Elle n'appartient pas meme, comme on Fa si souvenfc repete , au celebre physicien hollandais Drebbel. 11 est bien vrai que vers 1620, epoque ou ce to thermometre, il possedait croscope •, mais il le lenait de son compatriote Jansen(l). E pplni-ci. dont la decouverte est sans date certaine, est peut I- precede a son tour par Galilee C grand liomme dirigea sur le clel le premier telescope (2 celui que Ton voit encore a Florence. Peu de temps apre; trois ans au plus, il avait construit aussi un microscopi Mais cet admirable' instrument, apres Galilee, apn Jansen et Drebbel, restait tres imparfait; a peine etait- connu, et surtout nul n'avait songe princes s'en amusaient, les savants ne s'en servaient pas. On avait invente le microscope , il restait a inventer son emploi. G'est ce que firent enfm deux compatriotes de et de Drebbel , Leuwenhoeck et Hartsoeker. A a I'utiliser. Les Jansen tons deux, au premier appar riionneiir d'avoir donne le microscope a I'Histoire naturelle. Im- mense progres, et tel qu'aujourd'hui meme, apres deux siecles presque ecoules , nous ne saurions peut-etre en- core en mesurer toute la portee. Jusq ir pendant une grande partie de (1) Ce point historique a ete mis hors de doute par Borellus, De vero telescopii inventore, la Haye, 1655. On n'en a pas moins continue, durant deux siecles, a attribuer k Drebbel rinvenlion du microscope I (2) Le premier du moins qui mt assez perfectionne pour etre utile- ment applicable a I'astronomie. La premiere decouverte du telescope appartie.nt a ce meme Jansen qui a attache son nora a I'invention du microscope. " ' I r ? I I i .i> i t ft .v: ii^ « i^ fl •• i i I i LES PREMIERS MICROGRAPHES. 55 duree, les naturalistes negligeaient habituellement I'etude plus haut : ils s'efforcent de creer une classification ration- nelle et conforme aux rapports naturels. Quand Gesalpin, au xvi« siecle, esquissait, et deja d'une main si ferme, le plan de la classificalion naturelle, il n' avail pas ete compris, et ne pouvait I'ctre : il etait aussi en avant de son epoquc que sont aujourd'hui en arriere ceux qui voient encore dans la classification I'Histoire na- turelle tout entiere. Mais, dans la seconde moitie du (1) Le meme Perrault est I'auteur d'un travail important sur la seve (les Yegetaux. Dodart cultive aussi, des la meme epoque, la physiologic vegetale, et recherche experimentalemcnt les causes de la direction de la racine vers I'interieur de la terre. i ! V I U i -\ I t i I * It A V 59 xvii et dans ic xviiic, il n'ost id trop toi m Irop tard; leprogres, indique par Cesalpin, devieiit de plus eii plus possible et necessaire. Les Gesner, les Clusius, les Golonna, les Bauhin, ont en mcme temps assez pre- pare le terrain pour qu'il soit permis de commencer a con- struire, et assez etendu le domaine de la science, pour ^^u'elle ne puisse se contenter plus longtenips de ces anciens et imparfaits precedes, tout au plus suffisants pour 'es premiers inventaires de ses richesses. Les classificateurs sont done, en ce moment, apres les inicrographes , ceux qui servent le mieux la science , et c est parce que Jean Ray sc met a la tete des classifica- teurs , qn'il est au premier rang des naturalistes de son temps. Jean Ray ou Rajiis, qu'il ne faut pas confondre avec un autre naturaliste dumeme nom, mais d'un autre pays, d'un autre siecle et d'une bien moindre portee (1) ; Jean Ray 6st un de ces hommes d'intelligence qui, entre ces deux ^oies toujours ouvertesanotrc esprit vers le passe ou vers 1 avenir, choisissent sans hesitation le progrcs, et se por- tent hardiment et habilement en avant. L'Angleterre pent s honorer d'avoir en lui donne naissance au precurseur ue Linnc. Comme le grand naturaliste suedois, il excelle 6u zoologie, plus encore en botanique. En zoologie, soit par lui-meme, soit par son eleve et ami Willughby, dont (*) Augustin RaYj zoologiste fraiiQais, aiiteur d'une Zoologie imi- ^^rselle et portative, publiee en 1788. J^an Ray a ete aussi qiielqiiefois confondu avec un autre savant, ^Ppartenant comme lui au xyii*' siecic, mais Frangais et chimiste, ean Rey, qui a merite d'etre cite comme le precurseur de Lavoisier ^^i* Vun des fails capitaux de la chimie pneumatique. ^ ^ft ( / *f :t» *W 'i : 1 ^ I ' .1 I' Itt H .1 \ n ^^V l(. *t> I I A 60 IMKODUCTlOxN HISTOKIULE. nplete et piiblie les travaux, Ray fait connaitre nombre de fails noiiveaux ; mais surtout, par classifications rationnelles , regulieres, souvent conformes aux rapports naturels, il ouvre ime voie facile auxrecber- ches des observateurs futiirs. En botanique, il est Fun des premiers a defendre la theorie des sexes des plantes ( Bob art (1 de concevoir ses compatriotes Milling especes classificateur, surpasse tons ses predecesseurs ses emule n • s non seulement Morison, Hermann et plus connu sous le nom de Rivinus Q mais meme, sous plusieurs points de vue, Tournefort dont la classification, si facile et si clairement presentee qui merita la popularite dont elle jouit si longtemps ; e( illustration de I'ecole de Montpellier, Magnol , le premier, et tout un siecle avant le Genera planlarum, commencait la distribution des plantes en families natu- relles, et dans lequel les Jussieu se sont plu a reconnaitre et a bonorer leur devancier (2). (1) Rodolplie Jacques Camerarius, auqiiel on a souvent attribue la decouvertedes sexes desplantes,n'a fait, aussibien que Vaillant, que la coodrmer et la propager ; son Epistola de sexuplantarumesl de 169/i. Des 1681 , Bobart avait fait sur le Lychnis dioica une experience de- venue celebre. Millington est encore anterieur a Bobart, mais il n'avait pas experimente. (2) VoyezAntoine Laurent de Jussieu, article Methode dans le Dic- tionnaire des sciences naturelles, 182Zi, t.XXX, p. kkZ. « Magnol, dit-il, « a le premier, en 1689, cherche k faire des rapprochements naturels » sous le nom de families: si son travail... n'obtint pas I'assentiment ■); de ses conteraporains, il a au moinsle merite d'avoir le premier eu ■ ^ J) ridee de la reunion des plantes en families. » - Achille Richard, dans Farlide Methode du Dictionnaire classique I 1 I I ■•^' ..rv-^ ... . ' — ^/ 1" rirto ESPRIT >{OU\EAU DE LA SCIENCE. 61 J* r '» i i 1 «# 1 XI. V La micrographie creee, ranatomie considerableinent enrichie et devenue physiologique, Forgamsation des ani- niaiix etudiee avec le meme soiii que celle de I'homme^ des classifications rationnelles et metliodiques instituees pour les deux grands regnes organiques ; ces progres SI r importants qu'ils soient , ne sont pas encore tout ce <^iue nous devons a la seconde moitie du xvii^ siecle premieres annees du xviii^. Gette memorable et epoque, et ce n'est pas son moindre litre a notre recon- '^aissance, est celle aussi ou un esprit nouveau penetre dans la science. Bacon avail public des 1620 le Novum organum; Descartes, en 1637, le Discoiirs sur la metlwde; et I Histoire naturelle, comme les autres sciences, etait libre du joug de la vieille scolastique, Mais il restaitaux natu- I'alistes a dire avec Pascal (1) : « Bornons ce respect que ^^^^s avons pour les anciensy'-, acomprendre qu'onpeut, ^o,ns crime, les co)ii ! f 62 . INTROIHICTIOA' HISTORIUUE penpatetici des plus reconnaitre que celle des faits bien observes et de deduct G'est ce que commencent scconde partie du siecle. Apres Harvey , et au temps de Leuwenlioeck, comment prendre les limites du savoir des anciens pour i affirment parole , quand , tant de fois dej rpris en flagrant debt d'erreur? De la I'esprit de doute de critique; do la la neccssite vivement sentie de tout voir, de tout verifier par soi-meme. L est, sous une auiiu forme et sur un autre terrain , la lutte, sans cesse renou- velee durant trois siecles, du scepticisme philosophique tradition Dans cette phase de la science, il est clair que la me- thode doit etre essentiellement analylique. L' observation n'est plus seulement appelee a etendrc la science , elle doit reprendre et verifier toutes les notions anciennement acquises. Les naturabstes se font done de plus en plus observateurs et analvstes. On voitque Ic mouvement de la science les entraine dcja du cote ou ils vont de plus en plus se porter, a mesure que Leawenboeck deroulera devant eux les merveilles inconnues du monde des infmiment petits. L'analyse exacte, I'observation minutieuse et delicate, la connaissance des derniers details deschoses, supposent presque necessairement la speciabte des etudes . La divi- sion du travail commence aussitot que predominent I'ob- servation et l'analyse. Elle repond d'ailleurs a un autre besoin de la science. Les voyages des Hernandez , des Pison, des Marcgraf t *• i I » i 4- \ -^ . - !•— .' ... .-:-. ^ ^ . -*-f--:'.-''- x' ■* " ■' '^ :-i^ I f :i£^ ! I b *4» lit^ I 1 f , It J li I ■ ■ \ r I I t . i?*^^* \ r beu Le xvui* siecle, s'ouvrant sous rinfluenee d'idee reusement noiivelles, ne pouvait manquer d ^i^^ pour I'Histoire naturelle par d'eclatants pr ^^ait qu'a suivre son cours pours'avancerde '^cces. Les esprits les plus eminents, entre ceiD fU s ouvrir, ont sans doute beaucoup espere de pi^evisions sur la grandeur future de leur si P^^ si sagaces qu'on les suppose 1 ^ ^en m meme. Qui eiit ose allendre de la Vn doterait a la fois I'lmmanite de deux de ^ >^] Cette section comprend la plus grande partie du xviii' siecle, ^ e siecle tout enlier, donl le commencement est inseparable dela u xvir. De meme, ses dernieres annees, et les premieres du xix% ^nt necessairement une seule et meme epoque, qui fera le sujet la premiere partie de la section suivante, ■ h ■ If ^ nm "4. m It -r i r *+ ii •/ f I r .( t t t I ■ V f r 1 ; ) » M 1 ' i J ^ * 68 IM llODUCTlOiN lilSTORIULE . qu'elle sc plait de \ / J f comme ces meteoi qui tra- coup le ciel aux acclamations dcs peu et dont le magnifique spectacle ne doit se renouveler ni pour les hommes qui I'ont une fois admire, ni, apres eux, pour plusieurs generations I Je n'agiterai pas ici la vaine question de la superiorite de Linne sur Buffon, ou de Buffon sur Linne. Chacun de nous a ses sympathies et ses preferences personnelles ; b randeui pr hommes qui nous depassent de si haut? Apeine pouvons- nous essayer un jugement sur la valeur absolue des )gres qu'ils ont fait faire a I'esprit humain. Nous ne voyons que le passe et le present •, leurs ouvrages appar- tiennent aussi a I'avenir. G'est en effet, dans ma pensee, une errevu^ grave de (yroire aue, venus un demi-siecle apres Linne et Buffon, • ^ rand ralistes , et qu'il ne nous reste qu'a retourner sur nos pas pour leur rendre hommage. Ce que j'ai dit plus haut d'Aristote, de Linne et surtout de Buffon je dois le dire , a plus for : tous deux sont encore ■d'hui des hommes nouveaux et progressifs. Si les apres eux multipUcs au centuple , il s'en faut de beaueoup que nous ayons deroule toutes les con- sequences de leurs idees ; que nous ayons parcouru en entier les voies nouvelles qu'ils ont ouvertes a leurs successeurs. Et qui s'en etonnerait? Le plus beau privi- du genie n'est-il pas de deviner, sur peu d ? /I / plus tard, demontreront lentement et pa o ■' I I r -\ %k E 1 .. A' .-^ ■■■ ..-/-. v-:^> ■ ^■-;.;^: - ', — r '-■,■'' - ' ■- -^ I I ♦ ■^ r LINMi ET BUFFOrv. 69 Et si les poetes ont doonc dcs ailes au g nage,^belle eo elle-meme, est aujourd'hui [0 prcsqiie triviale, n'est-ce pas a cause de' op eyidente de Fidee qii'elle expi C'est parce aue bien siecles sont necessaires a vres des grands hommes, posterite porte sur eux taut de divers. Pensera-t-on dans on sur en a pense il y a cinquante ans, ce qu'on d'lmi ? Et I'opinion qu'ont eue dc Buffon du du poster Je ne y alement qu'on a cru pouvoir blamer dans ^y^tema naturce et dam VH Linne et ButTon sont nes precisement dans la meme 'innee, et a quatre mois seulement de distance, Fun en *|^ai, I'autre en septembre 1707 ; mais cette presque iden- itc de dates , la puissance de leur genie , la grandeur des services qu'ils ont rendus a THistoire naturelle, sont 1 *^s seules similitudes reelles que Ton puisse signaler ^-'«tre eux. Linne naquit pauvre dans un petit village de ^ Suede guerriere et encore barbare de Charles XII; ^^fon, an sein d'une noble et riche famille, dans cette ^^ance que le regno de Louis XIV venait de faire SI b^'ande. Linne , contraint un instant de se mettre en ap- age chez un ouvrier, eut a soutenir une longue et Penible lutte centre I'adversite i si Buffon eutbesoin d'une 6rme volonte, ce fut pour resister aux seductions de cette ^^e molle et oisive dont sa fortune et son rang- lui offraient b " T n 1 *^ ^. « f 't m m<^ \ r I b > h l; ! n\ V t '^^ I f * i» II I 4 le privilege 70 INTRODLCTION HISTORIQUE. Tous deux enfm avaient recu de la nature des tendances intellectuelles plus diverses encore que les cir- constances an milieu desquelles ils durcnt se developper ; il fat dans leur destinee de se completer Fan I'autre par X Fopposition des contraires, et de s'estimer sans endre. Linne, aussi patient, aussi sagace dans les coordonner; se compi la reclierche des faits, qu'ingcnieux a les plus prudent encore que hardi dans ses deductions ; ne dedaignant pas de se tenir longtemps terre a terre, perdu en apparence au milieu d'innombrables details, pour s'e- leyer ensuite d'un vol plus sur vers les bautes regions de la science; habile a former des bypotbeses, mais ne se iaisant pas illusion sur elles, et lors meme qu'il les etend ^'ensemble de la creation terrestre, ne se laissant pas eblouir par leur grandeur; assignant, avec une etonnante surete de jugement, a cbaque notion son rang et sa va- leur, comme a cbaque etre sa place; done d'une perseve ranee qui ne fut jamais ni decouragee par les obstacles ni fatiguee par le temps ; aimant la verite pour clle-meme, et trouvant que son expression la plus breve et la plus simple est aussi la plus belle ; rccberchant surtout dans son exposition cette elegance propre aux ecrits scienti- Pl us fiqups, qui resulte de rencbainement des que du choix des mots ; enfin, sans cesser jamais d'etre exact et concis , variant son style depuis la precision dont la * Buffon , austere de la formule jusqu'a cette baute poesie Genese nous offre les plus subbmes modeles : sa g ace, ingenieux a I'egal de Linue, mais dans un autre ordre jl'idees; dedaignant les s tecbniques , negli- 1- - - --. eant de autour de lui les faits d' observation » J 1 i i I k h If ♦* t ,* '* T 1 y. \i ■- . - ■ ■ ■ = ,- "^ -mwrn - -»^ ■ ^- .-K-V-b'^u- ^rryLA \ ^ ^ LINNE ET BDFFON. 71 mais saisissant les consequences les plus cachees de c< futui de son epee \ Irouv ^le est I'idee que je me fais des deux grands du xvnf siecle ; tels sont les caracteres que preints d ■* * maintenant Jessaie de . science, ici rjuels pas cbacun d'eux a fait faire a la 3re j'aurai a protester centre les juge- ^ cuts faux ou incomplets que les naturalistcs de notre ^Poque ont herites et accepters de la generation a laquelle »» *l i i ; f *■ 1 •* { I ■ [1: 1 •Jtl ■T- ■i 4 ^ 'I i: M •■ V ^^ } • T2 i:\TnOl)LCT10N HISTORIQUE II. t : ) L r t ■" ) ! II On ?• du vivant meme de qu'obtint le Sy sterna 3011 aiitenr. A iine eD u I'Histoire naturelle, n'ayant encore ni les methode ures et faciles qu'elle allait devoir a Linne, ni I'eclat et 1 randeur que devait lui donner Buffon, etait pen cultive hez les nations meme les plus avancees •, a une epoque o 'on comptait a peine quelques naturalistes de professior s ;l nut , on pressentit du des sa premiere appar Sy sterna epoque Pl ^re trop nouveau pour etre compr eforme trop fondamentale pour e ptee !> resistance; en vain irandes illustrations du fe • \ Haller en Allemagne, et, pourquoi faut Buffon en France, protesterent contre des vues trop dif- ferentes des leurs; en vain quelques uns, franchissant les permise, se laisserent entrainer erbe : Linne poursuivit ses innova- limites de ique d'une main ferme / parfois en profitant, cherchant progres par d pl et contraignant ses adversaires eux-memes a lui repro- cher, par consequent a reconnaitre, ce qu'ils appelaient 1 F i ■ i \ ^ ) i I ! > * I f 1 7 O Vi insupportable dominationCi) du legislateur de I'Histoire En ^- , -- influence de Linne resta puis mcmc des travauxdeBuffon n de dire que eeux-ci y ■^ T'T ■o au * «& h h -^% -^ ** A- i^and nombre d'intelligences qui furent tout a coup appe ^es a la culture de I'Histoire naturelle, et dont la plupart peine initiees a la science par Buffon, applaudii oulurent participer a I'oeuvre de Linne. Et la t "^ a suivi a partage pour Linne les sentime "" < ♦■ontemporains. Ses ouvrages ont continue a etre ad 4 dirai meme, Irop admires : car I'adriiiration due parfois exaltee, vers la fm du 'au fanatisme le pins exclusif , Buffon (2 siecle Parmi les progres accomplis par le Systema naturce, " en est trois dont I'importance a ete generalement re- eonnue : la nomenclature binaire , uniformement appli- quee aux i grands rcgnes organiques ; la langue ^eientifique soumise a d'ihvariables regies ; les etres na- ^^i^els coordonnes et classes selon uil plan aussi nouveau l^e vaste. tcls sont pour nous , aussi bicn que pour ses ontemporains, les litres principaux de Linne, mais non ^ntierement par les memos motifs, au meme point de J^^-, etdans la meme mesure. On avail admire, trop peut- etre ^•> le nomenclateur •, pas encore assez, comme on va 1 ^Gir, le classidcateur. ■■ ^ e ^ fl) Expression de IIaller. Voy. Fee, Vie de Linne, dans les M Simiires « Societe des sciences de Lille, annee 1832, part. I, p. 299. \ ) voyez Geoffroy Saint-IIilaire , Fragments biographiques ^^^'^is, in-8, 1838, p. 34. - Voyez aussi plus bas, p. 82. I. 5. v\ I \ » % i*t ► m m lU r~ ■f :l ; I ! t ^ it I I t-L I r \ i /: I 4^ 1 ir»» 7/1 INTRODUCTION lllSTOr.lQLT . (1 science s \\^ *^^ ^ >it eaalemcnt appelee nomenclature binaire nomenclature linneenne, bien que Ton ait designe sc le nom de s%/e /mneen le langage si serre et si con de nos caracteristiques et de nos descriptions techniqu( il faut reconnaitre que Linne n'est, en realite, le prem ;„,.or.fo,ir m de I'une ni de I'autre. Lalangue descript du Systema plus d Linne, des premiers efforts des nat perfection elle-meme de I'Histoire temps recules : avant qu'on se servit de noms naturelle dans ces speciliques, il fallait bien supple emploi par de s dan d exactitud e phrases sommairement descriptives ; phrases dont le me rite consistait surtout suffisante et d'une extreme concision. La nomenclature binaire est bien plus ancienne encore. Dans les livres de existM de les epoques; bien plus, avant qu'il danstoutes les langues, des exemples s foule de b de deux espece et exprimant, I'un les conditions communes qui la relient avec les etres les plus rapproches d'elle, I'autre les carac- teres proprcs qui Ten distinguent. Cette nomenclature, si precieuse deja comme artifice mnemonique, seul merite que lui aient reconnu quelques esprits superficiels, etait employee chez les Romains; elle I'etait et I'est encore chez les Arabes ; elle Test chez les Malais et chez les Negres eux-memes dans plusieurs parties de F Afrique ; At souvent les noms binaires usites chez ces peuples bar- bares sont tenement confor principes I t I ! 1 I 1 T I I I y .'■ • '.• k .. ^ ^ i-i I t t \i^E. 75 tenement que les naturalistes n'ontpu mieux de les traduirc et dc les adopt Ge qui appartient ici a Liune , e'est done d'avoir, non ^ente, mais perfectionne, etendu, generalise, revetu du faetere scientifique ce qui ne constituait eneore que de bin plus I'ebauclie gle et sans suite; d'av I cment descriptive ce qui d'une methode pliilosopliique, four pour chaque espece, I'exprcssion la ijIus concise de affuiite fondamentale plus caracteristiques ; methode de ses pai ^^mps, diminue, dans une immense proportion, le nombre des termes necessaires a la science. Importants , inappre- ciables services, dont epoque bienfait ! Apres les decouvertes faites, depuis un siecle, sui toute la surface du globe, quand on compte par centainei ^e mille les etres vivants actuellement connus, Fapplica- lon continue et uniforme des preceptcs linneens pouvail ^6ule, en prevenant le desordre dans les mots , prevenii aussi son inevitable consequence , le desordre dans les idees, et empecher la science de retomber dans le chaos (1). Comme classificateur, Linne a etc surtout, a I'origine, admi sification plus facile & En creant, pour les vegetj e, rationnelle et de I'usag fondant sur ces organes floraux dont s lonctions , recemment connues , excitaient si vive- (i) « JSomina si nescis , per it et cognitio rerum. » ^6 vers (ou du moiiis ce pretendu vers) se trouve dans la Phih- *°M»a 6o(amca de LiNiNE, § 211. V I f \ i mm I «• \^'l^ \ ^ i f 1 h i >fe I r '»! ^* [ ! 76 INTUODUCTION HISTORIULE. ment I'interet du monde savant , il avait reimi dans ■It*-" -_- .1* • ^ • A f ceuvre tons les elements d'une immense popularite. Plus complexe dans son plan, plus difficile a concevoir et a uer, prccisement parce qu'elle recelait nne science pius profonde et des vues plus nouvelles, la classification desanimaux, dans un temps surtout oi'ila zoologie comp- tait si peu d'observateurs, ne fut ni aussi bien comprise, ni autant appreciee. Comment eut-elle pu retre? Lorsque deux classifications, reunies dans le meme livre, re- ces - i. vSues des memes formes, exposees dans le meme langage, se presentaient comme le complement I'une de 1' autre, ne devait-il pas sembler evident qu'une oeuvre identique ye- L" ^ nait d'etre accomplie pour les deux grands regnes orga- ^ ^ . ^ T ? avec moins de bonbeur, toutefois, puisque c'etait avec moins de simplicite et d' elegance, pour le regno ani- mal? Quel esprit, a celte epoque deja si eloignee de nous, efit etc assez penetrant pour reconnaitre que, sous des ences semblables , le fond etait divers ; assez sa- gace pour aperccvoir , dans I'une des moities d'un meme c ouronnement du le plus par fait, mais 7 modele des classifications artificielles ; dans i'autre,nn -premier pas fait dans les voies de I'avenii Qui eut pu prevoir et predire que le rapide succes de I'une ne serait qu'ephemere, et qu'une tardive, mais du-; r^ble admiration etait dans les destinees de I'autre ? Qn admit done que les deux classifications de Linne, comme elies avaient les memes formes, reposaient sur les memes principes. Et non seulement on I'admit du vivant de Linne, aussi dans tout le cours du xvm« siccle. Les travaux mais *■ •memes des Jussieu ne detruisirent pas K ^ I ! I * %f I { T -* ^ r I ■ W -■* I I I i I f LINNE. 77 En vam en- auteur du Genera plantariun gna-t-il a tous, par la double autorite deses precepte de son exemple, les differences fondamentales du sijs we et de la methode; en vain les regies et la pratiqu de celle-ci devinrent-elles familier / • table caractere de d classification zoologique de ^ Et cependant, des 1735, Linne avait entrevu les priri: cipes feconds de la classification naturelle ; il en avait fait d'UL. fin du premiere applicat regno animal, prelud ferme, aux travaux oui devaient XV ni presence de selon leur valeur Comment lu ; exposes g( grande supc: dans de chaque groupe p Comment supposer une difference fond Pi^mcipes linneens et les principes aujourd'hui univer- sellement adoptes, quand les consequences des premiers sont identiques avec celles des seconds; quand la plupart ^es divisions primaires, secondaires et tertiaires de Linne d'etre admises ses successeurs ; quand d'autres n'ont ete momentanement abandonne bienlot repi d et Psnois a Finsu des auteurs eux-memes qui fendaient ^iune cet hommage (2) ? La classification zoolomque d :l (I) Voyez, sur ce point important cle rhistoire de la science, VEloge . ^ ^"^^^^ par Co^'DORCET ; Recueil des Eloqes des academicims, Paris, " ^, 1799, t. II, p. 131, ou OEuvres, publiees par MM. Condohcet Connor et Arago, Paris, in-8, 18/i7, t. II, p. 3/i5 et 3/i6. v_) L'exemple le plus remarquable est celui sur lequel j'ai appele i \ I It4 H * mi n| N I \ ._ 4=. i.L H- 5_t; M 1 f II i III ^1 m m 78 IM RODLCTIOX HlSTORlQliE . r c'est , en realite , la classification ad imparfaite encore , ou pour mieux dii ebaucliee, mais renfermant deja en elle le principe perfectionnements futurt Si Linne a compris appliquee a I'ensemble d la methode naturelle, s'il I'a 5 la zooloffie, comment n'en i\^ aurait-il pas tente rapplication , au moms partieiie botanique? II I'a fait. Sa methode arlificielle devai place, lui-meme I'a dit avec la plus grande nettete la methode naturelle, aussitot que celle-ci pourrait et; etablie ; et pour hater ce moment, nul n'a fait des effor plus perseverants(2). Les Fragmenta methodi naturali J I ['attention dans mes Considerations generales sur les mammiferes, 1826, p. 26, et dans I'article Mammalogie du Dictionnair e classique d'histoire naturelle, t. X, p. 69. C'est de la que je suis parti pour reconnaitre dans Linne le veritable inventeur de la methode naturelle: On sait que la classification actuelle des mammiferes est un perfec- tionnement de la classification creee par Cuvier et par mon pere, dans leur celebre memoire de 1795 sur la premiere classe du regne animal, et sur I'application de la methode naturelle a la zoologie. Cette classi- fication etait, des I'origine, dignede ses deux auteurs : cependant, des modifications y furent bientot reconnues utiles, et elle fut remaniee a plusieurs reprises par Cuvier, jusqu'a ce qu'enfin, en 1818, elle fut presentee com me definitive. Or, quel'on suive Cuvier dans ses rema- niements successifs , et I'on reconnaitra que chacun de ses pas vers le progres est un retour vers Linne ; si bien que, pour le nombre des ordres et leurs caracteres principaux, la classification se trouva finalement replacec sur les memes bases oti I'avait creee tout d'abord ce grand naturaliste. Par ce seul fait, on pourrait prouver I'identite fondamentale des principes de Linne et de ceux de Cuvier. (1) Dans sa premiere lettre a Ilaller. On trouve cette lettre tout en- tiere dans I'excellente Vie de Linne par Fee, loc. cit., p. 93 et sun. Cette remarquable leUre a ete ecrite en avril 1737. (2) Voyez la merae lettre, p. 9i et p. 98. Linne s'exprime ainsi dans I I I h i ll t « « * ■■\ i 4 I . ■'" ■ ' -- -Ji ■;.. '■'■/::::■ ■■■■". ■■ ''•-.■ - '■ ■ '-'...'- ■ ..-:->-^' . •' - v" - ■ -. .- i ^ ^ ^ I I Ll.NNK. 79 1 / pre s que s efforts fin it par de trois aiis seulement aa Sy 1738, les fruits deja precieux rages iilterienrs de Linne portent la trace de onstants pour ajouteraces premiers resultats. irriver, en partie , a des vues si conformes a ait bientot emettre Bernard de Jussieu , que deux grands esprits. On doit que G J^^eme (2), que Linne avail profile des conversalions d 'Bernard de Jussieu; car de tels rapprochements, ajoutf ^"ili « auraient pu diflicilement des vues qui » dunge cet homme celebre dans ses aiUres ouvrages. » ^ premier des passages auxquels je renvoie : « J'ai travaille long- " temps sur ce sujet, quoiqu'il fiit peut-etre au-dessus de mes forces, " 6t je pense avoir reuni plus de materiaux que beaucoup d'autres ' personnes ; neanmoins j'ai laisse bien des lacunes : il est douteux r ^^^ je termine jamais ce que j'ai commence. » Admirable perseverance! et admirable modestie ! ^^ trouve dans les ouvrages de Linne plusieurs passages analo- fe^es. On lit, par exemple, dans Tintroduction des Fragmenta me-- ^^f' naturalis : « Diu et ego circa methodum naturalem inveniendant ^oravi,,. ; perficere non potui; continuaturus dum vixero. » /^^y- aussi, dans la Philos. hot., § 206, le passage, souvent cite, oii "^ne dit : « Methodus naturalis hinc ultimus finis botanices est et erit. » ^^^^ ce sujet, consultez encore les Ltnn^i Prcelectiones in ordines J^ ^'^ciles i^lantarum , par Fabrigius et Giseke, in-8, Hambouri?, 1799 ^ ^ J ouvrage redige d'apres les ouvrages, les lecons et les conversa- ^'<^ns de Linne. ^1) Ces remarquables Fragmenta ont paru dans les Classes planta- nim in-8, Leyde, 1738. '^ui* soixante-cinq groupes consideres par Linne comme naturels, ^^ Woitie environ est restee dans la science. J Eloge de Michel Adanson, dans le Recueil des eloges historiques ^eCuviER,tI,p.286. ^ s « I «^ i tM -^ N- 1 *' t V t i ;l ** t 80 IINTRODUCTION HISTORIQUE. Jugement hasarde , ou une premiere erreur sur I'espr general des travaux de Linne a conduit a une conjectu] qiie 1). Non , ce arand besoirt de s'inspirer que de lui-meme ; et pour devancei w sur quelques points les Jussieu , il lui a suffi de porter dans I'etude des plantes les vues qui I'avaient si manifes- dirig ses ouvrages zoologiques. Sachons etre fideles lever un rayon a la o de falliit '* ^ dans oeuvre capitate chacun reprenne enfin la part appartient. Restitilons a Linne son titre de premier r teur de cette methode natiirelle qu'avaicnt pre Cesalpin et notre Ma dont il a si longtemps pour destine ipplication aux deux grands regnes organiques ; a se voir presque aussitot surpasse, en botanique, par les Jussieu , mais a rester fen zoologie , jusqu'a la fin du siecle, jusqu'a Cuvier, non seulement sans superieurs, & droits sont incontestables pour partifelilier devons Linne tons le disent , des formes presentement admises, mais du fond de classification. Les moder comme classifica r bien au dela de Linne, mais dans (1) Ou plutot que tout dement : le silence de Linne sur ce point, lorsqu'il fail connaitre les obligations qu'il eut k Bernard de Jussieu (vby. §es ilf^moires, inseres dans sa Vie par Fee, loc. cit., p. 3Zi); puis les dates. C'est en 1753 que Cuvier nous montre Linne s'inspirant, dans ses travaux, des conversations de Bernard de Jussieu ; et c'est au prin- temps de 1738 que Linne etait venu a Paris. Quinze ans d'intervalle ! De plus, doit-on supposer con^ues, des 1738, par Bernard de Jussieu, des ideesqui ne virent le jour que si longtemps apres? 1 n ft T f r>i 1 C I ' ,1 "f BUFFON. 81 ^'oies , et en le continuant. lis ont perfectionne , Linne avait cree (1). III. lecti La poster! te a, comme les contemporains, ses predi prejiiges, ses preventions. Buffonalong ^emps attendu des juges equitables. Quand medite ippr ce '^s qu'en ont faites, non seulemcnt ses contemporains, ^is les notres eux-memes, on nc pent se defendre de sentiment peniblc qu'on eprouve , avant toute re- ^lon, a la vue on an recit d'un acte d'injustice! Comm ler de e ecrivain, Buffon occupe depuis longtemps Nul echo, dans ^es critiques qui oserent, dans attaq tiques a able e de VHistoire nat Yoltaire, liomme d C ^^'-^ssocier sion r9 encore plus homme de passion, eut le tort de par une celebre et trop transp i n'est plus auiourd'bui qu'un se allu- J^uffon, proclamc par ' ) J'ai seulement indique ici, maisjecrois avoir demontre ailleurs droits de Linne au titre de createur de la classification zoologique^ ^^^^yement per fectionnee par les zoologistes modernes, et non sini- i\r. r.^^^^ d'auteur d'une classification zoologique, remplacee par celles es naturalistes de notre siecle. J ^ 2 1 article intitule : Bes iravaux de Linne siir la nomenclature et ^^^^fication zoologiques, (\^x\s mas Essais de zoologie generale^ ^^^1' p. 106-lM. ^ Cuyier;, de Blainvilie et des auti (2) " Dans \m style ampoule parlez-nousde physique. » I 6 ■tPft I 1 I -» Mil f i f* i i ii> 4 » - L f' _ I- -H >" C I n I I »'it I :i i 82 INTRODUCTION HISTORIQUR. plus brillantes du siecle ou vecurent Voltaire et Mon tesquieu, ou vecut Jean- Jacques Rousseau Mais en faisant si grande la part de 1'* rendu iustice au naturaliste, au penseur? temp apres lui, et jusquc de nos jours, moins encore pent etre (i). Faut-il le dire? Q ecrites par (1) Dansles annees qui suivirent la mort deBuffon, I'injustice et ringralitude envers lui furent portees jusqu'aux dernieres limites. Montrons-le par des exemples : il importe a la gloire de Buffon de rap- peler les jugements auxquels ii fut alors en buUe; ils feront voir de combien ce grand hommc avait devance son epoque. Entre tous les passages que je pourrais niettre sous les yeux du lecteur, les deux suivants me semblent assez cavacteristiques pour dispenser de toute autre citation. J'emprunte I'un aux editeurs des Eloges de Condorcet, in-12, 1799, 1. 1, p. 2k. <■ Les ouvrages de Buffon, disent-ils, ne presentent )) peut-etre awMne verite nouvelle. ')> Qu'a done fait Buffon pour la science? Rien, selon ces auteurs. Eh Lien ! le croirait-on? d'autres ont trouve le moyen d'aller plus loin encore : « On ne pent disconvenir qu'il « (Buffon) a retarde les progres des veritahles connaissances en His- « toire naturelle, par le mepris qu'il a fait et inspire des systemes... H Cependant on ne saurait nier qu'il a rassemhle des faits interes- « sants etpeu connus. » Ce dernier passage a une tres grande impor- tance, comme exprimant incontestablement I'opinion generale des naturalistes a la fin du xvni" siecle; Je I'extrais de V Introduction des Actes de la Societe d'Histoire naturelle de Paris, in-fol., 1792, p. xij ; introduction que I'on trouve aussi dans quelques journaux scienti- fiques du temps. Cette introduction, intitulee : Discours sur Vorigine et les progres de I'Histoire naturelle en France, a ete redigee par le secretaire de la Societe, Millin. Ajoutons que la Societe se donnait pour mission expresse de rendre a la France I'importance qu'elle a devait avoir dans la science de I'llistoire naturelle, » et dont Buffon r I'avait faitdechoir, au jugement de « la nouvelle generation, » decidee, depuis la mort de Buffon , h laisser « a I'ancienne ses vieilles erreurs t 5) et ses prejuges. » (Meme /niro(iMci{on, p. xiij.) On peut voir, dans I'ouvrage plus haut cite de mon pere (p. ZU et35) , I 1 f ■• ' •- - '^-' . ; ■-'::: ■ ■ \ I ^ * i'- h - I BUFFON . 83 Goethe, pcu de mois avant que s'eleigtiit celte liimicre de rAllemagne (1), et dans la patrie meme de Baffon, quelques pages de mon pere (2), tels etaient encore, il y + a quelqiies anneics (3), les seiils hommages dignes de lui I que la science cut rcndus au naturaliste et au philosophe! Partout ailleurs, on laissait Buffon aii-dessous et a une que la Societe n'a ete que trop fidele a la mission qu'elle se donnait a elle-meme, au nom de Liriue, centre Buffon. (l) Voyez le second des articles publics par Goethe sur les Pnn- ^^pes de la Philosophie zoologique de mon pere. Get article, le dernier que Goethe ait ecrit, se trouve dans les Jahrbucher fur wissenschaft- liche Kritik, mars 1832, et dans les OEiwres d'Histoire natiircUe de Goethe, traduites parM. Mautias, Paris, in-8, 1837, p. 161. (^) L'article 5w/fon de YEncyclopedie nouvelle. Voyezt. HI, 1836, r P- 105. Voici le debut de cet article; il en resume en peu de mots Fes- prit : « Buffon, que la voix publique pla^a avec Voltaire, Bousseau et ^^ Montesquieu au premier rang des ecrivains du XYiir siecle, attend ^' encore peul-etre du savoir philosopliiquc de nos jours le salut d'admi- ■m ** ration du, selon moi, au plus grand naturaliste des ages modernes,n (3) En 1837, j'essayai, a mon tour, Tappreciation des services rendus ^.. la science par Buffon, et j'ecrivis, dans la Revue des deuxmondes, lUelques pages en parlie reproduites ici. Depuis, un mouvement tres marque s'est produit dans Topinion en faveur de Buffon ; et il lie peut manquer de se prononcer de plus en plus, apres les importantes publications successivement failes en I'hon- ^eur de notre grand naturaliste. Voyez principalement : Geoffroy ^AiNT-HiLAlRE, Etudes sur la vie, les ouvrages et les doctrines de •^^i^on, dans les Fraam. bioaranh.. n. 1 a 102; article nnbliVWl'MhnTYi c V edition I ' \ T '^LLemain, Cours de Utter ature: Tableau du dix-huitieme siecle re ,. - . .. _ „ ' part., 1838, t. II, p. 352. Bum ^^ctvaux et de ses idees , in-12, Paris, 18M; et 2^ edit., 1850. — Henri Martin, Histoirede France, t. XYHI, p. 2Zi7 a 272; 1853. Ge l^eau travail vient de paraitre durant I'impression meme de ces feuilles; i^ suis heureux de pouvoir mentionner ici ce lucide resume et cette ^^ute appreciation des vues de Cuffon par un historien philosophe. .** «i4 ■ " I "^ m 4 W i, -T_ |_rf I f r r I i m it 8i IINTRODUCTION HISTORIQUE . ^.e de Linne I On s'eteiid potlies de ses aberrations et de ses fantastiqiies reveries (1) et parfois, la critique etait a peine temperee par quel pleins de sublimes de philosopl sur ces voies nou- esprit humain Buffon! II semblait, en un mot, qu'on ombres et a voiler la lumiere ! Et les maitres de la scienci plut a etendre sepa raient pas ici de la foule. Cuvier, dont le jugement a fait loi pour les zoologistes contemporains , semble lui- meme placer le merite le plus reel de Buffon dans ses droits au titre d'auteur fondamental pour i'liistoire des quadnipedes (2)! Oui, ses droits a ce titre son't incontes- tables, mais sa gloire n'est pas la. Si Buffon ne fut pas (1) Encore ne cite-je ici que des critiques relativement moderees. Je me tais sur les autres, sur celles que je n'appellerais plus des criti- ques, mais des insultes. En general, les attaques sont d'autant plus violentes qu'elles viennent de moins haut. Signalons aussi I'insistance extreme avec laquelle certains zoolo- gistes se sont plu a reclierclier de page en page, a enumerer, ii mettre en relief diverses erreurs de detail echappees a Buffon , comme si I'abaissement de ce grand homme eut pu les elever eux-memes! Ne dirait-on pas des nains se dressant sur leurs pieds pour depasser un instant le geant etendu et endormi '■ (2) « La partie de son ouvrage... oil ii restera toujours I'auteur fon- » damental , c'est I'histoire des quadruples. » (Cuvier, article sur Buffon, dans la Biographie universelle, 1812, t. Yl, p. 238. ) Article d'ailleurs remarquable, etqui, a part Tappreciation de Buffon, ne sera lu ni sans interei ni sans profit. Dans VEloge de Lacepede, redige en 1826, et insere dans le RecueiL ! I i I \i » ^ .■'>:■,--:>— ■^' 'V: ■;^ "-^ -':-'' ' '■' ..' .- ■ J' ■ - ■h- :.',.;.'.V - -.'. 1, ir» I \ I i 1 < I » \ I .4 BLFFON . 85 verm, I'histoii v.- quadrupedes eiit pu etre ecrite p it eciit la partie generale de VHi encore, par la magnilicence de s( toire naturelle ? Qui Buffon a rendu^eTiera/ le goiii de I'H, pour elle, par toute I'Europe, la pi reile tion cles souverains et des grands (i). Oui, le mouvement immense qui s'est produit du vivant meme de Buffon et % 9pres lui, est du, pour une tres grande partie, a son in- meritei uvcraine ; et ce serait assez pour faire de des premiers de notre science, assez poLU •iges. Mais naissance des naturally admiration doit tendre de tons les :S haut. La 3 de Buffon ne saurait etre dans ce qu'il a fait dans ce qu'il a fait lui-meme, dans ce qu'il a jajouterai qu'elle ses contemp dans ce qu'il a fait pour pour que dans ce Pi Elle est dans ces soudaines inspirati uvent Fentrainent hors de son siecle, et parfois le portent m avant du notre; dans les eclairs de sa pensce, ^ont _„ semble miere, an lieu de s'affaiblir av proieter plus eclatante a mesure plus lointain horizon . Elle est dans la premiere c la zoologie generale, ou, pour mieux dire, de ophie elle-meme de I'Histoire naturelle: la aussi Pourrait presque I I fondamental ! Elle L •^k ciie, t. Ill, p. 296 et suiv., Cuvier a donne de Buffon une autre ap- ^''eciation dontla severite ne semblera pas assez temp6ree par quel- I I t t » * I f1 t I 86 INTRODUCTION IIISTORIQUE. dans ses vues siir les harmonies variees des animaux et les contrastes des diverses modifications locales des memos types qu par la conception rationnelle de la commanaute d'ori- gine; dans ces admirables pages ou, a peine maitre de CD ^«.- cette belle etude de I'homme et de ses varietes il eleve des lors au rang d'une science particuliere(i quelques fails , il deduit on plutot devine les lois prm- cipales de la distribution geogra phi que des etres et memo aussi'de leur apparition successive a la surface du o-lobe (2) ; dans cclles ou il s'eleve jusqu'a la conception de I'unite de plan dans le regne animal, du principe non moins fondamcntal de la variabilite limitee des especes, ' - et de plusicurs de ces bautes veritcs dont les unes vien- nent a peine d'etre r endues accessibles a la demonstra- tion , et dont les autres , encore a demi comprises au- jourd'hui, appartienncnt moins au present qu 'a ravemr de 1 a science ! r Yoila ou est, pour moi la gloire de Buffon-, car la sont les preuves de son genie. Apres I'avoir dit presque seul I ^ 1 1 ^ ' ' - ' ' ' (1) « Avant \m,YHistoirenatureUe de I'homme n'existait pas... )> Depuis lui, I'etude des varietes des races humaines est devenue une » science particuUere. » (Floureiss, loc. cit., ISZiZi, p. 16Zi, et 1850, p. 155.) •. • . ' (2) « Reconnaissons les droits de Buffon k la priorite pour tout ce « qui regarde I'histoire eminemment philosophique des vieux monu- ',. ments de notre globe. 11 a dit simplement le pourquoi et le comment „ del'antique transformation des corps organises en pierres,etcrnisant « dans la mort la structure et les formes de la vie : exemples admira- )) bles de modelages operes pit la nature; sculptures antediluviennes » quel'art humainsemble imiter de nos jours, lorsque par lui des traits 1) cheris et veneres sont conserves pour Tamitie ou Iransrais a laposte- » riifi. » fGEOFFROY Saint4IilAiRB, Etudes sur Buffon, loc. cit., pi 57.) / ■ I I I i I I \ I- :.-- \ i t :^ J * y BUFFON . 5 heureux de le redii 87 d'hui avec tant d'aiitres : Buffon rand If naturaliste et comme penseur que comme ecrivain : Majestaii natiirce par ingenimn{i) ! Et s'il est si grand rand penseur. «Le style parce qu est rhomme meme. « C'est Buffon qui Fa dit (2) fait mieux que le dire : il I'a prouve ! i * ■ ■ 1* r m I I { IV. ■h '> De ■ / que iffpn Font faite pourrions passer sans transition a la science de epoque pide mouv de J r naturelle pendant la revolution frangaise et de nos jours n'a plus ^icn qui ctonne, lorsqu'on se rcporte a ces deux vivants toyers dont il emane, le Systema natiirce et VHistoire iiatureUe. Pourtant, nous ne I'aurions encore que bien incompletement explique , si nous terminions ici cette esqmsse des progres qui Font immediatcment prepare. (1) La statue au pied de laquelle on lit cette belle inscription a ete ^|evee a Buffon de son yivant. Pourquoi faut-il qu'on la doive bien plutot a uneflatterie interessee qu'a une juste et pure admiration ! (2) Discours de reception a I'Academie frauQaise, dans le Recueil '^es pieces d" eloquence et de poesie de illxl a 1753, in-12, p. 338, et "^ns le Supplement de VHistoire naturelle, t. IV, p. li. Mon pere a deja fait ressortir, dans ses Etudes precedemment citees, P- 15 et 16, le lien intime qui unit dans Buffon le grand penseur et le grand ecrivain. L . Sur le style de Buffon , voyez aussi MM. Villemain et Flourens, ^ocis cit. ' \ ' * 4 i it ^ H "T^K I I I ( »t rf II ■J 1 t / I f i '** I , ■- J- r i I t i ^ s. t { 88 INTRODUCTION H1ST0RIQUE. 11 est d'aulres services rendus, d'autres gloires auxquclles r nous devons aussi noire Par I'immensite de leurs Iravaux, Linne etBuffon sem- blent remplir, pour I'Histoire naturelle, le xYUf siecle tout entier, et cependant il est vrai de dire que ce serai t encore pour nous un grand siecle,' alors meme que ni Linne ni Buffon n'eussent existe. Pour lui meriter ce litre, il suffirait qii'il fut celui ou la classification naturelle a ele definilivement comprise et elablie, ou elle a pris pour jamais possession de la science. Or ce progres capital n'est I'oeuvre, ni de Cesalpin, qui I'avail pressenti; ni de Gesner, de Ray, de Morison, de Magnol, de Heisler (1) et de plusieurs auteurs du xvni« siecle, qui I'avaient diversement prepare ou commence ; ni de Linne lui - meme , qui ra\ ait en (1) Sur Heister, auteur dont le nom n'a pas encore ete menlionne, voyez plus has, p. 93. On verra aussi, dans la suite de cette section, p. 95 et 96, Adanson et Haller poursuivre, dans des voles qui leur sont propres, et de tres bonne heure, la recherche de la melhode naturelle. Tous les grands esprits, tous les esprils distingues se tournent, au xviii'= siecle , du A « r meme cote. A tous ces noms illustres ou celebres, j'en pourrais joindre un plus illustre encOre, celui de Jean-Jacques Rousseau, qui rapprochait les vegetaux imr une methode tres^ analogue a la distribution en fa- milies naturelles: expressions de Goethe dansl'histoire qu'il a donneo lui-meme de ses etudes botaniques. Voyez ses (Euvres d'Hist. natur., trad, par M. Martins, 1837, p. 197. Les travaux de Rousseau que rappelle Goethe sont d'ailleurs posterieurs a ceux de Bernard de Jus- sieu qui vont etre tout a I'heure cites : lis sont de 1770 et de 1771. Quoi qu'il en soit, ils montrent, par un exemple de plus, que I'eta- blisseraent de la methode naturelle est, au xviif siecle, le but commun des (lesirs et des efforts de tous les honimes de progres. \ t ^ * i \ r i I ^x. t - .':■ ■. ^: -:■■-- r. ' % h I V » ^ I LES JtSSlEU. 89 partie realise. La voix publique eii a de})uis longtcmps attribue I'liomieur aux Jussieu , et il leur appartient. Metliode natureiie et Metliode des Jussieu : pes expres- sions soiit devcnues synonymcs, et dans tous les temps les naturalistes pourront les employer I'lmc pour Fautre, sansmanquer a la justice, meme envers Linne. Dansle Systema naturce , pour la zoologie ; dans les Fragmenta niethodi natur alls (i) , pour la botanique, Linne enonce des resultats ; mais comment les a-t-il obtcnus ? il nc le dit pas. II est manifeste qu'il avait apercu les principes de la methode , mais d'une maniere encore incomplete et b ■ obscure. II n'en etait pas maitre; il les cut donncs, s'il avail pu le fairc. Les Jussieu en sont maitres. Bernard le prouve en 1759, lors de la plantation du jardin de Trianon (2) ; Antoine Laurent, bien mieux encore, lors- fiu'il expose, en 1773, dans son celebre memoire sar la faniille des renoncules, Tensemble encore inconnu des vues de son oncle et des siennes ; lorsqu'il les rcprend, les developpe, les demontrc, les applique, en 1789, dans ee livre si grand, sous un litre si simple : Genera plan- tarum secundum ordines naturales disposita. Guvier a dit du Genera plantarum, qu'il est presque pour les sciences d'observation ce qu'est la Chimie de ii 14*^ i f :| 4J 7^ ^ ■ ^ I • f .» 1 "*> '.) I i ou (1) Et dans les autres parties de ses ouvrages botaniques ou il a fait essaye des rapprochements naturels- ■ (2) La classification qu'il y avait suivie n'a ete publiee que trente ^^^s pliJs tard dansle Genera plantarum, p. Lxm et suiv., sous ce ^ure : Ordines naturales in Ludovici XV horto trianonensi dispositi* ^^^is la plantation du jardin donne une date certaine aux vues de Ber- ^ard de Jussieu, et devient ainsi un fait important de I'histoire de la science. I. 6. ^ 1 i I f is I I I » » m f ft \ u I I . h 90 i:sTRODlJCTION histohique. Lavoisier pour les sciences experimentales de meme que, pendant une longue suite d voyons dans tous les chimistes dignes de ce nom ). En effet de disciples de Lavoisier pendant pres d'un demi-siecle, precedent directemcnt ou indii tement des Jussieu. Les bot temp point de quunepensee : perfectionner la Methode des Jussieu. En zoologie , les efforts des methodi depart dans le celebre memoire de Cuvier pere sur les Cuvier et moi de Mammiferes , public en 1795 (2 mais du G etendre les principes a leur science. r • ^ deux I'ont dit a plusicurs reprises, n ayant pas alors nu qu'ils avaient dansLinne, pour 1' application a )logie , un devancier plus ancien, qui, pour la pre- .invpnHnn IVtnit nussi dcs Jussicu, ct dc Bernard lui-meme (3 J'ai essaye de distinguer ce qui, dans I'un des progi principaux de I'Histoire naturelle, appartient a Linne, qui appartient aux Jussieu. Chercherai-je aussiafaire d et d'Antoine Laurent? Ce ne sera du moins qu'avec la pi de Bernard de Ju ssieu a jete les fondements trace le plan de I'editicc •, les immenses travaux d'An- ine Laurent I'ont eleve, a la gloire de tous deux. (I) Rapport historique sur les pr ogres den sciences naturelles depms 1789, in-8, 1810, p. 305. 7< principes qui dotvent servir de base dans cette sorte de travail, insere dans le Magasin encTjclopedique, V^ ann., t. II, p. ^6/4- (3) Voyez p. 76 et suiv. I I \ i ! t -1 ^ -_ F ■ V r' -^ -- -,• i ■V - r' -. - ■:>:-■ ■ -■' \ V. ;/ ■ '■ '■ '■ .- I ■^.7 ■■;■.'. I , ' .*'.-■' ■ ■ ■ '. --. I » r" ■ , .-A • _ I h ( I I LES JUSSIEU. Ell realite, I'oeuvre est (3ommune (i raire d'accorder id a I'lm ou a I'aiitre ime preeminen( que chacun eut refasee pour lui-meme. Dans tout ce qu peine di g Bernard ne voyait que de pi s d'etre sauves de I'oubli . ( fut mo destement juge le precui ) ^ deja place au premier rang des botanistes de temps, qu'il s'honorait surtout du litre de pplicateur 2 m (1) Sans imiter la reserve de I'heritier actuel de ces illustres natu- falistes, quelques botanistes ont recemment essaye de determiner exactement la part de chacun d'eux dans I'oeuYre commune ; et ils I'ont essaye en etablissant une comparaison entre les Ordines naturales de Bernard de Jussieu et leGenemd'Antoine Laurent. Ces auteurs ne se sont pas apergus qu'ils prenaient pour base de leur comparaison un travail qui est loin de representer completement ce qu'a fait Bernard. Les Ordines sont de 1759, et Bernard, qui n'est mort qu'en 1777, ne ^ est jamais arrete. Vieux et presque aveugle, la methode naturelle etait encore le sujet babituel de ses meditations et deses entretiens J^ec Antoine Laurent qui, depuis 1765, I'entourait de soins presque 'liaux. lis travaillaient done ensemble ; ils avan^aient du meme pas et par de communs efforts. Yoyez VEloge de Bernard de Jussieu, par CoNDORCET, recueil deja cite, 1. 1, p. Ixii, ou OEumes, loc. cit., p. 263; lEloge d' Antoine Laurent de Jussieu^ par M. Flourens, dans les ^moires de I' Academic des sciences, t. XVH, p. v et vj. ^ Je suis convaincu, quant a moi, que I'oncle et le neveu n'eussent pu '''^fe entre eux-memes ce partage qu'on a hasarde tout recemment encore. Conclusion que ne contredisent en rien, que confirment bien P utot les interessants documents publies en 1837 par M. Adrien de ^ifssiEu k la suite de la seconde edition de la preface du Genera plan- ^ '^m. Voyez les Annates des sciences naturelles, Botanique, 2' serie, • ^III, p. 227 ; et a part, Paris, in-8, p. 99. fait^l' ^^"^ '^ remarquable Eloge qui vient d'etre cite, Condorcet a . I'analyse des travaux de Bernard de Jussieu, d'apres Antoine ti I P * N i (1 f 4 I n W 4 ft h £ ; t ^ I I F -I 92 INTRODUCTION HISTORIQUE I Y v fif fn i V Nous sommes loin d' avoir epuise la liste des justement celebres dii epoque methode naturelle est inventee et appliquee a la zoologie, puis etablic en botanique, est marquee, en meme temps, pour I'une et I'autre seienee, dans plusieurs autres direc- tions, par des progres importants, ou meme par de bril- Si rapide que soit cette esqmsse encore y trouver place decouv pi r noms doivent done res ccux deLinne, deBuffon, des Jussieu Quelqucs Uns de ccs noms appartiennent exclusivcment principalcmcnt a la botaniq Tels sont, I'un au ^_ ^ fill de cette epoque, ceux du phvsicicn Halesi I'auteur de cette Statique tant admiree par Haller; et de Joseph Gsertner, si patient et si excellent h Laurent qui, tres vraisemblablement, a plus d'une fois enrich! son oncle "de ses propres idees. 1 eprod du Genera plantarum, en 1789, un Rapport fait a la Societe de mede- cine par ViUustre IIalle, qui s'exprime ainsi, p. 13 :« Bernard de „ Jussieu est le premier qui, donnant H son travail une base vraimetil „ philosophique, soit parvenu k poser les fondements d'un edifice plus „ solide (que ceuxde Linne et d'Adanson), prepare longtemps dans >, le silence ; el ce travail, ayant acquis, entre les mains de son eleve el „ de son neveu, un accroissemenl considerable et un nouveau t egre -„ de perfecUon, parail aujourd'hui dans I'ouvrage dont nous allons » donner I'idee. « I I I ! .i ,■■'-. - ■• I I I r I w HEISTER. observateur, dont les travaux sur le fruit, si bien accueillis lorsqu'ils parurent, tiennent encore aiijourd'hui une si r grande place dans I'estime des botanistes. Tels sont encore les noms de Lamarck, deux fois illustre, et dans deux / epoques et deux sciences differentes (i) ; auteur de cette I Flore frangaise si appreciee dcBuffon, et bieritot si appre- ciee de tons (2), en attendant qu'il le fut de VHistoire des animaux sans vertebres et de la Pkitosophie zoologique\ deux des ocuvres principales de FHistoire naturelle du XIX* siecle (3) ; de Hedwig, qui a donne une si vive im- pulsion a I'etude si difficile et si longtemps negligee des plantes cryptogames ; de Duhamel du Monceau, dont leg ingenieuses experiiences ont resolu ou eclaire tant d'obs- w L cures questions de physiologic vcgetale; de Heister, dont I'influence sur ses contemporains et sur la marche ^e la Science a ete infiniment moindrc, mais qui n'en Teste pas moins Tun des botanistes principaux du x\'nf siecle : Heister, I'un des devanciers des Jussieu dans la conception de la methode naturelle ; encore uh de ces hommes qui ont eu, dirai-je? le merite ou le mal- heur de preceder de trop loin leurs contemporains (4). r (1) Lamarck est botanistedanslexviii^ siecle, zoologisteclanslexIx^ (2) Cette Flore frangaise, ou il c se montrait egalement ingenieux, ^* soit qu'il invents des procedes pour arrivera la connaissance des ^* noms speciflques, soit qu'il s*appliquat k decouvrir les rapports na- ^^ turels qui unissent les genres. )) (MirbeL, Elements de physiologie "^egStateet de botanique, IP partie, 1815, p. 565.) (3) Voyez la section suiv&tite. (k) Le Systema plamarum generale de Heister, publie en l7/i8, n a oblenu que bien tard, et encore d'lin petit nombre de botanistes, le tribut auquel il avait droit. II avait paru trop tot pour etre bien compris, et quand enfin il le fut, il etait de beaucoup depasse par les 9 f: ► I i( J 14 * I I i tjH f i It 4 m 3 E I 1 ii t! r ) ' P I i It t c I ' ' i 9/t INTRODL'GTIOiN HISTORIQIIE . Dans la meme epoquc , la zoologie , si longtemps en retard sur la botanique , marche de pair avec elle . De combien de noms illustres nous la trouvons aussi paree! Et de quels noms! Fabricius, le second fondateur de i'entomoloffie ; Othon Frederic Miiller, qui est pour les infusoires ce que Fabricius est pour les insectes j Trembley, cet observateur ingenieux, dont les merveil- leuses experiences, connues de tout le monde depuis un , etonnent encore les naturalistes eux - memos ; Lyonet, ce prodige de perseverance et d'adresse ; Peys- sonnel, en partie precede par Rumpf , qui fit reconnaitrc enfm des animaux dans ces elegantes fleurs de la mer , ^ les coraux et les madrepores; Reaumur, qui sut penetrer, a force de patience et de sagacite, les mysteres les plus caches de la vie des insectes ; Dcgeer, qui I'a quelquefois heureusement continue ; Spallanzani , expe^rimentateur si ingenieux, si habile, parfois si hardi; Pierre Camper, qui forta, dit Cuvier(l), sur taut d'objets divers, k coup d'ceil du genie ; Daubenton , ce collaborateur laborieux de Buffon, qui a iait seul tons ses travaux, et sans lequel peut-etre Buffon n'eut pas fait les siens, Daubenton au- [uel on doit en outre la premiere application ration- Jean Hunter, le f nelle de la zoologie a ragriculture (2 7 travaux des Jussieii. lieister n'en a pas moins droit historiqiiemeiit a une place tres elevee parmi les methodistes. De Candolle est, a ma cbnnaissance , le premier quilui ait rendu une pleine justice. Yoyez Theorie eUmentaire de la botanique, 1813, p. 12. (1) Rapport historique ae]2i cite, p. 321. _ (2) Les immenses services que Daubenton a rendus dans cette di- rection ont ete rarement apprecies a leur juste valeur. Je suis heu- reux d'avoir k citer, du moins, un excellent resume des travaux du If n 1 I -.1 1 r ^ \ ■ t I I I I AD AN SON. 95 r des zootomistes aussi bien que des patliol epoque et de son pavs; Blumenbacli, dont 1 vaiix si varies out I'Allemasrne. et, grandc embr r" ne, et qui reste I'un des createurs de FHisI de I'homme; Vicq d'Azyr, qui a, comme compai pi dans son en- dont Ics conceptions, aussi belles qu'eloq expi se philosophique plusieurs fois yy de Quels noms encore, et maintenant pour I'Histoire ] turclle organiquc tout entiere, que ceux d'Adanson , Cbarles Bonnet, et par-dessus tons, deHaller et de Pallas! Adanson, dont les travaux immenses, trop pen apprecies de son vivant embrasse a la fois la zoolog bom mes mineralogie et meme la phj r plus inventifs qui aient e^^ , la des dans equi par tie avant Bernard de Jussieu, a la con- b 1 L er^er Daubenton contenu dans le Rapport fait, en mars 1849, par *iion ami M. Richard (du Cantal), a I'AssemhUe nationale constituante, ^ur une proposition relative a la production des chevaux. Voyez sur- tout les Notes a la suite de ce remarquable Rapport, p. 85 et suiv. ' (1) M. Payer a rendu un veritable service a la science en publiant cii 18/i5 la partie zoologique d'un Cours d'histoirenaturelki fait par Adanson en 1772, et dont le manuscrit avait ete heureusement con- ^^rve par la famille de cet illustre iiaturaliste. On lira avec beaucoup ^interet V Introduction plac6e par M. Payer en tete du premier ^'olum e. i II est fort regrettable que diverses circonstances aient fait ajourner '» publication de la partie botanique dece Cours; toutefois les Fa- ^nilles des plantes qu' Adanson a fait paraitre en 1763 peuvent, jusqu'k "« certain point, en tenir lieu. t ! -1 fi I f I4i k it» I i J i I I u IM f i J f * h d t **. { "TT^ f i I I 96 mTRODUCTION HISTORIQUE. iption et a I'application de la mettiode menie liardi, emettant naturelle 5 parfois ' la botanique, la ■ " I anthropologie, des vues que Ton considere ujourd'hui comme tres noiivelles. Charles Bonnet, obser- 3e que son compatriote Trembley et que penseur profond et audaeieux, presque 8 a I'egal de Buff on lui-meme , et qui a eu ce rare privile de servir la science autant par ses erreurs elles-memes si habilement exposees , et d'ailleurs si ingenieuses, que par decGuv Haller , dont la grande Physio- 3rp,c surtout a la connaissance de ' H J logie^ bien que consacree surtout rhomme, renferme tant de faits nouveaux et importa sur les animaux ; et qui , en merae temps , en botaniq par ses propres reclierches, et parallelement a Bernard Jussieu , a Adanson , a Heister , a I 1 d'un pas si ferme dans les voies de la methode naturelle. Pallas, enfi qui fait par voy i et plus encore par beau vaux sur la classification des zoophytes et des infusoires, sur I'anatomie zoologique, sur la zoologie generate, sur rantbropologie, sur la paleontologie, sur la botanique, gie elle-meme 2 Pallas, dont > ^ t i I a I ■ r (1) En 1737, LiNN^, dans la lettre deja citee (voy. p. 78), ecrivait h /•' fi r -^ ^ (2) Je ne s;iurais d'ailleurs partager I'opinion de Blainyille, qui P u de la geologie positive », mais aussi « de I'anatomie paleontologique, „ deVa.natpmie zoologique et zooclassique..., et de I'anthropologie. » U y a ici une exageration extreme, Pallas a fait beaucoup ; il n'a pas tout fait. » r I « I 1 \ :■-- ' - , v^ \ ...f?,' '■''.. ■:^., -; ■ --":;: ■-- -' :-'•: ■ -'.f .- - --■-•-■ . -- ■-' *'r -■- v., A.--^^. '■■■■■■ I I I PALLAS. 97 sont si nombreux, et si parfaits malgre leur nombre, que quelques naturalistes modernes out hesite a le proclamer, en presence de Linne et de Buffon, le premier naturaliste du xviii^ siecle (1 En mentionnant ici les services rendiis naturalistes , pensee vers 1( nante varieto. pas repor quatre, parl'eton- e de leurs recherches, par la diversit 3S et des merites qu'ils font briller dans ppellentexceptionncllement, dans leur s universels de la renaissance, inventeu temps qu'erudits , les Gesner, les * \ \ ^elon , les Golonna Gesalp les Gomme Ray, dans epoque plus rapprochee , Adanson , Bonnet , Hallei Pallas, sagaces et patients, exacts et hardis temps observateurs, coordinateurs et ere Gomme 4 embi J de s'v tenir renfermes oyageur au Senegal, et apres son retour, Adanson des pi ^es sujets les plus varies ; Philosophes de son epoque ; Haller en est I'un des poetes us justement renommes ; et Pallas a laisse sur I'liis- ^n^e, 1 'ethnographic et la hnguistique, un livre qui, seul, ^nt dlustre le nom de son auteur. J (1) Sur Adanson , Bonnet et Pallas, je ne saurais omeKre de ciler ^es£^e5 de ces illustres savants, par Cuvier, loc. cit., t. lett. II. ^. %e d' Adanson est particulierement remarquable : I'illustre histo- ^•^n de la science devance ici de beaucoup ses contemporains dans, appreciation de I'auteur des Families naturelles. I. 7 I an l4«l I i i I * ,v ift^ i I M U Ml I F I n i 1 1 i* I I Jfcr: AE^T :ri.^ ^^.U^ .A-_A-. I *- I ^ >*s ( »l> i w I I \ A^:V..^.;^ 0. ;: \ .^'-^ ..-. .V"^" '.'■■. '■ -.y ■ -. I' -. ^ - :■-,-■ h _ J _ Vv\/\/ s ! 1 ^ QUATRlilME SECTION. "1 I f PROGRES REGENTS DE L HISTOIRE NATURELLE, SOMMA IRE. ^W siede. I. Mouvement rapide de la science durant la Revolution franoaise et au n. Botanistes. De CandoUe. III. Zoolodstes. Lamarck. Cuvier. IV, Geoffroy Saint-Hilaire. — V. Direction nouvelle de la science. I. ^ A mesure que nous avangons vers notre epoque, le Mouvement de la science va sans cesse s' accelerant, com- ^ parable a celui du corps grave qui se precipite de plus en plus rapide vers le point qu'il doit atleindre. A peine les Jussieu , apres trente annees de travaux, ont-ils definitivement etabli la methode naturelle pour le regne vegetal, que deja Goethe inaugure une botanique iiouvelle, trop nouvelle pour qu'on la comprenne de ^ongtemps encore. Le Genera plantarum est de 1789 ; la Metamorphose des plantes^ de 1790. En zoologie, cette meme annee 1789 voit paraitre le vernier des Supplements de VHistoire naturelle de Wfon ; c'est Lacepede qui le met au jour un an apres la ^ort de son maitre, et deja sur ses pas s'avancent de jeu- '^es emules, mon pere, introduit dans la science par Dau- ^^nton , et Cuvier, qui devient bientot le collaborateur de i II m I r_ f, i ifi» V \ I 'J^, .^mi-tA.^1, > I- m 'I i 100 INTRODUCTION HISTORIQUE . mon pere i). Leur travail commuii sur les principes de la classification zoologique est de 1795, et il est le fruit de recherches qui remontaient pour mon pere a 1793, et pour Cuvier a 1791. II y a done a peine un intervalle de trois annees entre la fin de VHistoire naturelle et les premiers essais de I'auteur de VAnatomie comparee. Ces essais, ou deja Cuvier se revelait tout entier, ou etaient en germe une grande partie des decouvertes qui devaient illustrer la fm du xyui^ siecle et le commencement du notre, marquent, en traits ineffacables , la date d'unc epoque nouvelle de la science : epoque qui precede immc- diatementles temps ou nous vivons, et a laquelle nous devons, avec autant d'admiration qu'a celle meme de Linne et de Buffon, une reconnaissance, sinon plus (1) Get enchainement , cette sorte de filiation ininterrompue de Buffon a Daubenton , de Daubenton a mon pere ct ii Cuvier, a vive- ment frappe Goethe. Voycz les Jahrhiicher fur ivissenschaftliche Kritik, mars 1832, p. Zi03, ou \esOEuvres d'Histoire naturelle ^e Goethe, traduites en francais par M. Martins, Paris, in-8, 1837, p. 162. Ces fails remarquables de I'histoire dela science frangaise n'ont pas echappe non plus a Pariset, qui les a resumes avec autant de conci- sion que d'exactitude. Voyez le recueil de ses eloquents discours, pu- blies sous ce titre : Histoire des memhres de I'Academie de medecine, (. II, p. 502. «Un trait singulier de I'histoire de nos quatre natura- » listes, dit Pariset, c'est qu'ils se sent pour ainsi dire ouvert I'un « a I'autre le chemin de la science et de la gloire. Un auxiliaire » etait necessaire a Buffon ; il choisit Daubenton. Daubenton adopta ,> Geoffrey Saint-Hilaire... Sur la foi de quelqucs essais que lui envoya ,. Cuvier, Geoffrey Saint- Ililaire eut hate de le tirer de son obscurite r » en I'appelant a Paris et en lui donnant I'hospitalite. » Pour plus de details sur les fails indiques par Goethe et par Pariset, voyez Vie, travaux et doctrine scientifique de Geoffroy Saint-Hilatre, chap. I, sect, iv el v, et chap. II, sect. v. K I I ♦ * m ■f It ■-- ■ -• ■* ■: ■^ - • , .- ■' - - '''^- ?■-■.., H ^' r F , I- ■ ,'■-;..■ k 9 t \ i 4 DIX-KEUVIEME SJECLE. 101 grande, du moiiis plus directe et plus vivement sentie : c'est I'epoque de nos maitres. Au moment ou elle s'ouvrc, que de progres a faire, mais que de progres deja taits 1 De toutes les branches de I'H stoire naturelle, il n'en ctait aucune qui n'eut ete, dans I \ xvni'' siecle, le sujet de travaux plus ou moins impor- tants ; de toutes les directions, aucune oii Ton n'eut au moins fait quelques pas ! Pour la classification et la deter- mination des especes, apres Linnc, les Jussieu, Adanson, Pallas, Fabricius, Miiller; pour I'etude do rorganisation et des fonctions chez les animaux, apres Pallas, Daubcn- ton, Haller, Camper, Hunter, Lyonet, Spallanzani ; pour I'anatomie et la physiologic vegetates, apres Linne, Gsert- ner, Hales, Duhamel ; pour Tembryogeme et la terato- logic , apres Haller ; pour I'observation des moiurs des Bonnet, Reaumur, Buffon, Pallas; pour graphic zoologiquc ct botanique , apres Buffon , la Linne, Pallas; poui naturelle generale, apres Buffon, Linne, Bonnet ; pour 1' anthropologic, apres Buffon, Blumcnbach, Pallas, il est manifeste que les voics etaient Ji I'avance largement ouvertes au xix« siecle par le x\in«. ie et de deux branches datent Et s'il n'en est pas de memo de la paleontolo et doiv encore philosoph propre de I'epoque modei de rappelei pour les re- cherches do Pallas sur les grands ossements fossiles du ^ord de I'Europc ; pour I'autre, les vues, parfois si admi- I'ablement precisees, de Yicq d'Azyr; pour toutes deux, ^es hautes conceptions de Buffon. Ainsi, dans nuelaue direction aue ce soit, il estvrai de it . i I I Jh « 1> ^ t ^ h. i n 5 « \ ■ *f i / I iir f 'it % I r \ I * ^r I k* 102 INTRODUCTION HISTORIQUE . dire que notre siecle a son point de depart dans les deco vertes du siecle precedent. Mais, combien il s'est eloig rapidement de ce point de depart 1 Combien ill'a laisse k derriere lui 1 En zoologie surtout , on I'a dit souvent , nul ne I'a conteste, les cinquante annees qui se sont ecc lees a partir du commencement de la Revolution francaii ont plus fait , a elles seules , que tous les siecles qui ont precedees (1 J aurais aime \ continuer ici pour I'epoque moderne pour cette epoque dont j'ai eu le bonheur de connaitr presque tous les naturalistes illustres, ce que j'ai essa^ pour des temp determiner quelle part chacun a prise aux progres de la science ; a dire de ma conscience, sa portee intell( 3 travaux. Mais comment appi / • des hommes au milieu desquels j'ai vecu, au milieu des- quels je suis encore ? De meme qu'un objet, trop rapproche de nos yeux, ne saurait etre nettement percu par eux, ne devons-nous pas craindre d'etre egares par des illusions, presence de dont f^ ' avons etc pi temoins, et qui ne peuventnous apparaitre,quoi que nous fassions, sous le point de vue ou ils apparaitronta laposte- rite ? Pour ne parler ici que des savants dont la science a deja eu a deplorer la perte, s'il est vrai, comme on I'a dit (1) Nul doute que la vive impulsion que regut la zoologie en France, et par suite dans toute I'Europe, \ I'epoque de la Revolution fran^aise, ne derive, en grande partie, de la reorganisation duJardin des plan tes en juin 1793 (due surtout au conYentionnelLakanal),etde la creation de la Menagerie cinq mois plus tard. Sans ce dernier progres, realise par I'initiative hardie et les soins perseverants de mon pere, I'ana- tomie comparee etit-elle pu etre creee des cette epoque ? S \ I 'J ^ I I DIX-NEUVIEME SIECLE. 103 . de fois, que la mort d'un homme ouvre a li droits sur lui, il faut reconnaitre aussi que / • J r peut en puisque chaque contemp quels que puissent etre son amour pour la justice et I'in- dependance de son esprit, ne saurait entierement franchir le cercle.des idees , des opinions, je dirai meme des pas- sions de son epoque , et se trouve ainsi enlace dans une multitude de liens qu'il ne saurait briser; car il ne les sent meme pas. Je ne renonce pas cependant a completer cette esquisse par un apercu des principaux progres accomplis dans I'e- ^ poque moderne. Mais ici je m'exprimerai avec plus de reserve encore; et sij'ose hasarder quelques apprecia- ppeler d premier a les declarer incompletes II. V ' i 4 r f * \ ^^ J M \ I Zoologiste par les etudes de toute ma vie, c'est en bota niquesurtout qu'une grande reserve m'estimposee. lies toutefois quelques noms sur lesquels je ne puis craindrc Les uns rap- I Parmileszoologistes,la posterite distinguera sans doute comme Vont fait leurs contemporains : Lacepede, dont les ouvrages siir les cetaces, sur les reptiles et les pois- sons, trop loues pendant sa vie, ont ete trop severement juges apres sa mort; Everard Home, auquel on doit un si grand nombre de recherchcs sur I'anatomie comparee ; el, de beaucoup superieur a Home comme zooto- miste, et de nlus Fun des fondateurs de la teratolosie ; Rudolphi, auteur aussi de plusieurs travaux remarquables sur Fanatomic comparee , mais surtout de reclierches jrande importance sur les cntozoaircs; Huber, qui, aveugle des I'enfance, a su se conquerir d'une 8 unc place au rang des observateurs les plus sagaces > Latreille , que la voix unanime de ses contemporains a nomme ie prince des enlomologistes ; Blainville, dont la pensee et les observations se sont etendues avec succes sur presque toutes les branches de la science ; Savigny, qui reunissait a vateur un si baut degre les merites de I'obser- ingenieux, plein de sagacite, et dn genera- lisateur sage en meme temps que hardi ; enfin, et ces deux noms , bien qu'inegalement celebres , meritent d'etre associes Fun a Fautre, Lamarck et Cuvier. La longue et honorable vie de Lamarck se divise en ■ r deux epoques. Botanistc eminent dans le dernier tiers du xYoi" siecle, Lamarck est malgre lui appele, en 1793, a I V I 1 I - - - -- ^ - X I - r - - ''■■■.-:■•, ■■■^/^■..;.- H I ^ ' 1- - P' ' - ' , ^-: • h ^ ■> 'f I LAMARCK. 107 de gere a ses travaiix. Ainsi le voulait un dccret de la Con vention, qui chan b temp d per Lamarck obeit au deci te de la Convention, ainsi qu'il appai que lui. De botaniste distingue, il se lit zoologiste illustre. des Flore frangaise ; il donna le Sy tebres Pliilosoph ~^ giqtie. De cos deux ouvrages, Fun, ccuvre linneenne, Presentait pour la premiere fois methodiquement classes dans leur ensemble tons les groupes intermediaires et in- ferieurs du regno animal. Dans I'autre, livre jusque^la sans modele, et livre de premiere force {i), I'auteur aborde de front la grande question de la variabilite des espcces, re- forme du moins, s'il ne justifie pas ses propres idees (2), celles qui ont si longtemps domine la science, et resout plusieurs de ces immenses problemes que Ton cut pu croire accessibles tout au plus aux vagues speculations, aux reve- fies de lamctaphysique. La destinee de ces deux ouvrages, si differents dans leur plan, si inegmix dans leur ^ , devaitetre etfut bien diverse. Le premier, immediatement intelligible fut immediatement de Oserai-je le dire ? le second non seulement resta d'abord nieompris et fut vivement criticme; non seulemenf: l.Vpri, ^ (1) Expression de BLAI^^VILL^; , Memoire sur les principes de la -ooclassie, in-8, Paris, 18Zi7, p. 21. 'cLaPhilosophie zoologique », dit, ^P^'esde justes reserves, rilliistrc zoologiste, « de I'aveu de tons les "^ hommesen etat de la juger, pent etreconsiderce commeun ouvrage ^ de premiere force. » - Voyez aussi Blainville etMAuriED, Ilistoire «e« sciences de V organisation, t. II, p. 355. (2) Malheureusement poussecs beaucoup trop loin. \ \ { i V. \ IF* i J i *f I* ^ 8 \ ill f { 'iM f '9, \ ,^ ^.. „ t t n \ n -J .t 108 INTRODUCTION HISTORIQUE . tique n'y epargna pas plus les grandes vues qui y brillent que les exagerations et les erreurs qui le tachent, malheur inevitable pourune oeuvre aussi nouvelle 1 mais ces esprits le"-ers, toujours portes a accueillir par la plaisanterie ce qui est au-dessus deleur portee, ne virent dans rimmortel ouvrage de Lamarck qu'une occasion de faire rire le pu- blic aux depens d'unbommede genie. Oserai-je dire sur- tout aue des savants illustres fircnt eux-memes cbmme k pijblic ^ par^onnant Lamarck sa Pliilosopfiie zoologique en faveur de son Systeme des animaux sans verteb ,9 heur dont modeste et presque obscure, et qui, sur sa tombe pas obtenu Cuvier a vu pendant sa vie, et presque des sa jeunesse, ses travaux recompenses par un( admiration que lui conservera sans nul doute la posterite Louer Cuvier, c'est presque aujourd'hui un lieu commun Qui ne sait que, par un privilege accorde a lui seul pent donne d'opercr, par chacun de ses grand ouvrages (i\ une ^ ■ dans line des branches de > (1) Par les Legons d'anatomie comparee,\(i8 Memoires sur les moU lusques et les Recherches sur les ossements fossiles. Le Begne animal, oeuvre considerable, et qui eflt suffi a I'illustration de son auteur, ne peut pourtaut etre place sur le merae rang que ces trois ouvrages. Dans le Regne anma?, Cuvier ameliore, perfectionne ce qui existait avant lui; dans ceux-ci il est createur. Je renvoie a cet egard a I'ar- ticle que j'ai publie sur le Regne animal de Cuvier dansmes Essais r" de zoologie generale, p. 135-152. Dans la suite meme de ce volume, j'aurai k exposer et a discuter les vues generales de Cuvier sur la science. Je developperai alors plusieurs des indications que je donne ici. Voyez Prolegomenes, \iy. II ? chap. II- • ( I I I !r i 1 fi I ! -'" ■', ■:■--., ,'. .'-i ■:■ ■ ■ ■' -: : :■ ;''*': •>■ \ x I I t I* I CUVIER . % 109 I'Histoire naturelle, et de la faire immediatement accepter par tons? Quine salt que, par ses travaiix sur ranatomie comparee, il est le veritable fondateur de cette science (1) et le renovateur de la zoologie ? Double progres accompli au moment meme ou, par une autre anatomic toute fran- caise, I'anatomie generate de texture, Bichat renouvelait en partie la physiologic, et par elle, la medecine ! Qui ignore ce que les recherches de Cuvier ont jete de jour sur I'or- ;anisation de ces etres innombrables qui restaient con- fondus sous le nom de vers^ de cet autreregne animal (2), encore a peine connu des zoologistes, et qui est presque devemi, de nos jours, I'objet privilegie de leurs etudes ? Et surtout, qui n'admire dans Cuvier le createur de la paleon- tologie , le naturaliste qui, fondant cette science sur les bases, seules immuables, de Tanatomie comparee, a su exhumer de la nuit des ages les especes primitives, et, ranimant devant nous leurs debris mutiles, nous introduire dans ce monde antique dont le Createur nous avait se- r pares par tant de siecles et de bouleverscments ! (1) En anatomic veritablement comparee, Cuvier n'a guere qu'un devancier, Vicq d'Azyr. Les travaux faits aux xvii® et xviii^ siecles surl'organisation desanimaux, etaient, les uns seulement descriptifs, les autres bien pliitot descriptifs que comparatifs. II importe de rappeler ici que le Handbuch der vergleichenden Ana- tomie de Blume]nBx\cii, loin d'etre anterieur aux Legons d'anatomie comparee de Cuyier, n'a paru que cinq ans apres les premiers volu- ii^es de cet ouvrage. Ceux-ci ont vu le jour en 1800 ; les troisderniers volumes, de meme que le livre de Blumenbach, sont de 1805. Cuvier ^ done sur Blumenbach le double avantage de I'avoir precede, et de s etre avance beaucoup plus loin. (2) Expression de M. Flourens, Eloge de Cuvier, dans les Memoires de VAcademie des sciences, t. XIV, p. vij. *; 4i 11' r I I i t I i' I I I 1 - ^n \ \ I 110 IINTRODUCTION HISTORIQUE I i h I 1 lA t i- ■ in ^ t te^ i i II est un autre nom inseparable dans la science de ceiui deCuvier, au quel de doubles souvenirs lerattachent : a I'origine, unite de vues ct communaute de travaux ; a la fin, diversite radicalc de doctrine, debats prolonges et sans conciliation possible, par-devant I'Europe savante, attentive et partagee (1 Ce nom, c'est celui de I'autcur de la Phiiosopliie ana- tomiqiie, du crcatcur de la Methode des analogues et de la Theorie de 1' unite de composition organique ; du natu- la grande epoque de Cuvier (2), en inau- apre s gure une autre non moins grande, et que Goethe a ainsi apprecie : « H rappelle Buffon sous quelques points de ))vue. II ne se borne pas a la nature actuelle, exis- achev etudic dans germe, dans son developpement , son avenir. II se rappi (1) Id, plus encore que partout ailleurs, une grande reserve m'est imposee ; je ne saurais toutefois la pousser jusqu'au silence ; ce serait laisser cette esquisse liistorique incomplete, sans conclusion, sans lien avec la suite de cet oiivrage. J'essaierai de lout coiicilier a I'aide d'emprunts faits a quelques savants fran^ais et etrangers. Us diront ce qu'il m'est seulenient permis de penser. (2) II importe de remarquer que Cuvier, plus age seulement de trois ans que mon perc, et quoique en partie introduit par lui dans la science (voy. p. lOO), Fa de beaucoup devance dans la science. Quand commencerent en 1806 les grands travaux de mon pere, Cuvier avait deja produit presque tout ce qui devait immortaliser son nom. L'ana- tomie philosophique ne pouvait venir qu'apres I'anatomie comparee. I J''.- ■■ '*" F' - . -m <.— • >:;.v---'. >' i I GEOFFROY SAINT-HILAIRE. I abstraction que Buffon n'avait fait qu' de reciiler devant elle, il s'en empare 111 domine, et sait en fair '^ recele (1). » Bel hommage rendu a la science frangaise par Fun des plus grands esprits de I'Allemagne, de cette noble nation qui seule pouvait disputer a la notre le sceptre de la science synthetique et philosophique ! Le premier volume de la Pliilosophie anatomique a paru en 1818. L'auteur avait prelude a cette grande pu- ition par plusieurs memoires, les uns anterieurs de blic d'un cm art de premiers lineaments de sa doctrine j les autres, dates de 1806 et de 1807, ou elle est deja presque tout entiere(2). Mais qui I'avait alors comprise? Meckel et Blumenbach en Allemagne (3) ; chcz nous, personne ! II en fut d'elle. (i) Goethe, OEuvres d'Hist. natur., trad, de M. Martins, p. 163 et iQli. Ce passage est extrait du second des articles de Goethe siir les ^nncipes de ■philosophie zoologique de Geoffroy SAmT-HrLAiRE. *oy. Jahrbiich. fur wissensch. Kritik, mars 1832, n"" 51, 52 et 53. (2) J'ai rassemble, dans mes Essais de zoologie generale,\\ 8li a ^9> les principaux passages dans lesqiiel-' men pere a indique, de 1796 a 1806, et expose en 1806 et 1807, ses vues sur I'unite de com- position organ iff ue. (3) On etait prepare en Allemagne, et mallieureusemenl on ne etait pas ciiez nous, as'avancer dans lesnouvelles voies. L'Allemagne "evait surtout cetavantage a I'enseignement fecond deKiELMEYER. On ^ souvent exagere, on a aussi parfois attenue les services rendus a la ^|=ience par cet illustre professeur et par ses disciples Meckel, Auten- '"'eth et plusieurs autres. Ces services, en realite considerables, seront Resumes et apprecies dans la suite de cet ouvrage. En attendant , j'ai J_u signaler les exagerations de quelques uns de nos corapatriotes en '■iyeur de Kielmeyer et de ses disciples. Voyez Vie, trav. et doctrine ^c«e«f. de- Geoffroy Saint-miaire. n. 158 a 160. i 1 1 t i -^1 HP ^ 1 * « I 1 i i I 11 i -i-^ 1 I f*' I I i A ♦? I I 112 INTRODUCTION HISTORIQUE. 1807, comme plai 1 1790 , de la Metamorphose des ; trop tot. Et lorsqu'en 1819, un qui commencait, par V Analyse de la Pliilosophie les qu'il M. Flourens osa tomique, cette belle serie d'etudes historiq enrichit chaque dire le premier 2 La publication de » fixera la date d'une direction nouvelle pour les etude anatomiques plu lecteurs. Sa prediction, si bardie pour cette epoque, pendant ete pleinement justifiee ; elle a meme ete dep La Pliilosophie anatomique. par par s developpements que renferment les nombreux memoires de son auteur, par toutes les rechercbes qu'elle a susci- tees, a etendu son influence bien au dela de I'anatomie. Non seulement toutes les etudes relatives au regno ani- mal Font plus profondement ressentie, mais - VHistoire naturelle tout entiere, toutes les sciences d'ob- servation (3), et, ne craignons pas de le dire, la philoso- r (1) G'est la Philosophie amtomique et le mouvement scientifique qu'elle a suscite qui out fait comprendre enfin la Metamorphose des plantes, et aussi, bien que presentees plus rigoureusement et d'une maniere plus accessible, les idees analogues a celles de Goethe qu'avait emisesDe CandoUe en 1813 (voy. plus haut, p. 105). C'est ce qu'a ■ signaleM. Flourens dans le tres remarquable Eloge de De CandoUe qu'il a lu a I'Academie des sciences en 18Zi2. « Ce n'est, dit-il {Mem. ,. de I'Academie des sciences, t. XIX, p. xvj), que lorsqu'une lutte, « survenue entre deux illustres rivaux, aporte le debat devant cette « Academie , que I'opinion publique a compris enfin tout ce qu'il y » avait de puissance et de force dans les nouvelles idees. « (2) Page 6. — V Analyse de la philosophie anatomique par M. Flou- rens a paru dfes 1819. (3) Des iShh, M. Dumas disait sur la tombe de Geoffroy Saint-Hilaire {voy. Gazette medicale, V serie, t. XII, p. 416) : « Cette Unit6 de com- f • f _ ^ ^ _ ' r .'rV :" /; . -^ . V-. ,. .^- ■-; V .■;. -; ^: . ^ J F 4) GEOFFROY SAINT-HILAIRE. 113 generale elle-meme. Etyoilapourqiioi Goethe, qiiand ces memorables debats desquels date , 830 docti n'a plus qu'une pensee , les suivre assidument, poor en ex- pliquer le sens el la portee a ses compatriotes et an monde savant; pourquoi encore, deux ans plustard, le grand poe(e disait : ccNous avons ele attentif a suivre les con- obsei fiq )) en meine temps / Ces lignes sont presque » )) » )) » ^s dernieres qu'ait tracees la main dc Goelhe. Le principal caractere de la Pliilosopliie anatomique, i Ton considere ce livre au point de vue le plus general, 'est Fesprit nouveau, I'esprit de vie et de progres, dont position, cette Unite de type qui sert de base pour classer tous les faits deTanatomie comparee, la science des vegetaux s'en est em- paree et a su rcntourer des demonstrations les plus convaincantes. Elle penetre maintenant dans les sciences chimiqiies et y prepare peut-etre une revolution dans ies idees. >• Plusieursmedecins et chinirgiens, plusieurs pliilosophcs illnstres, ont semblableraent signale rinlluence exercee sur leur science par la nouvelle philosophie zoologique. (1) Locis cit., traduction fran^aise, p. 181, eUaJirbucher, n" 62, p. /i22. On a signale souvent cet admirable sentiment du public francais qui en fait si souvent le juste appreciateur de I'importance future d'un evenement qui commence ou se prepare. Ce que Goethe dit en 1832 des debats qui avaient eu lieu, en fevrler et mars 1830, entre les chefs des deux ecoles zoologiques, la presse fran^aise I'avait dit au moment memo de ces debats. Oalhait dans \e National, n° du 22 mars 1830: « Toutes les sciences sont par contre-coup mises en cause, et ont un » interet majeur a leur resultat. » Et dans la Revue encyclopcdique, .jum 1830 : « La question en litige est europeenne et d'une portee " qui depasse le cercle de I'Histoire naturelle. -> I. 8 • -^ J ■> V r ( *• f « t«i i f 1 i 1 F i li i. i^^ \f9 114 INTRODUCTION HISTORIQUE. animer bien plus encore que resuitats auxquels a pplicatiori de espi / • nouveau a une science speciale ; c'est un changement dans la methode 1 bien dit M. Flour dans la direction jusqu'alors suivie ; c'est par-dessus tout , et de la son influence en dehors meme du cercle ou elle sembkdt devoir se renfermer, c'est I'emancipation de la pensee, troplongtemps enchainee a la suite des faits et de robservatioii Tl V ^ I I I \ V. Qu'on me permettc d'insister sur ce grand resuitat, d'essayer de le mettre dans tout son jour, et par la meme de caracteriser la direction nouvclle de la science. somm pai 9 Q n qu'avons-nous a (aire ? II est enfin possible de repondre, du moins en termes generaux, a ces questions, posees an debut de cette Introduction (2 Des la fin du xvm« siecle, Schelling avait tente de s'oii- vrir et d'ouvrir a tons Faeces des hautes regions de THis- (1) Cette pensee a ete exprimee, avec une remarqiiable feraiete, par M. CosTE dans son Embryogenie comparee. L'auteur dit. Intro- duction, 1837, p. 33 : « Deja de graves et d'importants'travaux ont J) dans cette direction glorieiisement oiivert le siecle... M. Geoffroy » Saint-Hilaire arrachait de^vive force la science a cette ecole indiffe- » rente qui avait pour systeine de n'cn avoir aucun, et qui perdait son i) temps dans la contemplation grossiere d'un fait isole qu'elle s'obsti- » nait a ne rattacher k aucune loi... » (2) Voyez p. 2. A J > ' i »4 I I DIRECTION ACTUELLE DE LA SCIENCE. 115 toire naturelle. Schell des Ph ^pkes de la nature dont il est le fondateur et le chef ustre, avaient pris pour guide rimapination aui enfante des systemes, et non le raisonnement base sur les farts, auquel il appartient seul de creer des theories. Schcllinff nature dire : Philosoph ■ Peu de natiir la nature^ c'est creer la Fi Fa- dans ces voies perilleuses tions dans lesquelles semble comprometti s tombes qui la menacer une jusque dans son avenir, Guvier et son ecole , par reaction extreme, s'etaient prononces contre toute te tive de generahsation , et en faveur de la rechei exclusive des faits et de leurs consequences immediates (2 Ainsi deux ecoles non seulement differentes , mais di rectement opposees, marchaient en sens inverse dans des voies ou elles ne pouvaient ni se rencontrer ni se com- prendre, Schelling donnant tout a la pensee, Cuvier et ses disciples tout a Fobservation (3). L'un faisait la science rande comme la creation elle-meme: mais il la comnosm-f _ (1) J'essaierai, dans la suite de cet ouvrage [Yoy. Prolegomenes , liv. II, chap. II), de retablir le vrai sens, si souvent meconnu , de cette proposition, et de faire connaitre la doctrine de Schelling dans son application a I'llistoire naturelle. (2) Voyez I'analyse comparative des vues de Cuvier et de celles de scientif deGeoffroy SainUHilaire, ^ suit est en partie emprunte a ce dernier chapitre. (3) Voyez le chapitre 11 du second livre des Pro/e>menes. On trou- ^'era, dans ce chapitre, exposees par Cuvier et Schelling eux-memes (sect, m et v), les vues que je resume ici en terraes tres generaux. . t / A f r^ i«i» I t u^ ^ ( r^ '% \ ^ ' I I 4 I p t 116 liSTRODUCTION HlSTORiai-E. d'hypothcses qui , dans la haute sph ses abstractions, planaient pour ainsi dire de des faits sans les atteindre. Les autrcs,preoccupes du besoin de rigueur dans la methode et de certitude dans les resultats, n'osaient s'elever au-dessus des faits, de peur bnt de vue : semblables a ces de s'egarer en les per d' autrefoi timidement les cotes. b S faute de L'auteur dela Philosophie anatomique a pense, comme Cuvier, que ie premier besoin de la science est la certitude ; d de I'observation. M Schellinff, aue I'obser ne saurait donner cet admirable qu'une idee imparfaite de I'ensemble ; qu ment, la pensee seule pent apcrcevoir r reseau de rapports et d'harmonies qui unit si magnifique^ ment entre elles toutes les oeuvres du Createur. Yoila ce qu'il y a de commun, et voila aussi ce qu'il y a de profondement different entre I'ecole de Geoffrey Saint-Hilaire et celle de Cuvier, entre elle et celle de Schelling. Comme celle de Cuvier, elle precede des faits et de I'observation, mais ne s'y arrete pas; elle en suit les consequences aussi loin qu'elle le pent rationnelle- Comme celle de Schellinff, elle chercbe spt mais elle veut fa ire deriver des faits, et non la deduire d'un type a priori. De la, pour elle, la necessite /oaigi^e del'ei I- r de I'observation et du raisonnement ^titnrle. r autre de nnissance et de arai fails naturels , I'autre de ! ! I .* » I . I I"" ^s^ 1 i V DIRECTION ACTUELLE DE LA SCIENCE. 117 decouvertedes rapports, desgeneralites et, finalement, des lois dela nature. La science, comme ellea deux ordres de ' •. r verites a connaitre, aura desormais deuxmethodes. Apres avoir recueilli tous les enseignements qu'ilpeut devoir au temoignage des sens, le naturaliste osera s'elcver, par la pensee, vers de plus bautes verites ; et dans cette lutte si inegale de I'esprit huniain contre les difficultes infinies de I'etude des etres vivants, il ne se presentera plus desarme de ses plus nobles et de ses plus belles facultes , et semblable au soldat qui, de peur de se blesser lui-memc, aurait jctc ses amies sur le champ de bataille. Tel est I'esprit de la Philosopliie anatomique bien comprise ; et c'est pourquoi la publication de ce livre fixe la dale d\ine direction nouvelle{\)^ et inaugure lepoqiie actiielle, caraoterisee par Falliance intime do raisonnement avec V observation^ de la synthese avec V analyse : en deux mots, Tepoque de la Generalisation LOGiQUE r2\ (1) Expression de M. Floiirens, comme on I'a vu plus haut, p. 112. (2) Les vues qui formenlle terme de cette esquisse historique sont necessairemeiit le point de depart de Touvrage auquel elle sert d'in- troduction. J'aurai done successivement, et en partie des ce volume, ^ reprendre, a developper, ketablirce qui vient d'etre ici indique historiquement. « f 'IJ ^ ( 44 i m + I I 1 ^^ * t m *, »f f!| ^ * 4 m iv ■I f ^ I _ ^ - _ J ■- V . t t a-i-t^ I I \ \ t b«> .f t r f V 1 1 t. - . -,? .' ^ ■ . '.' J-- ' - hi r - - I C« 4 T ■\ ' T RESUME i DE L'INTRODUCTION HISTORIQUEo). i \ ^j '? Arrive au terme de cette longue esquisse historiq ssaierai de la resumer. Pendant un grand nombre de siecles , I'Histoire na relle, dans che galement prog pi presente le meme caractere : I'intime union, nient, la confusion de I'Histoire naturelle a^ sciences. Scion I'exprcssion dont je me suis servi, le tronc commun des connaissances humaines n' a point encore de branches distinctes . Lesage oule p I nlosop he, pour employer I'expression des anciens, le savant, selon Une remarque est ici necessaire au siijet des trois periodes qui ont eie precedemraent indiquees, et qui vont etre reprises ici comme fournissant une expression tres nette des tendances successives de I'Histoire naturelle. II s'en faut de beaucoup que ces trois periodes soient parfaitement tranchees, et c'est pourquoi je me suis abstenu Jj'en determiner avec une entiere precision les limites chronologiques. -a meme remarque est applicable aux epoques secondaires que j'ai istmguees dans le cours des trois periodes principales. Dans tous les ^emps, il a existe des hommes qui ont fait mieux ou plus mal que leurs contemporains : il y a des intelligences qui avancent, et d'autres qui » i' 1 1 i : \\\ i i" r * : ) '^- i f f {' ^r g 120 IINTKODUCTION HISTORIQLE end pll( 1' expression ties modernes, eomp mais vagiies meditations, tons les- inondes exterieur et interieur offre } pensee. Ardente, avide, temeraire, comparable aun enfant veux ou a sa dont facultes nouv g s'exercent incessamment , sans reserve et sans choix, sur (1 ree des faits dans toutes les directions, et d'enfimter des syster ^ de tons les phe nal\ ffiuvres mais fragiles de I'imagination, instniisent moins I'espi qu'ils ne lui plaisent et ne retonnent. La poesie s'e inspire , mais la science y clierclie en vain les elemen d'une doctrine positive : ellc reste debile, hesitante, ince s dire encore. La confusion des connaissances bumaines est encore le caractere de la premiere partie des temps modernes ; retardent. Aristote, du seiii de la premiere periode, s'avance jusque dauslanotre, etsauf lenombre de siecles ecoules, il en estde meme de plusieurs autres des hommes illustres dont j'ai rappele les travaux. Reciproquement, etpar une triste compensation, combien de natura- listes, apres les belles creations theoriques qui ontsignalecesdernieres annees, contlnuent a ecrire dans I'espritde la seconde periode! Mais de rares exceptions ne detruisent pas une regie : elles la con- firment quelquefois. Les periodes que j'ai distinguees existent reelle- nient; elles ont ete tracees d'apres les faits; et il reste vrai que Fen- semble des travaux de chaque epoque peut ctre rapporte a un type special, et a, pour ainsi dire, sa physionomie propre et ses traits F caracteristiques. (1) « Pour I'age ou tout est rayslere, il n'y a point de mystere. » (J.-J. RoissKAU, tmxle, liv. IV.) •■:■-":--■■ ■:■ ■ 1 ^ -. - -." -. '^ . --. ^. - ' -4^ :^. t RESUME . 121 mais bientotle faisceau se rompt : au xvii' siecle la division du travail est deja trcs marquee ; I'llistoire naturelle a ses observateurs speciaux, et Fobscrvation , Vanalysej, se substituent aiix methodes vagues et incertaines des pre- miers temps. Dcla une precision, mie rigueur jusqu'alors inconnues. Aussi la zoologie, la botanique, jusque-la sans faits bien etudies , sans classifications rationnelics , s'enrichissent rapidement de faits authentiquement con- states, examines avec soin dans toutes lem^s circonstan- ces, analyses dans leurs details , on, pour mieux dire en un mot, de faits bien observes. Des lors, elles prennent. place, elles acquierent un rang distinct et important dans le cercle des connaissances humaines. Dans le xvm« sie- cle, la division du travail et I'analyse sont portees de plus en plus loin, et les decouvertes se succedent, de plus en plus nombreuses. Sila science s'avangaitindefinimentdans cette direction, la division du travail finirait par en devenir le morcelle- ment, etlc progres ne consisterait que dans la perpetuelle accumulation d'inutiles materiaux. Bientot la science ne serait plus seulement riche; elle serait encombree. Heu- reuscment cette memo richcsse de la science qui rend la coordination necessaire, la rend possible. Le moment est venu ou, a Vanalyse^ pent s'allier la syntkese. Elle appa- durant la seconde parti pletcment subordonnee siecle, mais encore domine a son tour, quand efforts se diriacnt vers la decouver b des lois de la nature. L'Histoire naturelle devient par un progres de plus, apres que I. 8. 1 I * * ^ i I I 1 ;i 4 I I II 4 I 1 A i I I / ■^•b ri^^ »'t J I r .ii 122 INTRODUCTION HISTORIQUE. branches se sont reliees entre elles, elle-meme se relic 1 avec la philosophic ct les autres sciences ; non pas confon- due comme dans les premiers ages, mais disiincte, quoi- que unie^ en un mot, associee. Alors apparaissent dc nouvean des concephons aussi vastes que la creation elle- meme : comme a rorigine^ mais avec la raison pour guide, I'imagination pent deployer scs ailes vers les som- mitesles plus clevces; et la pocsie, effrayee un instant par les formes severes et Ic langage aride de I'analyse, retrouve de sublimes inspirations dans la contemplation . des harmonies de la nature et de scs eternelles lois. Ainsi, dans une premiere periode, longue enfance dc I'esprit humain, confusion de toutes les sciences ; dans • • \ une seconde, division du travail ; dans la tr( ciation des diverses branches de I'Histoire naturelle entre elles, et de I'Histoire naturelle avec les autres sciences (1). Dans la premiere, la methode, si ce nom peut etrc ici employe, c'est Vhypothese vague et conjecturalc ; dans la seconde, cJ est V analyse; dans la troisieme, c'est la syn- Uiese unic a I'analyse. Et les efforts aboutisscnt, dans la premiere, a la conception de systemes; dans la seconde, (1) Sur la division des sciences et leur association, considerees comme condition- necessaire de leurs progres, voyez la preface de mon Histoire generale des anomalies, 1832, 1. 1, et mes Essais de zooloyie gmerale, I8/1O, p. 55. En indiquant d'une maniere generale, en 1832, les trois periodes historiques des sciences d'observation, je n'ai jamais eu la pensee que toutes ces sciences dussent, a la meme date, entrer dans les memes periodes ; et je cherche en vain ce qui a pu induire un celebre chi- miste a m'attribuer une opinion aussi inadmissible et aussi contraire aux vues que j'ai toujours professees. I I ,*■-■- ■^/ , -' .- -^ '.-■' .■ ;.i . ^' 1- -/ i i ¥'* liESUME » 123 decouverte des faits; dans la trois 'Mories et a la demonstration des f qui fait succeder a un faux savo mais par 11 (i) La premiere periode, pour recourir a une comparaison facile a saisir, c'est, dans la construction d'un edifice , I'echafaudage provi- soireraent dresse ; la seconde, c'est I'apport des materiaux ; la troisieme est la construction elle-merae de I'edifice. I 44 t% 1 1^ \i Hi 4 J.. M i / ^ L \ ^ f ■ ■ )l r i I - 1 ^ f m ■\/\- TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS CITES DANS L'mTUODUGTION HISTOUIQUE d). I. Aittiqiaite. I i (Premiere section de I'lntroduction historique, p. 3 a 28.) A Alcmeon, pliilosophe grec, ne a Grotone, environ 500 ans avant notre ere. Diversitede ses connaissances, p. 17. — II a fait des observations embryologiques , p. 18. Anaxagore, pliilosophe grec, ne a Clazomenes en Lydie , Fan 500 avant notre ere, et mort a Lampsaque, en 428. Diversite de ses connaissanccs, p. 17. — II a entrevii les fonctions de Tencephale, p. 18. Anaximandre , pliilosophe grec , ne a Milet , Tan 610 avant notre ere, mort en 5/i6 ou 5ii7. II considerait les etres vivants comme tirant leuroriginede Teau, et faisaittout deriver de Finfini, p. 18. (1) Oa a'a point corapris dans cette table les noras qui ne figurent que dans les notes purement bibliographiqucs. Les combinaisons typographiques adoptees pour Timpression de ces notes y mettent les noms d'auteurs assez en evidence pour que leur reproduction soit ici superflue. \ w •t » Ji \ i 'I < J 'T m w ■^ft. ■-*^. it ^'■\ I 126 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. 38/i avant notre dans I'ile d'Eub avoir passe une de Ce grand homme personnifie en lui I'llistoire naturelle des Grecs, et meme plus generalement des anciens, p. 19. — Etendue Haute importance U a accompli quatre et diversite de ses connaissances , p. 19 et 20. deses travaux en Histoire naturelle, ibid. progres qui semblaient devoir se suivrea de longs intervalles, 21 — II est encore aujourd'hui, par plusieurs de ses conceptions, un auteur progrcssif et nouveau, ibid. — II dut a son eleve Alexandre les moyens d'etendre ses connaissances sur les productions de plu- sieurs contrees lointaines,'<6frf.— II aete heureusement continue par plusieurs deses disciples, principalement par Theophraste, p. 22 et 23; et par les disciples de ses disciples, p. 22 et 2/|. Les ouvrages d'Aristote ont ete tres imparfaitement connus pen- dant plusieurs siecles , p. 32. — II furent restitues enfin a I'Europe par Albert le Grand, p. 33; et plus completement, au xt« si^cle, par Theodore Gaza, p. 33 et 35. Athenee , ecrivain grec , ne a Naucratis en Egypte , dans le ii« siecle de notre ere, et mort dans le iii^ (dates inconnues). II n'est point, a proprement parler, naturaliste; mais il nous a transmis , sur I'llistoire naturelle , un grand nombre de notions interessantes, p. 25, AusoNE [Deems Magnus Ausonius) , poete latin, ne Bordeaux vers I'an 309, et que Ton croit mort en 39/i. On lui a donne a tort le titre de naturaliste, p. 25. a w c m CoLUMELLE {Luctus JuUus Modcvatus Columella), celebre agronome, ne a Cadix, et ayant vecu dans le i" siecle de notre ere. C'est a tort qu'on I'a considere comme naturaliste, p. Ik. t I J - H - H ;;■.... ■:,r . . J ■■ - --.---. ' : >J . ■ , 7f^ *% ANTIQUITE. 127 Confucius, philosophe cbinois, ne vers I'an 551 ere dans la principaute de Lou, et mort vers ^ Des notions sur I'Histoire naturelle sont contenues dans les an- iens livresdont on attribue la redaction a cetillustre philosophe, p. 9. A79 m D Democrite, philosophe grec, ne a Abdere vers le commen- cement du v" siecle avant notre ere, et, mort vers le com- mencement du Iv^ Diversite de ses connalssances, p. 17. -II a ete appele par Cuvier le premier anatomiste comparateur, p. 18. - L'erreur la plus irros- siere s'allie encore chez lui a la verite, ibid. DioGENE dit Laerce, ecrivain grec, de la fm du jr et du commencement du ni" siecle, ne a Laerte en Cilicie. II nons a conserve les titres de quelques ouvrages perdus d'Aris- tole, et plusieurs documents sur ce grand homme, p. 20. DioscoRiDE, medecin et naturaliste grec, ne a Anazarhe, en Cihcie, et que Ton croit avoir vecu dans le i" siecle de notre ere. Importance de ses travaux sur la matiere medicale et I'llistoirc naturelle, p. 27. Son ouvrage sur la matiere medicale temps reste classique parmi les medecins, p. 28. est long- , ->* ( \ 1 ■■' ri I E Elien {Claudius mianus), auteur du iif siecle, rpn', bien qu'Italien, aecrjt en grec. 11 ne peut etre considere comme un veritable naturaliste, p. 25. Empedocle, philosophe grec, ne a Agrigente en Sicile, dans le v« siecle avant notre ere, et mort dans le Peloponese, vers le commencement du iv*. i I d \ ht- M _ L _ l< ■- r. - ,_ ^- - _ ra.T;KX. 128 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. Diversite de ses connaissances, p. 17. —II a fait quelques obscr- vations embryologiques, p. 18. Erasistrate, medecin grec, ne dans I'ile de Ceos (et. non de Cos) vers la fin du iv siecle avant notre ere, et niort vers 257. II est Tun des createurs de I'anatomie, p. 22 et 2Zi. G Galien (Claude), ne a Pergame en Mysie, vers I'an 131, . et que Ton croit y 6tre mort vers 200, apres avoir passe une grande partie de sa vie a Rome. Ses travaux font de son epoque une des plus grandes de la science, Des parties encore ignorees de son oeuvre out ete enfin p. 28. retrouvees, et doivent etre prochainement puLliees par les soins de M. Daremberg, ibid. I \ ±,^ H Herodote, le Pere de I'histoire, ne a Halicarnasse, Fan liSli avant notre ere, et mort en Italie, vraisemblablement a Thurium, a la fin du T siecle ou au commencement du iv". Importance de ses ouvrages au point de vue de I'llistoire natu- relle, p. 15. — Sa veracite sur plusicurs des points ou Ton s'etait cru le mieux fonde a la revoquer en doute a ete rcconnue et etablie par Geoffroy Saint-Hilaire, p. 16. HEROPmLE, medecin grec, ne vers Tan 35A avant notre ere a Cbalcedoine en Bithynie, selon les uns, a Cartliage, qui P tolemee Lagus. 11 est Fun des createurs de I'anatomie, p. 22 et 2Zt. HiPPOCRATE, ne vers I'an 460 avant notre ere, dans I'ile de Cos, et mort en Thessalie, vraisemblablement a Larisse, ■ vers le commencement du vt siecle. 1^ ■-fi" - -: -.. ffr^ "f 1 i I ANTIQUITY. 129 II est le seul, jusqu'ii Aristole, qui ait fond^ la science siir I'ob- servation, p. 18. N Nemesius, evecjue grec, qui parait avoir veca a la fin dii iV siecle et durant le \\ Rien ne prouve que cet auteur ait coiinu la petite circulation du sang, p. li[\. ■Oppien, poete grec, ne en Cilicie, et qui a vecu a la iin du n* siecle et au commencement du ni'. II ne peut elre considere comrae un vrai naturaliste, p. 25. I I I P Plin ? dit Cai us Plinius Secun^ dus), ne I'an 23 de notre ere, a Come, selon les uns, a Verone, selon les autres ; mort en 79 sur le Vesuve dont il observait I'eruption. II peut etre considere comme le plus elegant et le plus spirituel des ecrivains anciens sur I'Histoire naturelle, mais non comme un veritable naturaliste, p. 25. — C'est a tort qu'il a ete compare k Aristote, p. 26; et qu'on lui a compare Buffon etLinne, appeles, I'un le Pline frangais, I'autre le Pline duNord, ibid. — Gesner lui a ete aussi compare, et a ete appele le Pline de I'Allemagne, p. Zi3. Appreciation de Pline par Cuvier, p. 26; et par M.Villemain, p. 27. free, ne a Megalopolis en Arcadie, a la fin du nr siecle avant notre ere ou commencement du ii"; et mort vers la fin de ce dernier siecle. II n'est pas naturaliste, mais nous a transmis des fails qui don- nent un veritable interet a ses ouvrages au point de vue deTHi - toire naturelle, p. 2/i. — Comment il est apprecie par Tite-Live, p. 25. Poly I. 9 ! -4 ' It ■I L I [1 V. r t ii t #.X y-". Lik+n'vl— ir I 130 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTELKS. Praxagore, medecin grec, iie a Cos, et qui a vecu dans le lY' siecle avant notre ere. II est Tun des createurs de ranatoraie, p. 24. _ V Pythagore, ne a Samos a la fin du vii^ siecle avant notre ere, ou. an commencement du vr, mort en Italic vers la fin de ce dernier siecle. ' II a embrasse Fensemble des connaissances humaines, faisant de r la science des nombres la science universelle, p. 17. S Strabon, geographe grec, ne dans le milieu du premier siecle avant notre ere a Amasee en Cappadoce ; mort vers Tan hO apres Jesus-Christ. Sans etre naturaliste, il s'est souvent rendu utile k rHistoire naturelle, p. 23. i- T philosoph Fan 639 avant notre ere, mais qui vint, vers I'age de quarante ans, se fixer a Milet; mort en 547 ou 548. F Diversite de ses connaissances, p. 17. — II cherchait dans Feau le principe de la vie, p. 18, Theophraste, ne a Eresos, dans Tile de Lesbos, Fan 371 avant notre ere, et mort vers 285 a Athenes, apres avoir longtemps enseigne au Lycee. Importance de ses travaux en Histoire naturelle, p. 21. Iln'a pas ete seulement observateur, mais aussi experimentateur, p. 22. II est le second naturaliste de Tantiquite, ibicL — Ses ouvrages ont ete longtemps mal connus en Europe , ou ils furent enfin ap- portes, dans le xv^ siecle, par Theodore Gaza, p. 33. historien 59 hve. a Padoue, ou il est mort vers Tan 18 apr^s Jesus-Christ. Comment il apprecic Polybe, p» 25. I ' ■ -. .. :v;. ^ c.--- :• ■ - -L - r- '' ? '•■ - ".J ■ >--^-: ^ V I ■l ANTIQUITE. 131 I t - L [-'4 X V V F Varron (Marcus Terentius Varro), dit le plus savant des Romains, ne a Rome vers I'an 116 avant notre ere; mort en Italie vers Fan 26. Est im agriculteur et non im naturalisle; mais ses ouvrages interessent soiivent au point de vue de Fllistoire iiatiirelle. J X Xenophon , le celebre general des Dix mille, ne en Attique vers Vanhlib avant notre ere; mort a Corintlie vers 355. II ne peut etre considere comme uii veritable naturaliste; mais ses Cynegetiques attestent des connaissances precises sur pliisieurs animaux, p. 18. N \ U ( ) 1 I J "; #a» It • i \ I I fli ^■1 I If I \ 1. I .\: f riLite ^^m^j f^n^-Tk^ 132 TABLE ALPHABETIQIE DEtS AIJTELRS. II. ]9Ioyeu age et Rei&aissance (Scconde scclion derintroduction hisioriquc, p. 29 a 35.) I A ] i Aben-Bitar. — Voyez Ben-Beithar. Albert LEGRA^^D, ne aLauingen en Baviere, en 1193 selon les uns, en d205 selon les autres ; mort.a Cologne en 1280. 11 est presque le seul auteiir qui en Occident ne neglige pas I'His- toire naturelle durant le moyen age, p. 33. — 11 a rendu a cette science un immense service par la restitution des ouvrages long- temps mal connus d'Aristote, ibid. Alfarabi (Mohammed, dit), pliilosopbe arabe, ne a Farab, dans la Transoxiane vers la fin du ix* siecle ; mort a Damas en 950. II parait avoir possede des connaissances etendues sur rilistoire naturelle, p. 30. AvERROES ou Ibn-Rochd, pliilosophc el medecin arabe, ne a Cordoue vers le commencement du xii^ siecle; morl a Maroc en 1198, 11 s'est occupe avec distinction d'llistoire naturelle, p. 30. AviCEis'NE OU Ibn-Sina, medecin arabe, ne en 980 pres de Chiraz, mort en 1037 a Hamadan en Perse. Variete de ses connaissances et importance de ses travaux, p. 30- II est le premier qui ait compris et indique la vraie nature de ces corps organises fossiles qu'on a si longtemps regardes comme de simples jeux de la nature, p. 35 et 36. I '■^ B Bacon (Roger), dit le Docteur ad7nirahle, ne en 12 1 A a Ilcbester en Angleterre, mort vers 1292. t t \ I * '•-^.r^'-- r , - ■ h -.-..'.-■ .'^ . V-. - •- • . -. - ■ -!, ' •. - : ^-.■■. .-'■ ■'. -^ ^ 4 ^ ! 133 I MO YEN AGE ET UENAISSANCE. j.oo Son genie novateur dans une epoque oii tons sont tournes vers le passe, p. 31. Barbarus (Hermolaus), erudit italien, ne a Venise en l/i54, mort a Rome en 1A93. Commentateur dePline, traducteur de Dioscoride, et I'un des auteurs de la renaissance de riiistoire naturelle, p. 33. Ben-Beithar ou Aben-Bitar, veterinaire etnaturalistearabe, ne en Espagne, pres de Malaga, vers la fin du xn'= siecle ; mort a Damas en i2/i8. Son dictionnaire de matiere raedicale atteste des connaissances tres etendues et tres precises en botanique, p. 30. 4 t I F Fre 119A de 1250 a Firenzuola dans la Pouille. Son ouvrage sur la faiiconnerie est remarquable pour I'epoque, p. SZi. — Mesure prise par ce prince, zele protecteur des sciences et des lettres, en faveur des etudes anatomiques, ibid. # ^ (j J' Gaza (Theodore), grammairien grec, traducteur d'Aristote, de Theophraste et d'Elien, ne a Thessalonique vers l/iOO ; mort en ihJQ, en Italie, dans les Abruzzes. 11 a rendu aux sciences un Ires grand service en apportant en Europe et en traduisant les ouvrages d'Aristote et de Theophraste, p. 33 et oh. —■ Justes horamages rendus a sa memoire, p. 35. 1 Ibn-Rochd. Voyez AvERROES. Ibn-Sina. — Vovez Avicenne. Isidore, dit de Seville, eveque de Seville, ne a Carlhagene vers Fan 570, et morL a Seville en 636. li (I i I i E i 4 H t f I J I i Jt- • I 13/1 TABLE ALPHAB^TIQUE DES AUTEURS. II a reuni et transmis k la posterite, dans son immense ouvrage ce qii'on savait encore au vir siecle , p. 29. ! f 1 M 1 MoNDiNO ou MuNDiNUS, meclecin et anatomiste italien auquel Milan, Florence, et, avec moins de motifs, Bologne et Forli se disputent I'honneur d' avoir donne naissance ; mort a Bologne en 1326. U est presque le premier qui ait repris, depuis I'antiquite, I'etude de ranatomie, p. 33 el 3Z|. — II parait n'avoir disseqiie que deux ou irois cadavres humains, p. 34. — Son Anatomic est restee long- temps classique, ibid. Y NCENT, ditDE Beauvais, savant fran^ais que I'on croit nea Beauvais ou dans leBeauvoisis vers 1200; mort vers 1260. II est, avec Albert le Grand, le seul qui, dans I'Occident, n'ait pas entierement neglige I'Histoire naturelle durant le raoyen age, p. 33. I I I'; i , I V -■ . ■ ' <-f ■ '^ _ I 1 ■. . . ; v>- . '. „ "i TEMPS MODERNES. 135 III Teinps^ modernes (1). (Seconde, troisieme et quatricrae section de rintroduction historique, p. 35 a 117.) t A AcHARius (Eric), ne en Suede, province de Helsingland, en 1757 ; mort a Wadstena en 1819. II est auteur de travaux importants sur les vegetaux cryptogames, p. 10/i. r Adanson (Michel), naturaliste et voyageur, ne en 1727 a Aix en Provence ; mort a Paris en 1806. Variete et importance de ses travaux, nouveaute de ses vues , II est arrive de son cote, et en partie avant Bernard de Jussieu, k la conception et a I'application de la methode naturelle p. 95-97. p. 95. II a fait k Paris, en 1772, un cours remarquable d'Histoire naturelle , dont une partie a ete recemment publiee par M. Payer, ibid. ^ • - . - travaux d' Adanson , p. 97. Cuvier a de bonne heure signale la haute importance des Aldrovande (Ulysse), naturaliste collecteur et compilateur, ne en 1527 a Bologne, et mort dans la m6me ville en 1605. Son gigantesque ouvrage, continue longtemps apres sa mort, manque de critique, et n'est guere qu'une compilation trop souvent mal faite, p. 50. w AuTENRiETH (Jean Hermann Ferdinand), anatomiste, Stuttgardt en 17 ne a n i Tubin II est I'un des premiers qui se soient avances dans les voies de Tanatomie philosophique, p. 111. (1) Depuis le xvi^ siecle inclusivement. Les travaux de Tepoque actuelle n'entrant pas dans le cadre de rintro- duction historique a laquelle renvoie cette table, les citations des auteurs contemporains que Ton trouvera plus bas sont seulement relatives aux appreciations que ces savants ont faites des travaux de leurs pr^ddcesseurs, ou aux documents nouveaux dont ils ont pu enrichir I'histoire de la science. m F«f I Vfk \ - I t i I ii I \ i w V J— -I ISG TABLE ALPHABKTIQUE DES AUTEURS. fir c> > B ^ CachmaniN (Auguste Quirin), ou Riviinus QulRl^TIS5 medecin, Lotaiiiste etcliimiste, ne a Leipzig en 1652, et mort dans la meme ville en 1723, 11 est aiUeur d'une classification botaiiiqiie tres remarqiiable pour Fepoqiie ou elle parut, p. 60. Bacon (Francois), le plus illustre des philosophes de FAn- - gleterre, ne a Londres en 1561, mort en 1626. II a exerce sur rilistoire naturelle, comme sur toutes les autres ■ sciences d'obscrvation, unc tres grande influence, p. 61. Bartholin (Thomas), medecin, anatomiste et erudit, ne a Copenhague en 1619 ; mort dans cette yille en 1680. II a dispute a Olatis Rudbeck la decouverte des vaisseaux lym- phatiques, p. 57. r BAumN (Jean) , medecin , ne a Amiens en 1511 , mort a Bale en 1582, II avait du quitter la France comme pro- testant. II a aide Dalechauips dans ses travaux botaniqucs, p. 51. — H est le pere de deux naturalistes illustres, et Tancetre de plusieurs niedecinsdistingues. ^Bauhin (Jean), medecin, erudit, et surtout naturaliste, fds du precedent, ne a Bale en 15/il, mort a Montbeliard en 1613. 11 est un des naturalistes principaux de son epoque, p. 50. II a considerablement enrichi la botanique, p. 52. — Comme bota- niste, il n'a ete surpasse, dans son epoque, que par son frere Gas- pard, et a exerce avcc lui, sur la science, une influence considerable, p. 52 et 53. Bauhin (Gaspard), frere du precedent, et^ comme lui, mede- cin, erudit, et surtout naturaliste, neaBale en 1560, et mort dans la m^une ville en 162/i 4 ff... I I I I \ k ' * ' ■-* , - vr -■--- ' ' ' -.v,/;. I I I I I i I t c ' i TEMPS MODERNES. i37 II est run des naturalistos principaiix des xvi« et xvif siecles , Progrcs divers que lui doit la botanique, p, 52. - 11 s'est p. 50. II n'a place a la tete de tons les botanistes de son epoque, ibid etesurpasse, en botanique descriptive, que par Linne* p 53 Appreciation des freres Bauhin parSprengel etpar Cuvie'r, ibid. Bauhin (Jean Gaspard), fils du precedent, medecin el J3ota^ niste, ne en 1606 a Bale , ou ii mourut en 1685. II est digne d^etre cite a la suite de son pere, dont il a continue et public les travaux, p. 51. Delon (Pierre), medecin, naLuraliste et voyagcur, ne dans un hameau du Maine en 1518, assassine pres'de Paris en IbQli. II est run des prlncipaux naturalistes de son siecle, p. 38. Caractere et importance de ses travaux zoologiques, p'. 39. -' ^^:, voyages, p. ZiO. ■-. Comparalson bardie du squelette de I'homme et de celui de I'oiseau, ibid. - A Belon appartient Fbonneur du pre- Ses mier e — "— ^^" "i^i^iii nt..,L I nuijueui uu pre- ssai tente pour la demonstration partielle de I'unite de com- position organique, ibid. Beuenger ou Berengario dit de Carpi (Jacques), medecin et anatomiste, ne a Carpi dans le diicbe de Modene, dans laseconde moitie du xy« siecle, mort a Ferrare vers 1550. II a fait un grand nombre d 'observations anatoraiques, etpar la surpasse de beaucoup Mundinus, dont il a enrichi I'anatomie de precieux commentaires, p. 3/i. BicHAT (Marie Fran(jois-XavIer), medecin, anatomiste, neen Bresse, a Thoirette, en 1771, mort a Paris en 1802. II a cree I'anatomie generate au moment meme on Cuvier creait I'anatomie coraparee, p. 109, Blainville (Henri Ducrotay de), naiuraliste et liistorien de la science, ne a Arques pres de Dieppe en 1777, mort a Paris en 1850. Ses travaux, qui se sont etendus sur prcsque toutes les branches de la zoologie, en font Fun des naturalistes principaux de son epoque, p. 106. II a I'un des premiers rendu justice k Cesalpm, sur un point im- portant de I'histoire dc la science, p. /li. ~II a de beaucoup exagere I. / 9. f f 1 t r I ^-. . » 1 TABLE ALPH\B!5tIQUE T)ES AUTEUP.S. rimportance des travaux de Pallas, p. 96. — 11 est du petit Dombre de ceux qui out rendu justice a Lamarck, p. 107. Blumeisbach (Jean Frederic), naturaliste et anatomisle, ne a Gotba en 1752, morl a Goetlinguc en I8/1O. Importance de ses travaux zootomiques et anthropologiques , Scs travaux en anatomic coraparce n'ont pas precede ceux de Cuvier, p. 109. II est run des premiers qui aient compris les vues nouvelles de Geoffroy Saint-llilaire sur I'anatomie philosophique, p. Ill- BoBART (Jacques), medecin et botaniste, fils d'un autre Jacques Bobart, aussi medecin et botaniste, ne a Oxford p. 95. vers le milieu du x\ii' siecle, mort vers 17i0. li a le premier experimente pour demontrer I'existence des sexes chez les plantes, p. 60. BocHART (Samuel), erudit, ne a Rouen en 1599, mort a Caen en 1667. II a dressc la liste des divers aniraaux mentionnes dans !a Bil)le, r p. 6. BocK Voyez Tragus. Bonnet (Charles), philosoplie et naturaliste, ne en 1720 a Geneve, ou il mourut en 1793. 11 est a la fois observateur ingenieux , pcnseur hardi et profond , ■ 7*1 Tl „^_<- p. 96. 11 a servi la science meme par ses erreurs, ibid. 11 est I'un des premiers philosophes de son epoquc , p. 97. BoNTius (Jaccpes), naturaliste, voyageur, ne en Hollande, a Amsterdam ou a Leyde, vers la fm du xvi' siecle ; mort en 1631 , a Batavia , selon les uns, apres son retour en Hollande, selon les autres. Ses voyages ont considerablement enrichi I'llistoire naturelle , p. 62. BoREL . — Voyez Borellus . B0RELJ.1 (Jean-Alphonse), clief de Fecole medicale dite iatro- • • matliematicienne , ne a en 1679. en 1608 , mort a Rome I \ I \ ( I i *-r;- , ^ n < . .- t i f rx^'i^ lEMPS MOD ERNES 139 f II est auleur de recherches importantes siir Tappareil locomo- teiir, p. 57. BoRELLus ou BoREL (PieiTc), medecln, eruclit, iie a Castres vers 1620, et mort a Paris en 1689. + II a rectifie line erreur generalement admise sur Tinvention du microscope, p. 54. ^^^ r BoTAL OU BoTALLi (Leonard), medecin, anatomiste, ne dans le Pieraont a Asti, dans le xvi'' siecle; mort dans la der- niere par tie du meme siecle (dates inconnues). II est I'lin des principaux anatomistes de son siecle, p. 37. Brasavola ou Brassavola (Antoine), medecin et botaniste, ne a Ferrare en 1500, et qui a vecu en Italic et en France pendant une grande partie du xvi" siecle. II est le fondateur du premier jardin botanique qui ait existe dans les temps modernes, p. 38. BruNFELS ou BrUNSPRT.B fOthnnl mPflprMn p1 Knfnnlcfp no n II est run des botanistes distingues du xvf siecle, p. 38. 153A B Bou Montbard, en 07, mort a Paris en 1788. II a ete compare a torta Pline, auquel il est infiniment superieur, p. 26.— Eclat et grandeur de ses travaux, p. 68-71, et 81-87,-11 est encore aujourd'hui un auteur progressif et nouveau, p. 68 et 71. — Parallele avec Linne, p. 69-71. — 11 a ete tres incompletement apprecie par ses contemporains, p. 71 et 81. — La statue qu'ils lui ont elevee de son vivant fut due blen plus a une flatterie inte- ressee qu'a une juste et pure admiration, p. 87. — Buffon n'a pas ete mieux apprecie par les naturalistes qui sont venus apres lui, p. 82 et 83; pas meme parCuvier, p. 8Zi. — II a etesurtout meconnu h la fin du xvnf siecle, epoque oil Ton a pousse a I'extreme I'injus- tice envers ce grand homme, p. 72 et 82.— Goethe et GeoffroySaint- Ililaire etaient encore, il ya peu d'annees, les seulsqui lui'eussent rendu dedigneshommages, p 83.— Plusieurs auteursontrecerament apprecie, a leur juste valeur, les services qu'il a rendus a la science et a la philosophic, ibid.— Buffon est le premier createur de la zoologie generale, ou pour mieux dire de la philosophic naturelle, p. 85 et 86, ¥.■•« I I ff ««« M r 1 * I 3 ■■t (■ f ■4] * * ♦ - k I ^ I' ' /t iliO TABLE alphabehqoe des alteurs. Grandeur et noiiveaute de ses vues 11 s'est et de ranthropologie, p. 86. sur la £;eographie zoologique et la paleontologie, ibid. eleve ii'squ''^ ^^ conception de I'miite de plan dans le regne animal, "■ ■ ~ ~ Buffon est aussi 2:rand comme naturaliste et comme penseiir que comme et du principe de la Variabilite limitee des types, ibid. ecrivain, p. 87. II a souvent releve les erreurs de Pline, d'Elien, 11 et quelquefois meme celles d'Aristole, p. G3. Buffon a Ic premier rendu justice l\ Bernard Palissy, p. 3^. s'est eleve contre les vues nouvelles de Linne, p. 72 ; et pourtant, indirectement, il a contribue a etendre rinfluence et la celebrite de Fauteur du Systema natiirw, p. 73. — 11 a reconnu et signale , an f^ I Lamarck, p. 93. c Camekaruis (Rodolphe Jacques), fils et petit-fils de me- dcciiis celebres , medecin et botanisle , ne en 1685 a Tubingue, ou il moiirut en 1721. On lui a attribue a tort la decouverle des sexes chez les vegetaux, decouverte qu'il a seulement propagee, p. 60. jiPER (Pierre), medecin et naturaliste, ne a Leyde en C Hay Importance de ses travaux, p. 9Zi. — Appreciation de cet illustre anatomiste par Cuvier, ilnd. ^NDOLLE (Augustin Pyramus de), botaniste, ne en 1778 a Geneve, ou il est mort en 1841. II est entre, un des premiers en botanique, dans la voie de la :eueralisation philosophique , p. 105. Ses travaux dans cette direction ont ete d'abord incompris, p. 105 et 112. — Son Pro- Aromus , catalogue descriptif et methodique de tons les vegetaux conniis, est une des oeuvres principalcs de notrc siecle, iUd. II est le premier qui ait rendu une pleine justice a Ileister, p. 96. Carpi. — Voyez Berengerde Carpi. Cesalpin (Andre), medecin, naturaliste, philosophe, ne en 1529 a Arezzo en Toscane, mort a Rome en 1603. 11 est un des grands naturalistes du xvi* siecle, p. 38. — Esprit I l^^v- ' - - •' .. ■ pV ' ■/..■-r. -V:V":: :f _ ^ ''■• . _ ■ i;L.Y-.:^'^->-. .-■- -■-■■^:- .■ '- ■:- ■■ ., ' . '. ' » \ i \ n ,m ■'.! TEMPS MODERNES. l/j.! novateur, genie de Cesalpin, p. Zi3. — II a congu , des le xvp siecle, le principe, le plan et les avantages de la methode naturelle, ibid. -— II a indique la circulation du sang, et aussi bien la grande circu- lation que la petite, p. /i3 et Mi. ~ Citation d'un passage qui ne laisse aucun doute a cet egard, p. hli. — Cesalpin est le createur de Tanatoinie vegetale, p. Zi5. — Ses autres travaux, ibid. — Ce grand homme est reste longtemps incompris, ibid. — Auteurs qui lui ont enfm rendu justice, p. Ai et li5. — Cesalpin a indique la vraie nature de ces corps organises fossiles, si longtemps regardes comme de simples jeux de la nature, p. 35 et Zt6. — La realisation de ses vues sur la classification est devenue enfm possible a la fin du xvir siecle et dans le xvra% p. 59. Cherler (Jean Henri), medecin et Lotaniste du xvu" siecle, de J de tie, et ou il a passe la II a ete Futile collaborateur de Jean Bauhin, ddnt il etait le gendre, p. 51. Clus lus OU DE l'Ecluse (Charles), naturaliste, ne a Arras en 152(3, mort a Leyde en 1609. II est un des principaux naturalistes de son epoque, p. 38. Importance de ses travaux; progres qui lui est du, p. 39. Colombo- COT.ONNA ■ Voyez Columbus. bio) ou Fabius C y et natura- liste, ne en 1567 a Naples, ou il nriourut en 1650. Importance de ses travaux, p. 50. — II est a la fois un des prin- cipaux zoologistes et un des botanistes les plus eminents de son siecle, p. 51, Columbus ou Colombo (Mathieu Reald), ne a Cremone vers le commencement du xvi a Rome en 1577. II est un des principaux anatomistes du xvp siecle, p. 37. connu la petite circulation du sang, p. liU, COLUMNA. que II a Vovez COLONNA. CoNDOBCET (Marie Jean Antoine Nicolas Cabitat de), pbilo- sophe et historien de la science, ne en 1740 a Ribemont < i i- i i 1 I ft I iff I i ! L k t^ / I / I l/|2 TABLE ALPHABETiyUE DES AUTELKS. en Picardie, mort au Bourg-la-Reine, pres de Paris, en 179/1. 11 a indiqiiej dans YEloge qu'il a fait de Linne, le veritable ca- r ractere de sa classification zoologique, p. 77. — Son Eloge de Bernard de Jussieu nous montre cet iilustre botaniste et son neveu Antoine Laurent en conimunaute de vie et de travaux, p. 91. L'analyse des travaux de Bernard, dans ce dernier eloge , est faite d'apres Antoine Laurent, p. 92. CoRDUS (Euricius)^ medecin, naturaliste,poele, ne a Simst- liausen, en Hesse, vers la fin du xv" siecle, mort a Breme en 1538. 11 est un des botanistes distingues du xvi*' siecle, p. 38. II parait avoir fonde , en Allemagne , Fun des premiers jardins botaniques qui aient existe dans les temps modernes, ibid, CouDUS [Valerius), medecin etnaturaliste, filsdu precedent, ne a Simstliausen, en Hesse, en 1515, mort a Rome en 15M. Malgre sa mort tres prematuree, il est, comme sonpere, undes botanistes distingues de son epoque, p. 38. h CosTE (Jean Jacques Victor), physiologiste contemporaln. II a nettement signale le resultat le plus general des travaux de - Geoffroy Saint'Hilaire, p. lli. CuviER (Georges Chretien Frederic Dagobert), naturalisteet historion de la science, ne a Montbeliard en 1769, mort a Paris en 1832. II a debute dans la science trois ans sculement apres la tin de ' rilistoire naturelle de Button, p., 100. —II est auteur, avec Geottroy . Saint-Iiilaire, d'une classification mammalogique qu'il a modifiee ensuite, et rendue tres semblable a celle de Linne, p. 77 et 78. — Le memoire ou est publiee cette classification est le point de depart des travaux modernes des zoologistes sur la methode naturelle; mais Cuvier et Geoffroy Saint-Ililaire etaient eux-memes partis des principcs etablls en botanique par les Jussieu, p. 90. —II a, par chacun de ses grands ouvrages, opere une revolution dans une des branches de la science, p. 108. — Le liegne animal, sans pouvoir etre place aussi haut que les autres ouvrages de Cuvier, eut suffi a I — -y i I I I TEMPS MODEIi:^(ES. US son illustralion, ibid, — Cuvier n'a pour devancler en analomie veritablement comparee, quo le seul Vicqd'Azyr, p. 109. ~ Ce quMl y a cle commun et ce qu'il y a de different enlre son ecole, celle de Geoffroy Saint-ililaire et celle de Schelling, p. 115 et 116. Cuvier a reconau et slgnale la haute portee des travaux de Ber- nard de Palissy, p. 36. — II n'a point connu toute I'importance des resultals obtenus par Ccsalpin en ce qui concerne la circulation du sang, p. ZiZi, — II a d'ailleurs dignement apprecie ce grand natura- lists, p. /]5. — II a appele Fltalie la terre classique de ranalomie, p.Zi6. II a attribue a tort a lUntervention deDescartes Tadmission dans la science de la decouverte d'llarvey, p. Zi9. — Comment il a apprecie les services rendus a la bolanique par ies freres Bauhin , p. 53. — II n'a point reconnu Ies droits de Linne au litre de premier invenleur de la classification naturelle, p- 79 et 90 ; et il a cherche a expliquer, par les relations de ce grand naturaliste avec Bernard de Jussieu, les resnltats les plus heureux de ses efforts pour Tapplica- lion de la mcthode nalurelle aux vegctaux, p. 79. — II a ires im- completement apprecie Buffon, p. 8Zi el 85. — II a donne de justes et belles appreciations du Genera plantar urn. d'Antoine Laurent de Jussieu, p. 89, des travaux Camper, p. 9/i, et de ceux d'Adanson, p. 97. 1) Dalechamps (Jacques), medecin etbotaniste, iie a Caen en 1513, mort a Lvoii en 1588. II est un des botanistes distingues de son siecle, p. 38. BAUBEiNTo:^ ou D'Albenton (Louis Jean Marie), naturaliste, anatomiste, ne a Montbarclen Bourgogne en 1716, mort a Paris en 1799. ■v Importance de ses travaux zootomiques, p. 9/i. ~ II est, en outre, Fauteur de la premiere application rationnelle de la zoologie a Fagri - culture, ibid. — C'est lui qui, introduil dans la science par Buffon, vers 17^2, y a introduil Geoffroy Saint-Hilaire en 1793, p. 100. Beg ANDOLLE. Vovez Cajndolle Desfontaines (lleneLouiCHE), botaniste, ne a TremLley, en Bretai?ne (lUe-et-Vilaine), mort a Paris en 1833. I 1 If ? + \% f ; 4 M ^» I i \ _ ■«7-r** \ * I \ ■v Hill TABLE ALPHABETIQUE DES ALTEURS. II a surtout attache son nom a iin travail siir la structure com- parce des vegetaux dicotyledoncs et monocotyledones, p. 103, Degeer (Charles de Geer ou), naturaliste suedois, ne en 1720, luort en 1778. II est auteur d'un grand iknibre d'observalionsinteressantessur les insectes, p. 9Zi. , ^ Descartes (Rene), ne a Lahaye, en Touralne, en 1596; et mort a Stockholm en 1650, 11 s'est prononce en faveur de la circulation du sang, tres con- testee encore apres les travaux d'Harvey , p. AS et Zi9. — L'llistoire naturelle a ressenti, comme les autres sciences, Finfluence des vues de ce grand liomme sur la methode, p. 61; DoDART (Denis), medecin et naturaliste, ne en 163^ a Paris, on il est mort en 1707. II est auteur de travaux importants sur la physiologic vegetale ? p. 58. DoDOiNOEUS ou DoDOENS (Rembert), medecin, botaniste et erndit, ne en Hollande, dans la Frise, en 1517, mort a Leycle en 1585. II est un des botanistes distingues du xyi^ siecle, p. 38. Drebbel (Corneille van), physicien, ne en 1572 a Alck- maer, en Hollande, mort a Londres en 1634, II a ete regarde a tort comme Finventeur du microscope, p. 5/i. Du Bois. — Voyez Sylvius. DuHAMEL DuMoNCEAU (Henri Louis), naturaliste, agronome, ne a Paris en 1700, mort en 1782, Importance de ses travaux sur la physiologic vegetale, p. 93. Dumas (Jean-Baptiste), chimiste et pbysiologiste contem- porain. II a signale influence des vues riouvelles emises en zoologie par L. Geoffroy Saint-Hilaire, sur les autres sciences d'observation , et jusque sur la cHimie, p, 112. u Petit-Thouars (Anbert), botaniste, ne dans VAnjou en 1758, mort a Paris en 1831. 1^ --■-■' — ._ ■ 1 ■■ : -^-.'- ii TEMPS MODERNES. l/l5 II a fait connaitre les droits de Cesalpin au titre de premier inventeur de la circulation du sang, p. lih. et 45. DUTROCHE phy 18/17 Importance de ses travaux sur la physiologic vegetale, p. iOh. II est auteurd'un grand nombre d'autres reclierches , principale- ment sur I'endosmose , qu'il a decouverte , et sur I'embryogenie animale et I'ovologie, ibid. ■v Du GUICH ne a Feurs en 16A8 II est un des fondateurs de I'anatomie comparee, p. 58. S ?.l i E r EcLusE (Charles de l'). — Voyez Clusius. Eliezer, rabbin de Cremone, mort a Cracovie en 1586. 11 rapporte une tradition curieuse, mais sans valeur, relative au chien, p. 5. ACHE ou EusTACHi (Bartbelemv), medecin et anato- EusT miste, ne a Saint-Severin dans la marche d'Ancone, disent les uns, dans le royaume de Naples, disent les auti^es; mort a Rome en 157/i. II est I'un des principaux anatomistes de son epoqiie, et a etc appele I'un des triumvirs de I'anatomie, p. 36. F Pabr et anatomisle, ne en 1537 a Aquapendente, dans les Etats romains ; mort en 1619 II est un des principaux anatomistes du xvi" siecle, p. 37. II a ete I'eleve de Fallope, le maitre d'liarvey, p. liG ; et le precurseur de ce grand physiologiste, p. hi. — II a ouvert la voie aux auteurs qui, dans les epoques suivantes, se sont livres k des reclierches zootoraiques et erabryogeniques, p. kl et 57. I. io %* 1 t- i^ ' ( I : \f I ! I 4 I i -w 9 » '-'i ! 'f ^^*S"ff^^ff*^^*»^W* \ I l/l6 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. Fabricius (Jean Chretien), zoologiste, ne en 17/i2 a Tun- dern en Jutland, mort en 1808. 11 est le second fondateur de I'entomologie, p. 9/i. « Fallope ou Fallopio (Gabriel), chirurgien, analomiste et botaniste, iie a Modeoe enl523, morta Padoiie enl562. 11 a ete un des triumvirs de Fanatomie, p. 36. — 11 a ete eleve de Vesale, etmaitre de Fabrice d'Aquapendente, p. /iG. Fee (Antoine Laurent Apollinaire), botaiiiste contemporain. II est aiiteur d'une Yie de Linne ou se trouvent un grand nombre de documents interessants, p. 73, 78 et 79. Flourens (Marie Jean Pierre), physiologiste contemporain. II a, Fun des premiers, reconnu dans Cesalpin le premier inven- teur de la circulation du sang, p. L[L[ et /i5. — II a. Tun des premiers aussi, replace Buffon au rang qui lui appartient dans la science, p. 83, 86 et 87. — VEloge qu'il a fait d' Antoine Laurent de Jus- sieu nous monlre cet iilustre botaniste en communaute de vie et de travaux avec son oncie Bernard, p. 91. — II a heureusement exprime rimportance des travaux zoologiques de Cuvier, p. 109. — II est le premier qui aitcompriset signale la portee des travaux de Geoffrey Saint-Hilaire surTanatomie philosophique, p. 112 et illi. FoNTENELLE (Bernard Le Bovier de), litterateur, historien de la science, ne a Bouen en 1657, et mort a Paris en 1757. ' Mot sur Ruyscli etses celebres injections, p. 57. FucHS (Leonard), medecin et botaniste, ne en 1501 a Wembdingen, en Baviere, mort a Tubingue en 1566. Medecin iilustre, Fuchs a ete aussi un des principaux botanistes deson siecle, p. 38. I I » G I, I I G^]UTNER (Joseph), botaniste, ne a Kalb dans le Wurteni- berg, en 1732, mort en 1791. Imporlance de ses travaux bolaniques, p. 92. - h 'r 1 >*> >^>- I I \ - > TEMPS MODERNES 147 Galilee ou Galileo Galilei, ne a Pise en 156/i, mort pres de Florence en 16/i2. II est peut-etre Tin veil teur du microscope, coaime il Test, en grande partie, du telescope, p. 5/i. Geer ( DE Voyez Degeer. Geoffroy Saint-Hilaire ^Etienne naturaliste , ne a L'in- Etampes en 1772, mort a Paris en iSlili. II a ete introduit dans la science par Daubenton, p. 99 et 100 II est devenii zoologiste, par suite d'un decret de la Convention, en 1793, p. 108. — llestauteur, avec Cuvier, dela premiere applica- tion des principes dela methode naturelle a la zoologie, p. 77 et 78. — Le celebre memoire ou est faite cette application est le point de depart des travaux modernes sur la classification naturelle zoologi- que; mais Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire etaient eux-memes par- tis, ainsi qu'ils Font dit tres expressement, des principes etablis en botanique par les Jussieu, p. 90. — Nouveaute et importance de ses travaux sur Fanatomie philosophique, p. 110 et suiv. — Us ont ete compris en Allemagne avant de I'etre en France, p. ill. fluence des vues de Geoffroy Saint-Hilaire s'est etendue sur presque toutesles sciences naturelles, et meme au dela, p. 112. — Ce qu'il ^ y a de commun et ce qu'il y a de different entre Tecole de Geoffroy Saint-Hilaire etlesecoles de Cuvier et deSchelling, p. 115 et suiv. Geoffroy Saint-Hilaire est le createur de la Menagerie de Paris, p. 101. — II a verifle, en Egypte, Fexactitude d'un grand nombre de fails rapportes par Herodote, p. 16. II a, Tun des premiers, rendu justice a Cesalpin, p. 65. — II a le premier, en France, rendu un digne hommage a Buffon, et re- F place ce grand homme au rang qui lui appartient dans la science, p. 83 et86. Gesner (Conrad), medecin , naturaliste et erudit, ne a Zurich en 1516, mort en 1565. II est un des grands naturalistes du xvp siecle, p. 38. — Sa su- periorite sur les compilateurs precedents, p. /il. — Sa mort, ibid. II a ete dit le Pline de VAUeviagne , p. Zi3. — Caractere de ses travaux, ibid. GiLLius, Gyllius ou Gilles (Pierre), naturaliste et erudit, ne a Alby en 1460, mort a Rome en 1555. \ I «i I i f r M 1 i ( I i I • *TT t^' • ' ml *> I TEMPS MODERNES. 1/|9 veaux sur raiiatomie et la physiologie comparee , p. 96. - En bo- tanique, il a congu, de son cote, et cherche dc bonne heure a appliquer la raethode naturelle, ibid. — 11 est poete en meme temps que savant, 97. L'histoire qu'Haller fait des travaux de la circulation du sang n'est pas exacte en ce qui concerne Cesalpin, p. ZiZi. — II s'est eleve a plusieurs reprises contre les vues nouvelles de Linne et contre ce -II a qu'il appelait son insupportable domination, p. 72 et 73.— signale I'iraportance des travaux de Hales, et particulierement de sa Statique des vegetaux, p. 92. Hartsoeker (Nicolas), metapliysicien, geometre, pliysicien et micrographe, ne en 1656 a Cxouda, en Hollande, et mort en 1725 a Utrecht. II a contribue au perfectionnement du microscope, et Ta, un des premiers, applique a THistoire naturelle , p. 5/i et 55. ~ II a fait des observations importantes sur les animaux microscoplques , p. 56. Harvey (Guillaume), medecin, physiologiste, ne en 1578 a Folkstone, dans le comte de Kent; mort a Londres en 1657. II a eu Fabrice d'Aquapendente pour maitre et pour precurseur, p. Zi7. — II adecouvert,apres Cesalpin, et demontre, le premier, la circulation du sang, ibid. —II est le createur de I'erabryogenie, II a entrevu et indique I'analogie descaracteres transitoires de I'homme et des animaux superieurs'avecles caracleres perma- ncnts des animaux inferieurs, p. Zi7 etZi8. — Citation du passage remarquableousetrouvecette.grandevue, p. /j8. — La circulation du sang, d'abord repoussee par la plupart des anatomistes et des physiologistes, et par Riolan lui-meme, p. Zi9; admise par Willis et par Descartes, p. hS et li9. Hedwig (Jean), medecin et Lotaniste, ne en 1739 a Cron- stadt en Transylvanie, et mort en 1799. Importance de ses travaux sur les cryptogames, p. 93. Heister (Laurent), chirurgien, anatomiste et botaniste, ne en 1683 a Francfort-sur-le-Mein, etmort aHelmstadten 1758. ibid. t f V i t 4 t 1 t i / i -J i t u 4 _ \ 1 1 1 4^. i « -,r ,j f »i Vlit ^ I y. Ff I ^ ^ r I I 1 r*^ n \r n ( I : i ". 1^ • H' ^ 150 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. Chirurgien et anatomiste celebre, Ileister est en meme temps, en botanique, Tun des devanciers des Jussieu dans la conception de la classification naturelle, p. 88 et 93. — Sestravaux, incompris lors- quMls parurent, n'ont pas exerce sur la marche de la science une influence proportionnee k leur merite, p. 93. — De Candolle est le premier qui ait rendu k Heister une pleine justice, p. 94. Henshaw , botaniste anglais de la seconde partie du xYii^ siecle. 11 a fait connaitre les trachees des plantes, p. 56. Hermann (Paul), botaniste, ne en 16/i6 a Halle, mort en 1695. II estauteur d'une classification botanique, p. 60. Hernandez (Francois), medecin, naturaliste et voyageur , espagnol, qui a vecu au xvi* siecle, mais dont les travaux ne parurent que dans le xvii\ II a considerablement enrichi I'Histoire naturelle parses voyages, p. 62. HoEFER (Ferdinand), historien de la science etchimiste con- w \ temporairi. II a recemment appele Tattention sur un passage d'Avicenne, important pour Thistoire dela paleontologie, p. 36. Home (Everard) , chirurgien et anatomiste, ne a Hull en Angleterre, en 1756, nnorteii 1832. Importance de ses travaux zootomiques, p. 106. HuBER (FranQois), zoologiste, ne a Geneve en 1750, mort a Lausanne en 1831. 11 a su, quoique aveugle, prendre rang au nombre des meilleurs observateurs deson epoque, p. 106. Hunter (Jean), chirurgien et anatomiste, ne en 1738 a Long CalderwooJ, en Ecosse, mort a Londres en 1793. Ses travaux zootomiques sont dignes de ses travaux pathologi- ques, p. 9/i. \ \\ % B n V .-' " . r'" *> > **" I ^ 1 i TEMPS MODERNES 151 I Ingrassias ou Ingrassia (Jean Philippe), medecin et anato- miste, ne vers 1510, a Palerme (selon quelques auleurs, en Styrie] ; mort a Palerme en 1580. ' II est un des principaux anatomistes du xvi* siecle, p. 37. ■sT J r Jansen , physicien hollandais qui vivait dans la premiere par tie du xvn" siecle. 11 est considere par plusieurs auteurs comme I'inventeur du microscope, p. 5li. — II a aussi attache son nom k I'inventioii du telescope, ibid. JoNSTON (Jean), naturaliste, neen 1603 pres de Lissa, dans le duche de Posen, mort en 1675 pres de Liegnitz en Silesie. II estauteur de travaux considerables de compilation, p. 50. JuLiEN (Stanislas), sinologue contemporain. II a cite plusieurs inventions tres anciennes des Chinois, p. 10. Jussi a Paris en 1777. Ly Les vues heureuses de Linne sur la methode naturelle botanique n'ont pas, comme on I'a dit, leur origine dans ses relations avec Bernard de Jussieu, 79 ; maisce dernier a presque aussitot surpasse son illustre devancier, p. 80. - II etait maitre des principes de la classification naturelle botanique en 1759, ainsi que le prouve la plantation du jardin de Trianon, p. 89. II est impossible de de- terminer exactement ce qui appartient en propre a Bernard de Jussieu dans I'etablissement de la methode naturelle en botanique; mais on^peut dire, en termes generaux, qu'il a jete les fondements et trace le plan de I'ediflce, eleve depuis par son neveu, p. 90 et 91.— Les botanistes qui ont essaye recemment de faire, dans I'oeuvre commune, la part de Bernard et d'Antoine Laurent de Jussieu, ont etabli leur appreciation sur des bases erronees, p. 91. : i W Um I P 1 ! f \ I 4 \ ;r T Vl^ if 152 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. — Bernard et Antoine Laurent n'eussent pu faire entre eux-meraes ce partagequ'on a essaye de nos Jours, ibid. JussiEU (Antoine Laurent), botaniste, ne a Lyon en 1748, morl a Paris en 1836. II a, en 1773, pour la premiere fois, expose rensemble des vues de son oncle et des siennes, p. 89; et les a, en 1739, developpees, demontrees et appliquees dans le Genera 'plantarum, ibid. — Haute importance de cet ouvrage, et influence considerable qu'il a exercee sur le progres, non seulement de la botanique, mais aussi de la zoologie, p. 90. —Sans qu'il soit possible dedeterminer exactement ce qui, dans I'etablissement de la methode naturelle en botanique, appartient a Bernard de Jussieu, et ce qui est propre ^ Antoine Laurent, on pent dire que le premier a jete les fondements et trace le plan de redifice, quele second Fa eleve a la gloire de tons deux, p. 90 et 91.— Cette appreciation des travaux des deux illustres botanistes differe peu de celle qu'en a donnee Ilalle, dans un rap- port fait en 1789, et qu'A. L. de Jussieu a reproduit en tete du Genera plantariim, p. 92. A. L. de Jussieu a signale Fimportance des travaux do Magnol, qui a cherche le premier a faire des rapprochements naturels sous le nom de families, p. 60, Jussieu (Adrien de), hotaniste, ne en 1797 a Paris, ou ilest mort en 185S. II a recemment public des documents interessants pourl'histoire des travaux de son grand-oncle et de son pere, et pour celle de la t r methode naturelle, p. 91. i ' *- I m K KiELMEYER (Charles-Frecleric), naturaliste et cliiniiste , ne en 1765 aBabenhausen, dans le Wurtemberg, mort dans la premiere partie du xix'^ siecle. Son haut enseignement avait prepare, de bonne heure, TAlle- magne a entrer dans les voies de Tanatomie philosophique, p. 111. { KuNTH (Charles Sigismond), Lotaniste,ne a Leipzig en 1788, mort a Berlin en 1850. II a exprime la plus haute estime pour les travaux de Claude Richard, p. lO/i. \ It i I TEMPS MODERNES. ibS L Lacepede (Etienne de Laville de), naturaliste, historien,, ne a Agen en 1756, mort a Paris en 1825.. II a public, un an apres la mort de Buffon, le dernier supple- ment de VHistoire naturelle, p. 99. — Comme zoologiste, il a ete trop loue pendant sa vie, etjuge trop severement apres sa mort p. 106. Lamarck iCK (Jean-Bap tiste Pierre Antoine de Monet de), natu- raliste, neenl7Zi/iaBazentin, village dePicardie(Somme}; mort a Paris en 1829. Ilestl'un des botanistes principaux du xvni' siecle, I'un des zoologistes les plus illustres du xix% p. 93 et 103. f Importance et sur ]esAmmaux sans vertebras, p. 107. — Importance plus grande encore de sa Philosophie zoologique, ibid. — Ce dernier livre est reste longtemps incompris, ibid. Lam La 11 a ecrit la vie de Bernard Palissy, qu'il considere comrae Tun des grands ecrivains de la langue frangaise, p. 36. '^ en 1762, mort a Paris en 1833. II a ete justement nomme, dans son epoque, le prince des ento- mologistes, p. 106. Leclu jse. Clusius Leonic ENUs (Nicolas), medecin , naturaliste , erudit , ne enl/i28aLon 11 a traduit Galien et commente Pline, p. 38. Leroux (Pierre), philosophe contemporain. 152A II n'a pas associe Claude Perrault k la justice qu'il a rendue Charles Perrault, p. 63. k Le 1632 a Delft en Hollande, mort en 1723. 'g T. 10. f '■■■» ■I i » ' *■■ * im uii r i t [ , i h » !■■ U-Jf IC^'IL * )i 1 ■ ■ n Mui I-, ^4 I ^ > 15/t TABLE ALPIIABETiQUE DES AUTEURS. Ita perfectionne Ic microscope, I'a applique a I'liistoire naturelle, et par la, a fait faire k cette science d'iramenses progres, p. 5/i et 55. Importance de ses observations sur les animaux microscoplques, p. 56 ; et sur la structure intirae de divers organes, sur Ics.corpus- culcs ou globules du sang, etc., ibid. LiNNE ou LmN-42us (Charles), ne en 1707, en Suede, dans un village de la Smolande, mort a Upsalen 1778. II a eteappele lePline duNord, p. 2G. Jean Rav est, a quelques egards, son precurseur, p. 59. — Grandeur de ses travaux, 68-80. 11 est encore aujourd'hui un auteur progressif et nouveau, p. 68. Parallele avec Buffon, p. 69-71. — Juste et immense succes du Sy sterna natures, p. 72. — Linne n'a point invente la nomenclature binaireou linneenne, p. Ik; mais il I'a perfectionnee, generalisee et revetue d'un caractere veritablement scientifique, p. 75. — Le style ditlinneen existait de meme avant lui, mais il se I'est approprie en en rendant I'emploi regulier et general, p. 73-75. - Trop admire peut-etre comme nomenclateur, on pent dire que Linne ne I'a pas ete assez comme classificateur, p. F7 *> /o. Causes du succes immediat de la partie botanique de sa classification, p. 75 et 76. — Pourquoi sa partie zoologique, moins bien accueillie a 1' origine, a ete plus durable, p. 76-78. lion naturelle, p. 77 et 78. La classification zoologique de Linne est une classifica- Cuvier ne s'en est ecarte , en ce qui concerne les mammiferes, que pour s'en rapprocher pen a peu, et il a fini, sans le savoir lui-meme, par y revenir presque entierement, p. 78. — Identite fondamentale des classifications actuelleraent adoptees en zoologie avec la classification de Linne, p. 78 et 80. Linne a tente aussi, et non sans succes, I'application de la m«>'lioa^ naturelle a la botanique, p. 78 et 79. ^' ' ' " ' '" "" Nul n'a fait, en vue de ce progres, des efforts plus perseverants, p. 78. Pden ne justifie la conjecture de Cuvier qui presente Linne comme ayant emprunte a Bernard de Jussieu ses vues les plus heureuses sur la classification naturelle des vegetaux, p. 79. En resume , Linne est le premier inventeur de cette methode naturelle qu'avaient pressentie Cesalpin e,t Magnol, p. 80. - II a ete presque aussitot surpasse, en botanique, par les Jussieu ; mais il ne I'a ete en zoologie que par Cuvier et les autres auteurs de la fin du xviir" siecle et du xix% ibid. — Ce qui lui appartient, et ce qui appartient aux Jussieu, dans la conception etl'etablissement de la classification naturelle, p. 89. Les premiers mots du Systema naturcE, p. 2. — La zoologie a ete dite par Linne la partie la plus noble de I'histoire naturelle, p. h. f--:-<^ --•,., • J> **^ / _ _ u - X \ I I TEMI'S MODERNES. 155 Lellre k Ilaller, alors occupe, dit Linne, a etablir Ics families iiatu- relles, p. 96. Lob mort en 1616 a Highgate, pres de Londres. I II est un des principaux botanlstes de son epoque, p. 38. LoNiCER ou LoNiCERus (Adam), medecin, naturaliste, ne a Marbourg en 1528, mort en 1586. II est auteur de travaux de compilation, ou I'observation com- mence a tenir quelque place, p. 38. Lyonet (Pierre), naturaliste et graveur, ne en 1707 a Maes- tricht, mort en 1789. II est celebre par ses travaux sur I'anatomie de la chenille du saule, p. 9Z|. M Magnol (Pierre), botaniste, ne en 1638 a Montpellier, oii il mourut en 1715. II a commence, des le xvn' siecle, la distribution des plantes en families naturelles, p. 60. — Les Jussieu ont reconnu en lui leur devancier, ibid. — L'ouvrage de Magnol, selon Achille Ric lard, renferme I'idee mere de la methode naturelle, p. 61. Malpighi (Marcel), medecin, botaniste et naturaliste, ne pres de Bologne en 16'28, mort a Rome en 169/i. Importance de ses observations microscopiques pour Tanatomie et la physiologie comparees, p. 56. Marcgraf (George), voyageur, naturaliste, ne en 1610 a Liebstadt, en Saxe, mort en IQlih en Guinee. II a considerablementenrichi FHistoire naturelle parses voyages, p. 62. t Martin (Henri), liistorien contemporain. , 11 a doiine, dans sa grande Histoire de France, un resume etendu et une haute appreciation desvues deBuffon, p. 83. k Matthiole ouMattioli (Pierre Andre), medecin, botaniste, ne a Sienne en !l500, mort a Trente en 1577. i f < i • -*« H 1 »• I. } I 1 I f .! t H f I \r > >1 - T ■•w I 1 .It m II Htt #t I F .1 I «'« <*' 156 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. II est Tun des premiers qui, dans les temps modernes, aient allie robservation a Ferudition , p. 38. Meckel (Jean Frederic), medecin, anatomiste, ne a Halle en 1781, mortenl833. Importance de ses travaux zootomiques et teratologiques, p. 106. II a, le premier, compris les vues nouvelles de Geoffroy Saint- Hilaire, et s'est aussitot avance dans les memes voies, p. 111. r MiLLiis^ (Aubin Louis), archeologue, naturaliste, ne en 1759 a Paris, ou il est mort en 1818. Comment il a apprecie Buffon en 1792, dans un travail ou il etait Forgane de la Societe d'Histoire naturelle de Paris, p. 82. MiLLmGTON, naturaliste anglais, qui vivait a Oxford dans le xMi^ siecle. II a connu et indique les sexes des plantes, p. 60. MiRBEL (Charles Francois Brisseau de), botanisle contem- botaniste, ne a poram. Son appreciation de la Flore frangaise de La r MoNARDUS OU MoNARDi (Jean), medecin, Ferrare en 'l/i62, mort en 1536. II a mis en parallele les connaissances des anciens sur rilistoire naturelle, et celles des Arabes au raoyen age, p. 38. deen 1 botaniste Oxford t 1683, apres passe en France une grande par tie de sa vie. 11 est auteur d'une classification botanique, remarquable pour Fepoque oil elle a paru, p. 60. MouFET (Thomas), medecin, zoologiste, ne a Londres, et qui vivait dans la seconde partie du xvp siecle. U est auteur de travaux importants sur les insectes, p. 50 et 51. MuLLER (Othon Frederic), naturaliste, Copenhague en 1730, mort en 178A micrographe, ne a Importance de ses travaux sur les infusoires, p. 9Zi. I! ■■\ •j"^ . - -t'l ■ TEMPS MODERNES. 157 P I Palissy (Bernard), ne dans I'Agenois au commencement du xvr siecle, mort en prison a Paris en 1589. y" Variete, importance etnouveautede ses travaux, p. 35. ^Appre- ciation de cet auteur, comme savant, par Buffon, p. 36; par Cuvier, ibid, ; et comme ecrivain, par M. de Lamartine, ibid. Pallas (Pierre Simon), naturaliste. geographe, voyageur, ne en 17 hi a Berlin, ou il est mort en 1811, apres avoir passe une grande partie de sa vie en Russie. Diversite et haute importance de ses travaux, p. 96 et 97. — II a eteconsidere parquelques auteurs,.en presence de Linne, de Buffon et des Jussieu, comme le premier naturaliste du xvm^ siecle, p. 97. (Ambr anatomiste, ne a Laval vers 1515, mort a Paris en 1590. ^ Ce grand chirurgien est aussi un des principaux anatomistes du xvr siecle, p. 37. t Pariset (Etienne), medecin, bistorien de la science, ne pres de Neufchateau (Vosges) en 1770, mort a Paris en 18/i7. Ilafaitremarquerque Buffon, Daubenton, GeoffroySaint-Hilaire et Cuvier se rattachent les uns aux autres par une sorte de filiation, p. 100. ■t Pascal (Blaise), ne en 1623 a Clermont-Ferrand , mort a Paris en 1662. Necessite, signaleeparlui, d'affranchir I'esprit humain de Tauto- rite des anciens, p. 61. hot II a recemment publie un Cours^ d'Histoire naturelle, fait en 1772, h Paris, par Adanson, p. 95. Pecquet (Jean), anatomiste, ne a Dieppe vers 1610, mort en 1674. ' II est surtout celebre par ses importants travaux sur les vaisseaux lymphatiques, p. 57. I I i ft i ' t »* i f N M ti n 9 i a T I.i; m I 1' til i 4 * « ^ 1^ f>P irt^ 158 TABLE ALPHABETIQIE DES ALTEtRS. Ha Perrault (Claude), medecin, anatomiste, architecte, ne en 1613 a Taris, ou il est mort en 1688. II est liii des fondateurs dc Fanatomie comparee, p. 58. — H est auteur d'un travail important siir la seve des ye^et^nxjbid. beaucoup contribue a affranchir rilisloire naturcUe de raulorite, si longteraps souvcraine, des aiiciens, p. 63. — 11 a ete en butte aux attaques les plus violentes de la part des defenseurs des anciens, et particulierement de Boileau, p. 63 et 6i. — II s'est illustre par des travaux de genres tres divers, p. 58 et 6Zi. Perrault (Charles), litterateur, pliilosoplie, frere du pre- cedent, ne en 1628 a Paris, ou il est mort en 1703. II mcrite une place distinguee parrai les philosophcs cIuxyh' siecle, p. 63. Persoon (Chretien Henri), botaniste hollandais, ne en 1767 au cap de Bonne-Esperance, mort a Paris en 1836. 11 est auteur de travaux importantssur les vegetaux cryptogames, p. lOZi. Peyssonnel (Jean Antoine), naturaliste, voyageur, ne a Marseille en 1694, mort vers le milieu du xyhi'' siecle. II a reconnu et demontre I'animalite des coraux et des madre- pores, p. 9Zi. PisoN (Guillaume), naturahste et voyageur hollandais du xvn" SI ) ne a Levde. 9t II a considerablement enrichi I'llistoire naturelle par ses voya- ges, p. 62. PoucHET (Felix), zoologistc conlemporain. On lui doit un ouvraize^iendu et fort utile a consulter, sur Albert le Grand et son epoque, p. 33. J R tm I-- Rajus. — Voyez Ray. franQ siecle. II est auteur d'une Zoologie universelle et portative, p. 59. Hi I J ki \ * 9 ^■^. '■ hi. ^ — - 't ' TEMPS MODERN ES. 159 R eterre, comte d'Essex, mort en 1704. Importance et nouveaute des travaux qu'i! entreprenait au xvir siecle siir la classification zoologique et bolanique, p. 59 et 60. 11 est, k quelques egards, le precurseiirdeLinne, p. 59.— II a, run ties premiers, defendu la Iheorie des sexes des plantes, p. GO. —II a enibrasse, dans ses etudes, presqiie toutes les branches des con- naissances humaines, et rappelle ainsi, a la fin du xwV siecle et au commencement du XYin% les auteurs encyclopediques des xv" el xvi% p. 6li et 65. nc a Reaumur (Rene Antoine Ferchaud de), naluraliste, physi- cien, ne a la Roclielle en 1683, mort dans le Maine en 1757. Ses belles observations sur les moeurs desinsectes, p. 9/i. Redi (Francois), medecin, physiologiste et poele, Arezzo en 1626, mort en 1697. II est auteur d'un grand nombre d'observations anatomiques et physiologiques sur les animaiix, p. 57. Rey (Jean), medecin, cliimiste, qui vivait dans le Perigord durant la premiere moitie du xvn" siecle. II a ete confondu avec Jean Ray, p. 59. F Reynaud (Jean), philosophe contemporain. Son travail sur le mazdeisme; ce que sont lesanimaux selon cette religion, p, 11. Richard (Louis Claude Marie), naturaliste , yoyageur, ne a Versailles en 175/i, mort a Paris en J 821. Ses observations botaniqiies, faites tant a Cayenne qu'en Europe, en font Tun des prmcipaux naturalistes de son epoque, p. lOZi. 11 a ete dignement apprecie par Kunth, ibid. — Malheureusement, tons ses travaux n'ont pas vu le jour, ibid. Richard (Acliille), botaniste, ne en 179/i, a PariSj oiiil est mort en 1852. II asignale la haute importance des travaux de Magnol, dont Tou- vrage, selon lui, renferme Tidee mere de la methode naturelle, p. 61. II amisau jourune partiedes travaux de son pere, p. lO/i. i 4 i . I #« 1 i 4,. «■ mt i M * tri{ f ( ■ I 41 ii I ^ I i ' ' / L^ t i^t ftt I . 4 *-M 8^ ( > ' > 160 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. Richard (du Cantal) (Antoine), agronome contemporain. II a donne un excellent resume des travaux zootechiiiques de Daubenton, et en a signale Fimportance longtemps oubliee ou me- connue, p. 95. T" RiOLAN (Jean), medecin, anatomiste, ne vers 1580 a Paris, L Oil il est niort en 1657. 11 a repousse et longtemps combattu la circulation du sang que venait de decouvrir Harvey, p. 49, Rivmus Qummus. — Voyez Bachmann. RoNDELET (Guillaurae), medecin, naturaliste, ne a Mont- pellier en 1507, mort en 1566. Ilesi un des principaux naturalistes du xvi' siecle, p. 38- — Caractere et importance de ses travaux zoologiques, p. 39. — de classification ichlhyologique, p. /lO. Rousseau (Jean Jacques), ne en 1712 a Geneve, mort en 1778 aErmenonville (Oise). II rapprochait les vegetaux par une methode tres analogue, dit Goethe, k la distribution en families naturelles, p. 88. — Pensee sur Tenfance, p. 119. RuDBECK (Olaiis), anatomiste, botaniste, erudit, ne en 1630 a Westeras, en Suede, mort en 1702. II a decouvert les vaisseaux lymphatiques, p. 57. RuDOLPHi (Charles Asmond), medecin, naturaliste, ne a Stockholm en 1771, mort a Berlin en 1832, II est surtout celebre par ses travaux sur les entozoaires, Essai p. 106. RuEL ou RuELLius (Jcau), botaniste 1A79 II est Fun des premiers qui, dans les temps modernes, aient allie I'observationa I'erudition, p. 38. RuMPF OU RuMPHius (Georgcs Everard), medecin , natura- liste, voyageur, ne en 1626 a Solm , en Allemagne, mort en 1693. w ' r ' II est auteur de travaux importants sur les zoophytes, oil il a en partie devance Peyssonnel, p. 9U. ^ 1^ ' ' '--' ^ . I kf 1 i 4 ■X. - !)» -•>4,w..t*'. ■■ -^ f^ * ■ •. i* H,\f; * -,*» ' --- • ', yy - ■ I r i -- - TEMPS MODEr.NES. 161 RuYscH (Frederic), anatomisLe, ne a, la Have en 1638, mort en 1731. 11 est celebre par ses travaux de fine anatoniie, et surtout par ses injechons, p. 57. t s Salviani (Hippolyle), medecin, zoologisle, ne 151A dans rOmbrie II est uii (les zoologistes les plus distingues du xvi' siecle, \). 38. Importance de ses travaux ichthyologiques, p. 39. Savigny (Marie Jules Cesar Lelorgne de), zoologiste, ne a Provins en 1772, mort a Versailles en 1851. A la fois observateuringenieuxetgeneralisateurhardi, il estl'uu des principaux zoologistes de son epoque , p. 106. Schelling (Frederic Guillaume Joseph de), philosophe, ne en 1775, a Leonberg, en Souabe, residant depuis long- temps a Berlin . Ses hardies tentatives de generalisation, p. 115.— Difference fon- damentale enlre la direction qu'il voulait donner a la science et ceile qu'elle a reQue de Geoffroy Saint-llilaire, p. 115 et 116. I ScHMiEDEL (Casimir Christophe), naturaliste da xviip siecle. Ce que lui et ses contemporains admiraient dans Gesner, p. Zil. Serres (Etienne Renaud Augastin), medecin et anatomiste contemporain. 11 a, dans ses legons orales, rendu justice a Cesalpin, p. /|5. Nul auteur n'a mieux que lui apprecie Oarvey, p. hi. — lU mis en lumiere un remarquable passage d'Harvey, ou se trouve indiquee I'analogie des caracteres transitoires de I'liomme et des animaux su- perieursavecles caracteres permanentsdes animaux inferieurs, p, Zi8. Seuvan (Joseph Michel Antoine), ne a Romans en 1737, mort en 1807. Remarque sur les fables, p. 6. Servet (Michel), theologien, ne en 1509 a Villeneu Aragon, brCile vif a Geneve en 1553. \ ve en r. 11 i- f i 1 *! r t i I » I 'i / I 1 X i •*. I 162 TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS. II a connii la petite circuiaUon du sang, p. M. — Rien iie prouve qu'il ait emprunte k Nemesius ce qu'il dit a cet egard, ibid. Spallainzap^i (Lazare) , physiologiste, ne en 1729 a Scandiaiio, pres cle Reggio, duclie de Modene, mort a Paris en 1799. Importance de ses travaux physiologiques, p, 9Zi. botaniste Boldel Ce botaniste erudit a enumere les plantes mentionnees dans la Bible, p. 6; les plantes figurees sur les monuments anciens de I'Egypte, p. 13; — et les plantes mentionnees par divers auteurs anciens, p. 28. — Comment il a apprecie les services rendus a la botanique par les frercs Bauhin, p. 53. sur Torganisation et.lesmeia- 11 est le premier fondateur de SwAMMERDAM (Jean), anatomiste, naturaliste, ne en 1637 a Amsterdam, ou il est mort en 1680. Importance de ses observations morphoses des insectes, p. 56. Tentomologie, ibid. r Sylvius^ le Bois,duBois ou dele Boe (Fran(jois),medecin, anatomiste, ne en 1614 aHanau, mort en 1672 aLeyde, ou il avail longtemps professe. II est I'un des principaux anatoraistes de son siecle, p. 36. 11. I If 1/ T TouRisEFORT (Joseph PiTTON DE ) , botaniste, nc en 1656 a Aix en Provence, mort a Paris en 1708. Sa classification botanique est restee longtemps et justement populaire, p. 60. Tragus OU Bock (Jerome), botaniste, ne eii 1498 pres de Bretten dans le Las Palatinat, mort eo 155/i u Hornsbach. 11 est Tun des botanistes distingues deson siecle^ p. 08. Trembley (Abraham), naturaliste, ne u Geneve en 1700, mort en l78/s. II est surtout celebre par ses experiences sur les polypes,, p. 9Zi. L X 1 F ■ K I I , n^^ V / ■ ^■]^^'.-:'^■.:■■..: y _ T I TEMPS MODERNES. 103 J . \ I » Vaillant (Sebastien), botaniste, iic a Vigiiy, pres de Poii- toise en 1669, mort a Paris en 1722. 11 a contribue k demontrer et a faire admeltre dans la sdeiice rexistence des sexes chez les vegetaiix, p. 60. Vesale (Andre), medecin, anatomiste, ne a Bruxelles eu 151^!, mort en 156/1, dans Tile de Zante, par suite d'un naufrage. li avait vecii longtemps en Espagne, I! a ete dit Tun des triumvirs de raiiatoniie, p. 36. —Harvey se rattache a ce grand anatomiste par Fabrice d'Aqiiapendente et Fallope, p. lil. Vicq-d'Aztr (Felix), medecin, anaiomiste, historien de la science, ne a Valognes en i7hS, mort a Paris en 179li. II a erabrasse ranatoraie coraparee presque dans son ensemble, p. 95. — 11 s'est eleve a plusieurs conceptions importantes en ana- tomic piiilosophique, ibid. VsLLEMAiN (Abel Francois), litterateur et historien contem- P Oram Son jugcment sur Pline, p. 27. — 11 a I'un des premiers rendu k Biiffon un hommage digne de lui, p. 83 et 87. Vinci (Leoiiard de) , peintre et litterateur, ne en ilibl pr^s de Florence, mort en 1519 a Amboise. 11 a indiqiie la vraie nature de ces corps organises fossilet', si longtemps consideres cornme de simples jeux de la nature, p. 85. || '*^ i f t ' W w iLDENOw ou WiLLDENOw (Ciiarlcs Louis), botaniste, ne en 1765 a Berlin, ou il est mort en 1812. r Ses travaux ])Otaniques, malgre de jusles critiques, le placent a un rang eleve dans la seienee, p. lOZi, t I -X - * I. If i t 4 1 i6/| TAUJ.E ALPHABETJQIE DES UTEUHS. Wjllis (Thomas), meclecin, anatomiste, ne en 1(522 en An- gleterre, dans le Wiltshire, mort a Londres en 1675. 11 a I'un (les premiers admis la circulation dii sang, p. 49. — 11 est . aiileur de travaux importants sur Tencepliale, p. 57. r WiLLUGHBY (Francois), zoologiste, ne en 1635 a Middleton ert Angleterre, rnort en 1672. II a ete Feleve et le coUaborateur de Jean Ray, p, 59. Wolf (Gaspard Frederic), anatomiste, ne a Berlin en 1735, : niort a Petershourg en 179/!. Goethe a reconnu en liii son devancier, en ce qui concerne la metamorphose des plantes, p. 105. AVoTTON (Edouard), medecin, naturaliste, ne a Oxford en l/j92, mort aLonckes en 1555. ■ II est Tun des zoologistes distingues de son siecle, p. 38. i Wray. Vovez Ray. ti^ *■ V-. 1* \: ^ '">' *l f I I u HISTOIRE NATURELLB GENERALE DES REGNES ORGANIQUES. S PKEMIERE PARTIE. PROLI^GOMENES. i »? * f' f h \ 1 ) ( M \m t ft f V i 1. :• * T :■■"■.. FF ■ ■■ -^ — t h — V- I -n ■ v\/^/v^•w■'^v^y^y^-^^/^y^•\/\/v%/v\/^/^/v^./'V^/^*'■^y v^^ lEMlE I •^ I i; ■ 1^ PROiii:€^oi?ii:]¥jES. VHistoire naturelle gmerale des regnes plus brievement, laBiologiegenerale (1), xprimerit ces noms , la science dans laque toucher par leurs sommitcs et s'unir les bi de s hautes quels a conduit, dans les temps modernes, et de nos iours surtout. Fetude comnaree des etres aui vivent ou face du dobe, sont done du domaine de cette science superieure , et cet ouvrage a pour objet, / — auiant que le comporte un premier essai sur un ensemble aussi vaste et aussi complexe, leur exposition raisonnee et leur demonstration methodique. Ceux qui ecriront a leur tour, dans une epoque plus avancee, de semblables traitcs , pourront passer , sans (1) Biologie gmerale. Ce nom, aussi exact que concis, est le seul que j'eusse employe dans cet ouvrage, si le premier n'eut ete consacrc et popularise par I'emploi qu'en a fait Buffon. Tout le monde sait que son immortel ouvrage porte ce litre : Histoire naturelle gmerale J et particuliere. L'emploi du mot Biologie, comme synonyme d'Hi-stoire naturelk \ 1-' ri J ^.^K^ .^iki. w i 168 PROLEGOMENES. meme s'y arreler, snr des difficultes preliminaires dont je r dois, au contraire, tenir grand comple dans un siijet aussi rieuf. Une Histoire naturelle generale est-elle presente- ment possible? le sera-t-clle jamais? Doutes singuliers, et qu'il n'y a pas menic lieu de discuter, pourra-t-on dire par la suite. Doutes qu'il nie faut, au contraire, resou- dre sur le seuil meme dc cet ouvrage, sous peine d'etre arrete a .cliaque pas par des objections multipliees ; celles qu'emettait et que soutenait, il y a vingt ans, d'une voix aussi puissante que convaincue, le plus celebre des natu- ralistes de notre siecle, entrainant ici apres lui , dociles pectueux disciples, la pbipart temp Reduire a leur iuste valeur de presentees comme d f • 7 detei pour par surement, les rapports des sciences if organiqiie, remonte au commencement de noire siecle. Lamarck emploie deja ce mot, en 1802, dans son Hydrogeologie, et en 1803, dans son Discours d'ouverture sur la question de Fespece. L'Histoire naturelle organique avait re^u bien plus anciennement un autre nom, tres usite aujourd'hui, raais dans une tout autre acception. Cette science estV^ipsychologie de Christofle de Saviginy, auteur, au xvr siecle, d'un curieux ouvrage sur lequel je reviendrai bientot. Dans notre siecle, elle a ete successivemcnt appelee, somiologie, par Rafinesque- Schmaltz, en 181/t; physique organique, par M. Auguste CoMTE (qui a employe aussi, et de preference, le mot hiologie), en 1830; organomie, par M, d'Omalius d'Halloy, en 1838; zoologie (nom indique seulement comme provisoire), par M. Jean Reynaud, en 18/i3; et organologies par M. Geudy, en 18Z|/i. Je me borne k indiqucr ici ces divers noms en synonymic. Les ouvra2:es ou menioires dans lesquels ils ont ete proposes seront bieiUot cites dans ces ProUgomenes. ( Voy. liv. I, chap. Tir, v et vt.) J PROLEGOMENES. 169 ttaturelles avec les autres parties du savoir luimain, et leur rang hierarchique daris ee qii'on a appcle rEneyclO" pedie ; demontrer logiquement la necessite , deja histo- riquement etablie, de la generalisation (1) apres I'ob- servatioii, et par coiisequeiit, de la constitution d'une Histoire naturelle vraiment generate au-dessus de toutes les branches particulieres de nos connaissances sur les etres organises ; faire voir que ce progres, prevu depuis I H nn siecie et si admirablen:ient prepare par notre immortel Buffon, ne deviendra pas seulement possible dans un temps indefmi, mais qu'il Test dcs a present ; rechercher par quels moyens on pent tout a la fois en assurer et en hater I'accomplissement ; quelle direction il convient d'imprimcr a la science ; quelle methode doit y etre sui- vie : tel est le but des Prolegomenes etendus que Ton va Hre, et qui seront diviscs en deuxLivres^ complements necessaires I'un de I'autre. Le premier traitera, au point de vue et dans les limites oii la solution de ces questions generales importe lo O' otre sujet , des rapports et de la classitication des ssances Immaines, et particulierement, des conne iques entre I'Histoire naturelle et les sciences ■t 'essairement developpces avantelles, doivent lui s t a la fois d'appuis, de guides et de modeles. q second, qui sera de beaucoup le plus etendu de resumer et d'apprecier les vucs generate methodes par chefs des trois principales ccoles biolo r ■t (1) Voyez plus haut, p. 117, la fin de Vlnlrodnction historiqtie. 1 »it f I I P ■■ T. 11 I *l ¥ 0- f _ - C —LT- ^-AlTJfe. It i I I ► \ I *t I I ff » >- *lt 170 PROLEGOMENES Ciivier, Schelling, Geoftroy Saiut-Hilairc; de recomiai- tre, eiitre les voies diverses que nous out ouvertes ces niaitres, celle ou est le vrai progres, ccUc ou la scienc doit desormais s'avancer, prudente sans hesitation, hardie sans temerite ; enfm, de determiner, a I'aide de tons les ecedemment obtenus tant par la voie liistorique que par la voie logique, comment et sur quelles bases pent etre surement et defmitivement constituee I'Histoire natiirclle grenerale regnes organiques J \ t- » 1 *: > „ ', — V" I I V\^ V v\/-^'^v\y w^^ ./ Vv/v/ j^\j- V -u-vyNy v^ ^ \^ \/\/ x/ \/\/ \/ V v\/ v\/\y \/ w wvA/ W \/ > LIVRE PREMIER. DES SCIENCES EN GENERAL, KT PARTICULlfiREMENT DES RAPPORTS DES SCIENCES NATURELLES AVEC LES AUTRES BRANCHES DES CONNAISSANCES HUMAINES. \ CHAPITRE PREMIER. BE l'UxMTE DES CONNAISSANCES HUMAINES, ET DE LEUR DIVERSITE. SoMMAiiiE. — I. Considerations g-enerales sur Ics connaissances humaines. — II. Leur unite fondamentale ; leur diversite secoudaire. I. La plus philosophique dc ce i sonnee de la verite. Tout c propres forces, ou avec 1 demontrer, c'est la science. BossQct aui. pt la plus generale et la est la connaissance rai- 3 notre raison, par ses ours de nos sens, peut i cette belle definition de qui, plus concise encore que celle qui precede, differe pas au fond : « Le fruit de la demonstration >-> est la science (1\ » (1) BossuET, De la connaissance de Dieu et de soi-meme^ chap. I, On trouve plus has, dans le meme chapitre, le developpement XllJ. de ceUe pensee. Bossuet traduit ici d'une maniere diane de lui ceUe vieille defini- *1 \ ^ ^ ,*ii r 1 ^ i 1 1 ^r^ r ir w ^ I] t i t ^ fl' 'i I 172 fUOLKGOMENES, LlV. I, CHAP. 1. Qu'est-ce que la verite? L'accord de cprcseiitecs , disait-on avant Kant Schelling. L'accord des rcpresental s. scion Schellinfffli C'esL dii, de ph dans les choses, la realite nteme des choses ; et, dans r tendement, la connaissance des choses telles qu'elles sont. Definitions plus ou moins ralionncllcs, dont nousn'avons pas, heureusement, a penetrer le sens , a apprecier la valeur. L'idee de verite est une de ces idces premieres etre saisies par notre esprit, n'ont besoin du qui, pour d'une definition , ni d'un commentaire. i etre metapbysic^ue dont tout le monde idee claire, » dit notre immortel Buffon (i « La il passe outre. Nous ferons comme lui. La verite est une, et necessairement une. Toute verite / • J f emane de Dieu, et abontit a Dieu , qui est la verite pre tion scolastique, si souvcnt reproduite par les logicieiis : DiscipUna qucscertis demonstrat argumentis. On a donne de la science une foule d'autres definitions, dont la plupart sont au fond identiques. Elles ne different que par les terraes employes pour exprimer les memes idees, ou encore, en ce que les unes enoncent cequi est explicitement contenu dans les autres. Telle est, par exemple, celle-ci que donne Ozanam, dans son Dictionnaire mathematique , Paris, 1691, in-i, p. 1 : « La science » est une connaissance acquise par des principes clairs et evi- 3) denfs. » (1) « On ne connait que le vrai, et la verite se troiive dans I'ac- ,» cord des representalions avec leurs objets.n (Sgheluing, Sxjstem r des transcenderdalen Idealismus, Tubingue, 1796, in-8, p. 1; Ira- duction de M. Guimblot, Paris, i8/i'2, in-8, p. 1.) (2) Ala fin d'El criterio, Barcelone, in~8, i8/i5 etl8/|8. (3) Histoire naturelle, t. 1, p. 52. I f } ■ ■ ' '. x-" t n UNITE DES CONNAISSANCES HUMAINES. 173 mierc (1) aiissi bieii que pi choses. pent a^ ais ccttc verite , line et univcrscilc, n'a el ne d dc che. II 11 e fi I'entrevoir, plutot comme on devine , par un rayon de lumierc, le foyer cache dont il emane. C'est la sa faiblesse, inais c'est aussi sa crandeur. La verite une et divine est devant idealcment parfait, de imparl\ii I'atteind but dpnne, sans de se rapprochcr par im mouve ment continu, et sans outre ternie possible que celui de Fexistence elle-meme de rhumanite. D'Alembert osait ecrire il v a un siede : « L'univcrs, » pour qui saurait I'embrasscr d'un seul point de viic , nc « serait, s'il est permis de le dire, qo'un fait unique et une » gra'nde verite (2). »Sansnul doute,cette conception d'un illustre geometre qui fut aussi un philosopbe eminent, ne sera jamais realisee ; mais la science en poursuit de jour en jour la demonstration partielle ; et qui oserait assigner la limite ou elledoit s'arrctcr?Dcs a present, des rclalions assez multiplices, assez manifestos pour ne pouvoir ecbap- per aux esprits les plus vulgaires, unissent toutes nos connaissances rationnelles , tons les elements de notre (1) « Toute verite vieiit de Dieu; elle est en Dieu; elle est Dieu » meme,.. II est la verite originale, » (Bossuet, he. eit.. chap. IV, ix.) C'est dans le meme sens que mon pere a dit : « Conqiicrir un prin- * F « cipe ii la pensee publique, c'est prendre k Dieu et sur Dieu. ^> (Voy. Vie, travaux et doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire, chap. XII, i.) r (2) D'Alembert, Encyclopedie, Discours preliwinaire ; edit, origi- n^leip-fol. 1. 1, p. ix, 1851. i f I i m^ i \ I 1 4 ■:,i 1 ■ - ^4--^ -1 —.-''- ~ '■ F^ II f ^ f 1 .! M I ■ n i n I I I ^ I L 17/1 iniOLEGOMEAES, LIV. 1, CflAl*. I. savoir scientilique, et le proprc cic chaque progres noii- veaii est de resserrer et dc multiplier encore les liens iaient entre eux. Tous; de logiques qui deja les n quelque source qu'ils provienncnt, convergent les uns r vers les autres, par consequent vers la verite une; a peu pros comme les eaux qui, de tous les points du globe, se font jour a sa surface, s'ecoulent vers les memes bas- sins, innombrables ruisseaux d'abord, puis lleuves majestueux, et se confondent, finalement, dans la mer unique et immense. conception philosophic ie I'unite fondamentalc e la verite une, par ment etude de la science, n'est nulle- ^'ec le point de vue auquel nous ns la recherche de la verite, dans A la recherche impossible de la verite une, nous substituons la recherche, seulement dif- ficile, des notions, des verites partielles, que nous pou- vons nous representcr, bien que nous ignorions la verite premiere, comme y etant contenues, et, pour ainsi dire, resumees et concentrees ; et nous les etudions, en les subordonnanthierarchiquement, selon leur ordre de gene- ralite, depuis les plus particulieres et les plus simples, jus- qu'auxplus composees et aux plus vastes; jusqu'a celles ([ui, dans leur liaute abstraction, touchent a la verite supreme. Cette marche, si elle n'est |)as la scule absolu- / •. / possible, est du moins la seule rationnelle ; et si la une, dont elle nous rapproche sans cesse , ne nous etait pas pour toujours inaccessible , c'est elle encore , et elle seule, qui saurait nous y conduire. Les verites qu'il nous est donne de connaitre, nb sont .1 m 1 f* f %w i ^ ^*.J* ^ > IMTE DES COMNAISSANCES HUMAINES. litres, au fond, que la vcrite une et ite originate (1). G'est elle-meme complete. Ce sont dcs elements, de 175 ande unite ; ce sont, po endi employee plus haut, de de toute lumiere. Par '^}^ du fo\ minimcs, sans doufc, mais apercu de I'ensemble. Rai 1 ^ayons, mais, en realite, lui-meme. pa J fo\ <-^ uelala grandeur et, selon I'expression de Bacon, la (lignite supreme de la science. Si imparfaite qu'elle soit et qu'elle doive a jamais demeurer, son objet n'en est pas moins leplushaut quepuisse atteindre I'espritde I'liomme. Elle voit , elle entend les choses comme el elle penetre reellement quelques uns des secrets du Creli- teur; elle a, selon la belle expression du Psalmiste, ses regards sur Dieu lui-meme. Et c'est pourquoi, entre tons les noms qu'a consacres Tadmiration n en est pas, il ne saurait en etre de plus veritablement glorieux que ceux des grands inventeurs scientifiques. lis etaient, pour les anciens, I'elite presque divine de I'hu- manite: viri ingenies supraque mortalia, ditPlinerSV publ ds n'oni pas ete moins honords par les modernes. de meme Hipi / A f ompai Et un Dieu par rauteur des Eislorim mundi (h). nn contemp (1) Expression de BossuET, loc. cit.; voyez p. 173, note 1. (2) BossuET, loc. cit., chap. IV, viij. {oj Historiariim mundi lib. U, i\. _ >' ik) Voyez Arago, Sur la constilution physique, du soleil, dans VAnnimire du bureau des longitudes pour 1852, p. 35/|. Le passage auqiiel M. Arago fait ioi allusion esl sans doute celui-ei ' * M If m ^-f msL t I I r [ § K IT ^■n • w^ i,»-"i —^ •*- ■,"*»'*' --■• f —: I .. 1. - -y t: i I I h J I 1 y; li 176 l>UOLEGOi>lENiES, LIV. 1, CHAP. 1. illustre de Newton, Fastroiiome Hallcy, n'afait qu'exprimer le sentiment public, lorsqu'il a dit de ce grand iiomme ces mots qui seront repetcs de siecle en siccle : Nec fas est propius mortali attingere Divos (1) ! I H II. I I f I Les idees de verite et de science etant correlatives, la ience, nne an poinf de vue le plus cleve, se divise et se )artielles, comme la verite une en subdiv ^■r- i f • J f par Autant on pent admettre de groupes principaux, secondaires, tertiaires de / • * / i m i,.' I t r- t* ii Ausus^ rem etiam Deo improham, adnumerare posteris Stellas, n (Pli^xe, loc. cit., lib. II, xxiv.) (1) Ce vers est le dernier d'une piece composee parHalley a Tepoque meme ou Newton decouvrit la loi de la gravitation universelle, et imprimee en tete de la premiere edition des Philosophiw naturalis r" principiamathematica ; Londres, 1687. De nos jours, Newton a ete appele le Christ de la science et le second Verbe. -— Voyez, dans la Revue des deux mondes, Zi*" serie, til, p. 219 (1835) , la piece de vers intitulee : Contemplation, par ^ H M. J. J. Ampere, piece qu'on lit avec un double interet; I'auteur semble, dans ses beaux vers, le fiMal interprete de la pensee de Tun de nos plus illustres savants. L'admiration n'a ete ni moins legitime ni moins grande envers ceux qui se sont immortalises dans d'autres directions. On disait Bivus Hippocrates, aussi bien que Divus Plato ; et c'est aux applaudis- sements d'une nombreuse et savante assemblee qu'un celebre medecin comparait tout recemment au divinvieillard, au divin Hippocrate, le divin jeune homme, le divin Bichat. Yoy. Bouillaud, Discours de rentree, prononce dans la seance publique de la Faculte de medecine dePariS; nov- 184^; in-a, p, 17. *f I { \ it DIVERSITE DES COiN.NAISSA.NCES HUMAINES. 177 pent dislinguer de sciences princlpales, secondaires, ter- tiaires ; et tels sont les rapports, directs on indirects, de •es groiipes les uns avec les aiitres, tels aiissi ceiix de ccs c sciences entre elles. Comme, au fond, il n'y a qu'une veritc et qu'une science, on ne saurait ni determiner d'lme maniere abso- liiment rigoureose le nombre des sciences partielles, ni delimiter chaciine d'elies avec ime entiere precision. II pent ctre, il est, dans I'ensemble, des parties moins intimement unies; il n'en est pas de separees (1). II ne saurait v avoii de rigueur parfaite que dans les deux 4 conceptions extremes, cclle, pour nous impossible, de la ' • . r veritc ou de la science une, et celle de chacune des ve- L rites ou notions qui composent elementairement celle-ci. Mais de ce qu'une distinction n'est pas d'une rigueur absolue, il ne suit pas qu'elle soit sans fondement. De ce qu'un tout est essentiellement un, il ne resulte pas que les divisions qu'on y etablit soient purement artilicielles. Elles peuvent correspondre a des differences reelles et importantes, et representor, dans I'ensemble unique, autant d'ensembles secondaires, avant aussi leur valeur propre, et, par consequent, leur existence logiquement (I) Je ne trouve nulle part cette verite plus nettement eiioncee que dans VArtderaisonner, par Condillac, Introduction; OEuvres, edit. de i798, t. Vm, p. 3. « Les sciences, dil Condillac, rentrent les unes dans les autres... 11 >^ est tres raisonnable a des esprits bornes comrae nous de les consi- '' derer chacune a part, mais il serait ridicule de conclure qu'il est de >' leur nature d'etre separees. H faut toujours se souvenir qu'il n'y a ^> proprcment qu'une science, et si nous connaissons des verites qui » nous paraissent detachees les unes des autres, c'^st que nous igno- r w rons le lien qui les rennit dansun tout. » I. 12 ., r ! i l«^y (M W'9 I, i r I ^ h ■ -/ * i I i \i 1 |!1 *rt i \rt- i ■■. i 1 ! 4 I 178 i'ROLEGOMENES, LIV, !, CHAl'. I. distincte. Rien de plus legitime et de plus rationnel que cette decomposition de I'unite priocipale en unites d'un drdre inferieur, et meme successivement de plusieurs r ordres inferieurs, toutes les fois qn'elle est etablie sur une connaissance, suffisamment avancee, de leurs veritables 4 rapports. C'est ainsi, et ainsi seulement, que la science, essen- tiellement une an point de vuephilosophique, est divisible en sciences multiples et diverses, subdivisibles a leur tour en sciences plus restreintes et plus speciales ; ensem- bles secondaires, tertiaires, moindres encore, mais dont r ^ la distinction nous est a la fois possible et necessaire. La science une, autant qu'il nous est donne de nous elever jusqu'a sesbauteurs, c'est la philosophie, dans le sens que les plus grands esprits de I'antiquite et des temps ' modernes ont donne a ce mot, si souvent et si malbeureu- sement detourne de sa haute et juste acception (1 . Les. sciences partielles, ce sont les sciences proprement dites : nom que Ton applique egalement aux divisions princi- pales et naturelles du savoir humain et a leurs subdivi- sions secondaires, tertiaires, et parfois purement artifi- cielles; simples chapitres et sections de chapitres, comme les appelle M. Jean Reynaud (2), assimiles ainsi dans la nomenclature aux grOiipes primitifs. 'k (1) Ce mot si souvent applique, dit Baco^' dans le traite De digni- tateet augmentis scientiarum , lib. Ill, cap. i, h 4 ' 1 la I ^^' \ t M k Hi !f »ii L i » ; i i i \' I I t 11 r I »« I I f '^- > ^-- / ''^j^^'^u^^-^ -^ \/~^~ yu-^-j-'-^-j j'-j^-j^^ J-'^^J' J-\y-^ \^- ^u-^J .. ^^'^ ^v"^/^J'■-^-''V"■w'-«-'^/~^V-*/v\y"^-x/ f ' 1 I CHAP I IRE II ^ I>ES YUES DJVERSES EMISES SUK LES RAPPORTS ET LA CLAS- SIFIC.\JION DES CONNAISSANCES HUMAIISES, SOMMAIHE. — I. Resume historiquc. — II. Arbres encyclopediques , et autres ima^jes ou representations graphiques. —III. Considerations diverses sur lesquelles pent etre fondeo la classification des connaissances humaines. Divei'sito dc source. Diversite de but. Diver- sife d'objef. i t I. r La conceptioji cle ki science Jbiidamcntaleineiit uiie , w secondairement multiple, est, en elle-meme et en termes generaux, d'un acces facile a notre esprit. La coordination des sciences partielles, la determination rationnelle de leurs veritables rapports, de leurs affinites, deleors de- pendances mutuelles , de leur enchainement logique , eonstitue , an contraire, I'un des problemes les phis diffi- ciles que puisse se proposer rintelligence humaine. D'nne part, comnie on vient de le voir, impossihilite dc fixer d'une maniere completement rigourense le nombre et les limites des divisions et subdivisions formees dans un tout essentiellement un. De I'autre, complexite extreme des rapports qui existent entre les divisions et subdivi- dir de simple subordi and nombre. indi rects, par enchainement collateral, ou meme fiiverseraent entrecroises et reciuTcnts. iV ^1 i T 1 4 J N I, - \ % t ^ / . i '- ^ ^ ^ •- -*:*- ^-^ ^ '/ J ' K I ^ » ^ I t i r I I 18'i I'UOLEGOMENES, LIV. I, CHAP, II. Pretendre a I'exprcssion exacte et complete d'line telle suite, ou, pour micux dire, d'un tel reseau de rapports, scrait chimerique. Obtenir une solution approchee, nous est au contrairc possible, et des lors necessairej car nous avons bcsoin de savoir tout ce que nous pouvons savoir. La matlihiologie (1) a done sa place marquee dans ce cercle des sciences , dans cette encyclopedie (2) dont 11 lui appariient de tracer le plan. On attribue generalement a Aristote i'honneur d'avoir le premier, ce sont les expressions mcmes de Cuvier (3), somnis le grand tout a pliisieiirs divisions importantes. • - C'est, en eftet, de la Metapliysique (/i) que date la pre- (1) J'ai cru devoir aclraeUre le mot Mathesiologie et ses derives, mots peu iisites encore, mais necessaires a la languc philosopliique, dans laquelle Ampere les a introduits en 183i. (Toy. son celebre Essai surlaphilosophiedes sciences, 1. 1, Preface, p. xxxvj). La mathesiologie traite des rapports etdela classification des connaissances humaines, et, ajoute Ampere, des lois qu'on doit suivre dans leur etude ou leur enseignement. 11 est singuliev gue cette science des sciences, selon Ampere, ne ligure nulle part dans le tableau des 22/i sciences de premier, de second et de troisieme ordre que I'illustre physicien a cru devoir dis- tinguer, denommer et classer dans les Tableaux synoptiques, places a la fin du volume plus haut citt\ (2) Les anciens prenaient deja le mot Encyclopedie, EyA'jy.Xo'Kc^.i^'eia., par une extension tres naturelle de son sens principal, dans I'accep- r tion oil nous remployons aiijourd'hui : le cercle des connaissances humaines. Je citerai, par exemple, le passage suivant de Pline dans s2.Lettre dedicatoire (en tete dulivreF'" des Historice mundi): « Jam j; omnia attingenda quce Grceci -a,^ i^'/c'jx/AOTua'.^cJa^ vacant^ et tamen facta fastidiun V (3) Histoire des sciences natiireiles; cours du College de France, ecueilli el public par M. Magdeleine de Salm-Agy, 1. 1, p. 131 ; 1841. (i) Vovez surtout les livres VI a XI. — Parmi les historiens de la I i^ ; I l; % ■\ i\\ f / _ L * — ^ I I iV VUES DES AUTEURS. 183 miere distinction logique , dans la science une, des prin cipales sciences partielles ; mais I'idee fecoiide qu'a de veloppee Aristote se retrouve, et deja avec de premier d'application , avant lui chez PI \ Platon chez Pyth P> ^^^ d ( \J I), et avant es premiers / ; car, dans robscurite on reste plongec de I'ecoie italiaue, on ne saurait di appartient au maitre, des developpements ajoutes a sa doc- trine par ses disciples immediats. Toujours est-il qu'a Fe- poque memeounous voyons commencerlapbilosophie,la geometrie, I'astronomie, la medecine, nous trouvons aussi les premieres tentatives pour coordonner ces sciences nais- santes : les pytliagoriciens ebauchent deja F encyclopedic. Le moyen age, les temps modernes, I'epoque contem- poraine, ont, commeTantiquite, donne leurs solutions, tour 5^ tour admises, modifiees, rejetees, en partie reprises : oeu- vres pour la plupart des esprits les plus puissants des siecles ou elles ont paru ; Albert le Grand et son elevc saint Tho- mas d'Aquin; Bacon, nom illustre auquel j'associerai , presque toujours omis, d'un obscur devancier, Savigny (3) ; plus pres de nous , Descartes , Leibniz , r Philosophie qui ont analyse etcommente Aristote, onconsultera utile- ment : Degerando, Histoire comparie des sijstemes de philosophie ; 2* edit., Paris, 1822, t. II, p. 329. — Rayaisson, Essai sur la meta- physique d' Aristote, t. I, 18;i7; liv. II, chap, ii, p. 2/iZi a 266. — PiERRON et Zevort, traduction annotee de la Metaphysique, t. I, 1840; voy. la note de la p. 210.— Renouvier, Manuel de philosophie ancienne, t. II, p. 106 a 136 ; IShll. (1) Degerando, loc. cit. , p. 255, et Ravaisson, loc. cit., p. nil. (2) Renouvier, loc. cit., t. I, p. 269, et surtout p. 197. (3) Christofle de Savigny, auteur d'un ouvrage intitule : Tableaux i i ,■ > V 1 ;i J .1 1 \ ■J i . \ 1 a, '- -- -- 1 -LJ ^ . - — ■ '-,- I ' Jl i r 19 K i f 1 F i IBfi- PROLEGOMKNES, LIV. 1, CHAP. H. Wolf, D'Alcnibcrt, Diderot; et dc nos jours, Ampere et Ue Candolle. On voit deja que la conceplion de la science one et multiple ne reparait pas moins souvent dans I'histoire de I'esprit hiimain qu'ellc s'y est anciennement produ ite . II. i V n \ I « t ^ I f * •1 nW I Pour exprimer I'unite, la diversite harmonique, les doubles rapports d Ari stole les avait classees, divisant rensemble en parties qu subdivisait methode dont lui-meme ntroduit I'usage en Histoire naturelle, et qui nous est famili( pie a ete suivipar la plupart des auteurs, dont les conceptions, conformes ou non au plan trace par x\ristote, sont encore des classi- fications comparables a celles des naturalistes. 1 J uccomplis de torn les arts liberaux, Paris, 1587, in-folio; et 2* edit., avec les memes tableaux etquelques differences et additions dans leur explication, Paris, 1G19, in~fol. Get ouvrage se compose d'une suite de tableaux synoptiques, presque toujours dichotomiques, avec textc explicatif. Le premier, dont tous les autres sont des developpemcnls, porte ce litre remarquable : EncycIopMie, ou la suite et liaison de tons les arts et sciences. Par quelques unes desvues qu'il indique,Savigny pent etre regarde comme le devancicr de Bacon ; il est en meme temps celui de Diderot par la forme sous laquelle il les presente. M. Ferdinand Denis se propose de publier tres prochainement une notice sur ce curieux ouvrage, tres pcu connu jusqu'a ce jour, et de rendre enfin a son auieur la place qui lui appartient dans rhistoire de la matliesiologie. C'est a M. Denis que j'ai du la commu- IT- nication des deux editions des Tahleaux accompUs. I j 1 I -^1 '^'- ■^T" ■^^^^-T ^ 1 I YUES DES AUTEUr.S. 485 II est des aotciirs qui ont revetii leiirs vues de formes tres differcntes. Plusicurs ont en recours a des ima- ges, constrocfioDS ou representations graphiques, pro- pres u rendre sensiblcs, soit les rapports des sciences partielles, soit surtoot riiniU3 fondamentale et ta diversitc des connaissances liumaines. C que les sciences, ou, plus generalement, jes connaissanccs bumaincs, ont ete representees cliez les Grccs par un d ad encore par MM. de Blainville et Maupied (1), et d'ou nous est venu le mot Encyclopedie (2) ; comparees par saint Thomas d'Aquin (3) a la Sociele politique et aux divers individus qui la composent , a ses membres, tous concourant a urie ceiivre commune; assimilees a im arbre , sans remonter jiisqii'a Raymond Lulle (h) , par [i) Histoire des sciences de Vorganisation, 18/i5. — Voy. particu- lierement V Introduction, t I, p. xiij, le tableau qui y est annexe, et le/?esume general, t. Ill, p. 519. Voy. memcvoL, p. 3ZiO. (2) Voyez p. 182, note 2. (3) Selon rillustre auteur de la Somme, toutes les sciences ont un princlpe regulateur coramiin, et tendenl harnioniquement vers le nieme but. Les vues de saint Thomas, difficiles a suivre dans la vaste encyclo- pedic theologique et philosophique que Ton doit a VAnge de I'ecole, ont ete, entre autres ouvrages, tres bien resumees par MM. les abbes i>E Salinis et DE ScORBiAC, daus leur Precis de Vhistoire de la phi- losophic, 1835, in-8, p. 261. [h) Yoyez Arbor scientice, ou scientie , comme 11 est ecrit dans X ■ des editions espagnoles tres anciennes; par exemple, dans Tedi- tion in-foL de Barcelone ^ 1505, ou se trouvent figures, non seulenient Tarbre general (generalis) de la science, mais aussi les seize arbres speci^ux {speciales), tels qucFarbre des elements {ele- i I "3 I »»» i# t '^* 1. 12. \ tt f ^ f; If I \ I t i I I 1 ^ 3 V \t f f 1 t\ I r I I 186 prolegO:Vii:nes , liv. i, chap, ij Bacon (1), par Descartes (2), et surtoiit par D'Alein- bert et Diderot (o) , qui ont siiivi Varbre encyclope- clique jusquc dans ses rameaux ; conception tant de fois reproduite, depiiis deux siecles, que les termes qui en de la langue philoso- derivent ont fini par pliique, jusque dans le langage voigaire. Apres ces mmtalis), Farbre vegetal et Fai'bre de rhumaiiile {ImmanaUs), etc. Selon Raymond Lulle, les racines de Varhor scientke sont les prin- cipes generaux; le tronc estle chaos; les branches (6ranc/i^)et les ra- meaux {yami] sont les elements simples et composes, etc., et les fruits, les corps elementes et individualises {elemenfala et individuata). On voit que nul n'a poursuivi plus loin, n'a plus developpo que ne Ta fait Lulle des le xiii*' siecle, celtc conception d'un arbre de la science ou des sciences qui a eu tant de succes parmi les mo- dernes; etil y a tout lieu de penser que Bacon, et tous les auteurs venus ensulte, procedent, quant a Tidt^e generale, du celebre philo- sophe espagnol. Mais on voit aussi, par ce qui precede, que Yarhor scientice, expression plus curieusc qu'instructivc des vues metaphy- siques de cette epoque, differe beaucoup au fond, tout en lui res- semblant pour la forme, de ce qu'on a appele depuis Varbre ency- clopedique des sciences; et c'est pourquoi, en rappelant la conception de Raymond Lulle, je ne fais pas remonter jusqu'a lui la construction decet arbre. / (i) De dignitateet augnwntis scientiarwn , lib. Ill, cap. t. (2) Principes de philosophic, Preface; edition des ceuvres philoso- phiques par M. Garmer, t. L p. 192. Ontrouvera cite plus bas, p. ooo? 1^ passage auquel se rapportc cette indication. {S) l)\\.LFMmiKr^ Encyclopedie ; Discours preliininaire,t I, p. xv et suiv. de Tediiion in-fol. de 1751. Diderot, meme Encyclopedic ; Systeme figure des connaissances humaines (tableau synoptique), et Explication detaillee de ce sys- teme, a la suite du Discours preliminaire, p. xlvij a Ij. IVAlembert est generalement cile comme le seul auteur du celebre travail sur Varbre encyclopedique ou arbre genealogiciue des sciences, et plus generalement sur les rapports et la classification des connais- \ .) VUES DES AETEURS. 187 ingenieiises images, on pouvait assurement so dis- penser d'en invcnter de nouvelles. Nous voyons ccpen- 'os encore , (i\ de dant les connaissances humaines compa faces di verses d pyramid e rintlie ulliples et entrecroisees d'un lab\ up O que sauces hiiiiKuiies, qui se trouve en tete de la grande Encyclopedic A ne cousnhev que VEncAjclopedie elle-meme, il est diflicile de determi- ner la part qui revient a Diderot dans ce travail, et de la Terreur qui a fait si generalement atlribuer a D'Alembert seul une conceplion qui est en realile commune a D'Alembert et a Diderot, et qui meme semble appartenir plus encore a Diderot qu'a son ami. D'Alem- bert lui-meme Ta dit expressementdans ses Melanges de lUtera- ture^ d'histoire et dephilosophie, Amsterdam, 1759, en inserantdans ee recueil son Discours preliminaire. — Voy. VAvertissement ^ p. 3, Oil se trouve cette phrase, texluellement reproduite dans les OEuvres F philosophiques , historiqiies el litteraires de d'Alembert, Paris, 1805, t. I, p. 177 : « G'est a lui (Diderot) qu'appartienl aussi la table ou le systeme » ligure des connaissances humaines et Texplication de cette table. r » J'ai joint de son aveu Tune et Fautre au discours, parce qu'elles ne ^> forment proprement avec lui qu'un meme corps. » Apres une declaration aussi formelle, comment se peut-il qu'il soil encore necessaire, apres un siecle, de retablir la verite sur ce point important de Thistoire de la science et de la philosophic? (1) Bacon serait aussi le premier auteurde cette image, selon Blain- viLLE et Maupied, loc. cit., t. Ill, p. 339. Je Tai en vain cherchee dans I L les ouvrages du philosophe anglais. (2) Image employee par Fun des commentateurs de Bacon, qui semble la lui emprunter. C'est la moins satisfaisante de toutes celles qui ont ete proposees. L'auteur qui donne cette image se sera sans doute rappele cette phrase, ou Tensemble des connaissances humaines est en effet compare iiun labyrinthe, mais en attendant une image plus juste qu'on trouve des la page suivante: I \. > M I : I \ I « I ^ ( '■! ! : i .f f T'- _> -' \ i I f- } i \ f i I 3 I I F iKi «E i \ U ^ *''\ * ■ 188 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP, 11. celles de saint Thomas d'Aqiiin, de Bacon, de Descartes, de D'Alembcrt, de Diderot, aussilot onbliecs que produites par leurs auteurs, et que je ne mentionncrais pas ici, sans le desir de completer ce resume des efforts successivement faits pour rcpresenter les doubles rapports des connais- sances humaines. Entre toutes ces comparaisons et representations gra- pbiques, successivement proposees , et celles que Ton pourrait imaginer encore, les plus imparfaites s'arretent a une expression generate et vague de I'unite fondamentale et de la diversite secondaire des connaissances humaines ; d'autres, plus heureuses, peuvent indiquer, en outre, la dependance reciproque des sciences, leurs rapports, si complexes qu'ils puissent etre, et la reaction necessaire des T progres de I'une sur les autres et sur I'ensemble. Ces der- nieres comparaisons ou representations graphiques, phi- losophiquement tres superieures, sont en meme temps les seules qui aient quelque valeur pratique, et encore est-elle tres restreintc. Je n'excepte pas la conception tant celebree de Yarbre philosophiqiie des sciences ou ar6re encyclo- pedique; non que je ne reconnaisse dans ceiarbre^ telque I'ont trace D'Alembert etDiderot, et surtout tel qu'on pour- rait le tracer aujourd'hui, tous les avantages (]ue pent \ I t »>» « Le systeme general des sciences et arts est ttne espece de lahy- » rinthe, de chemin tortueuxou I'esprit s-engage sanstropconnaitre » la route quMl doit tenir. » Cetle phrase n'est pas de Bacon, mais de d'Alembert, Encyclope- die, loc, ciL, p. xiv. La meme image est reprise parlui, p. xv. Mais dans cette meme page, D'Alembert y substitue celle qu^il adopte defi- r nitivement, Yarbre encyclopedique. f lUUSHlr.- * i -' _>1 ARBRE EiXC YCLOl'KDIttUE . 189 ofltir line clasiiificatioii ; mais parce qii'il en presente, avec tons les avantages, toutes les cliffieuitcs, n'etant, a bien dire, que la classifieation elle-memc mise sousune forme particuliere , on mieux, que le plan figuratif d'une classi- fication, facilement reductible a la forme ordinaire. Etl'on se tromperaitbeaucoup en supposant qu'en chan- geant la forme, on simplifie, au fond, la question. II n'est * pas une construction , une representation graphique qui ait ce pouvoir. Qu'il s'agisse de divisions etde subdivi- 4 sions a etablir a la maniere des naturalistes, ou des bran- ches principales ou secondaires d'unarbre, ou encore des lyons d'un cercle, ou des faces d'une pyramide, ou des 1 de tout autre ensemble, il faut determiner le nombre de ces divisions, de ces brandies, de ces rayons, de ces foces, de ces parties, quelque nom qu'on veuilie leur donncr, et a decouvrir et demontrer les relations qu'ellesontentre elles ouquiles rattachent a I'en- semble ; probleme identique dont, seulement, les donnecs sont diversement traduites. A ce point de vue, I'ar^re encyclopediqiie perd beaucoup de I'importance qu'on lui a souvent attribuee : ce n'est pas, au fond, une solution, c'est seulement la /orme d'une solution, ou sil'on veut, sa formule ; formule qui est d'ailleurs egalement applicable a des solutions tres differentes. Varbre encyclopediqiie de D'Alembert et de Diderot n'est deja plus celui de Bacon ; il n'est nullement celui de Descartes ; et surtout c'est une construction tres differente que voudrait aujour- d'liui la science. cette formule n'en aura pas moins laisse une trace profonde dans I'histoire de la philosophic. C'est Hi I i i r M* ' f I I I I i I > /> i> ^ ,. \t P^: -d ^L. ^ - <± f t ' I I i ^- ifc '. t 4 t * i m ' F t i I »" • I.. ^f t ', ? I f 1 If' ft » If 190 I'iVOLEGOMEiNKS, LIV. 1, CHAP. 11. P ar e P developpemenls sans nombre don telle a ete le textedepuis deux siecles, qu'imeideeabstraite, d'un ordre eleve, d'uii ac'ces difticile, celle de I'unite fondamentale dii savoir humaiii et de ses diversites seeondaires, a fini par passer dans tons les esprits eclaires. La fraternke des Muses etait, pour les aneiens, une allegorie dont les philosoplies seuls penetraient lesens cache. La fraternile des sciences est aujourd'hui une verite generalement comprise et accep- tee sous cet embleme : le tronc commun et les brandies diverses des COnnaissannf^s hnmnin^s III. s proposees par On vient de voir que les classilications proprement dites, et les arbres encyclopediques ou autres representa- tions analogues, ne se distinguent que par des differences seeondaires et, pour ainsi dire, tout exterieures. L'etude comparative des nombreusi auteurs conduit, au contraire, a etablir parmi elles troi categories separees par des differences reelles et impoi tantes ; differences non plus seulement de forme ^ maisde fond; car elles resultent de la diversite essentielle des considerations sur lesquelles on a fonde la distinction de nos connaissances et leur repartition en groupes princi- paux. Ces considerations peuvent etre tirees, en premier lieu, de la diversite des facultes par lesquelles il nous est donne de eonnaitre, que nous appliquons a la ," ' ■ ■-■ ■n ■ 4 ' J^^ t CLASSIFICATIOINS MATHESIOLOGIQUES . 191 recherche clckiverile, &(i'& sources ou nous puisons nos connaissariccs. Elles peuYcht I'elre aussi de ladiversite des buls^ en vue desquels noiissentons le bcsoin de connaitre. C'est, pour ainsi dire, la consideration du point d'arrivee, substituee ici a celle du point de depart. Elles pcu vent I'etre, enfin, de la diversite meme des ohjets de nos connaissances, quels que soient le but que nous nous proposions en les acquerant et les facultes ou les procedes par lesquels nous puissions les obtenir. Ainsi, a un premier point de vue, diversite de source; aun second, diversite de but; a un troisieme, diversite (Vobjet. C'est au premier point de vue que les connaissances humaines ont ete si souvent distinguees en sciences ration- experimeutales^ et, de me moire ^ d'imagi depuis deux en o pi laue ppliqiiees Au second, ( ciens, en ilieo pratiques (1), Au troisieme correspond la distinction, si ancienne aussi, en sciences de Dieu, de I'liomme et dela nature. C'est au premier point de vue que s'est surtout place Bacon (2), qui tient compte, secondairement, des deux der- niers. Le troisieme est celui qu'il subordonne aux autres. r-' i Vm >^ -^ ; \ I (1) Jl importederemarquer que ces mots, sisouventreproduitsdans h Metaphysique d'ARiSTOTE, n'ont pas entierement, dans oet admi- rable livre, le meme sens que dans les ouvrages modernes. —Voyez plus l]as p. 192, notes. (2) Voyez le chapifre IV. f*i: t I 1 . ^ ' f # I n t 1 I » I I ! h *! [f 6 I t 192 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. II Descartes \ dique qu parler , fait I'iiiverse : la conception encyclor une fi ct qui n'est ion, mais d pro pi nn( y tion peat «itre facilenient deduite., est essentiellement objective. Tons deux se sont ainsi considerablement cloignes d'Aristote dont la classification grande partie, fondee sur le second point de d'ailleurs loin d , sa classificati 2\ ete negligees L, en realite. par ce grand homme 3 Parmi les auteurs plus modernes, la plupart out accorde la preeminence, comme Descartes, au troisieme point de vue; quelques autres, comme Bacon, au premier; quel - ques uns aussi, au second. I (1) Vovez le chapilre V. J * L (2) « Toute conception intcllectiielle a en vue, ou !a pratique, on la » creation, ou la theorie, » clit Aristote, Metaphijsique, liv. VI, i; trad, de MM. Pierrot et Zevort, 1. 1, p 210. D'oii la celebre classification des connaissances humaines en sciences pratiques {7:^ay.Tiy.i), poe- tiques ou mieux creatrices {-rzoir^Tr/.ri) et speculatives ou theoriques (eswf/iT'avi). Les premieres sont pour Aristote, la politique, Teconomie et la morale; lessecondes, leslettreset les beaux-arts; lesdernieres, latheologie etles sciences mathematiques et, physiques, (3) Voyez les developpements donnes par Aristote, locis cit M. Ravaisson, Essai sur la metaphysique d'Aristote, p. 250, a donne des vues de Fauteur un excellent resume que sa concision me permetde reproduire ici : « Les sciences poetiques et pratiques ont pour objet ce qui peut etre )) autrement qu'il n'est, et qui, par consequent, depend plusoumoins » de la volonte. Les sciences speculatives ont pour objet ce qui i> est necessaire, au moins dans ses principes, et que la volonte ne » peut pas changer. » t- n if *■! > fr -4 yj^r & I, 13 i CLASSIFICATIONS MATIIESIOLOGIQUES. La comparaisoii et I'appreciation des princi fications mathesiologiques, et des vues sur 1 les a fonde:es, seront les objets des trois ohapi 193 suivre 1). J'erioncerai a ravance leresultat auquel nous conduits , en disant dans nelle. Enti plus grand nombre est aussi la pi toutes projections di\ par les- epi 1 uelles, dit D'Alembert apports des sciences, et dont vantages particuliers, les divisions etablies au point de Lie objectif sont, incontestablcment, celles qui en offrent 5 plus, et de I'ordre le plus eleve. ^ (1) On y trouvera, soil analysees ou mentionnees dans le texte, soit titees dans les notes, les classifications mathesiologiques successive- ment proposees par un grand nombre d'auteurs fran^ais et etrangers. Comme complement de ces indications, en ce qui conccrne I'Alleraagne, Je renvoie a YAUgemeines Handwoerterbuch der philosophischen Wis- senschaften deKRUG, article Wissenschaft, t.IV de la seconde edition publiee en 183/i. (2) Discours preliminaire de VEncyclopedie, he. cit. i i ii ii t» •• .^ HA 1 - r_h . ._„ Ll ..^ s y r4 ;i li r I* I b f I » I M ft *» a: V*-* ¥ *"^ CHAPITRE in. DE LA CLASSIFICATION DES CONNAISSANCES HUMAINES , d'aPRES la DIVERSITE DES BUTS OU ELLES TENDENT. 1 SoMMAlRE. — I. Double but des connaissances bumaines. Sciences theoriques ou speculatives. Sciences appliquees ou pratiques. II. La classification ne pent etre fondee sur la diversite desbuts outendent nos connaissances. Classifications de MM. d*OmaliusdTIaIloy et Gerdv. t ¥ t i I. homme , dans qu'il ne cesse de faire se proposait seulement pour etendre ses connaissances , m d'ajouter a son bien-etre ; s'il lui suffisait, comme on I'a dit recemment encore, de se procurer de nouveaux avantages et de nouveaux plaisirs^ il n'existerait, il ne saurait exister que des sciences pratiques ou appliquees^ et des arts. Les verites purcment speculatives devraient etre delaissees , ou si elles etaient recherchees , c'est par la prevision des consequences directement utiles qui pour- raient un iour en etre deduites fl ). I I *i!*^ (1) Blainville, dans son Histoire des sciences de Vorgamsatioji (publiee en commun avec M. Maupied) reproche a Cuvier (voy. t. Ill, p. 37i) d'avoir lui-meme pose a la science un but purement materiel, et d'avoir omis le terme philosophique et moral II est ega- lement juste de dire que Cuvier ne merite pas ce reproche dans toute \ \ r X 3 ffvK: -» ' 1 ' — - h ,. ^ ft i '» ) ^ I J t I t ( i- II ^ If' I »,- h' "^ % i t f i- L H 1 \ i» / 196 PllOLEGOMENES, LIV, I, CH\P. III. da d -^ d'amV et de / 1) itelligencc dc sa deux classes de f • . / deux ordrcs de / • i / / • J / s pratK pplicat les sciences specula- s Bossuet, qm s inspire ici d'Aristote, definit lei sciences appliquees ou pratiques , celles qui tendent a faction (2). * A la rigueur, nos connaissaoces theoriques conduisent elles-memcs a raction , et si toute^ les sciences aboutis- sent philosopliiquement a Dieu lui-meme , il est vrai dc dire qu'elles ont toutes aussi , pour terme materiel , le bien-etre de I'homme. Tel fait qui ne semble que curieux, telle verite abstraite qui, pendant des siecles peut-etre, n'intercsscra que le pbilosophe , est le premier pas vers une application destinee a devenir pour I'bumanite un veritable bienfait. Pcnsee deja souvent exprimee , et qui sa rigueur, mais qu'il ne luiechappe pas complelement. II n'a pas me- connu, mais il a trop laisse dans I'onibre le terme phUosopMque et moral. (1) « II y a trois modes possibles du deYeloppementd'un etre intel- ^> ligent, dit Aristote : SavoiVy agir et faire. » (Ravaisson, Essai stir la metaphysique d'Aristote, t I, p. 250.) Voyez les notes de la page 192. (2) Connaissance de Dieu et de soi-meme^ chap. I, XV. Dans le passage aiiquel je renvoie ici, Bossuet non seulement suit de J Ires pres Aristote, mais ilen reproduitmeme en particles expressions. On remarquera que Bossuet ne comprend sous le nom de sciences pratiques que la logique et la morale. Mais il est clair que sa definition est bien plus large que rapplicatlon qu'il en fait. \y< -I I T mm^ f V CLASSIFICATIONS SIBJECTIYES DES SCIENCES. 197 d de par iiotre illustre Condor 1 t •* f Ces consequences indircctes et eloignees des veritcs ?oriqiies ne sauraient d'ailleurs ni leur oter leur earac- he propre, ni effaccr les limites de tout temps reconnues thcoriq ppliqiiees ou pratiq pour legerement, la defi de Bossuet modifiant ni direc- tement a V action; les autres, g and dit ttachant a la contempt pour Mais en admettant cette distinction si souvent repro- jite(3), dcvons-nous kii attribuer une valeur superieure b (1) « Toiite decouverte est im bienfait pour riiumanite )>, dit Con- DORCET dans frangaise « aucuii systeme de verites n'est sterile. » (Voy. OEuvreSy edition de MM. CoNBORCET O'Connor etARAGO, t. I, p. 391.) . On trouve plusieurs passages analogues dans les Eloges et dans VEsqiiisse d*un tableau historique des progres de Vesprit Kumain, C'est dans ce dernier ouvrage, OEuvres, t. VI, p. 235, que Condorcet donne cet exemple, devenu celebre par les nombreuses citations qui en ont ete faites : )) ■r- 4 1 1 I f \ i s s I I '■\ ^ .. ----m—— --'-••• '-'-- - r - - ■ I 'I r f i i' L t \\ bl^ ■i I M 1 r 198 I'ROLEGOMENES, LIY. I, CHAP. III. aiix divisions que Ton peat etablir a d'autres points de vue ? Devons-nous en faire la base principale de la clas- sification des sciences ? Poser cette question, c'est presqiie I'avoir resolue, surtout si Ton ne se borne pas a I'enoncer en termes generaux. N'est-il pas evident que si la meca- nique pratique, la technologie, 1' agriculture, la medecine, s la morale , out entrc elles des affmites intimes, en tant que connaissances appliquees et immediatement utiles, chacune d'elles en a, en meme temps, de plus intimes encore avec la science llieorique qui, a un autre point de vue, considcre et etudie les menies objets? Affirmer le contraire, ce serait dire que la medecine a plus de prin- cipes communs avec la mecanique ou la technologie qu'avec la physiologic ; que I'agriculture tient de plus pres a la geometrie ou a la morale pratiques qu'a la con- naissance theorique des vegetaux . Et de meme de toutes les autres sciences d'application. Avant chacune, quelle ^ qu'elle soit, il est une science ou un groupe de sciences theoriques dont elle depend logiquement, dont elle forme une annexe ; plus encore : elle en est la suite immediate, le developpement dans une direction particuliere (1), et, pour ainsi dire ^ seloii une juste et ingenieuse pensee (ie Descartes, le fruit au bout de (a branelie(2). Et il serait aussi irrationnel d'eloigner Tune de I'autre, sans egard a (1) Je me place ici an point de, vue logique. En realite et histori- qiiement, les connaissances immediatement utiles a Thomme ont sou- vent precede les connaissances theoriques dont, logiquement, elles eussent du etre Tapplication. La pratique n'a pas moins fait pour la theorie que celle-ci pour la pratique. (2) Voyez plus bas, chap. V, p. 22/i. b I b I \ «M \ .1 f CLASSIFICATIO>S SUBJECTIVES UES SCIENCES. 199 r ^ leur unite objective, que de ne tenir aucuu compte de la diversite soit de leurs buts, soit des pi elles recourent. ' b ■i It. On ne saurait admettre que les doubles rapports qui relient, d'une part, toutes les sciences pratiques entre elles, et de I'autre, chacune d'elles avec les connaissances theoriques dont qui, de siecle ei derive, aient echapp mathesiolo ipendant de fait que, philosopl jusqu 5 > derniers temp 1 en ont pi lige I'expression, peut-etre pour Favoir jugee troj difficile ou meme impossible. On s'est presque toujour! contente, a I'exemple de D'Alembert et de Diderot dans 1( xvuf siecle, et d' Ampere lui-meme dans le notre, d'inter- eateries sciences d'application, deslors sanslien entreelles parmi les sciences theoriques, dont elles viennent ainsi in terrompre a plusieurs reprises la serie etbriser Tenchaine ment naturel. Et si quelques savants, pour echapper a C( double inconvenient, ont fonde la classification de nos con naissances sur la diversite meme des buts ou elles tendent ils n'y ont reussi qu'en sacrifiant, a leur tour, les rapporti N (1) M. CouRNOT, dans son Essai sm fondements naissances (2 vol. in-8), a fait une heureuse tentative sur laquelle je reviendrai plusbas. C'est la seule exception que je puisse citer, et elle est toute recente, L'ouvrage de M. Cournot a paru en de- cembre 1851. s i 1 ( I 1 i « \ , J ! :i I > H 1 J. i I f <4 / •r ^ I -m m - -■-* ^r. ^1 i n f * i i i 1 r 'V^ i \ 7 I ' I M« m * i 200 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. III. science r essenliels de chaque science appliquee avec la theorique dont elle derive. C'est ce qu'a foit, par cxemple, I'un des savants Ics plus distingues de la Belgique, M. d'Omalmsd'Halloy(l),lorsque, assignant a nos efforts intellectuels cinq ^if/^distincts, il a distingue parmi les s Immaincs cinq branches principales : les sciences de calcul, l6s scient^^ .. sciences sociales et la litter ature. bien pi deM olog de 21 hnologie , pr en est de meme, et qui, sous les noms )mpletement detournes de leur acception ordinaire, admet de de connaissances : I'une comprenant les' sciences mathe matiques et physiques, Fhistoire et la theologie; rautre,c querauteurappelleles sciences des arts, c'est-a-diretoute nos connaissances appliquees ou pratiques. Par e^ et dans Fordre ou elles sont ici enoncees, lapoht pie moi la arts chimiq decine et mecaniques :'e, les sciences des et enfm les mathe- mathesiolo pures. ppliquees , dernier terme de cette meme ser gique qui commence par les mathematiqu .Te devais rappeler ici et analyser, au moins sommaire (1) De la classification des connaissances humaines, dans les Nou-^ teaux Memoir es de V Academic des sciences de Bruxelles, t. IX, 1835; et Note additionnelle, ibid., t. XI, 1838.— On trouve un court resume (les vues de M. d'Omalius d'Halloy, en tete de son Introduction a la geologie, p. 1 et suiv., 1833, et de son Precis elementaire de geologic, p. 1 et 2, 18/i3. Voyez la note 2 de la page suivante. (2) Article Science de yEncyclopediedudix-neuvieMe sikle, t. XXII, p. 122 ; 18/j^, t »■ »< ^ ■} *» ■_ V- ^ t"^— — j^i^^v - -r - B^ .-I— # .# ^^ Y CLASSIFICATIONS SUBJECTIVES DES SCIENCES. 201 ment, ces deux classifications : la juste celebrite de leurs auteurs me le prescrivait, et leur comparaison peut d'ail- leurs ne pas etre sans profit pour nous. Acelle deM. Gerdy, on peut reprocher, coinme chacun a pu s'en convaincre, des reunions heterogenes, et par contre, des separations contre nature, qui en rendent trop manifestement I'en- semble inacceptable(l). L'autre classilication, celle de M. d'Omalius, est beaucoup plus satisfaisante ; mais com- ment I'auteur I'a-t-il rendue telle? Par I'abandon des bases qu'il vient lui-meme de poser : il annonce qu'il va classer les sciences d'apres leurs buts divers^ et, en realite, c'est d'apres leurs diversites objectives que sont surtout etablis pliisieurs de ses groupes principaux : la branche des arts est peut-etre la seule qui echappe completement a cette observation (2). D'ou je suis en droit de conclure que M. Gerdy, arri- (1) En un mot, comme on dit en zoologie et en botanique, cette classification n'est nulleraent naturelle. ' < (2) Les mathernatiques , dit le celebre geologue beige, ont « pour but » de calculer le nombre, I'etendue, le mouvement et la valeur des » choses. » 11 est clair que les mathernatiques atteignent ce but, mais qu'elles vont bien au delk; et c'est bien ainsi que I'entend en realite I'auteur; car il reunit dans cette premiere branche toutes les con- naissances theoriques aussi bien que pratiques qui se rapportent au nombre et k Fetendue. Les sciences sociales, dit plus bas Tauteur, ont pour but <( de con- » naitre Tetat et les actes des societes humaines, et d'etablir des regies » pour maintenir et ameliorer ces societes. » Connaitre, d'une part; maintenir et ameliorer, de l'autre, ne sont-ce pas ]k deux buts tres distincts, I'un theorique, l'autre pratique? L'unite de cette branche n'est admissible qu'au point de vue objectif. La cinquieme branche, celle de la litterature, peut donner lieu ade I semblables remarques. I. 13. '{ \ •f 7 i i S '( 4 '4 \ V ■ f f. J y t I-^H I ^ u L- } ? ? I n I 1 it 1 1 »'^ f ■■if ^^»--- -.d V. 202 i nfer PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. III. ison de son point dc depart, ades re a eeux (inc Ton devait attendre d ty aussi distingue, et M. d'Omalins d'H presque aussi tot, pour une voie meilleure, de c venait de se tracer, justifient egalement, en fait riquement ,' ce qui a ete tout a I'lieure point dc vue. ■> ' etabli La classification des connaissances liumaines ne peut etre fondee sur la divcrsite des buts qu'on s'y propose : on doit seulement en tenir compte a nn point de vue secondaire fl\ (1) Dans son Corns de philosophie positive, M. Auguste CoMin, dont la classification nous occupera plus tard, a admis, comme M. Gerdy, la division premiere des connaissances humaines en theoriques et pratiques; mais il a seulement indiquc cette division, la classifi- cation des premieres entrant seule dans son plan. -— Voy. plus bas, chap. V et YI. wr f > if Itr si \ ' i - —rj* \ _ - ■^ \ I VV\/-wV\/\/v v'^/^./^y^yv^y w\/\^v\/\yv\/\/vrv/^.y\/-^ vy^ov-vvA/v^^wrvxr ^vr\/-^\/W * * CHAPITRE IV. DE LA CLASSIFICATION DES CONNAISSANCES HUMAINES d'aPRES la DIVERSITE DES SOURCES ET DES METHODES DONT ELLES DERIVENT, SOMMAIKE. I. Diversilu des sources d'ou emanent nos connaissances. Observation, experience et temoignage ; raisonnenient et calcul. Faits et theories. — II. Sciences rationnelles. Sciences dites d'observation et d'experience. —III. Classification de Bacon. Classification de D'Alembert et de Diderot. IV. Classification de De CandoUe. (1 I '\ 7 I. La diversite des sources d'ou emanent nos connais- sances, des metliodes et precedes par lesquels nous les obtenons, peut-elle fournir a la classification une meilleure base ? A De meme qu'elles tendent vers deux buts differents, nos connaissances nous de sources tres '3 distinctes : d'une part, nos sens; de I'autre, notre ente dement, dont Taction est double. 11 agit,commedisentL psychologistes, par la reflexion appliqiiee aux idees sen- sibles; en meme temps, il se reflechit, pour ainsi dire, sur lui-meme : d'ou, independamment de celles-ci et des idees inteUectnelles nu'il en deduit, d'autres idees intel- lecUielles dont le principe est en Descartes , Malebranche et Leibn Lie. C'est ce q demontre api * ( ( « f ■ ■sv ^1.1 *'■♦* ■\ ■* m r I I »1 p L \ i ** » \ ( I i 1' f ? 204 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. IV. les Platoniciens , I'ecole d'Alexandi les Peres de E 1^ ! serait peine inutile que de refutei maxime peripateticienne : NiiiUes quod non prius fi que nous obtenons al'aidede pour nous servir ici de termes depms longtemps consacres dans la langue philosophique , nos connaissances expe- rimentales,soniVGimYe,imiMeV observation ordinaire, qui est I'etude directe, et dans les conditions natureUes, du monde exterieur etde nous-memes •, tantotdel'eajpen- mentation ou de V experience proprement dite, qui n'csl que I'observation preparee et faite dans des conditions speciales. Ajoutons que souvent le temoig nag e Vimt er aide a toutes deux ou les supplee, ajoutant aux resultats d( notre propre experience ceux de Texperience d'autrui. Nos connaissances intellectiielles ou rationnelles pen vent etre de meme subdivisees. Les unes, qu'elles aicn premiere dans notre entendement obtenues et demontrees par le raisonnement ; 3 le sont par le calcul, qui n'est, selon la definit I en doniie dans tons les livres, que le raisonnem abrege et generali 2). Le calcul se ramene ainsi, en derniere analyse, au raisonnement, comme 1 experienci et le temoignage a V observation. Les verites auxquelles nous conduisent Vobservation Y experience et le temoignage, sont ce qu'on nomme de (1) Ou : Omnis quce in mente habetur idea, ortum duoit a sensihus. (Gassendi, Institutiones logicce^ pars I, canon ii.) (2) A Taide, ajoutent les auteurs, de signes propres a faciliter la resolution des questions relatives aux nombres. * ^ M |rr ■^/i CLASSIFICATIONS SLBJECTIVES ^ -^ -- \ faits(i). Celles aiixqiielles on arrive par le raisonwemeni ou h calculi simples apercus de resprit, theoremes, gene- ralites, lois, principes on notions de causalite, constituent dans leur ensemble les i7ieone>s. Toutes ces distinctions entre les notions diverges dont se composent les sciences ne sanraient etre contestees ; mais les retrouvons-nons entre les sciences elles-memes? \ ^ Et poLivons-nous, comme nous le ferions pour chacunc des verites elementaires qui la constituent, rapporter chaque science a Viine des sources d'oii derivent nos connais- sances, a Vune des methodes^ a Vim des procedes dont nous disposons?Pouvons-nous la qualifier d'exclusivement rationneUe^ experimentale ou d' observation; la dire purement tfieorique ou de faits^ abstraite ou reelle 9P I If. Les sciences rationnelles^ abstraites^ theoriques^ vm sont, par excellence, les matliematiques.Elles n'emprun- r tent a I'observation, dit Ampere (3), que des notions de grandeur; et encore ajouterons-nous que si Fobservation ■X 1 t J »# |! I r « 4 it 41 \ (1) « Fatto.,. risiiltamento di osservazione e sperienza », a tres bien dit Martini, Delia necessita della metafisica nel culto delle scienze naturally in-8, Paris (sans date), p. 18. - . . (2) Ces dernieres expressions sont celles dont se sert Buffon, Discourssur la maniere d'etudier VHistoire naturelle. Chacun salt que ce discours forme I'introduction de VHistoire naturelle, — Voy. 1. 1, I p. 55, dans Tedit. in-Zi de Timprimerie royale. (3) Essai sur laphilosophie des sciences^ t 1, 1834, p. 33, 61 et 71, r I L « ; 4 f k t {■ 'I t ■ H^Uk r i 9 J I - i ' \ f I ( i hi 1^ k M I i N ■ir •'i I 'i <• vol 20G PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. IV. nous est ici ime introdiictriee necessaire, elle ne Test qu'en raisoii de rinsiiffisaiice de notre entendement. La surface, la ligne, le point geometriques, le nombre, toutes leg oran- deurs mathematiques sont des etres purement abstraits, imaginaires, ct siir lesqiiels, piiisqii'ils n'ont aucune exis- tence en dehors de notre esprit, nos sens ne sauraient nul- lement avoirprise. Pourtant, c'est par eux que nous arrivons a les conccvoir, extrayant en quelque sorte la notion abs- de ces entites, des familieres I'obsei du f • for des etres reels, c'est-a-dire de 1). C'est pourquoi, 2), la geometric longtemps entachee 3); ellel'est d'empirisme ; elle a etc d'abord in encore, pour chacun denous, aForigine denos etudes. Et ee qui est vrai de cette science, Test aussi, non seulement dela mecanique, mais de I'arithmetique elle-meme : I'ob- servation est intervenue a I'origine , et elle intervient , pour chacun de nous, dans ces sciences qui, a ne consi- (1) Parmi les ouvrages oil il est traitetle I'origine de nos idees mathe- matiques, voyez I'excellente dissertation de Fribault, Sur la meta^ phtjsique de la geometrie, inseree dans les Fragments philosophiques deM. Cousin, 1. 1, p. 257 ; 1826. On consultera aussi avec beaucoup d'interet sur ce sujet: Re- MUSAT, Essais dephilosophie, t I, p. 288. — Javary, De la certitude, p. 149; 18/i7. Henri Th. Martin, Philosophie spiritualiste de la nature, t. I, p. 108 et suiv. ; 1849. (2) Javary, loc. cit., p. 150, (3) Inductifet deductif. Ces termcs philosophiques qui ont depuis longtemps cours dans la langue anglaise (voy. Whewell, History of f/ie inductive sciences, 1. 1, Introduction, 1837, et2' edit ,18;i7], sont pour la notre de tres utiles acquisitions. V I '4 r \ M/" M- \ CLASSIFICATIONS SUBJECTIVES DES SCIENCES. 207 ^er que leur nature, eussent pu ctre creees aussi bien que (leveloppees par iiotre enteodement. Si nousne pouvons donner, sans quelques restrictions, Ic nom de sciences exclusivement raiionnelles auxmatlie- matiques elles nons-nous di\- par ] pour branches des sciences reelles, comme les appelle Buffon sciences cxper tV observation ? proprement dite des en sciences Vexperience et Vobservation ordinaire se ramcnant a thode methode dite experimentale , il est manifeste que ces deux groupes n( sauraient avoir logiqucment, fussent-ils bien distincts qu'unevaleursecondaire. Mais, deplus, comment les dis tinguer? Ou placer la limitc entre les sciences de simpl( observation et iV experience? II est .facile de reconnaitri que la methode experimentale est presque toujours appli- cable a la meme science sous ses deux formes, ou, si Tor vent, par ses deux procedes, I'un d'eux, seulement, etant d'un usage habituel, I'autre plus rarement employ et a ce litre plus ou moins accessoire. Les sciences oii I'on experimente le plus sont done m } des sciences d'observation ; et celles qui generalement a Fob aident Q d'expe compte des phenonicnes qui se produisent d (1) Loc. cit. W i t1 H Y. ^ I ^l^ ( l.lj i i f\ i r tl m i ;t 4: ■ m V ^ I 1^ I L , 1 ! i i :u. i|s \ t-i, « i'-^ f tl T I It f 9 *l 1'f» fl 1 * H HI v: 1 ff f ■Ji p« iW « M» 208 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. IV. dans la nature ? L'explication de ces phenon: de pas le but principal r experimentation ? Et que dirait-on d'un chimiste ou d'un physicien pour lequel le monde llnirait aux portes de son laboratoire? A I'inverse , si le zoologiste, si le botaniste etudie surtout la nature, telle qu'elle se presente a lui, s'il n'agit et ne pent agir que sur une partie relativement tres petite des etres innombrables qu'il doit connaitre, com- ment renoncerait-il a eclairer , par les experiences qu'il peut faire du moins sur quelques uns, les observations qu'il fait sur tons? Labotanique, la zoologie, sont done aussi experimentales ; et est-il besoin de dire qu'ell6s le sont souvent aussi heureusement que la physique et^ la ohimie elles-memes? Ou trouver des experiences plus enieuses que celles de Spallanzani et de Duhamel sur une multitude de questions ; plus merveilleuses que celles de Trembley sur Fhydre ; plus utiles que celles de Dau- benton sur les races ovines ; de plus de portee que celles de Charles Bell sur les cordons de la moelle epiniere ; plus delicates, plus scientifiquement dirigees, plus decisives que tant d'autres executees par les emules de ces illi naturahstes, et de nos jours, par leurs successeurs moins habiles et toujours de plus en plus nombreux uns determinent les fonctions de nos organes, et de des animaux et des vegetaux, avec une precision ei ,"» risueur qu'on eiit pu croire impossibles en phys D'autres s'eclairent de Texperience pour resoudre d \ moeurs des animaux il'appliquentala determination des especes zoologique* botaniques •, parties de la science ou il semblait que Fob f r' ♦ t i^ »ir l>uv. ■■ . J^,m CLASSIFICATIONS SUI^JECTIVES DES SCIENCES. n r ^ation dut a jamais regoer seule. D'autres en gime, par Faction des circonsfances exterienr ! par descroisements, modifientles individus. 2og especes, soit dans un but pratiqu pour oit, theoi produites produii apres lesquels on est en droit de dire qu'il n'est point de branche / • Et perimentation ne pmsse mtervenir utilement, et qu'il est oil deja elle marclie de pair avec I'observation. ainsi se trouve justifiee, apres deux siecles, I'admirable prevision de Bacon, lorsque, imaginant, dans sa Nova Atlantis, une ville, un peuple pour lesquels sont realises les vffiux qu'il forme pour toutes les villes et pour tons les peuples, il feit parler ainsi I'un des sages de son ideale Bensalem : « II nous arrive de retrancher quelques parties lir les voir renaitre, de tenter la metamorphose de isieurs autres, de rechercher enfin ce qui diffe- icie la forme , la couleur et meme les dispositions iirelles des especes ; car nos vues s'etendent iusou'a Pl » les fail >■> prendre varier memes seul moy com- divers ); • f iV. V I ^ rf M^ I I I I I (1) Je reproduis ici ce passage comme on I'a souveiit cite, c'est-k- dire en en donnant, non une traduction, mais un simple extrait. Le texte est plus explicite sur quelques points, beaucoup molns sur d'au- tres. — Voy. The ivorksofP, Bacon, edition deLondret*, 1778, t. V, p. li^2 etZi93. Je reviendrai ailleurs giir ce passage qui est, k plusieurs egards, d'une grande importance. I. U I \ ii>,. r. S ^j I ^11 i r I h 4\ I >) ■ t rft 210 PK0LEG0ME-NE3 , LIV. I, CHAP. IV. Est-ilmaintenani bcsoio de le direPl'ancierme distinctio V des sciences ej;pmmeHia/es et d' observation fut-elie pn spntement admissible, ricn neproiiveqii'ellediit Fetre toi] exprime, en effel des pr '1 miels elles recourent dans d Cuv moyens d'investigation . il y a trente-cinq ans, par opposilio Btpassager, et ement possible Doiivait . a la de raisonnement et de calcuL dire de la Chimie et de qui ite d' voud perience, I'autre toute d'observation (1 aujonrd'hiii leur attribuer des methodes aiissi excliisives L'une experimente et observe, I'autre observe et experi mente; ettoutes deux, les fails ainsi constates, les relieni quelquefois par le calcul , toujours par le raisonnement car, dans les sciences, dit un celcbre chimiste contempo rain (2), la raison est par lout, dominant dans les m^ thematiques pures; ailleurs, subordonnee a I'observatio ") experience qui la precedent la voie. (1) L'illustre zoologiste reconnaissait d'ailleurs et indiquait clai- reraent qu'il n'en serait pas toujours ainsi. « La Chimie, dit-il, est « encore une science toute d'experience...; I'llistoire naturelle restera lylongtemps, dansun grand nombre de ses parties, une science toute ?) d'observation ^> — Voy. Cuvieu, Regne animal ,i. I, p. 5, soit dans r la premiere edition, soit dans la seconde, on ce passage a ete idenlique- ment reproduit, malgre tons les progres alors accomplis; circonstanee tres dignede remarque, en raison des doctrines professees par Tauteur dans la seconde partie de sa vie. — Yoy. liv. II, chap. II, sect. m. (2) Chevreul, Discours d'ouverture de la seance annuelle des cinq Academies pour 1839, p. 13. I k ^ *♦ ) » CONCEPTION ENCYCLOrEDlQLE DE BACON. Mi f r III. analyse des mathesiolo s foodees diversite de nos moyens cle connaitre confi pleinement les considerations d'elles comme des classificatii des kits vers Tesquels lendent qui precedent. II en est d • . / pu s'etablir dans la science, et celles meme qui avaient jete le plus d'eclat n'ont plus de pl^ sonhistoire. L La plus importante, celle qui a exerce ] fluence sur le mouvement de la philosopl science, est la ^ celebre classifii plus d'in- et de la O. Toutes des derives de de D'Alembei Diderot (2) n'en est, en and pi partie, qu'une simple modification. ■ « La conception de Bacon se recommande, au aspect, par la rigueur apparente de la marche suivie par auteur. II prelude a Fanalyse de nos connaissances par celle de no(re entendement, et c'est parce qu'il distingue (1) De dignitate et augmenfis scientiarum, lib. II et III. La premiere edition de cet important ouvrage a paru en 1623. Les citations faites en fran^ais, dans la suite de ce chapilre, sont empruntees a la traduction des OEuvres de Bacon par Lasalle, edit, de Dijon, 1800. (2) Encydopedie, discours preUminaire, edit, in-fol. de 1751, t. I, p. XV et suiv., pour d'Alembeut; et meme volume, p. xlxvij etsuiv. pour Diderot. Voy. la note 3 de la page 186. Je reproduirai plus bas (voy p. 216) une partie du celebre tableau ir Oil Diderot a figure son systeme des connaissances humalnes. - ^ i i 4 tJ M 11 ^41 ^ ^ If 4 I ^ i ^ I ['■ it^ y i \ c -- • I - L r I *'< fi s i 1 i i ^ i 1 - I fet^ I i P^! H t k I i i <. ' \ t« !*'« : i lr«- 212 rilOLEGOMKrSKS, LIV. I, CHAl>. IV. \ _ fiicultes priricipales, la memoire, Vimagination r arson ^ qii'il reconoait trois sources (l)de cdimaissaiices, et trois genres^ Yhistoire^ la poesie et la pliUosopliie (2). La premiere est poor lui, non seulement I'histoire propre- ment elite, mais toutes los connaissances relatives aiix /«- dividiis, toutes celles que nous acquerons par la voie cle nos r sens ; en un mot, et dans I'acception la plus large de ee mot, I'ensemble de nos connaissances experimentales (3). La poesie, c'est la litterature, histoire feinte, imitation^ par une sorte de jeu^ des individiis que I'observation nous a fait connaitre, et dont les images sont gravees dans notre memoire. Enfin la philosophie embrasse toutes les notions exLraites des premieres impressions faites sur nos sens par ces memes individiis; notions que notre raison digere en les composant on les divisant (/l), et a I'aide des- r r (1) « £"0? tribus his fontibus... tres emanationes », est-il dit dans le texte latin, loc, cit., lib. II, cap, i. (Voy, The Works o/F. Bacon, t IV, p 55.) (2) Au-dessus de cettegrande division des connaissances humaines. Bacon en concoit une autre au point de vue de I'origine meme de ces connaissances. « La science, dit-il, est semblable aux eaux. Orde ces » eaux, les unes viennent du ciel, les autres jaillissent de la terre. )> Mais ces eaux, ajoute-t-il, viennent se reunir dans les memes vases, et 11 n'y a pas lieu de separer, des notions que nous acquerons par nous-memes, celles qui nous viennent d'en haut. Toute science se compose ainsi dedeuxsortes de connaissances, les unes humaines (et proprement scientifiques), les autres divines ( ou revelees). Voyez Bacon, loc. cit., lib, 11, cap, i, et lib. Ill, cap. i; traduction de Lasalle, edit, de Dijon, 1800, 1. 1, p. 266, et t II, p. 2. (3) Lib. II, cap. i. « Nous regardons, dit Bacon, Thistoireet Texpe- » rience comme une seule et meme chose. » (Voy. la trad, deja citee, t. I, p. 266.) (Zi) Loc. cit. On Yoit que pour Bacon, le premier des trois genres de connais- ■ i v- Mf^- eOlSCEPT10.\ ENCYCLOPEDIQIE DE BACON, 213 r qiielles elle s'eleve a la connaissance des trois objets de la philosophie. Ges trois objets sont Dicu, la nature et Fhomme, d'ou ivois doctrines dont les sommites se con- fondent dans la philosophie premiere , « science univer- » selle, dit Bacon, qui est la mere de toutes les autres , et » comme une portion de route commune a toutes (1). » II y a, dans cette theorie de la connaissance humaine, des parties eternellement belles et vraies ; et elle n'a pu etre concue dans son ensemble, a une epoque deja si eloignee de nous, que par un esprit d'une rare puissance. On com- prend on partage 1 'admiration dont temps I'objet, et Ton ne peut qu'applaudir aux efforts de D'Alembert et de Diderot pour la mettre, un siecle et demi plus tard, au niveau de la science et de la philosophie. Mais ces efforts ne pouvaient porter que sur des points secondaires, et sous sa forme nouvelle comme sous Fan- cienne, c'est au point de depart meme que la conception de Bacon , comme toutes les classifications qui en deri- rencontre les objections les plus graves. En placant les sources distinguees par Bacon , admises par D'Alembert et Diderot, la triple origine de dans fdivision d du moins facile de reconnaitre que ces sources convergent les unes vers les autres, qu'elles semelent, et souvent se confondent. Com- 4 sances se rapporte directement k la memoire; les deux autres deri- vent de celui-ci. Au fond, pour Bacon, 11 n'y a pas trois sources, comme il le dit, mais une source unique. Tout le monde salt que, dans la mythologie grecque, la mere des Muses etait Mnemosyne ou la Memoire. C'est presque I'idee de Bacon sous une forme poelique. (1) Loc. cit., et lib. HI, cap. i. ni I 1 1 4i ^ I I { 1 J r fl -II n^m H ^ i *vm H L J' it i I r? lh P 4 l« ^ i ir I I u II ! I i * I (» \ «: |r ^3 214 PUOLEGOMENES, LIV. 1, CHAP. IV, bien de fois arrive-t-il que tel fait constate par robservatioii, telle idee aiie riinaaination a creee, et telle notion obtenue de raisonnement, ne sont que d inseparables I'Line de de Quelle mathe theorie qui ne soit a la fois experimentale et rationnelle (1), qui ne soit mixta r entre les connaissanees de memoire et les connaissances de raison? Dans lussi la troisieme source^ V imagmaiion , n'intervient-elle pas d'unc maniere plus on nioins manifeste? « L'imagination n'agit pas moins, » dit D'Alembert Ini-mcme, dans un gcometre qui oree )' quo dans un poete qui in^ 2^) ; » et il en est encore ainsi , ajoulc-t-il , d pin dcicn. Prccieuses con- titude de son esprit au defenseur le plus convaincu et le plus habile des vues de par y plot Ce que Bacon; mais concessions bien D'Alembert reconnait pour la mctaphysique et la geome- tric, n'est pas moins vrai'de toutes les autres sciences ; et si Archimede, commele dit si bien D'Alembert, merite d'etre place a cote d'Homere (S), quel estle grand inven- teur, dans quelque branclie que ce soit, auquel puisse decerner le meme honneui G'est done en vain que Bacon, D'Alembert et Didei essaient de rapporter les connaissances bumaines a tr( ne ") r (1) J'emploie ici ces expressions dans lesenslres etendii que Bacon donne aux mots experience et raison. (2) D'Alembert, loc. cit. p. xvj. (3) Ibid. *m -f ( * CONCEPTION ENCYCLOPEDIQUE DE BACON. 215 groupes distincts , qui ne s'uniraient que dans la science universelle, et pour ainsi dire a trois fleiives , distincts a leurs sources et dans leurs cours, confondus seulement a I. leur embouchure. En realite, ils se rencontrent et se melent sur une multitude de points ; etles limites qu'on essaie de leur assignor ne sont, le plus souvent, que des lignes arti- ficiellement tracees. Et c'estpourquoi, en suivant les trois auteurs dans le developpement de leurs communes vues, tant de sagacite d'une part, tant de savoir et de profon- deur, tant de finesse de I'autre, n'aboutissent, comme clas- sification, qu'a des resultats si pen admissibles. Les con- naissances que les auteurs disent de memoire sont aussi, pour la plupart, des connaissances de raison et ({'imagi- nation ;Qi parfois, des parfies arbitrairement decoupees d'une memo science se trouvent, a titre de sciences dis- tinctes, partagees entre la philosophie et de Vliistoire. II en est ainsi, entre autres, de nos connaissances sur la nature ; bien plus, de nos connaissances sur les memes groupes d'etres naturejs : connaissances objectivement et essentiellement indivisibles, et que pourtant on voit, dans la classification de Bacon, et dans celle de D'Alem- bert et de Diderot eux-memes , scindees en deux groupes qu'on rejette a grande distance Fun de Tautre : I'un, con- sidere comme science de raison et comme une branche de la philosophie; le second, pretendue science de memoire et branche de Vhistoire , figurant, sous le nom d'histoire naturelle a cote de Vhistoire sacree^ cede- siastique et civile (1). Rapprochement que Bacon croyait (1) Nous verrons plus tard {ProUgomenes, livre II, chapitrell, ■t sect. IV et v) les philosophes allemands de la nature , et principaleiDent f I I a t F h / r ) 'I ,i » m I i f : ■ 1'^ -^ * |4 i \ ■ r* f'4t !?'"■' ■■! .' — ■'" - ;ES, LIV. I, CHAP. IV. justilier en disant : « Dans I'Histoirc naturelle sonl rap- » portes les actes et les exploits de la nature, comme » dans I'Histoire civile ceux de I'homme (I) ! » ' tf 'f I \i I > » M. de Schelling, arriver, malgre les differences fondamentales de leur doctrine et de celle de Bacon, l\ une semblable scission de la science de la nature. Iln'est pas inutile d'ajouler que la doctrine deFillustrephilosophe allemand, si je m'etais place & son point de vue, m'aurait fourni elle- meme des arguments decisifs contre les classifications subjectivesdes sciences. (1) Je ne puis mieux eclaircir ce qui precede, qu'en reproduisant ici les parties du tableau figuratif de Diderot qui offrent le plus d'interet au point de vue de notre science. HISTOTRE Memoir e« Sacree. EcCLESIASTIftUE. Civile. Uniformite de la nature. Histoire celeste. Histoire des vegetaux. des animaxix. NATURELLE. Ecarts de la nature . ( Vegetaux monstrtieux ' { Animaux monstrxieux Usages ( Arts V de la nature. ( ct Metiers. i - v- ' ;i ■ '■rr I • i\ \ ,' Iff % « m W Q ( Raisoii Metaphysique. Science de Dieu. PHILOSOPHIE. ; Science de l'homme SCIENCE BE LA NA TURE Mathematiques. Physique (Zoologie. particuliere. ( Botanlque, Iiiiauinaiion IJTTKHATliRE. I Beavx-aut?. -> h p^ I CLASSIFICATION DE DE CANDOLLE. 217 IV. Q voit (1 ffrands p de leiir point de dep justifier ainsi , comment s'etonner qu generalement delaisse la voie ou s'etait avance Bacon ou I'avaient Alembert et Dider T troiive encore, dans notre siecle, un naturaliste illustre, De Candolle (1) ; mais il est le seul ; et encore, que reste-t-il, de celles de devanciei S'il conserve, sous le nom de sciences rationneUes, la troi- sieme classe de Bacon , il fait entierement disparaitre la classe des sciences d' imagination, et substitue aux sciences de memoir e les sciences experimentales et les sciences testimoniales ; les unes derivant, dit-il, de V experience acquise par nos propres sensations , les autres fondees sur le temoignage des autres liommes. Cette classification, ternaire, comme celle de Bacon, est, comme elle aussi, simple et ingenieuse ; mais elle prete a de semblables objections. Les notions qui nous viennent par le temoignage ne sont pas d'une autre nature que celles auxquelles nous arrivons par I'experience proprement dite r r et par I'observation : ellesont, au fond, la meme origine, a laquelle seulement nous ne remontons qu'indirectement. Aussi nos connAissixnces testimoniales et experimentales s'unissent-elles tres freqiiemment. Est-il besoin de demon- (l)Voyezsa Theorie elementaire de la botanique, i'^ edit, 1813, p. 1 et2. r I. ill . n *p 4 H i 11 J h ^ r ^ r 'L f i ■:!■ t f »■« i I J .* -#v I V ll i ; - 1 , t J 11 >-t ' V i p. I ♦ »\ I • r f n 4 t I ' I S 19 218 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. IV. trer aiijourd'hui que dans les sciences elles-memes qui fondent principal ement sur le temoignage etla tradition, i s'eclairc souvent et tres utiiement par robservation (1 Reciproquement,etbien micux encore, qui nereconnail que dans les sciences d'observation et d'experience, on voit oblige, a cbaque instant, de rccourir au temoi des hommes cpii out vecu autrefois, ou quihabitent habile d'autres lieux? Que seraitnotre sa\oir, s'il tal \ memes pte que de ce que nous avons constate par !")? Et comnie d'ailleurs., ainsique le reo DeCandolle, le raisonnement intervient toujours a cotede r observation et de Fexperience, il est vrai de dire de la (1) Tout le moiide reconnait aiijourd'hui, dans Vanthropologie et ses nombreusesbranches, I'auxiliaire indispensable del'histoire.On verra dans la suite de cet ouvrage, qii'il est d'autres sources encore ou Ton peul puiser par Fobservation des connaissances applicables aux sciences historiques. J'ai deju donne quelques indications a cet egard dans mon memoire Sw la possibilite d'edatrer rhistoire naturelle de rhomme par V etude des animaux domesliques. (Voy. les Comptes ren- dus de VAcademie des sciences, t IV, p. 662, 1837, OU mes Essais de zoologie generale, p. 217 et siiiv.) (2) De Candolle reconnait que dans les sciences quMl nomme expe- rimentales, on recourt avec beaucoup d'avantage au temoignage des autres hommes; mais, suivant lui, dans ces sciences, et ce serait leur caractere distinctif : « Tout individu qui en a la volonte, pent a la )) rigueur... s'assurer, par le temoignage de ses propres sens, de la 3> verite des faits que le raisonnement ou le temoignage d'autrui lui » ont fait connaitre. )> Celte distinction est plus specieuse qu'exacte. Parmi les sciences que De Candolle considere comme essentiellement experimentales, la- quellen'estpas en meme temps teslimonkde^ dans le sens que Tillustre botaniste donne ace mot, c'esl-a-dire composce en partie de notions lion susceptibles d'etre soumises a volonte ii une verification experi- mentale? Ou en seraient, sans les nolions purement lesHmoniales, en / / s ii ff n 'I I i* * t 11 f I CLASSIFICATION DE DE CANDOLLE. 219 L plupart des sciences qu'elles sont a la fois experimentales, testimoniales et ralionnelles ^ aiissi bien que dememo?>6', d' imagination et de liaison. Sous leur forme nouvelle , el apres toutes les correc tions que leur a fait subir De Candolle, les vues de Bacon ne sont done guere plus admissibles qu'elles I'etaient d'abord. Et c'est ainsi qu'on en a generalement juge. L'autorite si grande de De Candolle leur a valu a peine quelques adhesions ; et Ton pent dire aujourd'hui aban- donnee de tons, et abandonnee d'une manicre definitive, la pensee dc fonder la classification des sciences sur la diversite de nosfaciiltes^ de nos methodes^ etplus gene- ralement, comme le dit De Candolle, de nos moyens de parvenir a la verite (1). astronomie, Thistoire des corneles et celle des bolides ; en geologie^ celle des erupUons volcaniques, des tremblements deterre et d'une foule d'autres phenomenes; en medecine, celle des epidemiesetepi- zooties; en zoologie, la connaissance des moeurs des animaux? Oii en seraient surtout la meteorologie et la teratologie? (1) Sciences rationnelles, testimoniales et experimentales (d'observa- tion et d'experience), telle est, on vient de le voir, la division admise par De Candolle. Dans un ouvrage intitule : De methodo philosophmdi. Borne, 1828, le pere Ventura a donne une classification des sciences que Ton pour- rait croire, au premier aspect, fort analogue a celle de De Candolle. L'auteur (voy. le chap. H, p. 296) admet troisgroupes principaux, et ces groupes sont : scientice auctoritatis , scientice ratiqcinii et sciential observationis. n n'y a guere ici qu'une analogic apparente. Les scientice auctoritatis (soit d'autorite divine, soit d'autoritehumaine) sont la psychologie, la theologie naturelle et revelee, la jurisprudence. I.es scientice ratiocinii comprennent la rhetorique, la poesie, les arts. Les scientice observationis reunissent, aux dlverses branches des sciences naturelles, la chiniie, la physique, rastronomie et les mathematiques . Les premieres composent toutes les connaissances qui se rapportent a M I - s I \ % K !^ :\'' I J I 1 L ^ / :; ^ ^ I If J (": \ I 4 i^Mf At* I ^>«i -1 t \ f ■ ' m \ I i i 1 * 220 PKOLEGOMErsES, LIV. I, CHAP. IV. Dieu ; les secondes, celles qui sont relatives a rhomme ; les dernieres, celles qui le sont a la maliere et aux corps, ou a la nature. Deus, homo, corpus, dit Fauteur, et k ces trois objets dela connaissance il fait correspondre trois sciences principales : Ethica, logica, physica. II est facile de voir que la classification du pere Ventura devrait etre, selon sa pensee, h la fois subjective et objective. Elle est en realite objective. C'est en vain que I'auteur essaie de faire concorder, avec les divisions plus ou moins satisfaisantes qu'il etablit d'apresla diversile des objets de nos connaissances, celles qu'il fonde sur la diversile de nos moyens deconnaitre. ^ V \ F a \ ^ ^ N I \ m i^** v\y s/v-\/\/\/ .y\/^^y^/\/\/\/\/\/^ 'vyv^v/'^x/x/v/x/v >,/\/v\y vwV'X/wvv CHAPITRE V. ^ ^ m DE LA CLASSIFICATION DES CONNAISSANCES HUMAINES , d'aPRES la DIYERSITE DES OBJETS Qu'eLLES CONSIDERENT. I » .1 1 i I"" r r 1 I ) i r ■ If I SOMMAIRE. I. Conception encyclopcdique de Descartes ; sa determination de Fordre hierarchique ou de la serie des connaissances humaines. — II. Classifications niathesiolo- giques plus ou moins conformes a la serie de Descartes. Classifications de M. Auguste Conite ct d' Ampere. — III. Concordance de ces diverses conceptions, et particulierement de celle cle Descartes, avec Tordre logique et avcc Fordre historique de Fevolution de» diverses branches des connaissances humaines. 1^ i I I. Le XVII a un nom plus grand encore que celui de Bacon : Descartes. Opposons aux vues de I'auteur du ■t Novum organum celles de I'aateur du Discours sur la I r metliode^ et, sur ses pas, nous reconnaitrons I'lncontes- table superiorite de la classification objective sur toutes les classifications etablies d'apres les diversites de source, demethode ou de but; en un seul mot, sur toutes les classifications subjectives. II s'en faut de beaucoup que Descartes se soit avance le premier dans la vole ou, selon moi du moins, la science doit se tenir a sa suite. H y a fait, non les premiers pas, mais les pas les plus decisifs. Aristote avait parfaitement distingue, d'apres la diver- site de tears objets, la physique, les mathematiques , la *t r . ( i> I .11 f [' 4 ^ ) I 1 'f Irt I I t» ! I ft 11 » [ f'f t 5 » \ r 51 ; i 992 PROLEGOMENES ^ LIV. I, CHAP. V tlieologie(l). Bacon, mettant a profit d'anciennes indica- tions, n'avait ni moins nettement separe , ni moins bien defini ce qu'il appelle la science de Dieu, la science de I'homme, la science de (a nature (2). Mais, soit dans la Metaphysique, soit dans le livre de Bacon, les diver- sites objectives ne fournissent encore que des subdivisions dans un groupe de sciences, prealablement determine a un point de vue subjectif. Pour Aristote, les mathematiques, la theologie, rentrent, comme unites d'un ordre secon- , dans le groupe des sciences tlieoriques. Pour daire Bacon, les connaissances relatives a Dieu , a rhomme , a la nature, ne sont que les trois branches des sciences de 1 aison ou de la philosophic. Les diversites objectives sont done ici subordonnees a de simples diversites subjectives. G'est Descartes qui a le merile d'avoir renverse le premier cet ordre, et par la meme il a porte la question sur le seul terrain ou elle put etre heureusement abordee. Aussi lui devons-nous, apres ce qu'il a fait par lui -meme , une grande partie de ce qu'on a fait depuis deux siecles (3)^ Sciemment ou a leur insu, et quelle que soit ailleurs I'opposition de leurs (1) Metaphysique, liv. VI, i, et XJ, vii, Iraduct. de MM. Pierron et Zevort, t. I, p. 209. (2) De dignitate et aiigmentis scientiarmn, lib. Ill, cap, i. « La )) nature, » dit Bacon, qu'il est permis de trouver ici un peu subtil et recherche, « la nature frappe Tentendement par un rayon direct; la .. par un rayon refracte; enfin Thomme par un rayon refle- )) chi, » (Trad, de Lasalle, t. II, p. 3.) (3) Son influence s'est meme etendue tres sensiblement et tres heu- reusement sur les travaux des auteurs qui ontfonde la classification sur d'^utres bases, principalement sur ceux de De CandoUe et de • • J f m « .«: e*^ ik f t It CONCEPTION ENCYCLOPEDIQUE BE DESCARTES. 223 doctrines, presqiie tous les auteurs modernes sont ici disciples de Descartes ; et si Ton doit surtout aux efforts des savants et dcs philosophes francais les lignes secon- daires de I'edifice dont il avait trace les lignes principales, c'est sans doute parce qa'ils procedaient plus directement de ce grand homme . Combien Descartes Femportc ici sur son contemporain et son emule Bacon ! Combien son raisonnement , sans etreinoiris ingenieux, est plus ferme et plus sur! Et de quelle vive lumiere il salt eclairer les rapports des sciences entre elles 1 Non qu'il essaie de les exprimer tous ; non ■ h qu'il veuille classer rationnell cment toutes les sciences, ou, comme il les appelle, les parties de la philosopliie. C'est leur ordre hierarchique , leur encliainement , c'est leur fdiation logique, qu'il a essentiellement en vue ; c'est-a-dire, non leur classification elle-meme , mais les fondements de leur classification 5 non le probleme tout entier, mais la p'artie capitate du probleme. C'est Descartes qui nous a enseigne, pour les diverses sciences entre elles, comme, dans chaque science, pour les diverses notions qui la composent, le grand art de F « conduire par ordre ses pensees , « de « monler pen a » pen, comme par degres, des objets les plus simples et » les plus aises a connaitre, jusqu'a la connaissance » plus composes (1). » A ce point de vue, il reconnait la M. (I'Omalius dllalloy, dont les divisions secondaires sont, pour la plupart, conforraes a la serie de Descartes. On pent dire des auteurs modernes qu'eii ce qui concerne la niathe- siologie, tous, sans aucune exception, sont plus ou nioins cartesiens. (1) DiscoiiTS sur la methode, edit, de 1668, p. 20 et 21, et dans les OEuvres nhiloRonhiaups. oditinn dp M. Catsntkr, t, I, i). 18. f I V H^ k } n- t !1 I ?J I - I (' ji! V i i n Mi M M *i t - 1 !l ff m i ■V ff I I t ♦ iti 224 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. V priori te logique des matlieniatiqucs, associees par lui a la metaph) siir ce qii'il appelle la physique, c'est- a- dire snr Ics sciences relatives a la nature ; ct parmi cellcs- ci, des sciences qui traitent d'une maniere plus generale 's qui considerent les proprietes des dela re, sur cell corps , et principalement sur' celles qui ont des ohjets tres composes. Ces dernieres sont la botanique, la zoo- logie ; puis la science de I'homme , ou plutot les diverses sciences, subordonnees entre elles selon les memes vues, alixquelles donne lieu I'etude si complexe de I'etre cree a I' image de Dieu, Apres toutes ces connaissances tbeoriques, viennent pour Descartes leurs applications ; celles-ci sont pour lui les branched d'un arbre dont la metaphysique repre'sente les racines^ et les sciences dela nature, le tronc. Or, remarque4-il ingenieusement, dans la preface de ses Principes (1), « comme ce n'est pas des racines ni du )> tronc des arbres qu'on cueille les fruits, mais seule- » ment des extremites de leurs branches, aussi la princi- » pale utilite de la depend de celles de ses « parties qu'on ne pent apprendre que les dernieres (2).» Tel est , selou Descartes , I'ordre hierarchique des s J (1) OEuvres^ edit, citee, p. J 92. (2) La philosophie, c'est-^-dire ici, Tensemble des sciences, dont chacune est pour Descartes, comme on I'a vu plus haul, Tune des pdrties de la philosophie. II est curieux de mettre en regard de ce passage de Descartes V arbor scientice de Raymond Lulle (voyez plus haut, p. 185 et 186), dont chaque branche se termine par une fleur ou un fruit, Descartes aurait-il fait k Fauteur de VArs magna I'honneur de se souvenir ici de son arbre? I I y i I CONCEPTION ENCYCLOPEDIQUE DE DESCARTES 225 sciences ; telle est sa conception cncyclopedique : concep- tion une, simple et logique, dont le scul enonce fait deja ressortir I'inconteslatjle supcrioritc. Malheureusement eel enonce, tel qne je viens de le donner, ne sc trouve point dans les oeuvres de Descartes: ses vues y sent exposees par parties, ou meme seulement indiquees ; elles n'y sont nulle part presentees didactiquement et dans leur ensemble ; et c'est pourquoi Varbre encyclopedique de Descartes est si longtemps reste, non pas seulement moins celebre que celui de Bacon, mais mecormu et presque ignore de tons (1). Si, a la fm du xvni^ siecle, les vues de Descartes sont comprises et partagees par quelques hommes d'elite, si meme elles deviennent, en 1795, la base de la premiere (1) Outre le Discours sur la Methocle, les Meditations et les Prin- cipes de philosophie, voyez, pour la conception encyclopedique de Descartes, les Iraites des Meteores et des Passions de Vdme. Ce n'est pas une oeuvre sans difficulte que depoursuivreTenchaine- ment des vues de Descartes dans ses nombreux ecrits. Le nieilleur guide que Ton puisse ici choisir, est sans nul doute le travail de M. Jean Reynaud, intitule: De Vencyclopedie de Descartes (dans Particle Encyclopedie de V Encyclopedie nouvelle^ t. IV, 18Zi3, p. 775 et suiv.) ; travail oil Descartes a trouve, dans Tun des philosophes les plus eminents de notre epoque, un interprete et un commentateur digne de lui. Jedoisfaireremarquerque M. Reynaud a ete surquelques points au dela de Descartes, enouQant ce que Tauteur duiJ^^coitr^ sur la Methode n'avait fait qu'indiquer, et ne concevaitsans doute encore qu'obscure- ment ; parfois aussi enrichissant la conception encyclopedique qu'il analysait de vues qu'il eut pu revendiquer pour lui-meme, mais qu'il a Youlu rapporter a Descartes comme des consequences necessaircs, non encore tirees toutefois, des premisses posees par ce grand homme. II est done vrai de dire que nous ne devons pas seulement a M. Reyuaud un excellent resume et une haute appreciation de Tocuvre de Descartes : il en a developpe quelques parties, il y a rempli quelques lacunes. I --I t '.^ '\ M f M^A * t « 1 I. 15 rh ^ f i n I ■ I- 1 I IM ■ . » iP I i'. 2216 PROLEGOMENES, LIV. I, GHAP. V. de ) , il faut 5 5 pour les Irouver scientifiqiieiTient exposees demontrees. M. Aug en 1834, sont ici, api Comte en 1830, Amp deux d les continuateurs immediats de Descartes VI II I It mi r f I ¥'■ 4 X r On pourra s'etonner de voir ici rapproches ces deux noms si inegalement et surtout si diversement celebres, Ampere et M. Auguste Comte. Partisan et ardent defenseur de doctrines en opposition radicate avec h les theories philosopliiques de Descartes, avec les convic- tions d'Ampere, I'auteur du Cours de phUosopliie po- sitive (2) ne semble pas moins separe^ d'eux en mathesio- I H r (1) La loi organique de Tlnstitut national des sciences et arts, votee le25octobre 1795 par la Convention, et derniere oeuvre de cette assemblee, divisait I'lnstitut en trois classes : les sciences physiques et mathematiques , subdivisees en mathematiques, arts mecaniques, astronomie, physique, chimie, mineralogie, botaniqiie, zoologie, me- decine et economic rurale; les sciences morales et politiques; la litte- rature et les bvaux-arts. 11 est facile de voir que Tordre adopte dans cette loi derive directement de la serie de Descartes. On a souvent rappele que Daunou fut le rapporteur et Tun des auteurs principaux de la loi organique de I'lnstitut; mais on salt beaucoup moins generalement qu'il y eut pour cooperateurs, non seulement Boissy d'Anglas et Lanjuinais, ses collegues dans la Corn- mission dite des Onze, mais aussi Lagrange el surtout Laplace. On ne s'etonnera pas que de tels liommes se soient inspires des vues de Descartes. (2) Le Cours dephilosophie positive Ae M. Auguste Comte a ete public de 1830 a lbZi2 ; mais, des le premier des six volumes qui cora- m t !>* .\ ,^.^^ f » <-r CONCEPTION ENCYCLOPEDIQUE BE DESCARTES 227 logie que partout ailleurs. A ne le comparer qu'a son illus- tre contemporam(i), qu'y a-t-il de commiin, au premier aspect, entre la classification tres simple de M. Comte, tres F simple toutefois parce qu'il se borne aux traits princi- paux (2), et cet echafaudage complexe de divisions et de subdivisions dichotomiques, si laborieusement edifie par Ampere (3)? Entre I'une et ['autre, cadres de classification, nomenclature, mode d'exposition, tout differe, et de la maniere la plus tranchee. Pourtant ne nous y trompons - '! 1 i I 1 1 ii f posent cet ouvrage, Tauteur avail fait connaitre renserable des vues qu'il a siiccessivement deveioppees. 11 est necessaire d'ajouter qu'avant la publication do cet ouvrage, I M Comte avait fait connaitre sa conception mathesiologique par des cours particuliers fails de 1826 a 1829 Dans Tun decescoursil avait eu rhonneur d'avoir pour auditeurs Fourier, Blainville, Broussais, Navier, Esquirol, M. Poinsol, M. Binet, et plusieurs autres savants distingues. (i) Le celebre E$sai d'AMPERE sur la philosophie des sciences se compose de deux parties, Tune publiee en iSoli, et Tautre, en 18^3, sept ans apres la mort de Tauleur, V Une premiere exposition des vuesd'Ampere avait ete faite en 1832 par I'auteur iui-meme dans la Revue encyclopedique, t. LIV, p. 223. II venait, a celte cpoque, de lesdevelopper dans une suite de lecons au College de France; lemons dont d'excellents resumes ont ete publics dans le journal le Temps. Ces resumes sonl dus ^ M. Roulin. (2j M. Comte, dans son ouvrage et dans ses cours, ne s'est occupe que tres accessoirement, d'une part, des sciences pratiques, deTautre, parmi les sciences theoriques, de ce qu'il appelle les sciences concretes^ c'est-a-dire particidieres et descriptives (voyez I. I, p. 57 el suiv.). Ses recherches ont done surtout porte sur les sciences generales et fondamentales ; sciences qui sont, suivanllui, au nonibre de six : la mathematiqite^ Vastronomie^ la physique, la chimie^ \^ physique org a- nique ou biologie, la physique sociale ou sociologie, (3) Selon x\mpere, les sciences se parlagenl d'abord en deux regnes, savoir: les sciences co^mo/o^/gue^, comprenant,dans un premier groupe ou emhrancliement^ les sciences mathematiques et physiques , ii^ns uh 1 f tr 4 ll ^>N« fc :t I 4i« 1 .1 ■■*- JJ ■- I ^* ( ■ t tC-.i s mi • I f 1 ) i ' ¥ WW t I >v 228 iniOLEGOMEAES^ LIV. 1, CHAP. V. ^ -^ pas : toulcs CCS differences nc sont qii'exterieares ; elles s'arretent a la surface; et sous ces apparences di verses, que d'analogics, que de similitudes! Dans ces deux classi- fications, tant admirees par quelquesuns, si severement appreciees par le plus grand nombre, on retrouve egale- ment, pour ressentiel, la serie de Descartes. C'estlememe arbre, oii seulementrun, M. Gomte, se borne a enumerer les branches meres , ou I'autre , Ampere , considere I'une apres Faatre toutes les divisions successives, et jus- 4 r qu'aux rameaux eux-memes. M. Comte et Ampere ne pro- cedent-ils pas, comme Descartes, des objets les plus sim- ples aux plus composes ? Les mathematiques, premise partie de la pliilosopliie pour Descartes, ne sont-elles pas, pour M. Comte, la premiere des six sciences fon- damentales, et, pour Ampere, les trois premieres sciences du premier embrancliement? Bmi^ la serie de Descartes viennent ensuite les sciences relatives a la nature , a la nature inanimee d'abord, puis a la nature vivante : I'as- tronomie, la physique, la chimie, ne precedent-elles pas pareillement, chez M. Comte, la ciiujuieme science fon- damentale 0[\h biologic, et, chez Ampere, le second I second, les sciences natiireUes et medicales ; puis, conime second* regne, les sciences noologiques, seniblablement divisees en deux emhranchemcnts, comprenaiit, le premier, les sciences philosophiqtte eldialeqrnatiques, et le second, ]es sciences ethnologiqiieseipoUtiques. Viennent ensuite d'autres subdivisions, toutes regulierenient etdicho- tomiquemenl faites. J'aurai a revenir plus tard (Chap. VI , sect, ivetv, p. 2Zi8 etsuiv., et p. 258) sur celte classification des sciences, qui, malgre les nom- breuses critiques dont elle a etc justement Tobjet, n'en est pas nioins une ceuvre fort remarquable et digue, a plus d'un litre, du grand nom de son auteur. .^ fi- \ -r:> C0NCEPT10.N K.NCYCLOPEDliil 1^ i^K DESCiKTES. 2'i() regne , celiii des sciences physiologiques ? Enfin , con- formes encore ici aux indications de Descartes, ne voyons- nous pas la serie de M. Comte se terminer par ce qu'il Jiomme la pliysique sociale, et celle d'Ampere com- prendre dans sa seconde moitie les sciences noologiqiies, dont les sciences philosopliiques, dialegmaiiques , ethno- logiques et politiques forment les quatre divisions prin- cipales? II est done vrai de dire que les vues de Descartes se retrouvent au fond, chez M. Comte et cliez Ampere. Son principe est le leur aussi ; il est par eux semblablement applique, et ce sont ces mcmes res , deja enonces ou indiques par Descartes des le kmi" siccle, qu'ils re- prennent dans le notrc, ou platot qu'ils inventent a leur tour, et qu'ils devcloppent, demontrent et mettent dans tout leur jour (1). (1) LesYues de Descartes se retrouvent, non bien moins eomprises et appliquees, en ce qu'elles ont d'essentiel, clans Irois autres classifi- cations mathesiologiques qui appartiennent aussi a des savants ou a des philosophes eminents de notre temps et de notre pays. Telles sont celles de MM. Babinet, Jean Rey^aud et CouR^'OT. Le premier de ces auteurs s'est malheureusement borne a indiquer brievement ses vues dans un Discours prononcea une distribution do prix , et qui a paru sous ce titre : Sur la classification des sciences, considerees d'apres la nahire des objets qu'elles embnissent, Paris, in -8, 1826. — Pour la classification objective de M. Jean Reynaud, voy. son article Ency doped le , deja cite, p. 793; JS/io; — et pour celle de M. CouRKOT, son Essai sur les fondements de nos connaissances, 1851, p, 265 et suiv. — J'aurai a revenir, dans le Chapitre suivant, sur ces irois classifications. D'autres savants et philosophes fran^ais ont public, depuis un demi- siecle, des classifications objectives, ouprincipalement objectives (fon- dees aussi en partie sur des considerations subjectives), qui ont joui, 3IV _T_ i ft t I ( 1 ^ J . » ii < I 'A ! "^^ J .1 r i ] t \ } * «» ! k /■ i 6 I r I r 230 PROLEGOMENES, LIV, I, CHAP. V III. 9l I »■* ! 1 '.m« ■i ) ••1 'I * 1 ^ II est rare qu'une theorie , une conception veritable- ment logiqoe, n'aille pas au dela des donnees que I'auteur avait specialement prises en consideration , et sur les- qiielles il I'avait fondee. Elle fournit presqiie tonjours une expression tres heureuse, outre celles-ci, de toutes celles, apercues on inaperciies, qui soul avec ellcs en connexion necessaire. I a Tepoque ou elles ont paru, dequelque celebrite, mais qui sont loin de meriter une place h cote de ceHes qui viennent d'etre rappelees. TeUes sont, par exemple, celles de Lancelin et de Jullteix ^de Paris), qu'on trouvera citees avec plusieurs autres dans la liste bibliographique placee en note dans le Chapitre suivant, p. 237. En tete de tons les auteurs qui, dans notre siecle, ont fonde la classi- fication des sciences sur des considerations objectives, j'aurais aussi h citer notre immortel Bichat, s'il eut developpe les vues indiquees par lui, des 1801,,'au commencement de son Anatomie generate. (Voy. plus bas, p. 2Zi9 et :250.) Les classifications objectives ont, dans notre siecle, dominea Tetran- ;er aussi bien qu'en France. Mais les savants ei philosophesque nous avons ici a citer, se sont beaucoup plus ecartes de la voie ouverte par Descartes, et avec peu de bonheur dans la plupart des cas. Combien les classifications de M. Conite et d'Ampere, bien que des objections tres graves puissent, sur plusieurs points, leur etre opposees; combien, parmi les plus recentes, celles de M. Reynaud et de M. Cournot, sont superieures a celles qui ont ete aiUeurs proposees, par exemple, a celle I- de Krtjg, malgre la celebrite ephemere dont elle a joui en Allemagne, et bien plus encore, a celle de Jeremie Bentham, malgre la juste illus- tration de son auteur! Comment admettre, avec le premier, ces trois groupes dont deux au moins sont si loin d'etre naturels, les sciences lihres, comprenant la philologie etrhistoire; les sciences i^05/iu?55,reia- / M I V CONCEPTION ENCYCLOPEDIQUE BE DESCARTES. 231 C'est ce qui a lieu pour la conception encyclopedique de Descartes, devenue apres lui celle de M. Auguste Comte, puis celle d'Ampere (1), et plus tard, toujours la meme, pour ressentiel, sous des formes diverses, celles de plusieurs autres philosophes ou savants francais, prin- cipalement de M. Jean Reynaud et de M. Cournot (!2). Et il n'est pas besoin des modifications plus ou moins profondes que lui ont fait subir ces auteurs, de I'extension qu'ils lui ont donnee, pour que les ingenieuses remarques presentees par eux a I'appui de leurs vucs soient appli- tives (liees, gebundene, ditTauteur} aux faits de la realite, groupeou la philosophie et ranthropologie se trouvenl interposees entre les mathe- matiques et la physique ; et les sciences mixles, ou la medecine se ren- contre avec les connaissancesadministratives?Et comment accepter du second cette longue suite de dichotomies arbitraires, ou, comme il le dit, ce systeme de bifurcation exhaustive, divisant et subdivisant toutes les connaissances humaines en groupes aussi bizarreraent denommes qu'artificiels : inextricable dedale ou le fil conducteur semblea chaque instant pres d'echapper a I'auteur lui-meme ? r Voyez, pour la classification de Jeremie IJentham, la seconde partie de sa Chrestomathia^ publiee d'abord a part, in-S, en 1816 et 1817; reimprimeedans The Works, edition d'Edimbourg, partie XV, p. 1 k et aussi YEssai sur la nomenclature et la classification des 192; principales branches d'art et science, public a Paris en 1823, d'apres Jeremie Bentham, mais avec quelques developpements, par Georges Beintham. Pour celle de Krug, voyez son Allgemeines Handwcerterbuch der philosophischen Wissenschaften, article Wissenschaft, public en 1829, dans la premiere edition, et en 18M, dans la seconde (pour celle-ci, voy. I. IV, p. 529). Get article resume plusieurs travaux anlerienre- ment publics par I'auteur sur les memes questions. (1) Gelle aussi de M. Babiinet, anterieur a M. Gomte et a Ampere, d'apres les trop courtes indications que donne ce celebre physicien dans \e Discours plus haul cite. (Voyez p. 229, note.) 2 Ibid. ' f \ ,1 « ■ i M I J t \ 'i I i ^1 t I [. .1 All 1*1 ^ 'i f 1 - \f I 'I I "11^ t «: I ?^ » ' t r i » . I f -* 4 I I I i^ I ?-* M f •^ 232 PROLEGOMENES, LIY. I, CHAP. Y. cables, avec la menie force ct tout aiissi heureiisemeiit, a la conception de Descartes. Ces remarques, en effet, en tout ce qu'ellcs ont de juste et de vrai,derivent, non des developpements secondaircs qu'a pu recevoir le principc do Descartes, mais de cc principe lui-mcme ; et si manifestement , si simplement, que les concordances pliilosophiques et historiques , signalees et demontrees dansnotre siecle par MM- Auguste Comte , Ampere et Reynaud, eussent pu etre en grande partie enoncees des le milieu du xvn*. Quelques mots suffiront pour le fairc voir, du moins a regard des deux points principaux. En premier lieu, par cela meme que Descartes, con- duisant sa pensce par ordre , s'avance rationnellement r des objets les plus simples aiix plus composes , I'ordre qu'il etablit donne lieu a une scrie tres regulierement et hierarchiquement constituee. Chaque science yvientpre- cisement apresccllesurlaquelleelle doit s'appuyercomme sur une introductrice , ou micux, une tutrice necessaire ; apres cello qui doit I'eclairer, comme elle-meme eclairera celle qui lui siiccede. G'est une chaine ou chaque anneau, suspcndu a celui qui le precede, porte a son tour I'anneau qui le suit. Les sciences qui, pour Descartes, viennent les pre- mieres comme relatives a des objets plus simples, les sciences anterieures, sont done en meme temps les antecedenls logiques des autres ; et la serie, etablie au premier point de vue, coVncide avec celle que Ton eta- blirait au second. Elle Concorde , de plus, avec I'ordre a on serai t f i tn ■ / ^m _ _ I « 1 CONCORDANCE AVEC L HISTOIRE. 233 conduit, en ayant egard au developpement siiccessif de nos connaissances : les sciences, logiquement ante- rieures, intermediaires, posterieures, sont aussi histo- riquement anterieures, intermediaires, posterieures. Et comment n'en serait-il pas ainsi ? Des efforts ont bien pu etre tentes simultanement dans toutes les directions (i\ mais ceux qui s'adressaient aux sciences les plus simples f ont ete necessairement les premiers heureux, puisque ces sciences, independantes des autres, qui, au contraire, de- pendent d'elles, etaient a la fois, pour Tesprit humain, les premiers points d'arrivee et les premiers points de depart pour all er audela. Ainsi, sous ce point devue encore, la conception cartcsienne se montre digne de son auteur : la logique et I'histoire se verifient ici reciproquement ; on plutot les antecedents logiqiies elant toujours aussi les antecedents historiques ^Vime estpartoutla clef del'autre. Etquand Descartes nous montre, selon I'ordre de la com- plexite de leurs objets respectifs, les matbematiques pre- cedant la pbysique generate, et celle-ci, toutes les autres sciences qui traitent des proprietesdes corps bruts ; quand il place a leur suite la botanique, et au dela encore (2), la zoologie, puis les sciences relatives a notre espece, ce grand homme, par la meme, nous fait apercevoir, dans cette suite de progres qui, de I'antiquite a nos jours, se sont succede a intervalles si inegaux, dans cette suite de decouvertes (Tu le vulgaire ne voit souvent que d'heureux (1) Voyez V Introduction historique, p. 17 et suiv., et Resume, p. 119 et 120. (2) Mais sans distinguer, autant qu'il etait necessaire, les sciences qui suivent la botanique. I. 15. 1 i \< % J . \ ». s^ J 1 1 ■ I fi 4 . M I ■ I f J m i: *" 1 im t > ■ ^ ki' 1 r I i I \ M I # f t » / f! t^ ff f ) 1 ^ r 23a liasards, im PROLEGOMENES, LIV. K CHAP. ^ ? re de ( uses ct d'effets et r application constante d'line meme loi generale ; loi qui a permis que la Grece vit naitre des le vi'' siecle avant I'ere chretienne uii Pytliagore, et au iv«= uri Euclide ; que la Sicile possedat au iii^ un Archimede, et Alexandrie, sous les Cesars, mi Diophante; mais qui a voulu que FEurope attendit jusqu'au xv" siecle un Copernic, jusqu'au xvi^ un Galilee et un Keppler, jusqu'au xvn' un Newton, jus- qu'au xvin/'im Lavoisier; qui a voulu, qui veut que le t tardif leveloppement des sciences biologiques soit plus encore, et qu'il doive a son tour preceder et preparer celui des sciences sociales, les plus complexes et les plus depend antes de touted ^ par consequent les dernieres dans I'ordre de revolution del' esprit liumain : qui, aujourd'hui meme, oserait annoncer I'avenement prochain de leur Lavoisier ou de leur Newton ? i I \ r u I \ tim ''■''^^\ . — - . .-,1... . ^'£^Vf t T ! 4 \ V" „v^ ^/^/^y■^-■\/"^v^^^^J"l./\/^y\/^^v^/^y^y-^^/vv■^yv^^\/^/\/vvv\^ 1 CHAPITRE VI. i DE LA CLASSIFICATION OBJECTIVE ET PARALLELIQUE DES SCIENCES ET DU RANG DE l'hISTOIRE NATURELLE DANS LA SERIE DES C0NNAIS8ANCES HUMAINES. » i I J I! SOMMAIRE. — I. Etat de la queslion apres Descaries. — IT. Division objective des sciences. Sciences mathdmatiques. Sciences physiques. Sciences biologiques. Sciences liumani- laires ou socialcs. Philosophic ou sciences philosophiques. —IIT. Concordances diverses IV. Verification par Tetude comparative des travaux modernes. V. Snbdivision dc chacun des groupes primaires. Sciences theoriques. Sciences appliquees ou pratiques. Expression de lours doubles rapports a Taide de la classification far alUliq^ie. VI. Re- sume. Rang des sciences nalurelles dans la serie gcnerale. des connaissances hiimaine^. I. \ m ■'■1 1] presence dc toiites les concord d'etre signalees, dr Elle s pas reconnaitre dans la de nos connaissances? )rte , par elle-meme, nar Jogique, par son caractere eminemment ? se justifie par sa correlation parfaite a developpements de 1 'esprit humain. Elle /> par les travaux des auteurs modei I'identite fondamentale de Discoiirs sur la metfiode es, par ceux de Mais la determination de I'ordre serial est loin d'etre Lit le probleme. Soit qu'il ait siiffi a Descartes de posei principe et de marquer la direction generale de la serie » { r n i mi Y - 4ii i J ^ 1 r \ ^ ■; ^ ¥ # \' >. » A i 236 PROL^GOMENES, LiV. I, CHAP. Vl. / temp / \ le soin , difficile encore , de la realiser, ou , comme o pent le dire en empruntant ces expressions ala belle scienc mathematique qu'il a creee, de la tracer, de la construin seconde partie du probleme qu'ont essa^- C d esoudre pi model ? notamment V Ansuste Gomte, de 1826 a 1830 fl), et Am d'annees et insqu'a sa mort(2) deux & pe pies et continuateurs de dont ils ont diversement adopte et applique les vues fon- damenlales, en les dcveloppant, souvent trcs ingenieuse- mcnt. en les modifiant selon leurs vues propres. Tels sont importants aussi , sur beaucoup memes questions, M. Jean (un •) Reynaud(3),quiafondedirectement,selonses expressions, son encydopedie sur celle de Descartes, si savamment et si habileraent exposee par lui(/i); et M. Cournot(5), tout recemment et le dernier venu, a su trouver encore des sentiers nouveaiix sur un terrain parcouru (i) El mcine jusqu'cii m% date du sixienie volume du Coun de philosophie positioeile M. Comte; mais, comme on Ta vu, p. 2'26, note 2, la conception tout entiere de M. Gomte avait ete publiee des 1830. Voyez surtoutles deux reraarquables leQons qu'il a intitulees Exposi- tion, t. I, p. 1 a 116. (2i Ynyez Fhistoire qu'A.MPiiRE a lui-meme donnee "de ses travaux dans son Essai sur la philosophic des sciences, 1" part., i83Zi, Pre- (3) Article Encydopedie de YEncyclopedie nouvelle, t, IV, 18^3 {li) Voyez plus haiit, p. 225, note. fondements p. 265 et suiv. ^ --J CLASSIFICATION OBJECTIVE DES SCIEINCES. 237 par de si illiistres et de si ■ nombreux devanciers (1). Ce sont les memes questions que j'avais, de mon 4 cote, abordees en 1840; mais seulement, comme je vais le faire ici, dans leurs donnees principales, et dans leurs rapports avec les sciences auxquelles est particulie- \ 4i (1) Outre Descartes, M. Auguste Comte, Ampeue, M. Jean Rey- NAUD et M. CouRNOT, flont les travaux viennent d'etre rappeles, et les auteiirs qui ontete cites precedeniment (voyez cli. II, p. 183 etsuiv.; ch. Ill, p. 200; ch. IV, p. 211 et suiv., et p. 217 et 219 ; et ch. V, p. 229, 230 et231), j'aurais encore, pouretrecomplet, a mentionner unefoule de noms que recommandent des rechcrches ou des essais plus ou moins estimables sur la classification des sciences. Pour abreger une liste qui serait presque interminable, je renverrai a I'article Wis- m \ senschaft de YAUgemeines Handwcerterhuch der philosophischen Wissenschaften de Rrug. 2*^ edit., t. IV, 1831, p. 531 et 532 ; et je citerai seulement les auteurssuivants, dont les travaux, les uns omis quoique deja publics), par le savant professeur de Leipzig, les autres d'unedateposterieure,nefigurent pas dans son relevebibliographique: • Laiscelin, Introduction a V analyse des sciences^ t. Ill, 18o3. Ce volume tout entier est consacre a Texposition des YuesdeTauteursur Destutt be Tracy, Logique, ou 3^ partie des Elements d'ideologie. ch. ix; edit, in-8, 1805, p 386-521; edit, in-18, t. I, 1825, p. 337-Zi32 U n'ya que de tres legers changements d'une de ces editions a I'autre; mais Destutt de Tracy avait publie des vues k quelques egards tres differentes dans un travail (principale- ment bibliographique), insere dans leMoniteur.n"^ des 8 et 9 bru- mairean VI (1797) . — Gence, Tableau methodique des connaissances humaines, avec texteexplicatif, in-folio, 1806. — Jullien (de Paris), Esquisse d'un essai sur la classification des sciences^ in-8, 1819, avec un Tableau synoptiqiie des connaissances humaines, in-fol. — To- ROMBERT, Exposition des principes et classification des sciences dans la mathesiologie. I'ordre des etudes /\n~8, 1821, Walkkr, Esquisse d'un systeme naturel des sciences^ dans la Uevue europeenne, juillet 182i. — Farcy, Aper^u philosophique des connaissances humaines, in-18, 1827. Henri Cassijni, Opuscules phytologiques, I. Ill, 1836, p. 178 et suiv. Larroque, Cours de philosophie, Logique, chap, vi; 2^ edit., 1838, Ai ■\ I n m /. 1 > m 1 I ^1 f . *1 \ \ ■ f ) h II if m I V i i ■■1 I .238 •t I'PiOLKGOMENES. LIV. I 5 CHAP. VI. rement consacre cet ouvraoe. On verra bientot cle 'ai ete conduit sc Comte, Revnaud comme celles d 'Ampere, eonformcs a la conception encyclopedique de Des • J'exposerai d'abord mes vues, en prenant pom tres de dep vicnnent d'etre exposees. Je comparerai ensuite les resnltats que i'ai cru et crois devoir admettre , avec ceux qu'ont obtenus, d meme dii suivi (1). les auteurs qui m'y ont pi la ou S r I ]n ) \ i -I f ■ ■ 1 Vh \ \ II. Nous venous de reconnaitre que la classification ma- thesiologique doit etre essentiellement objective, les diffe- rences siibjeclives n'ayant a y intervenir que secondairc- 1 p. 26G-271. L'auteiir fait preceder I'expose de sa propre classification de remarques tres judicieuses sur celle d'Ampere. Cette liste, deja tres longue, le seraitLien plus encore, si je voulais y tenir compte des indications donnees par line multitude d'auteurs, sans les developpements qui seuls pouvaient rendre leurs travaux vrairaent dignes d'interet. — Parmi ces auteurs, je me bornerai a citer Mariotte. Outre les travaux qui I'ont illustre comme physicien , Ma- riotte a laisse un Essai de hgique, qui, bien qu'aujourd'hui oublie, n'est pas indigne de ses autres ecrits. (Voy. ses OEiwres, Leyde, 1717, t. II). Dans sa Logique, MarioUe ne s'etend pas sur la classification des sciences, mais il indique leur division en trois groupes, \es sciences intellectuelles (les mathematiques), les sciences naturelles, et les sciences morales. (1) Communiques par moi en I8/1O au prince Charles Bonaparte, les resultats de mes etudes sur les rapports et la classification des sciences, ont ete exposes par lui, en I8/1I, dans Fun des congres italiens. Un resume tres concis, mais exact, de la communication du prince S^ CLASSIPFCATIO?^ OBJECTIVE DES SCIENCES, 239 men(. Si nous nous dcmandons combicn doivent y etre etnblies de divisions primaires, nous pouyons done deja repondre : autant que nos eonnaissanees ont d'objets principaux; autant qu'il est de groupes principaiix ou d'ordres de verites. Et c'est a determiner le nombre de ces groupes etleur enchainementlogique, que nous devons d'abord nous attaeher. Essayons de le faire, en ecartant enfin toutes ces donnees arbitraires qui, jusqu'a present, ont tenu une si grande place dans la solution des questions de ce genre. 11 est d'abord un groupe dont la determination, au point de vue objectif, ne pent faire difficulte : groupe telle- ment distinct que deja nous avons pu le defmir, et c'est le seul, a I'aide de considerations seulement subjectives (1). C'est le groupe des verites mathematiques, verites essen- tiellement abstrailes, absolues, necessaires. Ces verites, I i i \ i II ; .ifl i * f (C ^ Cii. Bonaparte se trouve dans les Atti della terza riunione degli J* scienziati itallam, Florence, I8/1I, p. 332. J'ai a pliisieurs reprises (en mai I8Z1I, puis en ISli'S, ISlik et 18/i7) expose les memes vues dans mes cours au Museum d'llisloire naturelle, les deveioppant dans leurs rapports avec le sujet special que j'avais h trailer, et cherchant a faire nettenient saisir la classification qui en derive , a Taidc de tableaux synoptiques mis sous les yeux de mon auditoire. Peut-efre rendrai-je plus clair ce qui va suivre, en repro- duisant ici un de-ces tableaux (celui de ISlik^ Ce sera resumer ii Fa- Yance la premiere partiq de ce chapitre. ahsolues et ahsiraites t * Scie:nces mathe>iatioi:es \ VERITES ■e SCIENCES PHYSIQUES /' a la matier< relatives } a Ja vie {ou aiix etres vlvants). Sciences BiOLOGiau^s \ a lliinnanlfc Sciences sociaees. CXj ^^ (1) Ctiap. IV, sect. II. 11 est facile de ^ir que les differences subjectives precedemment indiquees resultent comme corollaires des differences objectives. I / *t I . M ^; ffi t> ,4 I tl I ft- ■ ( »> M -* < ^ ) li I \ 2/iO PROLEGOMENES, LIV, I, CHAP. VJ. ettel est leorcaractere le plus general, sont independantes defoM^, hormisde rentendementqui les concoit. Faitesabs- traction de tons les etres materiels, et meme, en general, de la matiere : supprimez-les, pour ainsi dire, par la pensee ; la seule notion de I'espace subsislant, ces verites subsisteront encore, au moins virtuellement (i). Elles ont eternellement preexiste dans la supreme intelligence, et r " je puis dire, empruntant les expressions de Bossuet(2) : » Ces verites subsistent devant tous les siecles, et devant « qu'il y ait eu un entendement humain ;... elles seraient » toujours bonnes et toujours veritables, quand il n'y » aurait personne qui fut capable de les comprendre... » Elles subsistent eternelles et immuables. « Les sciences mathematiques ont pour objetces verites abstraites, independantes, necessaires, eternelles. Apres elles, les sciences physiques. A la notion ^e I'espace que nous supposions seule sub- sistant, ajoutons celle de la matiere : un second ordre de / •. / accessible a notre espi par Tintermediaire de n v5 s sens, econde de sciences. Les verites physiques ne sont plus abs et purement inlellectuelles , mais reelles, en pre ;e mot dans I'acception que lui donne Buffon (3^ elles ne sont plus absolues, nei subordonnees a I'existence de des corps ( .1 (1) « Personne ne s'est hasarde encore a nier ce que dit Montes- »quieu, qu'avantqu'on eut trace de cercle, tous les rayons etaient « egaux. » ( Remusat, Essais de philosophie, t. I, p. 288.) {■2) Connaissance de Dieu et de soi-meme, cti. IV, v. (3) Voyez Ctiap. IV, p. 205, s 3="- ■•— "^ f i > ^ 4 f CLASSIFICATION' OBJECTIVE BES SCIENCES. iiidependammeiit dcsquels elles lie sauraient etre concues, meme virtaellemeiit. Ires distinctes ainsi des verites dii premier ordre, les 4 verites physiques onten meme temps ce caractere, qu'elles s'etendent a toutes les ' f J f les proprietes de la matiere, sous toutes ses formes et dans toutes sesconditiong, etant rela- tives a sa distribution dans Fespace, aux agglomerations et aux combinaisons qu'elle y forme, aux forces, aux actions, aux phenomenes qui s'y produisent. Elles sont teiles que souvent , alors meme que nous les constatons uniquement a I'egard de notre globe ou du systeme dont notre globe fait partie, nous pouvons, par la pensee, les suivre au dela et par tout Funivers ; verites ainsi redue- tibles a des lois que nous sommes fonde's a considerer, noii seulement comme d'un ordre tres general, mais, dans le vrai sens de ce mot , comme universelles^ selon cette pensee bardie de Descartes (1) ; « Encore que Dieu aurait » cree plusieurs mondes, il n'y en saurait avoir aucun » ou elles raanquassent d'etre observees! » s i » i- \ •■i { I ) it. ^ * f W fi* i (1) Discours sur la methode, b*" partie. II importe de faire observer, en citant cette pensee de Descartes, qu'elle n'implique nullement la necessiie de ces lois qui, en effet, pourraient n'etre observees dans aucun monde. La notion de la contin- * gence des corps, et en general de la matiere, est done parfaitement T r conciliable avec la proposition de Descartes, et Ton doit se garder de la confondre avec les vues des auteurs qui ont admis la necesslte de la creation ; par exeniple, d'un ptiilosophe recent, qui, citant cette belle parole de D'Alembert: L'univers est un fait unique (voyez plus haut, p. 173), ose ajouter : Ce fait unique est necessaire. Ce pliilosophe si hardi, ou plutot si temeraire, est une femme, mademoiselle Sophie Germain. —Voyez son remarquable ouvrage, intitule: Considerations generates sur Vetat des sciences et des lettres, 1833, p. 57 et 59. K ir. m t .* I I' ' I :\ I I P9 W f M I i I f 242 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. YI. Apres les verites relatives a la matiere et a tous les corps dans toutes leiirs conditions et tousleurs etats, vien- nent des verites qui, loin d'etre encore generates ou univer- selles, se circonscrivent dans des cercles de plus en plus restreints, devenant aussi de plus en plus dependantes . , Telles sont les .verites biologiqiies ou relatives a la vie : verites qui ont pour bbjets ces etres encore etendus et materiels, ces corps dits organises et vivants, que distinguent, entre tous lesautres, et d'une maniere si tranchee, leur accroissement graduel a partir d'un mo- nient initial , la mobilite continuelle de leur composition physique, leur duree limitee , et par consequent la resti- tution, d'abord lente et partielle, puis, finalement, entiere, de la substance qui a successivement constitue leur indi- vidualite (1). Telles sont encore les verites comme rites hiimanitain noms rexpriment so- homme memes, a V liumanite ; en d'autres termes, a J considere comme etre intelligent, moral et social, et, a ce point de vue, non moins distinct de tous les autres etres doues de vie, que ceux-ci de tous les autres corpse- en d'autres termes encore, aux societes liumaines; r etres collectifs auxquels ehacun de nous est ce que sont a un etre vivant et individuel les diverses molecules qui concourent momentanement a le former -, etres dont on (1) fitres qui se distinguent aussi en ce qu'ils sontk eux-memes cause et effet, ajouterais-je avec Kant, si je ne voulais m'abstenir ici de le X , L suivre dans des considerations metaphysiques dont je reconnais d'ail- leurs la justesse. On trouvera une bonne analyse des vues de I'illuslre philosophe allemand sur ce sujet, dans YHistoire de la vie et de la r f phi loso phie de Kant ^ par Saintes, IS/i/i, p. 211. f \ r (*) i i 4 p ^^* mm CLASSIFICATION OBJECTIVE DES SCIENCES. peut dire aiissi, abstractivement, nu'ils naissen 243 se dissoudr periodes, et sans qu'on raent de lenr vifiillpssf^ pt terme de leur d ( Aux verites relatives a la vie ou aux etres vivants, a celles qui se rapportent a Vhumanite ou aux societes hii- maines , correspondent s biologiqiies les sciences humanUaires ou sociales, sciences constituant ainsi naturellement le troisieme et le quatrieme terme fondamental de la serie mathesiolosique : sciences a la foi s distinctes, et liees par des affm 3nnaitre plus que leurs differe object ves. Les unes et les autres se rapportent a des phenomenes dont le propre est d'etre tres complexes, incessamment variables, passagers, et, comparativement a ceux qui sont du do- maine des sciences pbysiques, seulement locaux : pheno- menes dont I'existence est, par consequent, tres restreinte, aussi bien dans I'espace que dans 1? temps, et qui restent sans influence sur I'ensemble; en sorte qu'autant les / • ^ / verites mathematiqi sont dependantes des verites physiques, autant celles-ci le sont des verites dune part, a la vie ou aux etres vivants , de I'humanite ou aux soi • / . / F Les sciences biologiques et les sciences humanitaires ou sociales ferment done naturellement les troisieme et qua- trieme groupes fondamentaux de la serie mathesiologique, qui se trouve ainsi tres logiquement constituee: car elle precede pro reguliere, et dont la raison est partout la meme, des verites les pi 1 * r -1 i I i ' J i . 1 m F ? '\ ■ ^^^^p^p V I y ( I 1 u- . 4 J' J i ^' !?■ i 4m .r--f \ t nft « J * r << ) » f K, ■ ■ r \ rti 2/i/i i'Kulegomem:s, liv. i, chap. m. w/es, Ics plus genercUes et les plus indep specia bordo A la suite des sciences physiques, biologiques el h irianitaires, ou, couime pliisieurs philosoph apres les sciences deia nature, et au-dessus de liomme, nous ne \ pi Dieu, et plus generalement, la philosophie ? pliilosophiqiies, dont la philosoplii de r ensemble pr • ^ puisse autres, et placei parmi elles comme dans la serie, ffit-ce comme le terme pr edomin le resume general, I'en semble des corollaires communs de toutcs les autres sciences, unies etconfondues en elledans leurs sommites; elle est le foyer ou convergent et se concentrcnt les rayons divers du savoir lunnain. La philosophie, dans le sens vrai de ce mot, la pkilosi pi \ristole (1' et Bacon ^"^V ot mii scrait mieux d philosoph e derniere, puisque tout y aboutit, n'est ce; elle est la science des sciences, la fin de toules les autres : en deux mots, en tant qu'elle nous est accessible, la science line et supreme. (1) Metaplujsique, liv. VI, t. La philosophie premiere, la science premiere, ditAuisTOTE, est la science iinwerselle, \di science par ex- cellence ; et comme telle, elle'cloit avoir pour objet Vetre par excellence. {^) De dionitate etamjinentis scientiarwn^ lib. II!, cap. L — T3acon detinit la philosophic premiere ][\ science des chases divines ct hu- \ maines. \ CO.VCOUDANCES LOGIOIES ET HiSTOrilQUES. 2/i5 / III. Arrives a ce point, qui ne voit que nous somines revC' nus a la serie de Descartes, mais maintenant a sa serie divisee, decomposee, dont nous connaissons les termes principaux aussi bien que la direction generate, et dont I'ordre setrouve verifiepar de multiples concordances: Ces termes sont les sciences mathematiques, physiques, biologiques et liumanitaires ou sociales, querelient, dans leurs sommites, les sciences /)/ii/o5o/9/uV/t(es (1). Getordre est celui dans lequel je les enonce ici : ordre dont je puis dire d'abord, avec Descartes, qu'il procede des objets les plus simples mix plus co7nposes(2), eten outre, des objets les plus generaux aux plus particuliers ; de (1) Des noms clout je me sers ici, les deux premiers et le dernier sont depuis longtemps sanctioimes par I'usage : nolle difiiculte a leur egard . Le nom de sciences biologiques^ applique au troisieme groupe, est beaucoup plus recent; mais un grand nombre d'auteurss'ensontdeja servis a Fexemple de Lamarck (voyez p. 168), et il est aujourd'hui tres aeneralement usite. On ne saurait d'ailleurs lui substituer un terme r plussatisfaisanten lui-meme, et mieux en rapport avec Tidee qu'il doit exprimer. Encore ici, nulledifficulte. J'ai, au contraire, beaucoup hesite sur le choix du nom qu'il con- viendrait d'adopter pour le quatrieme groupe. Aucun des termes jus- qu'ici employes n'est exempt d'objection. Provisoirement je me sers tout ala foisdu mot sciences sociales, tres genei*alement usite (trop pent- -L etre, paries extensions diverses qu'on lui a si souvent donnees), et du mol sciences himaiiitaires, qui, plus large, et par cela meme, plus exact, semble pouvoir elre utilement introduit dans la nomenclature mathesiologique. Je laisse aux auteurs qui s'occupent specialement de ces sciences, le soin de prononcer sur le nom qui doit leur etre defl- nitivement donne. (2) Voyez Chap. V, p. 223 et 22A, ' ft \ !i 4 I* * * . 1 1 1: / L J 3 ■ 1 It i \ J fl n >!l K^ "^ ^ t i^ IM i I i ^ i i 4 ^ * mi i i i\ I J I t I i I \ p' i 4 t I , I \ * V I 1 1 L ■ vi i r k T } \ I ■ I' ' ■ * r ^ 1 + i ^B ^^^E ■ 3 f 1 Hf ^ > r r ' ■ 1 i 1 1 ' j i 246 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. VI. ces etres abstraits qui ne soiit qu'etendus, a des etres etendus encore, et de plus^ materiels; de ceux-ci a des etres materiels encore, el de plus, vivants; de ces derniers enfin, a des etres vivants encore, et depliis^ inteliigents et moraiix. Ordre ou, par celameme, on s'avancc progres- / • , r de sciences dont r ^ fini, puis universel, a des verites et a des sciences de plus en plus limitees; par consequent,, et atous egards, des plus completement independantes aiix plus dependantes. de z' logiqiiement dre est I'ordre menie de puis ajouter qu'd ne se verifie pas heureuscment par Vhistoire deia, qu'a commence, que opere que 1 le savons se pour- des connaissances hum A toutes ces concordances rattacher une autre a celle-ci surtout, je puis encore, et la plus remarquable peut-etre, bien qu'indirecte ; dcrniere et decisive confir- mation de notre ordre serial. Les memes relations de temps et de succession qui existent entreles quatregroupes principaax de serie mathesiolo se retrouvent objets eux-memes. En effet, ce sont les matlie d historiquement mathematiques toutes les autres. Plus rccentes que les les sciences physiques ont preexiste aux sciences biologiques; de memelamatiere etles corps bruts aux etres vivants. Enfin les scienceshumanitaires sontcelles dont le developpement est le plus tardif, comme I'homme est le chef-d'oeuvre final et le couronnement de la creation. ■ Les sciences se developpent done precisement dans I'ordre meme ou leurs objets se sont prod uits- ■ Tran CONCORDANCE AVEC LES TRAVAUX MODERNES. 247 i n lY. ^- La classification des sciences en quatre groupes prin- r T cipaux vient d'etre obteniie directement et rationnellement, i I'aide de diverses considerations theoriques, et princi- palement en partant des vues de Descartes. Elle pent aussi etre deduite indirectement, et par voie eclectique, de Fetude et de Fappreciation comparative des principales conceptions encyclopedicpes, de celles qui onteu et ont encore cours parmi les savants et les philosophes Je puis presque dire rassentiment des auteurs de ces diverses conceptions, acquis a Favance a la classification dont je viens de poser les bases; classification que j'appellerais volontiers celle de tons, car il pouvait suffire d'en extraire, d'en degager tons les elements essentiels des travaux les X plus recents et les plus estimes. C'est ce que je vais som- mairement demon trer (1). Nul dissentiment, en nremier lieu, sur Fordre general de notre serie : c'est Fordr de par rj^uent pr dans la science dep MM. Comte et Ampere surtout. Je Tai montre ailleurs, et je n'ai plus a revenir sur ce point (2). (1) Je comprendrai dans rexposeanalytiqiiequi va suivre, aussi bien les classifications posterieures a la premiere publication de mes vues (voyez plus haut, p. 238j que celles qui les ont precedees, et dont j'ai pu me servir en I8/1O. (2) Voyez le Chapitre precedent, sect. 11. Depuis la redaction de ces Prolegomenes, les idees que j'ai tout a \ I i i r i { \ D :l 'i I ! I m 4 « 11 ! #«/ I ;f 1^ i I tit - ' > i- i r ■ Jl » t I It I i ns PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP, VI accord aiissi, et presque sans pt 1 ' gard du groupe par lequel s'oiivre la serie, celiii des sciences matliematiques. generalement admis; il Fa etc de tout II est, de nos iours temp Pai moderoe rang dans clas- cations objectives de MM. Auguste Comte, Ampere, Reynaud, Cournot (1), et dans celle, basee sur les memes principes, qu'a indiquee M. Babinet (2); il I'occupe de De Candolle, aussi dans les classifications de M. d'Omalias d'Halloy et de M". Gerdy (3). Tons ces auteurs le placent a la tetc de la serie. On lui assigne presque partout aussi les memes limites. A rarithmetique et a I'algebre , a la theorie des fonctions et a celle des probabilites , a la geometric et a la mecanique, Ampere ^ presque scul adjoint I'astronomie ; et il est trop manifeste I'heure exposees, et que je rappelle ici, ont ete encore confirmees et mises en liimiere par quelques auteurs; par exemple, resumees, avec autant de concision que de nettcte, par le disciple le plus eminent de M. Comte, M. Littre. Voyez son article sur les Eloiles filantes, insere dans la Revue des deux moncles, t. XIV (nouvelle periode), p. 289, avril 1852 : « Une juste hierarchic des sciences, ditM. Littre, place au )) premier degre cequi est plus general et plus simple, pour venir a ce qui » est plus particulieret par consequent plus complique.-. Rien ne pent >> plus faire que cetfe notion supreme, aujourd'hui mise dans la cir- 3i culation, ne penetre enfin les esprits, et qu'on ne comprenne la » subordination reelle des sciences. » (1) Pour les classifications de MM. Comte, Ampere, Reynaud et CouRiN'OT, voyez p. 226 et suiv. —Pour celles d' Ampere et de M. Cour- rsOT, voyez aussi, outre la suite decette Sectiorr, p. 25S etp. 262. (2) Discours sur 'fication une distribution de prix, et deja cite, p. 229, (3) J'ai resume les vues de de Candolle, p. 217 et suivantes; celles de MM. d'Omalius d'Halloy et Gerdy, p. 200 et 201. ~ Pour ces trois auteurs, voyez en outre plus has, p. 252. \ i I«^ ■^ CONCORDANCE AVEC LES TRAVAIJX MODERNES 249 qu'il le fait bicn plus pour la symetrie de son cadre que I pour des motifs de fond Le groupe des sciences physiques et celui des sciences I bioloyiques , seulement indiques par Descartes/ mais dont la distinction avait ete plus nettement faite en 1801 par Bichat et en 1802 par Lamarck (2), n'avaient pas tf * F (1) Quelque graiide que soit Tautorite d'Aiiipere, son opinion sur le rang et les rapports mathesiologiques de I'astronomie n'a eu qu'iin bien petit riombrede partisans; elle n'ena plus,et surtout ne saiirait en avoir dans Tavenir-On s'accorde de plus en plus a reconnaitre que i'as- tronomie apparlient au groupe des sciences physiques. 11 est bien vrai que, pour nous faire connaitre le volume, la figure, la masse, les distances, les mouvements des astres, et plus generale- mentla distribution delamalieredansrespace, rastronomieemprunte aux niathematiquesleurs methodes; mais elle les applique a des faits essentiellement physiques, qu'elle ramenea des lois physiques aussi. Le principe lui-raeme de la gravitation a ce caractere ; Fastronoraie en lire malhematiquement les plus sublimes consequences auxquelles puisse s'eieverresprit humain ; mais 11 n'estau fond ni mathematique ni astronomique; il est; 11 reste un principe de physique generale, piiisque tous les corps, qtiels qu'ils soient, s'attirent reciproquement, w J puisque la pesanteur est un fait universel. L'astronomie ne consiste d'ailleurs pas tout entiere dans ce qu'on ■t a appele la geometrie et la mecanique celestes. Sans parler de la chimie quiapu, grace a la chute des aerolithes,demonlrer I'existence, hors de notre globe, de la meme matiere qui en constitue I'ecorceja physique intervient utilement, et de jour en jour davantage, dans Tetude des corps celestes. A Taide des rayons lumineux, propres ou reflechis, qu'ils nous envoient, et par lesquels il nous est donne de communi- V quer avec eux, elle les explore, et parfois obtient des resultats qui vont jusqu'a en penetrer a quelques egards la nature : par exemple, k rendre compte de la formation des montagnes dela lune, etbien plus encore a demontrer Tetat gazeux de la surface incandescentedu soleil ; admirable application de I'optique, qui suffirait pour faire vivre k jamais le nom de M. Arago. (2) PourBiCHAT/voyezle remkrqnsihle dehntdeVAnatomie generale. ti4 I 1 It 1 i v.* V ; y i f i km I i6. I J i .t \ ** p-'l n » f 'I I t ,\ \. m I i I \ «ifi ^ s 250 PROLEGOMENES, LIV. I, CHAP. VI. ete admis par les auleurs de la premiere partic de noire ^ sieele. La physique generate qui examine d'une maniere r J / abslraite les proprietes des corps, etla physique particii- liere on histoire natiu^elle qui etudie individiieUement ces memes corps, aussi bieo les corps bruts que les etres vivants , telle etait la division adoptee jusqu'a nos jours dans ce qu'on avait appele en general la physique ou science naturelle : division tellement consacree par Fu- sage, que ni Haiiy (1), ni Guvicr et De Candolle enx- memes (2) n'ont songe a s'y soustraire ou ne I'ont ose. C'est par Bichat que la distinction des sciences physiques et des sciences ■phijsiologiques a ete le plus nettement faite. II importe d'ailleurs de faire remarquer que les sciences phijsiologiques de Bichat ne sonl pas exactement ce que nous appelons sciences biologiques, luais seule- raent une partie de celles-ci. Bichat laisse en dehors des sciences phy- siologlques, et considere comme constituant un groupe k part, les L sciences biologiques descriptives. _ ' Quant a Lamarck, on a deja vu (p. 168) que cet illustre zoologisle avait indique, en 1802 et 1803, la necessite de reunir toutes nos connaissances sur les etres vivants en une science commune, la biolo- gie. Mais Lamarck n'a ni developpe ni precise ses vues, et il est reste, sur ce point, sans influence sur les travaux ulterieurs. A plus forte raison en a-t-il ete ainsi de Rafiaesque-Schmalz, ■ auteur connu surtout par ses nombreuses innovations terminolo- giques, etdont les vues ont rarement merite de fixer I'attention, et surtout d'etre accueillies dans la science. Sur ce point pourtant, Rafi- nesque a ete mieux inspire qu'a Tordinaire : sous le nom de somiologie, il a nettement admis le groupe des sciences biologiques dans Topus- cule, deja cite, qu'il a fait paraitre en 181/i sous ce titre : Principes fondamentaux desomiologie, Palerme, in-8. (1) Traite eUmentaire de physique^ Introduction^ p. j. (2J Voyez CUYIER, Tableau elementaire de VHistoire naturelle des ani'inaux^ p. let 2, 1798; et surtout Regne animal^ p. 2 et 3. De Caisdolle, Theorie elementaire de la botanique, Introduction. Les definitions qui viennent d'etre donnees sont empruntees h Cuvier et a De Candolle, 1ft * III CONCORDANCE AVEC LES TllAYALX MODERNES. 251 Elle est tombee eiifm devant les progres recents de nos coiinaissances; et les travaux rnodernes out fait prevaloir la distinction, entrevue par Descartes, Bichat et Lamarck, entre ces deux groupes eminemment naturels : d'une part, toutes les sciences relatives a la matiere en general et aux * corps bruts; de Fautre, toutes celles qui traitent des etres organises et douesde vie. A son tour, cette distinction fon- damentale est sanctionnee par I'usage. On pcut sans doute signaler ici de nombreuses divergences d'opinion ; mais la plupart, depuisM. Comte,et surtoutdepuis Ampere, ne sont phy ^ent de pure forme. Je retrouve le et les sciences bioiogiques sous ce M. Cournot ; sous ceux de sciences pfiy siques et physiologigues cbez Amp e de physique r (1) Oil disait autrefois indilTeremmentsc/mcede la nature^ science naturelle el physique. 11 n'en est plus dememe aujourd'hui. Quoique parfaitement equivalentes par leurs donnees etymologiqueSj ces ex- pressions sciences physiques et sciences naturelles, ont recude Tusage des sens tres differents. Cesdernieres soot, par excellence, dans le laii- i'age actuel, les sciences qui traitent des etres vivants, en d'autres termes, les sciences bioiogiques theoriques. (2) La necessite logique de comprendre dans un meme groupe la physique generate, la chiinie, la mineralogie et la geologic, avait etc reconnue avant Ampere ; mais c'est surtout grace aux travaux de I'il- lustre physicien qu'elle a ete comprise etqu'elleaprevalu. G'est sous rinfluence d'Ampere que la Societe philomatliique de Paris, si anciennement et si justement renommee, s'est divisee en trois grandes sections, correspondant Tune aux sciences bioiogiques, les deux' autres aux sciences mathematiques et physiques^ la mineralogie et la geologie faisant partie de la section mathcinatique. Dans TAcademie des sciences de Paris, au contraire, ces deux dernieres branches de nos connaissances , et la chimie elle-meme, continuent a etre ecartees de la physique, et reuniesa la botanique et a la zoologie, selon les idees qui ont si longtemps regne en mathesiologle. ^ -■.\ A \ i \/, M i i '(■ ^ i . *i i r \- ji/ ^ - 1 I \\ -r I !| i i I 252 PKOLEGOMENES, LIV. I, CHAP. VI. inorganiqitei] ) et cle physique organique ou bioiogie chez M. Gomte; de physique et de zoologie cliez M. Rey- naiid(2); d'inorganomieeid'organomie chez M. d'Omaiius r d'Halloy(3); I'miede ces sciences s'occupant, dit ]e celebre geologiie beige, des forces et des corps brots, I'aulre de la vie et de ses prodiiits. Vorganologie de M. Gerdy, Vhis- toire naturelle organique dc De Candolle, sont encore le groiipe des sciences biologiques, niais considere ici comnie inie simple subdivision de Vhistoire naturelle ou physique particuliere; siibdivision opposee a I'histoire des corps bruts qui est Vinorganologie du premier, Vliisloire nalurelle inorganique de celui-ci (k). (1) Subdiviseeen astronomie, physique el chimie. (2) M. Reynaud, loc. ciL, p. 789, a donne au niot zoologie, pour eviter d'en crcer un autre, un sens beaucoup plus etendu qu'on ne le fait d'ordinaire. C'est pour Tauteur la science des etresvivants. On I sait que '(wov ne repond en. grec a notre mot animai, que parce que les animaux sont les ctres vivants par excellence, L'adjectif ^woc signitie anime, vivanL L (3) M. D'Omalils dIIalloy, dans ses premiers travaux matliesiolo- giques, avait encore admis I'ancienne division en physique generale et histoire naturelle particuliere; mais il a tres heureusement modifiesa classification dans son Tableau des connaissances humaines; Note additionnelle. 1838 (voy. p. 200). Danscc Tableau, M, d'Omaiius dllalloy donne ainsi les divisions principales de Vorganomie et de Vinorganomie: Inorganomie ( ^'^'^^^ { clrr- particuliere Astronomie. Meteorolog'ie. Mincralogie. Geolode. Ohganomie i Botanique. ( Zoologie L'ensemble de toutes ces sciences forme, pour M. d'Omaiius, le groupe des sciences naturelles. (/i) M. Babinet, loc. cit., a ]»ai'faitement determine le groupe des Y V ! I '>v.. "W-;* ' ? COINCORDAINCE AVEC LES TRAVAlJX MODERNES. 253 Ajouions enfin que la distiiictioii des sciences physi- ques ct biologiques se retrouve, et ici officiellement consacree, dans les programmes actuels de rinstniclion publique (1). Le quatrieme groupe principal, celui des sciences huma- nitaires ou sociales, a ete admis plus generalement encore que les deux precedents. On le retrouve, sous des noms divers, dans presque toates les conceptions encyclopedi- qaes, aussi bien dans celles qui datent de I'antiqaite ou du ^noyen age, que dans les plus modernes. Parmi celles-ci, il occupele plus souvent le memerang. G'estainsi que sous le nom de physique sociale ou sociologies il r constitue la dernicre des six sciences, foiidamenlales de M. Auguste Comte; sous celui de sciences noologiques ^ groupe subdivise en sciences noologiqiies proprement dites et en sciences sociales (2), le second des deux regnes mathesiologiques d'Ampere (3); sous le meme sciences ])hysiques, mais rion celui des sciences biologiques, 1\ fail de nns connaissances sur les vegetaux, d'une part, sur les animaux, de I'autre, deuxgroiipes de premier ordre, au lieu d'un seul groupe prin- cipal, secondairement divise. (1) Voyez la note de la page 255. i 2) Celles-ci subdivisees encore en sciences ethnologiques etpolitiques. (3) Ampere s'ecarte d'ailleurs ici, sous un point de vue important, des auteurs avec lesquels il est le plus ordinairem^nt d'accord. De ses sciences noologiques, c'est-a-dire des sciences humanitaires, tant pratiques que theoriques, et de quelques aulres brandies de nos connaissances qu'il y rattache plus ou moins heureusement, Ampere compose ce qu'il appelle un de ses deux regnes, c'est-a-dire une moitie tout entiere de Fencyclopedie. C'est altribuer a ce groupe une im- portance tres exageree. Tons les auteurs en onl ainsi juge, et Ton doit s'elonner qu'Ampere n'ait pas abandonne ses vues a cet egard, en voyant a quelles consequences il allaitetre conduit. Lavaleurdes divisions et t^ I . 1 1 1 J ■ l\ r i i 1 r h ; r J ' ■ ! M 'PWj m' I 1 i m I •i^ !■ \ I f \ ! •'»• f 1 I- I t I k « * M I 25/1 PKOLEGOJJENES, LIV. 1, CHAP. VI, divisions admises par M. d'Om d'Hailovetparpl ail microcosme (1), la derniere des trois classe 'S Blainville rapporte toutes iios connaissances us celui de sciences politiques, la cinqiiieme e des divisions principales, admises par M. Cour not parnii les sciences theoriques. I jatre groupes principaux on embranchemenl liqiies^ il n'en est done pas un seul auquel oi conduit par I'analyse, comparativement faite modernes. Et s'il est vrai aue la distribntioi devoir adopt y a quelques annees , n'avait ele encore pai des savants et des pi parties dans A, subdivisions etant exageree dans la meme raisoii que celle du groupe principal, il se trouve que dessciencesqui ne sont et ne seront jamais admises par personne, figurent dans les tableaux d'Ampere avec le rang de sciences de second ordre, quand , dans Tautre r^^ne, des sciences d'une tresgrande importance sont considerees comme etanl seulement de troisieme ordre, II en est ainsi, par exemple, de Tanalyse mathematique, de la mineralogie, de Tanatomie, de la chimie elle- meme, qui, par la, se trouvent placees hierarchiquement a cotede la lexwgraphie et de la mnemiognosie, au-dessous de la hihliologie et de Yhopltsmatique ! Plus rautorite d'Ampere est, en general, legitime et imposante, plus il est necessaire de dire qu'il s'est ici trompe, entraine par le desir de retrouver partout, et a tous les degres de la classification, ses quatre points de vue (voyez p. 258, note) et ses quadruples divisions et subdivisions. (1) Par opposition aux sciences relatives au macrocosme, c'est-a- dire a celles qui etudient le monde en masse et dans ses parties. h (Voyez Blainville et Maupied, Histoiredes sciences de Vorganisation, t. I, 1845 ; Introduction, p. xxj. ) ■-) %' 41 V CONCORDANCE AYEC LES TR4YAUX MODERNES. 255 siiis presque en droit cle la presenter comme la resultaiite de tons les efforts anterieurement faits (i). < " V. Les groupes fondamentaux ou embranchemenis ma- thesiologiques viennent d'etre determines au point de viie objectif : les considerations subjectives vont intervenii a leur tour pour les subdivisions. r II est encore ici des points siir lesquels tons les auteurs sonl d'accord, ct que Fori pent regar^er coinme mis hors de doute. Telle est la distinction, que deja nous avon^ re- (1) J'ai eii la satisfaction de voir les divisions que j'avais proposees en 18/ilj admises en 18i8 dans \es Programmes ofpciels des examens dans les Facultes des sciences, Paris, in-Zt (programmes que les noii- veaux decrets et arretesde 1852 n'ont nuUement modifies a cet egard). C'est sur la proposition de la Faculte des sciences de Paris, et de Favis dn Conseil de TUniversile, qu'ont ete instituees trois series d'epreuves pour la licence et le doctoral : la premiere pour les sciences mathemci- ■ * tiques; la seconde pour les sciences physiques ; la troisieme pour les sciences naturelles ^ c'est-a-dire pour les sciences biologiques; car la r mineralogie a ete reportee parrai les sciences physiques. En ajoutant aux trois groupes admis par la Faculte les sciences humanitaires ou sociales dont elle n'avail pasas'occuper, on retrouve exactement la classification quejeviens d'exposer: - Tout recemment, cette meme classification a ete en tres grande partie adoptee par M. Cournot^ comme on a pu le voir par ce qui precede. Ce savant admet avec moi, et sous les memes noms aussi bien que dans le meme ordrCj les sciences mathemafiques, pkysicines et biologiques. Apres celles-ci, M. Cournot termine I'encyclopedie par deux groupes, les sciences noologiques et symholiciues y el ]es sciences pal itiques eX Yhistoire.Ces deux groupes correspondent, mais non exactement, aux sciences philosophiques et aux sciences sociales^ f 4 t t t !! i t ,< i I vt I -\ ii i j i * I I 4 I ! ^ ^r St < ( ■ i? -1 t t. r - ^ 256 PROLEGOMENES, LIT. I, CHAP. VI. r connue d'lme maniere generale, entre les sciences es- r sentiellcment theoriques el nos connaissances appliquees oil pratiques (i)) distinction qui se reproduit danschacun des embranchements, et a laquelle ancune objection n'est opposee et ne saurait I'etre. Dans I'embranchement qui nous interesse plus specialement, quelle difficulte pourrait s'elever contre la division des sciences biologiqiies en theoriques et appliquees, c'est-a-dire , ainsi qu'on les nomme generalement, en sciences naturelles et sciences medicates et agricoles ? Parmi les autres branches de nos connaissances , la distinction des matkematiques pures ou theoriques et appliquees est devenue vulgaire ; et la division des sciences physiques et des sciences hu- manitaires en theoriques ou speculatives, et pratiques ou d' application, se presente tout aussi naturellement , et n'est euere moins ffcneralement admise. La difficulte 2 \. dans la de- ner a ces termination du rang qu'il convient d'assigner diverses subdivisions, dans I'expression des multiples rapports de ces connaissances pratiques, dans lesquelles Descartes (3), s'inspirant tres vraisemblablement de Ray- 4), voyait autant de fruits a Vextremite des mond branches de far^re de comparaison qui ten ait cience. Simple et : pte , a la fois, du (1) Voyez le Chapitre III. (2) Reserve faite toutefois de la determination des limites des divers groupes theoriques et pratiques. Ces limites sont parfois tres diffieiles k tracer; inevitable consequence de I'unite fondamentale des con- naissances humaines. (3) Voyez Chap V, p. 2 2Zu ^ , (4) Chap. II, p. 185. .V ;U ^: - - - - ^ -iq CLASSIFICATION OBJECTIVE ET PARALLELIQUE 257 h - F propre de ces coiinalssances, et du lien qui unit chacune d'clles a la science Iheoriciue dont elle derive. II etait dif- licilede mieux indicpier comment la disposition des fruits F i^nvVarbre encyclopediqiie, pour nous servir de I'image employee par Descartes , depend de la disposition des biYinches; comment la determination de I'lme devait I, (lonner implicitcment celle de Tautre. Malheureusement, personne, durant deux siecles, ne s'est avance dans la voie que Descartes avait si bien indi- quee a ses successenrs. II y avait deux genres de rapports a exprimer : les autcurs ont tons delaisse I'un pour s'atta- cher exclusivcment a l' autre ; ceux-ci, mettant ensemble ■t tous les fruits^ sans s'inquieter dc Icurs relations neces- saires avecles branches; ceux-la melant, dans unc union intime, par cela mcme confuse, les fruits ^voAmi^ avec \eii branches productrices. Les deux auteurs c|ui, dans les h temps modernes, se sont occupes avec le plus de succes de la classification des sciences, Ampere et M. Comte, ont M eux-memes ici comme leurs devanciers : le premier meconnaissant la diversite de nos deux ordres de connais- chaque instant; deTautre, etvoy d systemes essentieliement distincts et la division la pi generale que Ton doive admettre en mathesiologie (1). deux t inadmis s \ comme expressions des doubles rapports des sciences, on pent heureusement en concevoir une troi- sieme ou se trouvent reunis, sans leurs inconvenients, les (l)Loc. cit., t. I, p. 6iet 66 I. 17 r r Li m f I f4 \ \ K I ! ..£ i k I i 1 4r : L^^^^^^H 1 ^ ^^H^ 1 I,' ,4 V 1 A ^^H ■i w ■ t ?J J i F I V * f I I Ih- »I I I \ *! I « i M. it *■ ! ^ 1 1? 1, 1 i ► 1 1 * >. ^ ^ i^l^L i J 1 ■t I i 1 L f r 1 1 ^ r 1 ^ » w > i 1 II 1 1 f 1 \ 1 1 1 ^ * M 258 PROLEGOMENES, LIY. I, CHAV. VI. * ^vantages de toiites les deiix. Comment im esprit aussi pene- trant, aussi inventif que celui d' Ampere, et naturellement porte, plus qu'aucuu autre peut-etre, vers de telles con- ceptions (i), n'a-t-ii pas reconnu qu'il cxiste un moyeri de relier sans reimir, de distinguer sans isoler; un moyen r^ (1) Quand je trailerai, dans la suite de cet ouvrage, de la classifica- tion par series paralleles et de son application a rHistoire naturelle, je montrerai par des documents inedits ou peu connus que rillustre physicien avait coiripris, des 183 /i (deux ans seulement apres moi), la possibilite de cctte application; bien plus, qu'il avait essaye de la realiser. Dans la matliesiologie elle-meme, Ampere s'est montre, et autant qu'on pent Tetre, partisan de la classification par series paralleles : sa classification tout entiere pent etre dite parallelique ; elle est meme, dirais-je, trop parallelique, a cause de la symetrie parfaite que Tauteur a voulue partout entre ses divisions de divers degres. Cest ce qu'on reconnait facilement, si, au lieu de suivre Tauteur dans le dedale des innombrables sciences qu'il admet, on se borne a raettre en rapport ses divisions principales; par exemple, les divisions primaires et se- condaires dece qu'il appelle son premier ct son second regnes. Voici le tableau qu'il en donne lui-meme a la fin de la premiere partie: SC. COSMO- LOGIQUES. Premier rfegwe. Cosmologiques { Malhemaliques. propr. dites [ Physiques. Second r^snc. Pliysiologiqties \ Naturelies. *. Medicales. SC.NOOLG- GIQUES. (Noologiques i Philosopbiques propr ^dltes I Dialegmatiqnes , I Ethnologiques. y Poiitiques. Societies Si le parallelisme des deux series comprises dans ce double tableau ne ressortaitpasde sa simple inspection, je ferais remarquerque, selon Ampere, les sciences mathematiques et philosophiques, physiques et r dialegmatiques^ naturelies et ethnologiques^ medicales et poiitiques^ se J- correspondent d'un regne a I'autre, comme se rapportant respective- ment a ce que I'auteur appelle les points de vue autopticiue, crypto- ristique, troponomique, et cryptologique. ~ Voyez Ampere, toe. cit., Preface J et Observations, k la suite des exposes de classification, notamment, 1'^ partie, p. Zii. C'est la que les quatre points de vue sent deflnis et denommes. « i I CLASSlFICATlOiN OBJECTIVE ET PARALLELIQUE 259 d'exprimer a la fois ies rapports de toutes les connaissaiices theoriques entre eUes,(ie toutes Ies ooiinaissancespratiqiies entreeUes aussi, et dcs imesai'ec les autres?Ce nioyen, fort simple, est Feiiiploi de cette forme particuliere de classification que j'ainomineoen Histoire natarellepam//e- r lique ou pai^ series paralleles^ et dont 1 bien loin de se limiter a notre science. C'est un savant qui, a I'exemple d'Ampere, s'est livre r en meme temps a I'etude des mathematiques et a celle de la philosophic, et qui a fait a la classification des sciences d'heureuses applications de son double savoir; c'est M. Gournot qui a le premier, et tout re plove la methode parallclique en mathesio em- / fait \r ( ;res que j'essayais de realiser par moi pi mais sans doute d'une main moins fei de par A '2). Au ; pratii gner, comme M. Comic, M. Cournotles dispose collate- ralement a celles-ci, chacunc d'clles etant placee vis-a-vis de la science theorique dont elle derive; d'ou il suit que leur ensemble forme une autre serie , scnsblablcmcnt V (1) Essai sur les fondements de nos connaissances, L II, p. 265 el suiv. Voyez 'particulieremeiit le tableau syixoptique annexe a la page 269. (2) II etail impossible qifapres avoir conQU, il y a plus de vingl ans, le plan de la classification par series jmralleles, et en ayant poursuivi d'anneeen annee Tapplication aux sciences naturelles, je n'eusse pas eonyu lapensee deFetendre a la mathesiologie. Mais je n'avais rien publie sur ce sujet, lorsqu'a paru le remarquable ouvrage de M, Cournot. >^ '«' m J ^ r { t i I'i 5 I ^ J y -isi I :i. i I 4 i >. V I '* i i .i i if E ► « t + 260 PROLEGOMENES , LIY. I, CHAP. VI. ordonnee, composee de termes respectivement ana- logues a ceiix de la premiere , par allele. La classification mathesiolog pOLl\ dite et en dre de considerations au'v fait nir M. Cournot, est ce qu'on peutappeler bi-parallelique . C'est la serie de Descartes dedoublee ^ et neanmoins se presentant encore sous une forme assez pen complexe pom etre saisie des le premier aspect. effet Premierement / es principaux on embran- hements, coordonnes selon les relations objectives des qu'ils comprennent (1) ', embranchements , deux groupes chacun de secondaires, denx classes, subjectivement etablies , en raison de la diversite des buts ; c'est-a-dire, I'mie theo- \ riqtie, I'autre appliquee ou pratique. theoriques, supei ie, qui doit etre dite principa pratiques, de meme super posees, xonde serie, essentiellement subo et con / ou derivee. meme temps, chaque groupe pratique est jwa^ia/? au groupe theoi / • oupe s; (1) Cesquatre embranchements, outrq les transitions directes qui peuvent exister de Fun a Faiitre, s'unissent, comme on Fa vu plus haut(sect. n, p. 2/ii), dans la science une et supreme ou la philosophie. (2) J'ai essaye d'exposer aussi clairement que possible le plan de cette classification parallelique des sciences , ou les deux ordres de rapports qui les relienl sont exprimes par ces deux modes de rap- prochement, la superposition et la juxtaposition. m * / f 261 CLASSIFICATION OBJECTIVE ET PARALLELIQUE. juxtaposes se coiTespondent, rion seulement dans leur ensemble, mais aussi partie par paiiie, et pour ainsi dire, terme a terme et science par science : I'arpentage se troiivnnt a cote de la aeometrie ; la technologic chimi- la physiologic ; et le quatrieme em- que, de la chimie; la medecine, de pour prendre aussi un exemple dans branchement, la politique a cote de I'economie soci La classification des sciences en deax series par pent se ramener, comjTie il est fecile de le voir, f — construction tres simple , et dont Tusa familier, la table a double entree, si anciennement X ^ i 4 'k r Pour ne laisser ici aucune obsciirite sur un sujet difficile, je crois devoir mettre sous les yeux du lecteur un tableau qui resumcra synoptiqiiement ce qui vient d'etre dit. - ' ^ Plan de la classificaiion objective et parall61i<|ue des sciences SERIE GENERALE. (Qualre embranchemenis.) I. SC. MATHEMATIQUES. II. SC. PHYSIQUES. m. SC. BIOLOGIQUES. ' IV. SC. SOCIALES. PREMIERE SEPJEPARTIELLE. SECONDE SERIE PARTIELLE (Qualre classes.) (Classe I.) SC. MATH. TliEOKiaUES oil jmres.. (CI. I.) SC. PIIYS. THEORiaUES 'm ou SC. cosmologiques. (Quatrc classes.) (Classe II.) SC. MATH. PRATiaUES OU appliquees ," (CI. I.) SC. BIOL. THEORIQUES OU SC. naturelles. (CI. II.) SC. PHYS. PRATIQUES OU SC. tecMiologiques. (CI. I.) SC. SOC. THEORiaUES. (CI. II.) SC. BIOL. PRATIQUES OU SC. agricoles et medicales (Gl. 11.) SC. SOC. PRATIQUES OU SC. iJolitiques. Pour les rapports des quatre enibranchements avec la philosophie, vovez le petit tableau, p, 239. 1 t t ^ ^ _/ . I t hj ■ I L L r f ^i/ ^ i^ f r / i r i< ^ i. t ^ ;/ 1 :t ' \ I ■:] 262 ima 1 PUOLEGOMENES LIV. I, CHAP. VI. et si souvent employee par les a table mathesioloffiaiie. les sei tivement analogues se trouvcront sm obi r'lzontale. qui se ressemblent pa 3 /iO I doniiera graphique aussi de leiirs doubles rapports, une expressior nette que facile (2) . . ' (1) Chacun sail que la tahle de multiplication, celle dcs tables a double entree qui nous est a tons !e plus lamiliere, a ete attribuee a Pythagore. (2) EiUreles deux series paralleles que j\a(lmets aveclui, la serie theorique et la serie pratique, M, Cournot en interpose une autre, appelee par lui cosmologique et historique. Sa classification est done tri-parallelique, Ses vues a cet egard me paraissent devoir etre non pas rejetees, maismodifiees. Les sciences cosrnologiques et hisloriques de M. Cournot sont les memes sciences theoriqaes aussi, niais plus particulieres et plus descriptives, que M. Auguste Comle avait deja distinguees sous le nom de concretes (voy. Chap. V, p. 227, note 2). yoici, parexeriiple, comment M. Cournot dlvise etclasse les sciences -ff biologiques. vrmv^ ■K m \ ) I ft S. ^1 4 ti •. 4 ' . M i i is SERIE THEORIQUE. N Anatomie Embryogonie Teratologie Physiologie vegctale >^ « SEIUE COSMOLOCHQUE ET HISTORIQUE. SERIE TECIIXIQUE OU PIUTIQUB. BolanJqiic. Anatomic Embryogenie Teratologic Physiologic aiiimales Classification des vcgctanx. Palcontologic botaniquc. Phytotccbnie. f Sciences agronomiques Zoologic. Claysification ot distribution des animaux. taleontologie zoologique. Zoolecluiie. Elcve dcs animaux. Art vctcrinairc, etc. Anatomie Embryogenie Teratologie Physiologie . huaialues '. Anthropologic. Classification et distribution des races humaines. Hygiene. Gymnastiquc. Education phy si que. Pathologic. Clinique. Chirurgie. iPharniaceutique W^ UN RAPPORTS DES SCIENCES NATURELLES. 26S VI. r Si j'ecrivais un traite de mathesiologie, et non les sim- ples prolegonicnes d'uric Histoirc natiirellc generale, que F de divisions secondaires et tertiaires, que de subdivisious je devrais raaintenant introduirc d; encore, de ]a classification qui vii d res, vides escjuissee ! Amp admettait 32 sciences du pi mier ordre, Qk du second et ci : group es pcllcnt fi Qui osera penetrer jusque dans Ics derniers replis de dedale dont Ampere lui-meme s'est contente d'eclairer pales ■) Pour moi, ici du pas meme tenter . les pas fe but J'ai atteintle seal but que je dusse me proposer; les fnic i'essaierais de faire encore ne })Ourraient que m'en c'etait la determination du rang que doivcnt occuper les sciences naturclles dans la bierarchie des connaissances humaincs ; celle de leurs rapports me- dials on immcdiats avcc les autres sciences, soil logique- 4. ^ 11 y a sans nul doute, entre ce que M. Cournot appelle, ses series theorique proprement dite et cosmologique, des rapports de paralle- lisme ; mais ce sont 1^ des rapports d'lm ordre inferieur, dont il suffit de tenir compte dans Tarrangement des subdivisions. En d'autres ternies, la serie theorique (comme aussi la serie pratique) pent etre secondairement fractionnee, et, en quelque sorte, de nouveau dedoublee; mais elle doit d'abord, au point de vue de I'ensemble, etre consideree comme une. (1) Loc. cit., L I, p. 29. % ; * ^ . '.* i i. ft ■!< I Wt // ^^ i I f ti ".J I ' ! ■I- ! ' I F J 1 f ■ 1 1 II I 4 I ; I- f J 3 ■J 4- i^ » f» Ht P I t » 1' r 26/|- PROLEGOM^NES, LlV, I, CHAP. VI. ment anterieiires ^ et dontelles deriventnecessairement, soit posterieurcs, et dont elles-memes a leur tour foiirnis- sent les antecedents logiqucs . Determinations indispensa- bles an debut de ce livre ; car par elles se trouve nettcment tracec a I'avance la voie ou nous devons nous avancer. Tels sont les rapports hierarcliiques d'une science et ses antecedents logiques, et telle sera sa methode. Resumons, avant de terminer, quelques unes des con- quelles nous somme s biologiques, dont partie, disons pi parti e fondamentale, out leur place mar physiques Iwmanitaires ou Celle puicnt sur les premieres. Tel est, logiquement, leur ordr de fdiation; tel aussi, historiquement , I'ordre dans lequc devait s'opercr leur developpement, dans lequel en efft il s'est opere et se pOursuit encore. Notre classification exprime ces relations en disant qu les sciences physiques Constituent le second embranche ment mathesioloffiauc , les sciences biologiques le troi quatrieme .ILn placan c premier embranche ^ lassification indiq rapports de ces sciences avcc toutcs les autres : rapports r immediats avec les sciences physiques;, aussi leur sont- clles directement et trcs efficacement applicables ; rapports seulement mediats avec les sciences biologiques et liumani- taires j aussi n'ont-elles plus sur celles-(i qu'une action indirecte et de plus en plus affaiblie. Il l> .1 H r i V" \ r I RAPPORTS I)ES SCIENCES NATURELLES. 265 aieiit, dan lo human itaires ne sont pas les seules qui , sciences naturellcs, leurs antecedents ag oup coles. Mais ici les rapports soni: beau^ et d'un autre ordre. Gc ne seraitpas assez de dire que les sciences medicales, la zootechnic, I'agricuKure s'appuient sur les sciences naturelles; elles sont, en c[uelque sorte, ces sciences elles-memes, prises a un point de vue diffe- rent, et developpees dans les parties ou elles peuventnous etre directement utiles. En termes plus precis, les unes et les autres so confondent pbiectivemen es ni d ubiectivement .V La classitication exprime ces rapports, non plus seule- jnent immediats, mais intimes, en disant que ces diverses sciences constituent, dans un sent el meme embranche- meHt.deuxgroupes secondairemcnt distincts : d'uneparl, les sciences biologiques theoriques on sciences naturelles^ la botanique, la zoologie, Fanthropologie ; de I'autre, les sciences biologiques appl medecine. I'agriculture , la On voit que dans les sciences naturellcs, et particuliere- ment dans leur derniere et plus haute branche, Fanthro- pologie, se trouvent en meme temps les antecedents logi- ques, d'une part, des sciences humanitaires, de I'autre, dcs sciences medicales. Theoric[uement et pratiquement, toutes les sciences biologiques (X)nvergent done vers I'homme. f Mais elles ne s'y arretent pas. Par la connaissance de la creation, elles s'elevent iusau'au Createur : elles aboutis- bi I. connaissances 17. n t u I i if !! * t L i i f 4 IS I >1 f f J 1^ I ^ ;1I ^ I r 1 L ■ I ' / L I I ^ 1 . * 1 / 266 pROLliGOMENES LIV. I, CHAP, VI. hiimaines : elles viennent se confondre par leurs som- r mifosi rinns In science WW dont I'etre iin et divin est le supremo objet. La philosophie naturelle, seloo la juste et heureuse denomination que I'usagc a consacree, est eneore du domaine du naturaliste : elle est deja de eelui du pbilosophe. \ /^ ■1 / 4 t r I N w f ■^ t J i \ ^-^ ^. ) r ** i I A / ( I- M I l| "I I >^ • . \ . ■ A* V V ^ - *^ ^ 4 » \ N V\/\/\/\/VWVW\/UVV\/ \y\/\/V W \A/V/W\/W\/\/ LIVRE II. DE LA METHODE, I i DA^S SON APPLICATION AUX SCIENCES NATURELLES. On enteiid le plus souvent par Methode, en Histoire nuturelle, « une distribution des etres de meme nature en » plusieurs divisions, servant a les faire reconnaitre avec » plus de facilite »; « sorte de dictionnaire ouFon part des » proprietes des clioses pour deeouvrir leurs noms. « Ainsi s'expriment, d'une part^ I'ouvrage qui represente par excellence, et pour ainsi dire officiellement, I'etat de la langue scientifique aussi bien que de la langue vulgaire (1 , et de Fautre, le livre qui a si longtemps fait loi pour les ^ m zoologistes, le Regne animal de Cuvier (2). Dans les autrcs sciences et en philosophic , le mot Methode Siim sens beaucoup plus general. C'est, suivant une definition souvent reprocluite , « I'art de combiner les » moyens a I'aide desquels la verite pent etre decouvertc » ou demontree ; » en d'autres termes , V ensemble des procedes intellectuels a I'aide desquels il nous est donnd / • J / de deeouvrir etde demontrer la verite. frauQ t. II, p. 199. — CeUe edition merite d'autant mieux d'etre citee, au point de \ue qui nous occupe ici, que les articles d'llistoire nalurelle y ont ete rediges ou revus par Cuvier. (2) Premiere edition,, p. 9; deuxieme, p. 8. I I It f^ f ] t .1 V ■ i «t| ^ ^1 I 1 I 1 \ 1 T. I 1 ■ II \ ti H \ I i ■ 268 PROLEGOMENES, LIV. II Suivant cette derniere definition , ce qu'on a appele Metliode en Histoire naturelle n'est , en realite , qu'une partie de la metliode : la methode appliquee a la distinction et a la classification des etres, a la connaissance des faits. Methode partielle pouvait suffire et de\' moyen de a me- prevaloir dans une premiere epoque de qo'on faisait de Tobservation notre seul naitre, et de la classification naturelle le termc de nos efforts, Videai auquel i' Histoire naturelle doit tendre (1), il est clair qu'on devait voir dans I'art d thode par excellence, la methode tout entiere. Si, an contraire, I'Histoire naturelle doitetre, ainsi que la concoit I'ecole moderne (2), la science des lois aussi bien que des ftiits de I'organisation, la methode, agrandie comme la science elle-meme, redevient ce qu'elle est en logique, en mathematique, dans toutes les autres branches de nos connaissances : L'ensemble de nos procedes intet- lectuels. Des lors ce qu'on avait appele la methode n'est plus qu'un de nos procedes ou de nos movens de decou- de demon sti pplicable des ordre determine de questions ; une des formes, un cotes de la methode, dont I'importance reste et sera tou jours tres grande,mais sans qu'on puisse desormais le con siderer, ni comme exclusif, ni meme comme predominant - G'est a ce dernier point de vue que nous nous place^ rons dans la suite de ce livre : il est le seul que puisse ad mettre I'etat present de la science. (1) Voyez le Chap. II de ce Livre, sect, m et vm. (2) Ibid., sect. VII et ym. ! i^ .'^ K i ^ I y X i m v/vvxyv v\/\>'%y v/v\/''w/'W''w\/"W'\/v\/\/\ <\/\y\y\/ CHAPITRE PREMIER. DE LX METHODE , r- DANS SON APPLICATION AUX SCIENCES NATURELLES. >-■ / \. SoMMAiKK. — I. Considerations preliminaircs, — II. Riippurts nccessalres entre revolution des sciences naturelles et celle des sciences physiques. — III. Consequences relatives au perfectionnenient dc la methode en Histoire naturelle. - — IV. Etat present dc la quesfion. I Sans la methode, point de science ; et dans toute science, telle est la methode, telle la science elle-meme. La me- thode, comme I'a dit Laromigiiiere, estV instrument de res- prit (1). C'est par elle qu'il decouvre et demontre; et le principe de sa force, comme la cause de sa faiblesse ou de seserreurs, est surtout dans la rectitude, I'insuffisance ou le vice de la methode qu'il emploie. Nous admirons trop Des- cartes pour expliquer avec lui (2) sa superiorite sur le com- I ) (1) LsQons dephilosophie, I''^ partie, legon i'*' ; 2^ edit., 1. 1, p. 57. — « Un enfant, aided'un levier, remarque le meme auteur, p. 55,eslplus )) fort qullercule livre a sespropres forces. Celui qui coanait I'artifice » des chiffres etonnera le genie d'Archimede, si Archimede necalcule )) que dans sa lete ou avec ses doigts. » La methode est comme Varchitecture (ou mieux, comme Varchitecte) des sciences, dit Jaucourt, article Methode de VEncyclopedie metho" dique, Grammaire et Utterature, t. 11, p. 546. (2) Premiere partie du Discours de la methode. •i. V I A. V I i 1 i <^ 1 I i I,' ■1 » :# i \ r *■ »t ^ 1 \ ^ « f itt to fj >tt J -. ■* > i 1 i ^ 5 ^ I 270 PKOLEGOMENES, LIV. II, CHAP. I. ■/ mun des hommes, par les regies etles maximes dontil s'e- ' ■ clairait dans la recherche de la verite; mais le genie lui- meme, s'il dcvance parfois la methode, ne saurait man- quer bientot, sans elle, on de s'arrcter, ou de s'egarcr. Ameliorer la methode, a.jouter a nos moyens de coimaitre, c'est done faire autant, plus pciit-etre, que d'ajouter a nos connaissances (1) : Bacon, sans avoir fait lui-meme au- cune decouverte importante, n'a pas etemoins son siecle, il ne Test pas moins aux yeux de li que Galilee, que Kepple c Les logiciens ont dit souvent que la methode est ton la logique. Elle est le fond meme de la philosophic, ajou- terai-je avec le savant tradiicteur de la Psijcliologie d'Aristote (2) ; et c'est pourquoi, dans les temps modernes comme dans Fanhquite, on ne saurait citer un scul grand nom en philosophic, auquel ne puisse se rattacher le sou- J venir d'une reforme ou d'un progres dans la methode. Et s'il existe dans cette science superieure plusieurs ecoles rivales etadverses, c'est surtout parce qu'on y a concu plu- rcchercher et de demonti di des aspects particls et divers la methode generate, pom philosoph )hilosophie dont Pytha (1) « Dans toutes les sciences, la connaissance dc la methode employee n k troiiver les verites est pour ainsi dire plus precieuse que celle de ces r • J r )) verites meme, puisqu'elle renferme le germe de cellesqui restent a )> decouvrir. » (Condorcet, Eloge deLieutaiidyAms les Eloges des Aca- demiciens, edit, de 1797, t. II, p. 221, etdans les OEuvres, t. II, p. 398.) (2) Barthelemy Saint-Hilaire, article Methode du Dictionnaire des sciences philosophiques ^ t. IV, p. 263; 1839. I >■. >.i*y r I I I MliTHODE DES SCIENCES NATURELLES. lyait deja maitre, mais qii'apres tant de sied 271 nous cherclions a notre tour, et que nos successeurs ■ doute longtemps encore : car c'est par derniere et supreme (1), fei doit etre iamais fei e des connaissances tiumaines. I 4 If. L'Histoire naturelle, lieureusement, n'a pas besom que philosopliie se soit definitivement eonstituee et comple- % pour trouver sa vraie oietliode, et se eonstituer elle- '^me. La science de Platon et d'Aristote, de Descartes et Leibniz, telle ciue Font faite ces erands hommes, s'est sur e - dii nioins assez rapprocliee du but, pour indiquer ment a ces sciences partielles, qu'elle relie deja en atten- dant qu'elle les unisse, la voie on elles doivent s'avancer, chacmie aleur tour, et selon une marche rigoureusement I T \ determinee par ieurs relations reciproques : les sciences physiques a la suite et a I'aide des mathematiques ; les sciences naturelles apres les sciences physiques, Ieurs ini- iiatrices, Ieurs tutrices necessaires, comme elles-memes le seront des sciences medicates et des sciences humani- taires. Admirable succession de progres dont le genie de ( pielqucs uns et le travail de tons ont pu et pourront acce- If^vf^r If mnnvement- mais non intervertir I'ordre general, ique, (H)mme on I'a vu dans le premier T 1) Voyez Liv. I, Chap. YI, p. Wi f L > T ^ f 1 It k • ■ ■ 1 i ?-^ / I ii' ii r 9 f t k t i1 ■ i* i. ■i \ « * «Hi III ■ i i c ^ 272 PROLEGOMENES, LlV. H CHAP. I. ; Prolegomencs (1), avec la hierarchie ratiormelle de nos connaissances, et des lors, logiquement invariable dans son ensemble (2). Dans ccttc evolution graduello de 1 'esprit humain on chaque science prend, snr son antecedent logique imme- diat, un appui qu'elle rend plus tard a la science suivnntc. des progrcs deja accoinplis, et de c de Pl prendre d plus en ce momei relle fS des de la methode par la notion ( K_ _ du -\ bien prepare, et ou ne pent se faire longtemps attendi solution qu'indiquent deja de precieuscs analogies. , Quels sont Ics antecedents logiqnes de I'Histoire On physiques. Tout en subis fluence de la philosopbie qui domine toutes les connais- sances humaincs, et des matliematiques qui en ouvrent si magniliqiienient Ic cercle, c'est done aux sciences phy- siques que I'Histoire naturelle est essentiellement subor- donnee; c'est d'elles nn'HIo vc^onW rliraofo..^o..+ .^^ ^ ...1 I i i. t ^ (1) Ctiap. V, p. 233, et Chap. VI, p. 2Zi6. (2) Ce qui ri'exclut pas quelques exceptions partielles, presque toutes facjlement explicables paries circonstances oii dies se sont produites.. (3) Et plus generalement, dans les sciences biologiques. ' 1 1 \ Ii ■l H T-Ei-i ^ n ~ >:.#v: u MfiTHODE DES SCIENCES NATUHELLES. 273 (les sciences physiques, ;lobc terrestre, objet princip itraine dans son mouvemei t dn domaine du naturalist r premier embranchement / . / pour celles du second, celles-ci sont appelees a I'etre pour eelles du troisieme ; et il viendra un jour on Fhistoire du perfeetionnement des sciences physiques par I'interven^ tion des mathematiques, et celle du perfeetionnement des sciences naturelles par I'intervention des sciences physi- ques, seront deux chapitres tres semblables, etegalement ^ 4 admires, de I'histoire de I'esprit humain. III. Les sciences mathematiques ont exerce sur les sciences physiques une double influence. Elles leur ont prete le se~ cotirs de leurs theories^ si heureusement applicables a la coordination et a Fexplication des resultats partiels, a leur enchainement par des lois simples et fecondes. Elles leur ont donne, de plus, Vexemple de leur methode, ou plutot leur methode elle-meme dans ce qu'elle a de plus general ; c'est-a-dire,selon les expressions memes de Descartes(j ), I'art de parvenir aux plus difficUes demons Irations par de longues chatnes de raisons toutes simples et faciles. Et c'est a mesure que ces theories et cette methode, des sciences purement abstraites auxquelles elles appartenaient (1) Discours de la methode, 2' partie; edition de M. Cousin, t. II, p. i/|2. T. J8 if I 4MI 'I ^ I \. !►■ ^"^ ^' t- f,'. ik M r / J' w* 4W :t- I ' !S I 1 ► 1 i i ') t1 I i t 1 4^ ! fi \y 4 'A* 1 i V 274 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. I. d'abord en propre, se soiit eteodues a toiites les sciences physiques, en renouvelant d'abord I'esprit pour les renou- veler bientot ellcs-memes; c'est dans i'ordre ouchacune a subi Taction de ce double progrcs , que I'astronomie d'abord, puis la physique, la chimie, la mincralogie, et de nos jours, la geologic, ont rcvetu un caractere verita- biement scicntifique, ct se sont constituees ou ont corn- bases defm des pretendre etablir entre leur evolution et cclle dei: physiques un parallele dont Fun des termes ma core en si grande partie, ne pouvons-nous, du r saisirquelques traits ?Nesommcs-nous pas rationi conduits a cherchcr de mcme, dans une double avec les sciences anterieiires les plus prompts de constituei bases definitives ? Double allii moyens les pi appui de theories, heureusement apphcables a 1 lation et a I'exphcation d'une multitude de feits et d pie d'une methode q fond et a vrai dire, ni la methode phv thode mathematique, mais, P ethode ique;h methode de toutes les sciences dcia par effet de developpem diversifiee dans ses formes et ses conditions seconda selon la variete des applications qu'elle comporte. Ce ne sont la que des previsions analogiques, c'e dire des indications, et non des preuves. Mais de previsions, une partie est deia pleinement iushfiee. : N 1 I 4 ^ m. , M- ^r- *^ f r I* METHODE DES SCIENCES NATURELLES. 275 liance des sciences physiques, quant a leurs theories, et des sciences naturelles, est depuislongtempsconsommee, et il n'est pas un physiologiste, pas un vrai naturaliste qui n'en apprecie le bienMt. Plus on en resserre les liens, plus les fruits en sont heureux. Lc raouvement de la science tend aujourd'hui de plus en plus a ramener les faits bio- logiques a des iois physiques, comme autrefois, les faits physiques a des Iois mathematiques; et le moment n'est pas trcs eloigne ou la physiologic tout entiere,les fonctions exceptees du systeme nerveux, meritera ce nom de phy- ile et vegetate ou de physique organique, ngtemps porte chez les anciens, qu'elle portait le xvni" siecle, et qu'elle n'a completement sique dans perdu que de r enfm le iustifiei de physiques peu ofitable au second point de vue, celai do la methode, nous ne saurions le dire : n'y a pas de communes mesures pour ce qui est el pour c ^lais ce que nous pouvons, des present, affirmer, c'est que, du moins, les consequence possibles de ce second genre de progres sont d'un ordi bcaucoup plus general. Jusau'ou devront s'etendrc cos lecondes appl tions des theories de la pesanteur , du calorique, de la capillarite, de I'endosmose, des vibrations sonores et lumineuses, de i'electro-magnetisme, des affmites chimi- qiies, qui ont donne la clef de tant de phenomenes organi- ques jusqu'alors inexpliques, et pour la plupart juges inexplicables ? Elles seront, sans nul doute, poursuivies 1 t i ^i i n m K r. 4 I V 'i - H i '( 1' \. 4 i ■• I J It h ^ n i *» i nft ii I m 41 »• J 1 i I i-^ M ii 1 ml 276 PROLEGOMENES , LlV. II, Clikl'. I. ; beaucoup plus loin encore ; car un moiivement aiissi rap que pres de teindront jamais tous les ordres de phenomcnes biolo- giqoes; elles ne parviendront pas a faire de toutes les branches de I'Histoire naturelle une suite d'applications et de corollaires de la physique et de la chimie ; pretention tenement exageree , chimere tellement absurde, que, mal- gre un mot celebre de Descartes contre les philosophes(i), on n'en citerait pas un seul, et a plus forte raison, pas un naturaliste , qui ait jamais ose ou qui voulut aujourd'hui s'enavouer le partisan. Heureusement, les limites ou s'arrete I'application aux faits biologiques des theories et des lois de la physique et de la chimie , ne sont pas celles des rapports des sciences physiques avec THistoire naturelle. II est uncoteparlequel celle-ci pent encore ressentir efficacement leur influence, la methode ; et ici, si faibles que doivent etre d'abord les progres obtenus, si faibles qu'ils puissent roster toujours, ils vaudront du moins par leur general! te. Comment conce- voir un perfectionnement de la methode, sans un perfec- de branche, mais de la science elle-meme? En sorte que, cette Ibis encore, les sciences physiques seraient un jour a I'Histoire naturelle ce que les mathematiques ont ete et sont aux sciences physi- ques, ou, dans quelques branches seidement, elles reus- f (1) « AyaiU appris des le college qu'on ne dolt rien imagloer de si « etrange et de si peu croyable qii'il n'ait ete dit par quelqu'un des « philosophes... » (Descartes, loc cit. , 2' partie ; edit, de M. Cousix, 1. 1, p. 138.) % ' ■> H f >t ^ J ^ «- I- » ^ b- - •9 METHODE DES SCIETsCES NATDIIELLES. 277 par les plus sublimes applications qui en aient jamais ete faites, a coordonner, a relier geometriquement les resultats partiellement obtenus ; mais ou elles sont par- tout, et la meme ou leurs theories, leurs lois et leurs for- mules ont le nioins penetre, les sources cle cet esprit de precision et de rigueur, de cette methode sure et puissante, dont la geometric reste le plus parfait modele, mais dont heureusement clle perd de plus en plus le privilege (i) 1 I I f i 1 ^ '} IV. Est-il bien branche ppclees a particip de reforme et de progres, qui, graduellement propag de la mathematiq (hysiques, vient d'atteindre jusqu ence , iusqu'a ces derniers temp )j (1) Ce privilege que Pascal, Pensees, part. I, art. m, reclame pour elle, meme a rexclusion dela logique. « La methode dene point errer, ■t » dit-il, est recherchee de toutlemonde. Les logiciens font profession d'y conduire, lesgeometres seulsy arrivent. » Chacun salt que Platon avail fait placer k Tentree de rAcademie cette inscription : « Que persoune n'entre ici sans savoir la geometrie ! » N'etait-ce pas dire sous une forme ingenieuse, que la geometrie, ce type par excellence de la methode scientifique, est notre introductrice necessaire dans toutes les autres sciences? C'est aussi la geometrie, qui est presentee comme le type de la methode scientifique par Aristote, Analytica posteriora, I, i et xiv. f t '^ n \ ) i » %- V ii \'. < " -'^ ^ L f. .f . ■- t I I w f ^' -^ J Eit ^ I *:■ I^S f; n t I ^ Ml 1 278 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. I. / • himei difies dans toiites? Le memo e metliode generali i>pIication, dolvent espi les nieines b iin jour de vue lomqiie ccttc ncnsee liardic d losoplie modcrne? cc H n'existe qu'iin seul du vrai (i). )) Si le but oil sont parveiiues les sciences dc i. pre- miers embranclicments est celui ou tendent cclles des deux dernicrs, celles-ci s'yavancent, dumoins, d'un mou- vement tres inegalcment rapide, les sciences naturelles laissant bien loin derriere elles les sciences medicales et surtout les sciences sociales ou humanitaires. Dans toutes ces sciences, des dissentiments sur les questions fondamen- tales, sur la question dc la metliode aussi bien que sur les autres, avaient cree plusieurs ecoles profondement sepa- rces. En medecine, et bien plus encore, en economic sociale, en politique, les dissentiments sont encore ar- I f i i I - y m II ]L ifr m I w (i) MadenioiselleSophieGERMAiN, Considerations qenemles surTerMt des sciences et des lettres aux differentes epoquesde leur culture, iu-8, 1833, p. ZiO etsuiv. — Des ieiir naissaiicc, dit mademoiselle Gern]aiii, » p. Ixl, les sciences mathemaliqiies ont offert a Fesprit huiiiain Feii- » tiere realisation de ce type du vrai. » Ce reniarquable ouvrage d\une femnie egalenient distingiiee comrae geometre et comme philosophe est consacre en grande partie an de- veloppement de la pensee que je viens de rappeler ; pensee que je i^o saurais d'aillcurs admeltre avec toute rextension que lui donue Tauteur. On ne doit pas oublier, en lisant ce livre, que mademoiselle Germain a ete enlevee a la science avant d'avoir pu Tachever et le revoir. De la quelques exagerations ou lelecleur doit voir bien pkitot le motif d'un regret que d'une critique. w «ki 7f M^THODE DES SCIENCES NATllRELLES. 279 dents, les ecoles irreconciliables. En Histoire naturelle, an contraire, les dissentiments s'eteignent, les ecoles se rapprochent de jour en jour. La science marclie depuis longtcmps, et maintenant a Cuvier, Schclling, Geoffrov grands pas, vers Fumte. e, soutenaient, chacun contre les deux aiitres, des vues thcoriques radi- calement opposees : en fait, et dans la pratique, Cuvier ct Geoffroy Saint-Hilaire ont souvent ete entraines, force des choses, dans les memos voies; Schellin par eut cru de\' descendre des hauteur idealisme transcendantal, s'y fut rencontre avec €ux ; et aujour- d'hui, les disciples de tons trois s'y nielent, s'y unissent de plus en plus. Et o'est ce qui a lieu surtout pour la methode. Peut-on aussi, en Histoire naturelle, pour employer les expressions de Descartes (1), peut-on, conduisant ses pen- sees par' ordre, parvenir a de difficiles demonstrations^ par one suite de raisons toutes simples et faciles^ encliai- nees a la maniere des aeometres ? La methode des sciences anterieures peut-elle se pMer aux donnees particuheres des sciences naturelles? Devons-nous essayerde I'y intro- duire, et, pour ainsi dire, de I'y naturaliser? Et est-ce par ce progres qu'elles peuvent arriver a s'etabKr enfm sur leurs bases definitives, a se constituer? A ces questions, Cuvier et Schclling, par des motifs eontraires, rcpondent : Non. Geoffroy Saint-Hdaire a deja, en partie, repondu : Oui. Mais Cuvier se refute lui-meme, en faisant, a I'aide de t^ \ ;/ ,1 / ? \ \ \ t ^1 J / f L !/ •* (1) Voy. p. 273 f i I tl I :! IPI >' »l n*l 14 ^80 I'RoLilGOMfeiNES, LlV. 11, CHAP. 1. la metliode qu'il recuse, d'admirablesdecouvertes, devaiit lesquelles la sienne lui commandait de s'arreter. Gelle de Sehelling, si large qu'en soient les bases, reste impro- ductive, tant que Ton s'y tient slrictementrenferme. Et c'est pourquoi les disciples de ces deuxmaitres, etendant I'uue, reformantr autre, viennent bientot se rencontrer(l), avec ceux de Geoffroy Saint-Hilaire, surle seul terrain ou I'His- toire naturelle puisse etre a la fois prudente et positive^ comme la voulait surtout Cuvier , hardie et grande , comme la concevait Sehelling. Fait capital dans I'histoire de la science , et que nous devons nous efforcer de mettre en lumiere, en resumant, des a present, dans ce qu'elles ont d'applicable a la me- thode, les vues des trois chefs d'ecole. (1) Se foudre, commMnier, a dit M. Victor Meunier, dans un passage remarquable de son Histoire philosophique des progres de la zoologie gmerale, Paris, 18ZiO.(Voy. Disc our s preliminaire, p. 80.) ■il I II \ Mi A% •A il HI * *: wsam^ * • •w'^vx^v \y V \^\/\/-^\j'\y\j\y\/'U\j-\./\/'\/-'^ \/\y ^y\/\/^•^/ \/\./\^\/ V \y m r i, ^ \ ■*<> if CHAPITRE II DES TROIS ECOLES PRINCIPALES EN HIST OIRE NATURELLE ^ ET DE LEURS VUES SUR LA METHODE. ^OMMAIP.E. — I. Parallele des trois methodes et des trois ecoles. ^ II. Viies de Guvier dans sa jeunesse. III. Expose des vues definitives de Cnvier et de son ecole sur I'ensemblc de la science et surla metliode. F IV. Caractere et influence de la Philosophie allemande de la nature. Accueil fait en France aux travaux des Philosophes de la nature. — V. Expose des vues de Scliellin^ F et de son ecole. VI. Sources de I'esprit nouveau de la science. Ecole philosophique frangaise. — VII. Ex- pose des vues de Geoffroy Saint-Hilaire el de son ecole. — VIII. Refutation des objections de Guvier. IX. Resume, ' I. Pourquoi,en Histoire naturelle, trois ecoles principales, celles dont Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Schelling ont ete les chefs dans notre siecle , et dont ils restent les principaux represeotants? C'est parce qu'on a concu trois manieres, fondamenta- lement differentes, d'etudier la nature et d'en penetrer les mysteres. Autant de methodes, aiitant d'ecoles : En premier heu, i'observation (1), c'est-a-dire I'etude directe de la nature, dans tous les phenomenes , dans I I (i) Soil Fobservation proprement dite, soit rexperience qui n'est que V ohsevxsilion preparee, et faite dans des cireoustances speciales (Voyez p. 20^/ L 18. 4: J I } 1 i 4 , H V. f *■ i ( .1 '/, / \ * ,* ^ ^ \ r 4 i 11 jh i t I J I ^ ^ I ii I i M I S il iW 4 mn- t?l i» u 'J. IS K V l|*^ 1 > ruii i» : I Hi m. i II :y| i-^ ; V / ■ l^kOLEfiOMENEg, LlV. Il, CHAP. It. loiites les manifestations accessibles a nos sens ; d'ou la eonnaissance des fails. En second lieu, I'observation, et, de plus, apres et par elle, le raisonnement, d'ou la eonnaissance des faits, et, aide de ces fails i-^n e. En troisieme lieu, le raisonnement, d'une part; de I'autre, I'observation-, d'ou, en meme temps, la eonnais- sance des lois de la nature, deduites, independamment des fails, de prineipes metaphysiques preetablis; et parallelement, la eonnaissance des faits (1 Pour les naturalistes de la premiere ecole, la science est essentiellcment une histoire, Vliisloire de la nature, dans le sens special de ce mot. Elle est I'expose descriptif et methodique des faits . Pour ceux de la seconde, elle est, de plus, la eonnais- sance de leurs rapports generaux et de leurs lois. G'est ime histoire raisonnee de la nature qui pent en devenir la philosophie positive. Pour ceux dc la troisieme ecole, elle est a la fois une histoire et une 'philosophie de la nature : deux sciences, i comme ils le discnt, dans une science ; la premiere seu- lement empirique et accessoire, la seconde purement rationnelle et fondamentale ; sciences parallelement deve- loppecs, et reciproquement independantes. (1) On pourrait concevoir encore le raisonnement comme seul moyen de decouvrir, et la eonnaissance des lois comme objet unique de la science. Parmi les disciples de M. de vSchelling, quelques uns ontsemble voir la science tout entiere dans cette metliode et dans cet ordre de resultats, et pousse aussi loin que possible la negligence etlededain des faits. Mais c'est ici I'abus extreme de la doctrine du rnaitre, abus qui tontefois en clecoulait natiareJJement. A - v^ PRINCIVALES ECOLES BIOLOGIQUES ^83 i Quicoiiqiie definil: I'Histoire natarelle seulement ime science de fails, doit, s'il est consequent avcc lui-meme, adopter la premiere methode. II est de la premiere ecole. Les naturalistes en etaient autrefois pi'esque tous. Mais Cuvier a ici tellement surpasse scs predecesseurs, et surtout , dans une epoque oii se posaient , en face de I'ancienne methode , les vues plus hardies de Schelling ■-fc et de Geoffroy Saint-Hilaire, il I'a, contre eux, si enei giquement defendue , qu'il se Test en quelque sorte ap propriee : il s'est constitue, il restera le representant par excellence de 1' ecole qu'elle caracterise. C'est done dans les ouvrages de Cuvier que nous devons etudier les vues de la premiere ecole, commeles doctrines opposees dans les ouvrages des fondateurs des deux nou- velles ecoles, Schelling et Geoffrov Saint-Hilaire. Dans le resume qui va suivre, je m'attacherai a repro- duire aussi fidelement que possible, non seulement les pensees des deux naturalistes frangais et du philosophe allemand, mais les expressions elles-memes dont ils les ont revetues. Autant qu'il sera possible, je n'interpreterai pas, je citerai. II. Entrc les vues de Cuvier jeune et a i'entree de la car- J riere, et les doctrines qu'il a professees et defendues dans son age mur, la distance est immense. La hardiesse poussee jusqu'a la temerite, tel est Cuvier lorsqu'il debute enHistoire naturelle(l); la prudence portee jusqu'a (1) Citons du moins, comme exemples, deux passages ecrits par Cuvier, I'un en 1795, I'autre en 1796 : ] - * f * i i %i I 'i \ T I \ f u ^ A. I y I * f H -I ^ : S I h * 11 I- 'I It i ji \. m f ) i^)fi i :;i « it JI y > - hm ^ I. t '::il 284 PliOLEGOMENES, LiV. 11, CHAl'. it. la cii'conspectioii la [)liis extreme, tel il est plus lard , et surtoot vers la fin de sa vie. il semble d'abord qu'un autre Buffon va se lever dans la science ; au terme de ses tra- vaux, c'est Daubenton qui reviten lui ; et Goethe en a fait, il y a vingt ans, la remarque (1), dans ce celebrc parallele des naturalistes francais qu'il ecrivit presque sin^ son lit de mort (2). Pans ces glorieuses annees de sa jeuncssc, a laquelle se rapportent a la fois les travaux de Guvier sur les MoUus- ques, son Anatomie comparee et ses premieres recher- r ■ ches sur les Fossiles, tout ce qu'il a fait de vraiment neuf, tout ce qu'il a cree de vraiment grand (3), qu'est-ce poui lui que rtlistoire naturclle ? Une science placee sur la limite qui separe les sciences depiir raisonnement des « Dans ce que nous appelons des especes ne faut-il voir que les » diver ses degenerations d'un meme type? i> {Histoire naturelle des Orangs-Outangs , par Cuvmii et Geoffroy SAmr-IIiLAiRE , dans le Magasin encyclopediqtie, V ann., t, HI, p. /t52.) « Qu'on se demande pourquoi on Iroiive tant de depouilles d'ani- » maux inconnus,... et Ton verra combien il est probable qu'elles ont » appartenu k des etres d'un nionde anterieur au notre...; etres dont ■» ceux qui existent aujourdlmi ont rempli la place pour se voir » peut-etre un jour egalement detruits et remplaces par d'autres, » /•' dans les — I — ' Memoir es de VInstitut national, t. 11, p. 21.) (1) Mais sans la distinction, necessaire pour que cette remarque soit juste, entre la jeunesse de Guvier et son age mur. (2) Voyez p. 100, note. (3) L'annee 1812 peut sembler grande entre toutes dans la vie de Guvier. C'est I'apogeede ses travaux et desa gloire dans les trois di- rections qu'il a suivies. La division du regno animal en embranche- ments, le memoire sur la tete osseuse des vertebres, les fiecherches sur les ossements fossiles, ont paru en 1812. Mais tous ces travaux etaienf depuis longtemps commences ou pre- / • I i i I Ji y^v= -p^tj — VLJES 1)E CUVlEll iices de tails; unc science ou, tandis que ['esprit du uraliste contemple mie multitude de faits et d'ctres, genie s'elcve avec eniliousiasme a la recherche des causes de de ces eirc faits, a la consideration des rappor de CCS admirables fonder la paleontologie ; et Ton pent eg de scs futar pares : riaipulsiou dont iis sont en 1812 le resultat date en rea- lite de la jeunesse de leur auteur. 1795 a 1800, ce sont la les grandes, les immortelles annees de la vie de Cuvier. Cette assertion poiirra etonner mes lecteurs. Je la justifierai brie- ■ r vement. En zoologie, les premiers memoires sur les vermes de Linne, et ce sont les memoires fondamentaux, sont de Tannee 1795, annee oii Cuvier a aussi pose, avec mon pere, les bases de la classificatoin naturelle. Aux annees 1796, 1797, 1798, appartiennent piusieurs memoires im- 4 portants sur les moUusques; a 1798 et 1799, piusieurs decouvertes F capitales sur les annelides, et le memoire sur les meduses. Les deux premiers volumes de VAnatomie comparee, les seuls qui soient presque entierement I'oeuvre de Cuvier, sont de 1800 ; les trois autres ont paru en 1805. Mais les lemons elles-memes de Cuvier, dont cet ouvrage est le resume, avaient commence des la fin del795; et des 1799, Tauteur avail jete les fondements et recueilli les materiaux de Fouvrage tout entier. Parmi les travaux paleontologiques, le Memoire sur les elephants^ qui a ete public en 1796, avait etc compose en grande partie en 1795; le Memoire sur les rhinoceros est de 1797 ; enfin, a Fanriee 1798 ap- partiennent les recherches sur les ossements du gypse deMontmartre. Dans la vie de quel savant trouverait-on, en si peu d'annees,d'aussi grands travaux? Et jusqu'oii se serait eleve Cuvier, si toutesa vie eut r repondu a sa jeunesse? Les fonctions administratives et politiques que Cuvier a remplies durant les trente dernieres annees de sa vie seront dans tons les temps un sujet de regret pour les amis de sa gloire et pour ceux de la science. (1) Mem. sur les elephants^ loc. ciU, p. 1 et 2. ( 1 i m ) > ) 'kt i i }- 1 .1 # Ir' S - *** I i 4 i 1 f i # f p ^ I I ;f i1 ? ► ft- I t I « ,;^ *^ i ^^ li -k ! J :i I! !4 Ml m^ I ^B / V % / 286 FROLEGOMENES, LIV. II, CHAl'. 11. decoiivertes ce sentiment si vivement exprime de la gran- deur de la science, et dans ce sentiment lui-meme la force poursuivre et la puissance de les accompl L'Histoire naturelle , disait encore , ans plus tard (1), I'illustre zoologiste, c'est la connaissance de parties toutes les proprietes sensibles et de toutes les des corps mtureh.V explication de tons les phem dont ils sont le theatre, et la demonstration de la con- formite de ces phenomenes, selon leur nature, avec les lois generales des sciences physiques et mathematiques, ou avec celles des sciences morales et psych'ologiques. D'ou, an dela des branches diverses de VHistoire naturelle particuliere, et derivant de toutes a la fois, comme elle les relie et les resume toutes, une science superieure et auhlime.V Histoire naturelle generale ; science qui «con- » sidere d'un seul point de vue tousles corps naturels, et le » resultat commun de toutes leurs actions dans le grand » ensemble de la nature. » L'Histoire naturelle generate, ajoute Cuvier, « ne pent etre portee a sa perfection que plete les histoires particulieres de ps 2). » Ainsi, en 1795, en 1796, en 1798 encore, pour Cu- r, les fails, leurs rapports, leurs lois, leurs caiises, estl'objetde I'Histoire naturelle. Notre science louche : sciences de pur raisonnement ; elle observe , de- ivre, explique, demontre ; elle tend vers une sublime te, et elle y parviendra : car, dans son ieune emhon^ (1) Dans son Tableau elementaire de VHistoire nalurelle des maux,'^n vi (1798), p. 2 et 3. (2) Ibid., p. !u am- r VUES DE CUVlER. pfi ^87 siasme, Cuvier ne met de terme ni a son ambition, ni a nos esperances ; mil progres ne lui semble au-dessus des forces de Fesprit humain ; mil mystere ne lui parait impe- netrable : il entrevoit le jour ou I'Histoire naturelle par- ticuliere sera completee, et I'Histoire naturelle generate portee a sa perfection ! w- HI Est-ce bien le meme naturaliste que nous allons en- tendre maintenant? Est-cc bien Cuvier qui va blamer et proscrirc tout ce qui pent faire la science grande et su- fait si erand s belles Ses r n^oles sont formelles. Observer, constatei fails, les coordonner a I'aide de la classific pour lui la science. An del a, a une seu ception pres (1), il n'y a plus que des hypotheses et des systemes: ephemeres productions de 1' esprit, que I'histoire nous montre passant tour a tour a la surface de la science, y jetant parfois un eClat passager, mais bientot n'y lais- sant que des ruines auxquclles chaque siecle vient ajouter les siennes. Telle est la doctrine de Cuvier; et une fois qu'elle s'esl etablie dans son esprit, il ne lui arrive guere de prendre la im m I t. '. V ■l I i I.' i i I (1) Elle est relative a la Lot ou au Principe des conditions d'existence que Cuvier assimile au principe des causes finales. (TJ^^gne animal, t. L Introduction, V' edition, p. 6; 2% p. 5.) U %m '1. t i *f |1 (I I ■ --l i J L I 1 ^fil I ii 1 III 'I? » II III ill N \ 288 PROLEGOMENES, LIT. II, CHAP. II eprodiiire ou la rappeler s des lors si manifesf idees V f puissent la meiiacer ; ct, chef respeete dc nombreux di ciples , il croit de son devoir de'simialer hautemen(, 1 { po s egarei doit regretterune si longae et si energiqiie resistance a d s r vitables progres; on ne pent qu'honorer les fermes co victions qui en etaient le mobile. De la ces rctoors si frequents, et sous tant de Ibrmi diverses, a ceite science des fails qui est pour lui la saine Histoire naturelle, la vraie, la sculc science. « L'Hisloire naturelle est nnr^ spipnnp rip fniic .. fV,i\] encommcncant sa gvandc Ichtlnjo logic ('!). iVousf^ profession, et des longlemps, ajoute-t-il un an plus de nous en tcnir n V expose des fails posilifs (2 N )) Q borne a cet expo c for / L (1) Histoire naturelle des poissons, t. I, p. i ; 1828. (2) Memoire sur unver parasite cVun nouveau genre (Jlectocotylus) ihnshs Annates des sciences naturelles, t. XVIII, p. ikl; 1829. Je citerai lextuellementle passage auqucl je viens d'emprunter quelques mo(s : « Que Ton jugecombieii de systemes il serait possible de fonder ." sur des ressemblances aiissi extraordinaires. Jamais I'imagination » n'a eii a s'exercer sur un sujct plus curieux. Pour nous qui, des » longternps faisons profession de nous en tenir a I'expose des faits » positifs, nous nous bornerons aujourd'hui a faire connaitre aussi » exactement qu'il nous sera l)Q&?>M&l'exterieur et I'interieur A&mive » animal. » L'ensereble de ce passage ne laisse aucun doute sur le sens du mot faits positifs , employe par Cuvier dans plusieurs articles de la meme epoque. 11 est a reraarquer qu'au moment meme ofi I'illustre zoologisie ( (Jte ■ V J 1 % \ VUES DE CUVIER. 289 de ses derniers ecrits(i), autorisant a peine les naturalistes a ne pas « s'interdire absoliiment la faculte d'indiqiier les w consequences immediates qui leur paraitront deriver « des fails qu'ils auront observes. « C'est dans ces limites, sous ces reserves , que Guvier permet a ses disciples de penser et d'oser 1 4 Apres Fobservation qui constate les fails, doit venir la classification qui les met en ordre : cc sorte de dictionnaire , dit Guvier (2), ou Ton part des proprietes des choses pour decouvrir leurs noms, « et en meme temps, « le plus moyen de reduire les propj^etes des etres a des f » )) » sm » regies generales, de les exprimer dans les moindres 5> termeSj et de les graver aiseinent dans la memoire. )> ^ La classification, a cc point de vue, est la rnetkode par excellence : si elle etait naturelle, c'est-a-dire telle que opposait la prudence et la certitude de sa methode d'observatioii a la temerite des auteurs habitues a exercer leur imagination, lui-meme donnait, au lieu d'un fait positif , un resultat doublemeiit errone: le pretendu ver parasite n'etait ni un ver ni un parasite, (1) Avertissement place en tete des Nouvelles Annales du Museum d'Histoire naturelle, et publiea part comme prospectus de ce recueil, jiiars 1832. (Voy. p. 3.) U est a remarqucr que Guvier parte ici, non en son noni propre, mais au nom collectif des professeurs administrateurs du Museum. Ses collegues ont, dit-il, resolu de composer exclusivement leur collection de Vexpose des faits et du detail de leurs circonstances ; car « ce qui, » dans des recueils de ce genre, conserve un inter et durable , ce sont » les descriptions exactes et les bonnes figures..., les caracteres..., les » details positifs et bien decrits... » Ainsi la majorite des membres du corps illustre qui represente par excellence I'Histoire naturelle en France, partageaitalors les vues de Guvier; et la doctrine que jc rappelle et resume ict, est bien celle qui dominait parmi nous il y a vingt ans. (2) Regne anim.^ Introd. , V^ edit., p. 9 ; 2^, p. 8 et 9. I. 19 I ^ S ■/■ t ■ F f t r «< < / 9 it ( #1 ■l , f I w R 4 ? I II W li f I i i i proche la science de son but (1). » Le perfectionnement de la classification, c'est done le but, le terme de I'Histoire naturelle. Sur la recherche des h causes, Cuvier se tait maintenant, et s'il revient sur ces lois et ces theories d'ensemble dont la decouverte avait fait un instant sa sublime ambition, c'est pour les declarer vaines et chimeriques. Au dela de ce qu'il appelle la loi' ou le principe des conditions d'existence ou des causes finales, plus rien que la raison puisse avouer ! Supposer le contraire, ce serait meme , selon Cuvier, porter atteinte a la liberie du Createur. « En effet, si Ton » remonte al'auteur de toutes choses, quelle autre loi pou- » vait le gener, que la necessite d'accorder a chaque etre » quidevait durer, Icsmoyens d'assurer son existence?... » Certaines lois de coexistence dans les or^anes etaient » done necessaires ; mais cetait tout; pour en etablir » d'aitires, it faudrait prouver ce defaiit de liberie dans » Vaclion du principe organisateiu\ que nous avons » vu n'etre qu'une chimere (2). » Ainsi, point de lois, point de theories d'ensemble •, et cette science sublime, I'/fi^/oire naturelle gener ale, dont (1) Regne anim., loc, cit., 1"' edit, p. 11 et 12 ; 2% p. 10. (2) Article Nature du Dictionnaire des sciences naturelles, I. XXXIV, p. 267; 1825. / V. n 9 f \UES DE CllVlliU. 291 Cuvier inscrivait du moins le nom dans le premier de ses oiivrages, cette science n'est qu'un reye, sans realisa- tion possible, ni aujourd'hui, ni jamais ! Elle n'est pas, elle ne saurait etre. Renoncez done, dit Cuvier, a pour- suivre une ombre; et rcvenez a la vraio science, a la science positive, celle des fails, en dehors de laquelle il n V a que siicces illiisoires et Iriompbes d'un jour (1). Les fails (1) C'etait la rargument favori de Cuvier, et il se plaisait a y reve- iiir sans cesse. Commc exeraples, voyez particullerement, dans le Cours sur YHistoire des sciences naturelles, recueilli par M. Magde- LEiNE DE Saint-Agy, la leQon dintroduction, et celle qui resume les travaux des xvi^ et xyu^ siedes. L'hisloire, dit Cuvier dans la premiere (t. I, p. 'i), enseigne lemode d'iavesligation qui conduit le plus souvent aux decouvertes; elle en- seigne, et le professeur annonce qu'il le demontrera denotweau, que les systemes et les hypotheses n'ontdans la science qu'une existence * passagere, et que les fails seu)s subsistent Dans lalegon de resume (2^partie, p. 536), Cuvier s'exprime ainsi : , ^f Nous avons mis pour ainsi dire Tesprit humain en experience... ^> Voyez ce qui subsiste de Tantiquite, pour les sciences physiques et w naturelles : une partie des ouvrages d'Aristote et de Theophraste... Le reste interesse tout au plus notre euriosite. Toutes les hypotheses, toutes les idees systematiques doivent ainsi tomber dans I'oubli. « Yoyez encore YAvertissemeiit deja cite. L'experience, dit Cuvier, parlant ici au nom des professeurs du Museum, leur a appris rinteret durable qui s'attache aux faits, les hypotheses et les dissertations theoriques tombant au contraire bientot dans le meme oubli ou sont tombees les hypotheses on les theories qui les avaient precedees. C'est la, suivant Cuvier, Fun des resultats fondamentaux de ses etudes historiques, et il faut bien remarquer qu'il admet, qu'il entend demontrerce resultat dans le sens le plus large ; qu'il Topposc en realite, bien qu'il se serve habituellement des mots hypotheses et systemes, a toutes les conceptions theoriques. Les f aits seuls sont durables, c'est Id Vaxiome fondamental. Voila sa pensce telle qu'elle ressort de I'en- semble des passages que je cite ou pourrais ciler, et telle, comme on va le voir, que lui-meme Ta resumee. -> )) i I. J P i; 1 4» fi I \« i^ t n i/ ^f- ^ _ ^ . ^^^-^-— i r i t hi I jft I -^ ^B > «* * » ^t il H' i i& ill If «. :|» lit 292 PKOLEGOMENES, LIV. II, CHAP. II. / • bien observes, rexpenence le proiive, sont, pour I'esprit humain, la seule acquisition durable. C'est la ^(.Vaxiome vfondamental des sciences positives (1) » , et la plus grande utilite de Fhistoire des sciences est de nous Fenseimer. lees par son illustre chef rande ecole des fails, si vues )ngtemps predominante en Histoire naturelle; telle methode, a laquelle, heureusement, elle a su ne pas besoin que de s donnes par elle-meme, pour prouver, contre ses ceptes, (ni'obserwe7\ decrire., classer, est le iples pre- commence ment de (1) Exot'de de VEloge de Desmarest, dans le Recueil des Eloges historiques de Cuvier, t. II, p. 339; 1819. Gel eloge aete lu a I'Aca- demie des sciences le 16 mars 1818. C'est la premiere fois que Cuvier a enonce atissi fermement I'idee qu'il a depuis si souvent developpee. I (2) Ce n'est ici le lieu, ni de faire connaitre avec detail, ni surtout de disciiter les vues de Cuvier sur les aulres grandes questions de la science. Mais je crois completer utilement le resume qui precede, en indiquant des a present par quel lien logique ces vues se rattachenl aux ideesde Tillustre naturaliste sur la methode , et aussi comment elles s'enchainent entre elles. J'ai essaye deja dans un autre ouvrage {Vie^ trax)aux et doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire, chap. X, p. 361) de faire saisir ces relations par un apercu general de la doctrine de Cuvier. Je crois devoir reproduire ici ce rapide apergu qu'il serait a peu pres impossible d'abreger encore. « Admettons pour un moment, selon I'hypothese si longtemps con- sacree dans la science, que les germes qui devaient se deveiopper dans la suite des siecles, soient sortis directement, a Forigine, des mains du Createur; que dans ces germes soient en petit, ou, comme on disait, en miniature, tons les organes, la generation ne faisant, selon Tex- presslon de Regis, que les rendre pluspropres a croitre d'une maniere plus sensible. Cette hypothese dominant a la fois la zoologie propre- ment dite, Tanatomie et la philosophic naturelle elle-meme, chacune J ^ I VUES DE SCHELLING. 293 IV. /' Opposoris a Vecote des fails I'ecole qui en est le plus eloignee. A Cuvier n'admettant qu'une seule idee theori- que : c'est que toute theorie est impossible ; a Cuvier res- tieignant, a I'extreme, I'exercice de la pensee, oppo- sons Sclielling, fondant sur elle la science tout entierc; deces branches en subira necessairementet profondementrinfluence. Ses consequences directes seront, en anatomic, la reduction de rem- bryogenie a un rang tres secondaire, puisqu'il ne reste plus qu'a epier I e moment ou tons ces organes pre/brmes auront assez grandi pour devenirperceptibles a nos sens; en zoologie, la fixite des especes, el Tadmission sans limites des causes finales : la premiere, parce que i toutes les differences entreles etres organises sont initialement etablies par le Createur lui-meme; celle-ci, parce que la Sagesse supreme, en appelant des Torigine tons les etres a une vie ou des lors active ou la- tente, en a necessairement ordonne les conditions. II est clair que ce systeme laisse peu de place a la recherche des lois generales : chaque type ayant ete fait seulement en vue de sa destination propre, et etant essentiellement distinct de tons les autres, il ne reste guere qu'a constater, d'une part, I'accord de son organisation avec cette desti- nation, ce sera le but le plus eleve de la philosophic naturelle; de I'autre, la nature et la valeur des differences exterieures et interieu- res, d'ou la preeminence accordee aux travaux d'observation, de des- cription et de classification. j> Soyez partisan du systeme de la preexistence des germes, et soyez consequent avec vous-meme; vous ne sauriez sortir de ce cercle. « Tel est precisement le cercle oil Cuvier s'est renferme. La doctrine de Cuvier est une et logiquement indivisible, et je montrerai quMl ne s'est ecarte de ses principes que sur une seule grande question, celle des races humaines , resolue par lui dans le sens de I'unite, comme elle pouvait et devait Tetre selon la doctrine, logiquement indivisible aussi et partout concordante, de Tecole opposee, celle de Geoffroy wSaint- ( f w : i : I \ 4 f L I W w i t m > ^ 1 i ^ ', I f ^r : ) i **' J _ - ■ ■ ".'^ " ^ i i i- ' t I t * » - 1 J I' * ! t t V I i ^^ k I IP ^ f jtt. I i (»»t ifc. / ; 294 PROLEtiOMENES, LIV. II, CHAP. II. Schelling qui a ose dire : « Philosopher siir la nature , ' K c'est creer la nature (1) ! » Les vues de 31. de ScheKinff datent de la fin duxviii« sie- 1796, a peine age de 7 il en les indiquait deja (2 des 1797, 1798, 1799, dan expo hardie semble (3 ;iges dont it avait dit \ r - Science de la nature^li); Schelling osc dire laPhilosopliie . (1) Sur cette proposition, aussi celebrc que peu comprise,voycz plus bas, p. 305 et306. (2) Dans les PhilosopJiische Briefe ilber Dogmatismus unci Kriticis- mus, J795. — Dans cet ecrit se trouvent, ainslque M. de Schelling Ta plusieurs tbis rappelc, les premiers gerraes de la doctrine qull a I developpee durant les sept annees suivanles. On retrouve celte meme doctrine, non toutetbis sans de notables ■ modifications, dans tons les ecritsqueTauteura publics jusqu'en 1815. II s'en est, au coiitraire, considerablement ecarte, lorsqu'il a repris la plume, en I8/1I, apres un long silence, pour exposer ce qu'il ap- l)elle main tenant sa PMlosopMe positive, (3) 11 est regrettable que M. de Schelling, bien moins physicien et naturalistc que metaphysicien, ne s'en soit pas tenu a cette exposition d'ensemble. Les tentatives qu'il a faites pourappliquer ses vues a la physique et k la chimie sont, le plus souvent, peu digues du grand nom de leur auteur, ettrop analogues aux conceptions bizarres par lesquelles lAw^vmvsVhilosophes de la nature, s'autorisant de rexemplo de leur maitre, out pretendu renouveler, par la seule force de leur pensee, roistoire naturetle et la medecine. {h) Naturwissenschaft. On trouve quelqiies vues aiialogiips a oelles que Schelling a dcpuis developpees, dans les Metaphysische Anfangsgriinde der Naturwissen- schaft de Kam% Riga, 1786 ; 2'' edit., 1787 ; 3% Leipzig, 1808 ; et dans les WerJce, t. V, p. 30/i a /i36. r ' M. MiCHELET, de Berlin, danssa Geschichte der letzten Systeme der Philosophies t I, a fait avec raison ressortir Tinteret des vues emises parKantdixans avant Schelling; mais il va beaucoup trop loin, m I t If f ^ ^-J. -f-j^r I > i VUES DE SCHELLING. 295 o de la nature (1). De ses ouvrages, de ceux de Goethe et de renseignement si justement admire de Kielmeyer, ^ F lorsqu'il ajoute, p 129 : ft La Philosophie de la nature de Schelling j> repose entiereraent sur les principes poses par Kant, » (1) Philosophie der Natur ou N atur philosophie . Trois ouvrages el un memoire de Sghelltng portent le litre f de : Philosophie de la nature, Ce sont, par ordre de dates : Ideen zu einer Philosophie der Natur, Leipzig, 1797; 2^ edit., Landshut, 1803. Erster Entwurf eines Systems der Natur philosophie, lena el Leip- zig, 1799. — Einleitung zu seinem Entiourf eines Systems der Na- tur philosophie, lena et Leipzig, 1799. — Aphorismen zur Einleitung in die Natur philosophie, inseres dans les Jahrbucher der Medicin als Wissenschaft, Tubingue, I. I, p. 1 ; 1806. Voyez aussi Fouvrage intitule : Von der Weltseele^ eine Hypothese derhdhern Physik, HamLourg, 1798; 2" edit., 1806; 3% 1809. Aucun de ces ouvrages n'a ete traduit dans notre langue; mais les lecteurs francais peuvent s'en faire une idee exactepar les analyses, Ires consciencieusemenl faites, qu'on doit h M. Willm (voy. son excellenie Histoire de la philosophie allemande depuis Kant jusqua Hegel, t. Ill, 18/i7, p. 72 et suiv.). Dans ce menie ouvrage, la Philoso- phie de la nature, telle que Fa congue Schelling, est en outre resumee dans son ensemble, p. 20Zi a 237, et appreciee, p. 366 et suiv. Voyez aussi t. IV, 18Zi9, p. 605. Les trois ouvrages suivants de Schelling, ou \di Philosophie de la nature n'occupe qu'une place Ires secondaire, ont ete au conlraire traduits en francais : System des transcendentalen Idealismus, Tubingue, 1800, in-8. Traduit par M. Grimblot, Paris, 18/i2. Bruno, oder uber das gottliche und natilrliche Princip der Binge (sous forme de dialogue); Berlin, 1802; 2^ edit., 18/i2. Traduit par M. HussON, Paris, 18Zi5. Vorlesungen uber die Methode des academischen Studium, Tubin- gue, 1803; 2^ edit., Stuttgart et Tubingue, 1813; 3% 1830. Traduit par M. Benard, avec quelques articles detaches et divers fragments dont trois se rapportent & la Philosophie de la nature, — M. Benard a reuni tout ce qu'il a traduit de Schelling, dans un volume intitule : Schelling, Ecrits philosophiques, Paris, 18Z|7. Enfin je citerai deux recueils publics par Schelling de 1800 a 1802, J r L V i. !■' P i' _^ * h' ' M ri ■• 'M J 1^ r. i ) T^ ? X i i ; ir I KE c I { i 1 m ^ .+ M I ( II L I it 19 'i i >■ t til ■; i ^96 e MOLEGOMENES, LIV. II, CHAP. 11. cette vive impulsion qui, a travers tant de les ou exageres , a porte si loin , dans not oire scientifique de rAllemagne (1 En France, il est pen de philosophes contcmp dont le nom soit plus celebre (2) et plus hono to 3) que ft et de Neue Zeitschrift f\ Physik; recueils dont il est lui-merae en grande partie I'auteur. Par ces indications bibliograpliiques, et par celles qui vont bientot les completer, j'epargnerai, je I'espere, aiix naturalistes qui voudront aleur tour etudier M. de Schelling, unepartie desdifficultesque j'ai ren- cpntrees dans mes efforts pour remonter auxsources,et pourpenetrer le vrai sens d'une doctrine jusqu'a ce jour si imparfaitement connue. (1) Goethe etKielmeyer sont I'un et I'autre anterieurs a Schelling. La Metamorphose des plantes de Goethe est de 1790, et une partJe de ses travaux zoologiques est plus ancienne encore. On peut consul- ter a cet egard mon rapport Sur les travaux zoologiques et anatomi- ques de Goethe, dans les Comptes rendus des seances de I'Academie des sciences, t. VI, p. 320 , 1838, et dans mes Essaisde zoologiegenerale, ISZil, p. 153. Le celebre discours de Kielmeyer, Ueber die Verhaltnisse der or- ganischen Krafte unter einander, a ele prononce en fevrier 1793 a Stuttgart, etaussitot imprime. Par ce discours ou, au milieu devagues enonces etde developpements sans interet, se trouvent d'admirables apercus, on peut du moins se faire une idee de cet enseignement de Kielmeyer , qui a laisse de si profondes traces dans I'esprit de ses eleves, et qui a donne a TAllemagne tant de naturalistes et d'anato- raistes justement celebres. Comment se peut-il que pas un des disciples de Kielmeyer ne nous ait fait connaitre, n'ait conserve a la posterite les legons d'un tel maitre? (2) La celebritedu nom de Schelling date, parmi nous, du beau livre : De VAllemagne, par M"- de Stael. (Voy. la troisieme partie, chap.VlL) (3) « Le plus beau genie de tous les philosophes allemands, celui « qui a le plus de rapport avec Platon, est M. de Schelling, « dit M. DE Remusat, dans un remarquable Rapport, fait h I'Academie des sciences morales, au nom de la Section de philosophic, sur leConcours pour I'examen critique de la philosophie allemande (voy. \esMemmres ) ■ ' 1 ^T>Jr > 1 ^f 1 V I VLKS DE SCHELLING. r-? 297 celui de M. de Schelling : il en est peu dont la doctrine y soit restee, apres un demi-siecle, aiissi imparfaitement c Conception mixte entre la philosopbi pou\ ientifiquement appreciee parmi nous, que paiie concours de nos metaphy- siciens et de nos naturalistcs. Les premiers, encore est-ce , pen (2), ont consciencieusement donne le leur, depuis m de V Academie des sciences morales et folitiques, t. V, 1847, p. 223 a 237.) M. deRemusat resume id le jugementqueM. Willm a developpe et motive, he, cit., t. IV, p. 605. (1) Ell ce qui concerne la nature. (2) On a vu par Tune des notes precedentes (p, 295) quelesseulcs traductions que nous ayons de Schelltng, celles de MM. Grimblot, Husso>' et Benaud, ne remontentqu'k 18i2, l8/i5 et 18/i7. U'ouvrage de M. Willm (voy. la meme note) n'a paru, pour les parties relatives a Schelling, qu'en 18/i7 et 1849. C'est vers la meme epoque qu'un ouvrage specialement consacre h la philosophie de Schelling a ete imblie, par M. Matter, sous ce titre: Schelling, on la Philosophie de la nature et la Philosophie de la revela- tion^ Paris, 1845 ; ouvrage qui est, en tres grande partie, la reproduc- J tion textuelle d'articles publics dans h Dictionnaire de la conversa- tion, t. L, 1839, et dans la France litteraire, nouv. serie, t. VII, I8/1I. Voyez encore : Barchou de Peinhoen , Histoire de la philosophie allemande depuis Leibnitz jusqu'd nos jours, Paris, 1836. L'auteur de ce livre s'y est pcu etendu (voy. t. II, p. l a 107) sur Schelling et son ecole, auxquels il se proposait de consacrer un ouvrage special. OxT, Hegel et la Philosophie allemande, Paris, iSMi; savant ou- vrage 011, comme son titre I'annonce, la philosophie de Hegel est seule exposee avec developpement. Dans les derniers volumes (posthumes) de V Histoire comparee des systemes de philosophie, parDEGERAiNDO, 18/i7, on trouve aussi, t. IV, p. 3/18 et suiv., un apercu de la doctrine de Schelling. Enfin, je citerai un interessant et savant article sur Schelling, re- cemment public par M. Willm, dans le Dictionnaire des sciences phi- losophiques, L V, p. 508; 1851. M. Willm n'a d'aillcurs fait ici que resumer son important travail deja cite. I. 19. '^ I f - V ^i t i 1 i i« % i i j i i ':r^ L _ F i i I J r ^'»*" + \ t I ^ > % ? -1 mi I If ^ , { t 4 '\ ^ ?; »i ^ r r a t i rt 1 1» 't "4 i ikr Jj i' * »4 tHiij '.-r n I 298 MOLEGOMENES, LlV. II, CttAP. It y examinaiit la doctrine de Schelling sous tous les points r de vue oil ils avaient a le faire. lis Font commentee^ dis- cutee , metaphysiquement, dans ses principes ; morale- mcnt, dans ses consequences ; historiquement, dans ses rapports d'analogie avec les pliilosopliies dePythagore, de Platon, de Xenopliane, de Bruno, de Spinosa, dans ses rap- p ports de fdiation avec celles de Hume, de Kant et deFichte. Ici, ce qu'on devait feire a done ete iait. Mais le reste appartient aux naturalistes, etle reste est encore a faire. Quand il fallait a Schelling un interprete impartial au- tant que competent, ce sont ses adversaires eux-memes qui se sont charges de nous le faire connaitre. C'est le chef illustredel'eco/e des fails ; ce sont, apres lui, ses disciples, qui, en France, se sont le plus occupes de la phitosophie de la nature et de Videaiistne transcendantai; ce sont eux qui ont surtout commente et discute la doctrine de Schelling; etils Tontfait, non comme on discute quand on veut cclairer, mais comme on comhat quand on veut \ aincre ; delaissant Fexamen des principes pour la critique r de leurs consequences secondaires les plus manifeste- plus vulnerahles ; vent, entre Schelling et ses fond de la doctrine pour ses par de Kielmey (1); pas meme, le plus sou- ciples , ou meme eeux ppant, sans et sans re- J (1) II est d'ailleurs vrai qu'un grand nombre de savants allemands sont disciples a la fois de Schelling et de Kielmeyer, dont les idees siir plusieurs points capitaux etaient analogues; si bien que ces deux grands esprits se sont plus d'une fois rencontres. Par exeniple, Schelling, Von der Weltseele, p. 297, reconnait que Kielmeyer elait arrive avant lui, par une autre voie, a ce resultat, que toutes les fonctions de la vie ne sont que des moditications diverses d'une force un"que.. • Ml 11 M if i^ 1 f VUES DE SCHELLING. (1), la Philosophic de 299 dans toiites ses exagerations allemandes , de quelles sources qu viiissent; plaisant dans leur enumeration , dans developpement ; recherchant, entre toutes, les phj QS en lumiere; ne de pour les niettre le daignant pas d'en triompher par le plus facile moins demonstratif des arguments, la plaisant et V «; qui, ayant du moins au jugement du public s{ ans cesse sous les yeux le tableau aberrations de 1' esprit humain, fmissait paries prendi qu'elles fussent ou non de Schelling , pour docti dont sont que I'abus ! Combi par ez la Philosophic de la nature, p Cuvier, de la decomposition de s en membr corps et (2) ou de tel autre de t I (1) Et parfois, Irop manifestement, sans etudes seneuses, sans avoir pris la peine de remonter aux sources. Tels auteurs frangais n'avaient pas ineme vu les litres des ouvrages dont ils se portent juges! L'un d'eux, par exeraple, qui pretend nous faire connaitre Kiel- raeyer, et le juger, ne sait pas en ecrire le nom! Le mtme, juge re- porte a Tubingue, et en 1796, le celebre discours qui fut prononce par Kielmeyer a Stuttgart, le 11 fevrier 1793. (2) La tete de la tete! Get exemple des idees fantastiqiies desPhilo- soplies de la nature est celui que Cuvier se plaisait le plus a citer. Combien de fois il I'a reproduit dans ses cours du Museum et du College de France, toujours spirituel et mordant, et toujours stir de provoquer le rire de ses auditeurs! Ses disciples out depuis essaye de faire comme lui. M. de Schelling entendait autrement la critique scientifique. « Je » n'attaquerai jamais , dit-il , une philosophie par ses derniers re- )) sultats; maisje la jugerai dans ses premiers principes, comme doit » le faire tout esprit philosophique. » (Voyez le Discours d'ouverture * ;1 i 4 r V «' 4 -■■ J h '^*-. .J ; * *-^^ f 1 ri •t ^ 'in 1 m t I f 'V i'l I I* I \ r < ^ 1 ? i 1 I- 4 m ^ Js t n L r r t > '■^ 1 ^ In ? - ^ ■; 3 I I i t « » i IP I iPx III :i! •I 300 I>KOLEGOmL\ES, LIV. If, CHAP. H. systenies qui devaieiit compi'omettre , avec leurs auteurs , la doctrine qu'ils pretendaient deve- lopper! Nous aussi, nous anrons souvent a combattre, dans le cours de cet ouvrage, les vues dc Schclling, cclles aussi de son cmule Hegel (1) et de ses principaux disciples (^2) . Que ce du cours de phUosophie de Berlin en IS/il, traduit par M. Grim- blot, a la suite de Vldealisme Iranscendantal ; loc. cit., p. Zil2.) On doitsavoir gre au savant traducteur d'avoir ajoule a Vldealisme ,cet admirable discoiirs par Jequel Schelling a ouvert, presd'un demi- siecle apres ses premieres publications, la nouvelle serie de travaux qu'il poursui:t encore en ce moment. (i) Condisciple de Schelling, puis son disciple quoique un pen plus age que lui, el plus tard son adversaircllegela surtout euen vue de donner une forme plus rigoureuse a la philosophie de Schelling. Sur beaucoupde points ilena modifie le fond. Voy. sa Naturphilosophie. Cet important ouvrage forme la seconde partie de V Encydopddie der philosophischen Wissenschaften. D'abord publie en 1817. et plu- sieurs fois reimprime, il I'a ete en dernier lieu dans les Hegel's Werke, t. VII, Berlin, 18Zi2. (2) Schelling se proposait d'exposer dans un ouvrage special la Philosophie de la nature organique. II ne I'a jamais fait; mais de tiombreux disciples ont repris son projet, et out essaye de le realiser, chacun selon ses vues propres. A leur tete se place I'illustre Okeiv, qui a developpe les siennes dans son Lehrbuch des Systems der Na- turphilosophie, Una, 1809; 2^ edit., 1831; 3% Zurich, 18/i3. I Voyez m^si : Grundriss der Naturphilosophie, Francfort, IWl. — Abriss des Stjsfems der Biologie oder Moralphilosophie , Goettiiigue , 1805. Lehrbuch der Natiirgeschichte , Leipzig et lena, 1812 a 1816. Esquisse du systeme d'anatomie, de physiologie et d'histoire natu- relle^ Paris, 1821. Parmi les disciples et les continuateurs de Schelling, il me suffira de citer ici apres Oken : Treviranus, Biologie oder Philosophie der lebendenNatur, Goettingue, 1802. — J. Wagner, VonderNatur der Dinge, Leipzig, 1803; ouvrage oil Tauteur annonce qu'il exposera dans leur ensemble les vues de Schelling. 11 s'en ecarte parfois. — Steffeivs, ' 'J^^- ■v^ "U--i- '— ■■ A 1 > VUES 1)E SCHELLliSG. 301 soil du inoiiis par d'aiitres iiniies et avec le serieux, disons plus, avec le respect du a d'aussi liantes conceptions ! Que ce soit en distinguant avec soin, dans la Philosopbie de la nature, ce qui est I'oeuvre propre de Schelling et ce qui ap- partient a ceux qui Font suivi ; car chacun doit repondre de ses propres vues et de cellos qui en derivent ilecessai- rement, mais non de tout ce qu'ont cru y decouvrir de te- m^'poiPAc Iniprnvpfps Oil do ca ffii'v out aioutc dcs disci- comment pour- pies qu'il cut desavoues. Ainsi, seulemen pourra etre juste, et si elle ne I'ctait pas, rait-clle servir la science? La justice, c'est sous un autre nom, sous un nom plus saint encore, la verite clle- meme (1). Grundzilge der philosophischen N et Anthropologie , Breslaii , 182Zi. enschdft 1806, ESCHENMAYER , Einleitung in die Natur and Geschichte, Eiiaiigen, 1806. - Fr. WaltuePm Phy- siologie des Menschen, Landstmt, 1807. — Stltzmank, Philosophie der Geschichte der Menscheit, Nuremberg, 1808. — Kieser , Aphoris- Pfl WlLBR Darstellung der gesammten Organisation, Giessen et Darmstatl, 1809, et Gesetz despolaren Vorhaltens in der Natur, Giessen, 1819. — Nees D^EsEiSBECK, Handbuch der Botanik, Nuremberg, 18'J0. Les vues de quelques uns de ces auteurs out ete analysees par M. Barchoe DE Pe.mioen, loc. cit., t. II, p. 8li et suiv. Je me borne presentement a ces indications, renvoyant aux parties de cet ouvrage ou j'aurai a trailer des classifications, des harmonies, et surtoutdes analoi^ies, la citation de divers ouvrages ou memoires, quelques uns d'une grande importance, dont les auteurs se sont plus ou moins directemenl inspires de la philosophie de Schelling. (1) Voici les principales sources ou, avec les ouvrages dejk cites, les lecteurs fran^ais, etrangers a la langue allemande, peuvenl trouver des notions plus on moins exactes sur les vues de Schelling et de ses disciples. Celui de nos naturalistes qui est le plus souvent revenu sur la f I i>i ^ T I r i i I ' V \ 4 v w I J ^' - m ^t t . M 4^ \ iN 1 »1 1 1 *• t r 4 f (ft I t 1 « M !! 9iM » r^ 302 PROLEGOMENES , LIV. 5 II, CHAP. II V. / Laissoiis toLites ces interpretations incompletes, tons ces commentaires inexacts, an milieu desquels n'apparait que confusement la vraie pensee de Schelling sur la nature : c'estaux sources, c'est a ses livres eux-memes, a ceux do Philosophie de la nature, c'est Cuvier ; mais il I'a fait dans ses cours plus que dans ses ouvrages, et bien plus souvent pour lancer contre ellequelques trails destines a atteindre en meme temps I'ecole philo- sophique franchise, que pour exposer et discuter les idees de Schel- ling et de ses disciples. — Parrai ses ouvrages, voyez surtout: Recher- ches sur les ossements fossiles, 2* edit. , t. V, 2' part., p. 3; 182Zi. — Article Nature, he. cit., p. 267; 1825. — — Bist. nat. des poissons , t. I, p. 228 a 239; 1828. — Berniere legon, publiee a part, Paris, 1832, p. 18. — M. DuvERNOY, dans son excellente Notice historique sur Cuvier, Paris, 1833, p. 67, a succinctement resume les vues de son illustre maitre sur la doctrine de Schelling. Dans un article qui porte le meme litre que I'un des precedents, et qui est en partie destine a lui repondre, I'article Nature de VEncy- clopedie moderne (t. XVII, p. 2Zi, et a part, in-8 , Paris, 1829), mon perea fait connaitre aussi son opinion sur la Philosophie allemande de la nature. Je reviendrai sur cet article. ~ Voyez encore Victor Meu- NIER, Histoire philosophique des progres de la zoologie generate, 18ZiO, p. 73 et suiv. — Et Blainville , Histoire des sciences de V organisation, publiee par I'abbe Maupied, t. Ill, 18/i5, p. iSl. Ces travaux, particulierement ceux de Cuvier, de mon pere et de M. Meunier, sont surtout de critique ou de discussion. Les suivanls sent principalement des exposes ou des resumes. L'auteur du volume complementaire de V Histoire des sciences natu- relies de Cuvier (t. V, 18/i5), M. Magdeleiise de Saint-Agy, a consa- ere la seconde partie de ce volume al'histoire, la plus developpec qu'on en ait donnee parmi nous, de la Philosophie de la nature en I vN r VUES DE SCHELLtNfi. 30S ses principaux disciples,qu'ilfautremonter poor sefaire un(3 idee juste de la me thode des Philosophes de la nature . Et il est necessaire d'y remonter sur leiirs pas, bien que jc n'aie pas a exposer dans ces Prolegomenes rensemble de leur doctrine, jusqu'au point d'ou elle estpartie, jusqu'ala pro- position fondanientale, celle de I'identite des lois de la nature avcc les lois de I'intelligcnce bumaine. Qu'est-ce que la nature? Scbelling repond : Le cote reel (1) tout entier dans facte eternel de la manifes- tation divine (2) ; acte compris liii-meme dans lapensee fois sujet ct obj formation dont la nature visible et finieest lesymbole r Acte eternel, aioute Scbelling, qui se reproduit entoute France et en Allemagne (voy. p. 313 a Zi;55). 11 expose, p. 323 et suiv., les vues de Schelliiig, donl il fait (comme Cuvier, Derniere legon, p. 18) le contiiiuateiir de Rielmeyer ; p. 531 el suiv., celles d'Oken, de Spix, deM. Carus et de quelquesautres analomistesallemands et fi^angais. II est fort regrettable que ce travail etendu ait ete fait avec peu d'exactitude et de critique. L'auteur, qui n'est pas remonte aux sources, s'est souvent mepris, et parfois sur des points capitaux. J'indiquerai avec plus de confiance, quoique ce travail laisse lui- meme beaucoup a desirer, un discours prononce et public a Geneve en 1828 sur la Philosopbie de la nature par un savant pastcur, M. Choizy. Voyez son ouvrage intitule : Des doctrines exclusives en philosophie rationnelle, p. 63 a 115. (1) Reel [reale) par opposition ^ Ideal. (2) Vorlesungen, eilfte Varies., T edit, p. 25/i; trad, de M. Benard, loc. cit., p. 178. M. Benard (auquel j'ai emprunie tout ce qui, danscet alinea, est en italiques) a cru ne pouvoir faire passer dans notre langue, ni les expres- sions, en effet intraduisibles, ni la pensee tout entiere de Scbelling. In dem ewigen Act derSubject-Ohjectivirung, dit l'auteur; c'est-a-dire, mot a mot, selon la periphrase qu'il emploie ailleurs (p. 288) : Bans facte eternel de la transformation de la subjectivite en objectivite. i ^ I I I I « *-. I I I J I \ . . ■ > ^ If t i hF n { I- i I .1 « ^t I i ! m- )i ir^i m- 304 chases PROLEGOME.NES, LIV. II, CHAP. 11. t se continue dans les formes particulieres, diictibles a Vunive7\ )) (5) Fries, Sijstema orbis vegetahilis, Lund, 1825, Introductio, p. 1. (6) Transcend. Idealismus, Preface; traduction de M. Grimblot, p. Lxvin (7) Idem, Introduction, I'"' edit., p. lxiv. (S) Ibid. ~ aNichtnur ausdrilcke , dit I'auteur, sondern selbst )) realisire. » i 4M t I- . M VUES DE SCHELLllNG. ■+ . 305 bilite d'une nature en dehors de noiis^ c'est par son iden- lite absolue (1) avec t'esprit en nous. C'est en ce sens que Schelling a dit : « La nature n'est que 1 'organisation visible » de notre esprit ('i). » Et ailleurs : « La nature doit etre » I'esprit visible, comme I'espritla nature invisible (3). « La Philosophie transcendantale, qui expose les lois de I'esprit, n'est done, pour ainsi dire, qu'une philosophie inverse de F celle de la nature, ou Ton part du sub jectif comme principe pour en faire sortir V objectify au heu de deduire le sub* jectifdeVobjectif{li). Pour Schelling, I'activite de notre esprit pent done etre assimilee a I'activite de la nature, ou, mieux, a celle de Dieu lui-meme , realisee dans la nature. Nous pensons comme Dieu a cree. Notre pensee, c'est presque une creation interieure. D'ou cette proposition, devenue si celebre, et tant admiree par les Philosophes de la nature, si ambitieuse qu'ils la trouvassent eux-memes : « Philoso- » pher sur la nature, c'est creer la nature 5V. I ^ ^9 J ■ > I r ' A _ * '1 I '(> I » I I I 6t fif ■ * 1^ (1) Ce sont les mots eux-memes dont s'estservi Schelling: absolute Identitat, dit-il dans les Ideen^ loc. cit. (2) Einleitung^ p. 3- • (3) Ideen, p. LXIV. (4) Transcend, Idealismits, loc. c^'i. — Ces deux sciences sont theo- riquement egales, dit Schelling; car il est indifferent, a ce point de vue, de partir de Fobjeclif ou du subjectif. Oken, Lehfh, der NaturpML, Begriffiyoy.^^ edit., p. 2), considere comme paralleles la philosophie de I'esprit et celle de la nature, et il insiste sur la priorite de celle-ci. /: Voici les propres paroles de Schelling : r « Ueber die Natur philosophiren heisst die Natur schaffen, ?> Cette proposition,, souvent citee en AUemagne, y est consideree comme la plus haute expression de la doctrioe de M. de Schelling; I. 20 I M< ! ■ :) 1 ; t\ 1. r A L I i i n f! V I m m r ft |i *l^ I i it 306 PROLEGOMENES, LIV. 11, CHAP. II. / A la temerite de ces hypotheses et de ces deductions qu'en ce moment nous n'avons pas a suivre pi 1), quelle methode pourra correspondre, dont I'audace ne doive aussi nous etonner? Puisqiie la raison humaine est deposi- taire des idees eternelles, dcs idees creatrices, il lui suffira de les chercher en elle-meme. Ou'elle s'interroffedonc, et peut pondre sur son etre propre pports avec le Greateur, elJe devra, par la meme pondre sur la creation entiere; reconstruira I'linivers f2 comprendra Dans I'exercice de notre pensee est, pour Schellin source detoutevraie science. Tout doit yderiverd'axio de principes que trouve en elle oi :iue trouve en elle ou que cree notre raise par elle aussi que doivent etre deroulees toutesles r ences. Que seraient dcs fails sans theories ? Rien Werke comme son expression energique, inspiree, dit M. Michelet, de Ber- lin, dans la savante preface qu'il a placee en tete de la Naiurphilosophie de Hegel. « Si ceUe proposition de Schelling semblait trop presorap- tueuse, ajouteM. Michelet, si elle encourait le reproche d'etre une di- vinisation de la philosophie par elle-meme {eine Selbstvergotterung), on pourrait la traduire ainsi : Philosopher sur la nature, c'est « repenser la grande pensee de la creation. » (Voy. Hegel's t. VII, p. V et VL) (1) Je n'ai a dOnner ici un apergu de Yidealisme pantheistique de M. de Schelling que dans les parties de cette doctrine, indispensables Ji I'intelligence de la methode des Philosophes de la nature. Je revien- drai, en traitant des harmonies generales, et surtout des analogies, sur I'ensemble de la doctrine de M. de Schelling, et sur les consequences prin- cipales qui en ontete deduites soit par lui-meme, soil par ses disciples. (2) WiLLM, he. cit., t. IV, ISlid, p. 598. (3) Zeitschrift, 1800; dansun article Sur la speculation et I'expe- rienee en physique, qui a ete fraduit par M. Benard, loc. cit., p. 36 h 372. I I I 111 i i }^ ■ \ ■ "^t '•■* !■ - . . ^ , . h ' . .^ ^ ,^ 4. VUES DE SCHILLING. t . 307 ,) Et si des theories sont necessaires, comment y parvemr En dehors des faits, et non par eux. Toute theorie, dit Schelling, qui est abstraite de Texperience, est contraire a Fexperience elle-meme. « 11 ne pent y avoir ou se for^ « mer de vraies theories que celles qui se construisent a I « priori (1). » Au fond, « tous les phenomenes se ratta- » chent a une seule loi absolue et necessaire, de laquelle » ils peuvent tous etre deduits. En un mot, dans la science « de la nature , tout ce que Ton sail (dans le sens le plus duterme). on le sait a m 2\ » La methode recommandee par Schelling est done es- sentiellement deductive, et la science de la nature, comme il la congoit, devient une science toute rationnelle o^, bien loin de remonter des faits a leurs lois, on descend de celles-ci aux faits. Si I'observation, Fexperience, ont a in- tervenir dans la vraie science, ce sera done, a prendre dans toute leur rigueur les idees de Schelling, non plus pour decouvrir, mais pour verifier des conceptions deja existantes dans notre esprit; et encore pourrait-on dire qu'elles ne sont pas indispensables, meme a ce litre; car si Schelhng part d'hypotheses, c'est, suivantlui, d'hypo- theses necessaires, par consequent demontrees. Schelling, auquel on a reproche a juste titre, comme a ses disciples, de dedaigner, de mepriser les faits, se garde cependant d'admettre ces consequences extremes. II rC: connait formellement la necessite de 1' experimentation. Lui-meme Fa dit : « II serait impossible de penetrer la con- r (i) Zeitschr., he. cit. Trad, de M. Benard, p. 368. (2) Fragment Sur Videe d'une physique speculative; traduit par I M. Benard, Ibid., p. 37Zi. i i ) ■ 1 (■■ i\ A i ( 1 J jf n il ( r 1 ] A - m n- I ■ ^" ^- ■ 1 , .''\ .\ ' ' r r- ^ i m I * * . L 1^ ill *1 i L. f*' »i ! ! , I M^ ip^ 4& 308 PROLIEGOMENES, LIV. II, CHAP. II. riterieure de la nature, si notre liber » permettait pas de mettre la main sur elle (1 rimentation, telle que la congoit Schelling, n'est d que la verification d'une idee preexistante dans I'esprit ii s'en explique tres nettement : «Chaque experimentat » est une question adressee a la nature, et dont la expe ponse est prejugee. Chaque experimentation qui me nom^ est une proph 2 » n ne s agit ici, pour Schelling, que de la verification, ou mieux, pour employer un terme plus conforme a sa doc- trine, de Id. realisation de ses idees preconcues, de ses propheties. Ailleurs il va plus loin, et c'est d'une maniere generate qu'il admet, qu'il recommande 1 ' observation et rexperience. Schelling veut, a cote de 1 'etude philoso- phiqueou speculative, une etude empirique de la nature. Seulement il fait a celle-ci une bien modeste place , dont il lui defend sdverement de sortir. Qu'ellen'ait pas/ajore- tention, dit-il, d'etre la science elle-meme (3) ! Qu'elle saches'abstenir detoute explication etdetoute /j|/;?o//ins-nous condamnes a opter entre ces deux v deux ordres de resultats? D'une part, I'etude rand les sens ; les fondements jetes, et sans cesse a{ d'un edifice qui jamais ne doit s'elever : de Fautre, I'e tude par I'esprit ; des plans, traces au loin dans I'espace un edifice immense qui demeure suspendu sur le vide iie science? Ne rien oser, est-ce as pas trop? Et sera-ce, les regards abais w dans sa maicstueuse rcalite, le monde qui ') Non, avait dit Linne des la premiere page du Sy sterna natiirce (1) : la vraie noblesse de Fhomme^ le carac- 4 tere eminent de sa superiorite sur les animaux, est d'obseryer, de raisonner et de conclure; et c'est \ (i) Introitus^ p. 1. — Get introitus ne se trouveqiie d&ns les der- nieres editions dn Systema naturw. j^^A ' 3 t \y\\ I* t _/ / VUES DE LINNE ET DE BUFFON. 311 ainsi qu'illui est donne d'admirer I'oeuvre diiCreateiir (1). Non, avait dit aussi Buffon, dans son Premier dis- cours (2), en des lermes que je voudrais poiivoir com- pletement reproduire, tant ici la nettete et la fermete philo- sophiquede la pensee, aussi bien que reloquentepcrfection du style, inaugurent dignement I'immortel monument de I'Histoire naturelle francaise ! Faire des descriptions exactes et s' assurer des fails particuliers , c'est^ pour Buffon, le but essentiel qu'on doit se proposer d'abord. « Mais, ajoute-t-il, il faut tacher de s'elever aquelque chose » de plus grand et do plus digne encore de nous occuper ; » c'est de combiner les observations, de generaliser lesfaits, » de les Her ensemble par la force des analogies, et de ta- » cher d'arriver a ce haut degre de connaissance ou nous » pouvons juger que les effets particuliers dependent d'ef- » fets plus generanx , ou nous pouvons comparer la na- » ture avec elle-meme dans ses grandes operations. » Ainsi s'exprimaient deja les deux grands naturalistes du xvoie siecle, aussi bien d'accord ici qu'ils le sont peu presquepartout ailleurs. Mais, dans cette voiedelagieweVa- lisation logique qu'ils indiquaicnt des lors a tons, qui les a suivis jusqu'anos jours ?Quelques-uns a peine, et pour en sortir presque aussitot. Tandis que Lamarck s'en ecar- tait (3), ayant su, trop rarement pour sa gloire, moderer r (1) (f Curiosum esse {hominem] similemque quidem reliquis animan- " tihas^ sed nobilioretn utjwte qui curiosius observat qiice sensihus » patent, indeque sapientms raciocinando rite concludit, adeoque » miratur pulchrum sapientis opus artificis. jj (2) De la maniere d'etudier et de tr alter I'Histoire naturelle. (Voy. Histoire natur elk., edii- deFimprimerie royale, 1. 1, p. 50 et 51, 17Zt9.) (3) II I'avait nettemeutindiquee, et h ime epoque dej^ fort eloignee J i I* f i I 4! 1^ \l f*' tf I f ' i r.i ^ m I ^ 4 1 \ - M r I - ^- ^*- ?"• f I I- lUfr i; it r ■' IT I I, ■ a i i ' H ^ 4 ^ I f r '^ 1 t » 312 PR0LEG031ENES, LIV. II, CHAP. II. sa temerite habituelle et n'etre que hardi; taiidis que Goethe la delaissait (1), abandonnant, comme lui-meme I'a dit, son maitre Loder pour son ami Schiller, et Linne pour Shakesp 2 la multitude des naturalistes navait pas meme ose faire un seul pas, en dehors de c( qu'on appelait la science positive. En Linne, ellc n'admi rait que descr ;'attachait-elle aux par durables de son n^uvrf et 3 B uffon voyait Fauteur de discours philosophiques, de descrip- tions litterairement admirables , mais aussi d' hypotheses (le nous : « Rassembler les faits observes, et les employer a decouvrir ?J at »> doit se proposer d'une maniere inebranlable quiconque se devoue a •' ses veritables progres. « {Recherches sur Vorganisation des corps vivants, publiees en 1802.) (1) Sans meme publier d'importants travaux dejk acheves. Plusieurs beaux memoires zootomiques que Goethe avait composes vers la fin du xvnr siecle n'ont paru qu'en 1820. (Voy. les OEuvres d'histoire naturelle de Goethe, traduction de M. Martins, Paris, 1837; Pre- face, p. 5.) Goethe, qui avait concu la necessite d'une grande re- forme en anatomie comparee, s'est ainsi prive de I'honneur d'accom- plir ce progres. • r Au reste, eussent-ils etc publics, ses memoires zootomiques eussent bien pu avoir le meme sort que ses travaux botaniques, compris si tardivement, et seulement apres ceux de Geoffroy Saint-IIilaire, et sous leur influence. J'ai cite plus haut, p. 112, la juste remarque de M. Flourens sur ce point important de I'histoire de la science. (2) Goethe, faisant I'histoire de ses travaux, s'est rcpresente lui- meme comme partage eten quelquesorte indecis entre Spinosa, Linne et Shakespeare, [.'influence de Schiller I'emporta enfin, et Goethe de- vint I'un des plus grands poetes d'une epoque dont il etit pu etre I'un des plus grands naturalistes. (3) Voyez plus haut, V Introduction historigue, p. 72 et suiv. ill i% .^ ' f *- VUES DE LINNE ET DE BUFFO?«. 34a vagues, de systemes fantastiqiies qui ne servent qua les deparer; d'un livre ou le vice de la melkodese fait sentir anx plus prevenus (1). Ainsi, a Tappm d'une cause qui, au fond, n'etait celle iii de Fun ni de I'autre, tous deux, etaieut invoques en sens contraire : Linne comme un par- fait modele de la vraie science ; Buffon comme un eclatant exemple des funestes ecarts, des aberrations (2) ou le ge- nie lui-meme se laisseentrainer, des qu'il tentede s'elever au-dessus des fails! Longue injustice de I'Europe savante, dontla patrie meme de Buffon ne sut pas s'affranchir ! :4pres Buffon etaient venus les Philosophes de la na^ s ture; etpar leurs temerites, si admirees de quelques-uns , mais si redoutees detous les autres;par celles aussi, il faut 4 f le dire, de notre illustre Lamarck, la methode restreinte d'observation exclusive, centre laquelle ils reagissaient, emblait plus consacree que jamais. Non seulement la foule, mais les liommes d'elite eux-memes, pres de s'elan- cer vers un horizon entrevu et desire, s'arretaient, ton- jours relenus sur la rive par le tableau, si souvent et si habilement renouvele, de naufrages qui pourtant n'avaient pas ete sans gloire. Ainsi, apres Buffon, apres Goethe, Kielmeyer et Schel- 1 (1) CuviER, ilo^e de Lacepede, dans le iJecweirdeja cite, t. Ill, p.' 296 et297. X On saitropposition et les critiques si vives de Pallas contre Buffon. Que serait-ce, si j'avais a rappeler les passages oii tant de natu- ralistes secondaires se sont faits sans nuUe mesure et sans respect les echos des deux illiistres zoologistes dont je vi^ns de citer les noms ! (2) Cuvier du moins n'a applique qu'indirectement k Buffon un mot aussi dur. 11 est tels auteurs qui ne Tont meme pas trouve assez 4 severe contre Buffon : ils ont cru devoir le fortifier par des epithetes, par- fois en chercher d'injurieux synonymes! {Voy plus haut, p. 82 el 8/1.) K 20. 1 ■ ^ \ \ l' i t f ^ ; { !i' V- >'i i ^ I i M» l! 1 ' i« \ m \ r.'^ I = 1 i! I' \] (■ \i : ;1 I I > I : i 1 hi r ■ ^ # L L, _ ■ -'^i- ^ 314 PROLEGOMENES, LIV. U, CHAP. II. Lamarck, I'ancienne methode rej et plus que jamais, en Histoire naturelle. Fortifiee, affer- mie par les attaques meme dont elle semblait avoir triom- phe, et maintenaiit, representee, defenduc par Guvier qui jetait sur elle comme un reflet de sa propre grandeur, on I'eut crue pour longtemps maitrcsse de I'avenir de la science. Dans les voies oii s'avancait si glorieusement le maitre, la D:iultitude suivait respectueuse et confiante. moment meme que parut la Philosophie C'est a ce naiomique; livre si nouveau (i semblait devoir des espr fut, en effet, mais non de tous. II y s k_ pour apercevoir, des premieres lueurs, la lumiere qui allait sc repandre sur la ger et en France, 11 s'eleva de qu 21 pour dire des lors a un public, qui s'en eti devait repeter un quart de siecle plus tard A ces premiers interpretes de la Philosophie anato- mique, a ces juges du lendemain, nous ne devons pas seulement d'avoir hate le mouvement en s'y associant ; nous leur devons aussi d'en avoir bien marque le sens et fixe rorioine. Double et eminent serviee rondn a la spiaupa elle-meme et a son histoire. ^ Gelui qui vient dire aux hommes de son temps, a ses (1) Tres nouveau encpre en 1818 et 1822, quoique I'auteur efit concu et expose Tensenable de ses vues des 1806 et 1807. (2) 11 etait naturel que la Philosophie anatomique fiit d'abord com- prise eh France. Le premier volume a peine public, elle fut appreciee avecune rare sagacite et une grande hauteur de vues par M. Flou- Voy. son Analyse de la philosophie anatomique, Paris, in-8, 1819, imprimee aussi en partie en 1820 dans la Revue encyclopedique, t. V, et traduite en grec par M, Piccolo dans VJi^u^:. RENS. ■ f m i! 3 I %tli * . \ VUES DE GEOFFROY SAlNT-HILAlRE. 315 dans les memes voies : Quittez cette direction •> qui ose niip mer a la science un mouvement nouveau, par cela meme qii'ilva contra les docti les principes : 11 subit ■ 11 est eforme qu'il propose est repoussee Honneur aux savants assez sa I 1 aces pour se dire les pr fcrmes pour le proclahif :ivec le temps, la verite triomphe : les hommes av[ ces, puis les savants d'une portee ordinaire, puis les: tardataires eux-memes, viennent au novateur, adopt( ses idees, entrent dans ses voies. Mais, au sein de s triomphe, et par son triomphe meme, un danger le n *", Quand s chent :ruand pleins de F esprit dont s pent apres quelque temps, que cette direction, cet esprit, par cela meme qu'ils sont devenus la direction commune, I'esprit ■^ .^ de tons , et qu'on n'en comprend plus d'autres , semblent ■-1 avoir ete toujours ceux de la science. G'est une illusion, c'est un oubli dans lequel il est difficile de ne pas tomber. En cueillant les fruits d'un arbre, songeons-nous aux ef- forts de celui qui autrefois, quand nous n'etions pas en- core, laboura peniblement le sol pour y deposer une 'J precieuse semence Dans les sciences, heui-eusement, les temoins du temps passe subsistent; et tels sont, pour la reforme accomplie par l^Pliilosophie miatomique , les ecrits contemporains. d'une epoque plupart des naturalistes peuvent del a plus connaitre par leurs propres souvenirs. ii i f li i y\ a \i 1 J ' h ?- \ L 1 It \ ^ > i k V " M,/ ^ ,^ '^ i I f I! ^i I .'h ri I, ^ 11 W- I ; I J* S16' PROLEGOMENES, LIV. li, CHAP. II f VII. fut loii^ue et difficile. II ne fallait rien moins, selon Line juste et eoergique expressi de Vive force FHistoirenaturelle des her I sceptre. Ce ne fut pas assez de la Ph losophie anatomiq des travaux, si avances des que 1806, qui I'avaient preparee; ce ne fut pas assez par eux, I'aoteur eiit introduit et fait triompher dans Tune des branches principales de la science la methode feconde qu'il recommandait pour toutes (2). Bien des annees s'ecoulerent avant que Fcsprit nouveau penetrat profon- ent dans la science ; plus de temps encore, avant qu'il den y p edomin \ effort s, sans cesse (1) Expression deM. Coste, lorsqu'il caracterise dans V Introduction de son Embryogmie comparee le niouvement imprime k la science par Geoffroy Saint-Hilaire. (Voy. plus haul, p. ll/i, note 1.) (2) II importe de rcmarquer que si, de Faiiteur de la Philosophie ana- tomiqiie, datent surtout resprit nouveau et la methode philosophique qui ont change la face de la science^ ce n'est pas seulement parce qu'il a con§u plus nettement et proclame plus fermement que tout autre ce double progres : c'est aussi, et surtout, parce qu'il VdireaHse dans une branche que j'appellerais volontiers la branche fondanientale de la science ; car sur elle s'appuient toutes les autres. Avant les travaux de Geoffroy Saint-Hilaire en 1806 et 1807, il n'existait en anatomie com- paree auc we methode rationnelle. Je crois pouvoir le montrer dans la suite de cet ouvrage, de maniere h ne laisser aucun doute dans resprit de tout lecteur impartial. —Voy., en attendant, Vie, trav. et doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire, chap. VIII, sect, ii et Suiv. \^ VUES DE GEOFFROY SAINT-HILAIRE 31 du chef de la nouvelle ecole , de ses premie I disciples, par-dessus tous, de M. Serres (1 : grace aussi puissant concours de Meet de pi s leves de Kielmeyer oii de Schelling, reformant heureii' ement la methode de leurs maitres. r II fallut tout ce temps et tous ces efforts. Et, cepeiidant * au fond, il ne s'agissait pas de renverser, de detruire comme im grossier echafaudage qui a fait son temps I'oeuvre si laborieusement edifice par les siecles ante- rieurs ; il s'agissait de I'etendre, de Fagrandir, par conse- quent de la conserver. La revolution, dont IsiPhilosopliie anatomiqiie apportait le principe, n'etait pas de celles r SI, par raodiiiee d'abord le sol de ruines , pour reconstrui at une pacifiqiie reforme , pourrait-on dii la science n'eiit du etre si profondeme Tout ce qu'on a fait est bien, disait Geoffroy Saint faut faire plus. L'obsei fj r indispensables ; mais elles ne suffisent pas : le rai jment,la synthese ont aussi leurs droits. Usons de no; ^ 1 ^ (1) Voyez, entre autres, son beau memoire sur YAnatomie transcen- dante insere dans les Annales des sciences natiirelles, t. XI , p. 1x7 ; 1827. Le premier paragraphe a pour litre : l)e Vabstraction en ana- tomic, • " Peut-elre me sera-t-il permis de rappeler, apres les travaux de moii pere et ceux de mon illustre maitre, les efforts que je n'ai cesse de faire aussi en faveur dela merae cause (voy. la Pre/ace de cet ouvrage), et qui datent presque de mon entree dans la science, ^introduction de mon premier memoire sur les primates, inseree dans les Memoires du Museum d'histoire mtureUe, t. XVII, p. 121, et I'article Natu- raliste de Y Encydopedie moderne, V' edit., t. XVIII, remontent, Tune k 1828, I'autre a 1829. V ^ i ;t . ^ *; i ,.^- il a 1 H ^ h I f ^ I ! /- I A V I r I } " J T- ^ I t^' v"-; ^V ^- ■ ^. \i w \ m' t ■ 'i' !■ ^ i i' p m ]■ I ' I ^ r I* UH f i » &<^ IV 318 PROL^GOMENES, LIY. II, CHAP. II. pour I'observation, le plus et le mieux possible ; mais apres robser des plus nobles ft qui jiigement et notre sagacke com parative dec! Etablissons des fails positif leurs consequence 'h faut-ii pas ({w' apres la taille des pier en osuvre I ? « Autrement Vraie deceptioi fi de sont inutiles, si on assemble et ne les utilise dans un edifice (^ » Vous pensez, a dit encore Geoffroy Saint- Hilaire, s'adrcssant ici a cette ecole qui , pour croire, youlait , comme I'un des apotres, avoir vu corporellement (li) ; Bum ff^ biographiques, 1838 (voy. p. 12 et 13.) (2J Rapport a VAcademie des sciences^ dans le Moniteur du 29 oc- tobre 1829; passage reproduit dans les Pnncipes de philQsophie zoo- logiqiie, p. 188, note; 1830. (3) ]bid. — u Voudrait-on, dit-il ailleiirs, quesemblable a un buche- » ron qui ne ferait d'abatis que pour abandonner ensuite ce produit et y> lelaisser perirsurle soKjedissequassepour decouvriret observer des » dimensions, pour donner des niesures? » {Premier memoir e sur les organes sexuels delapoide, dans les if em. duMuseum, t. X, p. 8/1; 1823.) (li) Le passage auquel j'eraprunte ces expressions se Irouve dans un des meraoires paleontologiques de I'auteur (recueil des Memoires de I' Academic de s sciences, t. XII, p. 136); raemoire ecriten 1831, au plus fortde la lutte des deux ecoles frangaises, et qui, a ce point de vue, meritedoublemeni I'attention. Je lui emprunterai encore le pas- sage suivant, oii la question en litige est tres nettement posee: « C'est un parti pris de repousser les idees pour n'admeUre ea;ck- » simment que des reliefs corporels : seulement des fails que Ton » puisse pratiquer materiellement, et par consequent qui ne cessent » jamais d'etre palpables par nos sens! Pour cette ecole, la science du >) naturaliste doit se renfermer dans ces trois resultats : nommer. II 111 ■y VUES DE GEOFFROY SAmT-HlLAlRK. 319 de » » mspensez « que le soiri de iiommer et etres doit former le maximum de nos efforts dans sciences naturelles ... On a du commencer par les tra\ de classification, parce qn'ii a d'abord fallu inventoi :S » dii B ivec ordre les productions de la na- que la science se doive con tenter des « ce » » » » » perfectionnements des distributions methodiques, serait exiger quele litterateur s' en tint a admirer le bon ordre de ses livres sur les rayons de sa bibliotbeque. Le litterateur qui range ses livres et le naturaliste qui classe ses animaux en sont au meme point... 11 y a, par dela les travaux de classification, un autre but a }> I enregistrer ei decrire.,. Des faits, meme tres industrieiisement fa « tonnes par une observation intelligente, ne peuvent jamais valoir, » a regard de I'edifice des sciences, s'ils reslent isoles, qu'a litre de .) raateriaux plus oil moins Iieureusement amenes a pied d'oiiivre. Or « comme on ne saurait porter trop de lumiere sur cettc these, je ne » craindrai pas d'employer le secours de la parabole suivante : » Paul a le desir et les raoyens de se procurer toutes les jouissances » de la vie : il est intelligent, inventif. et il s'est applique h rechei » Cher eta rassemblercequ'il suppose lui devoir etre necessaire. 11 » approvisionne son cellier des meilleurs vins ; il remplit son bucher » de tout le bois que reclame son chauffage : il agit avec le meme « discernement pour tous les autres objets de sa consommation pro- bable. Lesqualites sont bien choisies, les objets habilement ranges, » et un ordre savant regne partout. Mais, arrive la, Paul s'arrete. De » ce vin, il ne boira pas ; de ce bois, il ne se chauffera pas ; de toutes » les autres pieces de son mobilier il n'usera pas ! . . . « Que dire d'un savant qui declare s'en tenir a la production ou a la >. bonne disposition de fails positifs? S'il ne se plait qu'a bien ela- » borer ses materiaux, et qu'a les livrer parfaitement fagonnes pour V etre un jour employes, il renonce a ce qu'il y a de plus vif, de plus enivrant et de plus profondement philosophique dans la vie des » sciences, » » )) f^^ * f r I f -I I- ■■■t ■.t A > ^ i \ \ \ '■' i^i ^.. f i t r ■v ii I V -> \ ii i ! ■ ^ « Mt I*-*! 320 PROLEGOMENES, LIV. n, CHAP. II, » atteindre, c'est la connaissance des rapports des choses » telle est la vraie science, la haute Histoire 7iaturelle « Tout ce qui y prelude est de metier, n'est qu'un acbe » minement a ce grand et important resultat. Les idee » philosophiques formeront toujours la veritable moissoj « a retirer du grand champ de la nature ; ma » compense des plus nobles efforts ; tre » sur quoi se fondent les progres de des la civilisation, les « indefinis perfectionnements de la raison humairj d'autres termes fails d'abord quences ensuite. Les fails pour arriver auxidees (2). C'est la la vraie science; car c'est la science complete, la seule qui admette I'emploi successif et combine de toutes les ressources, de toutes les forces qui sont en nous; la seule oil il nous soit donne de nous avancer, a la fois pru- dents et hardis. Prudents sans hardiesse. nous resterions ■» . r f k (1) Ce passage est la fin d'un Memoire public en 1823 sous ce litre : Considerations et rapports mmveaux d'osteologie comparee. (Voy. Mem. du Mus., t. X, p. 18/j; 1823.) « Les idees philosophiques... tresor des ames fortes » , dit ici mon pere. « Ces hautes connaissances, lesdelices des etres pensants «, avail dit Laplace, k la lin de son Exposition du systeme du monde. La creation n'est pas moins admirable, contemplee dans ses details ter- restres que dans son celeste ensemble ! Aussi voit-on ici le naturi^Jiste non moins penetre que fastronome de la grandeur de sa mission. (2) C'est ce qu'a parfaitement compris et resume M. Henri MARxm, de Rennes, lorsque dans sa savante Philosophie spiritualisie de la na- ture, Paris, l8Zi9, il dit, 1. 1, p. iZil : « Pretendre que les forraules n biologiques auraient pu etre trouvees a priori, c'est la une illusion » qu'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire acombattue aussi energiquement >' que Georges Cuvier, et d'autant plus efficacement qu'il a soutenu en -> meme temps les droits legitimes du raisonnement et de la synthase » dans la science de la nature. >>-^Voy. aussi V. Meijnikr, loc. cit. , p. 78. i I -r^ VUES DE GEOFFROY SAINT-HILAIRE 321 immobiles. Hardis sans prudence, comment ne pas nous egarer dans les champs sans limites de la pensee ! Et par la, I'ecole de Geoffroy Saint-Hilaire ne s'eloigne pas moins de celle de Schelling que de celle de Cuvier. Disons plus : en principe, sinon dans les resultats, Geof- froy Saint-Hilaire est plus oppose encore a Schelling- I qu'a Cuvier; car il acccpte tout ce que fait Cuvier, qui I n'est, pour lui, qu'incomplet ; il rejette, an contraire, dans son application a notre science , le fond menie de la doctrine de Schelling dont la grandeur I'etonne, mais ne I'entraine pas. Jamais il ne parte de Schelling sans admiration , jamais des Philosophes allemands de la nature, sans reconnaissance pour I'elan qu'ils ont im- prime a la science (1) : disons aussi , sans reconnaissance personnelle pour le concours que lui preta souvent cette ecole , sa puissante allice contre leurs adversaires com- muns (2). Mais il ne la combat pas moins dans ses esperances, trop sublimes, selon lui, pour ne pas etre illusoires. Les idees, dit-il aux disciples de Schelling (3), ^ 1 f .1 ;i ii ^ L r ■■i (1) « L'Allemagne, cette admirable nation ! » s'ecrie-t-il dans Fun de ses derniers ecrits, en parlant des services rendus par les Philosophes de la nature. (2j On verra, dans la suite de cet ouvrage, qu'il isst plusieurs fois arrive a Schelling et a Geoffroy Saint-Hilaire, le premier descendant des hauteurs abslraites de sa pensee vers les faits, le second s'elevant de ceux-ci a leurs lois, de se rencontrer dans leurs marches invefses. (3) Yoyez I'article Naiure deVEncycl. mod., f. XVII, p. 2/i; 1829. « Opposons, dit-il plus has dans le meme article, cette juste s^v^rit^ 3> deprincipesaraffligeante flexibilite d'opinioil des doctrines apn'or/.^ Etil emprunte a la Cephalogenesis de Spix un trop Celebre e^ceinple, liom faire justice, dit-il, d^]n tel mode d'etahlir i?u de supposer des I rapports. I. 21 \ » V -. I r \ J 1 4 I ^* \' I fi \^ 322 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. II. doivent etre immediatement engendrees par des fails precis et evidents^ non creees par voire esprit pour le besoin du moment, et comme a volonte. La subtilite } de voire pensee ne voiis conduit ([\fi\.de& suppositions: vous elevez de vastes edifices , mais craignez qu'ils ne soient fondes que sur I'erreur. Vous pressentez les faits, quand il faudrait les saisir actuellement : demontrez-les ; et dans votre ardeur pour la science, n'essayez pas d'l/ cueillir des fruits qui n'y sont point encore (1). Ce qui ne veut pas dire, cependant, qu'il faille toujours attendre que les idees naissent d'une etude patiente des faits . Ceserait interdire au genie de deviner. Ce que demande la logique, c'est que les idees qui se font jour dans notre i J '"■ » t "ti II ii \ I I I (1) II (lit aussi, dans les Principes de philos. zoologique, p. 189 : « Une certaine ecole qui abuse de la methode a priori,.,^ principale- » raent formee des Philosophes de la nature^ se fait de sa confiance n en ses pressentiments un moyen d'explication pour la solution des V plus hautes et des plus difflciles questions de la physique... Une » autre veut trop que Ton s'en tienne au seul enregistrement de§ II faits... Faisons mieux; 6vitons I'un ou Tautre de ces ecueils... : in n medio stat virtus. » k F L'auteur avail deja dit, en 1818, dans la Philosophie anatomique, t. I, p,2 : « Entreces deux extremes, se determiner seul ementd'apres wTanalogie, ou se rendre trop difflciles sur le? faits, il me semble » qu'il est un milieu ^ tenir. C'est la ligne dont je chercherai a ne « point m'ecarter. »• On pourra remarquer que, saiif ce dernier passage, tons ceux que je viens de citer sont de 1823 k 1837. Dans les voies ou il marchait depui^ 1806, et merae plus anciennement, Geoffroy Saint-IIilaire n'a commence qu'en 1820 a rencontrerquelques adversaires, et Cuvier ne s'est mis k leur tete qu'en 1825. Les passages qui precedent sont presque tons empruntes aux reponses faites par Geoffroy Saint-Hilaire aux objections dont ses yues avaient ete I'objet. T' ^■f 1^^ I 4 I J ri- *--^ ^ VUES DE GEOFFROY SAlNT-HlLAIRE. lie soient prises par elle que pour ce qu 323 sont, ic derivant pas des faits : pour des coi iiit provisoires, pour de simples hypoih expression dont Geoffrey Saint-Hilaire s pt si souvent pour lui-meme : pour des pr es sentiment s . Cesidees preconcues peuvent guider tres utilement dans fails (i dis penser : I'observation seule pent leur donner droit d • i f dans la scienee. espr vrai de doctr Geoffroy Saint-Hiiaire ^ et c'est par la qu'il se sepat csscntiellement des Philosophes allemands de la nature Comme eux, il coneoit souvent a priori y mais il demonti a posteriori Ou ccux-ci se fussent hasardes a dire (1) Et meme, sans elles, ou irait la science? Combien lents seraient ses progres! « Pour bien voir, » dil Schelling, dans un passage de k ZeitscL fur spec. Phys., trad, par M. Benard, loc. cit., p. 368, « il « faut savoir de quel c6te on doit regarder. « Et il ajoute spirituelle- raent : « Beaucoup d'expcrimentateurs ressemblent a ces voyageurs )) qui pourraient, disent-ils, faire beaucoup de questions sur le pays, » s'ils savaient seulement sur quoi lis doivent questionner. » (2) C'est ce qui explique comment il a pu qualifier ses decouvertes, a la fois, par rapport aux procedes de Tecole de Cuvier, de decouvertes a priori; par rapport h ceux de Tecole de Schelling, de decouvertes a posteriori. Cependant (a part les erreurs inevitablement attachees k toule oeuvre humaine), mon pere a quelquefois devie sciemment, avec une teme- ri'te dont il laitTaveu (voy., par exemple, son Memoirs sur la concor- dance de riiyoide dans les Nouvelles Annates du 3Iuseum, t.l, p. 328; 1832), de la ligne qu'il s'etait tracee, et qu'il a toujours consideree et recommandee exchisivement comme celle de la vraie science. 11 est des cas exceplionnels oil une logique superieure prescrit elle-meme aux novateurs ce que la logique ordinaire interdit a ceux qui les suivent. (Vov. Vie et travaux de Geoffroy Saint-Hilaire, chap. VOl, sect, v.) 1 ^ I -1 t 1 I il i I i I ki i \ \> > \ i I \ 4 I J ^ 4 [ *.,V^ , , .-. -Y . r V \ 1^ * 4 %, A^ -ivy I *l ^ if ' *. ?. wi t 324 PROLEGOMENES, LIV. H, CHAP. 11 r Cela est! il dit : Cela pent etre! et il examine f clierche Cela doit 9 Doctrine dont I'ensemble pent se resumer ainsi : « On s'est bien trouve de la route suivie jusqu'a presen de I'observation prealable des faits : mais, dans i'ordi progressif de nos idees, c'est le tour presentement dc recherches philosophiques, qui ne sont que Vobservi faits, que cette obser » etendue a leurs re » la decouverte de ports. » Ce resume est de Geoffroy Saint-Hilaire lui-meme, et il y a plus de trente ansqu'ilestecrit(3). Ainsi, une science necessairement positive, mais aussi necessairement philosophique , et philosophique parce qu'elle a commence par etre positive : oeuvre, non d'o6- servateurs, decrivant la nature sans pretendre jamai 1 'interpreter, ou de pliilosoplies, de penseurs, I'interpre tant avant meme de I'avoir observee, mais de natiiraliste L ([m observent aipensent, qui constatent et interpretent qui fondent et edifient ! (1) Citons un exemple. Quand Geoffroy Saint- Ililaire pressent le systeme dentaire des jeiines oiseaux, admet-il aussitot I'existence de ce systeme?Non, il le clierche, et parce qu'il le cherche sous rinfluence de son pressentiment, il le decouvre. Lepressentiment devient une verite, Et ainsi dans une foule de cas. Quels sont le but et le resultat des longs travaux sur lesquels repose la theorie de I'Unite de composition? Leur auteur I'a dit lui-meme plusieurs fois : changer en une verite demontree ce qui n'etait encore qu'un pressentiment philosophique. Grand exemple apres lequel tout autre seraitsuperflu. (2) Qucerite et invenietis; pulsate et aperietur. Ces paroles ont, en science aussi, leur juste application. (3) Phil, anat., t. II, Discours preliminaire, p. xxiij. h^_ OBJECTIONS DE SCHELLING ET DE CUVIER. 325 *> 4 V- ^ VIII. On s'etonnera iin jour, on pent s'etonner deja, qu'iine r ^ ' telle doctrine ait eu peine a s'etablir dans la science. II n'y avail pas meme, dira-t~on, a la defendre : il suffisait de I'enoncer. II est des propositions d'ane verite si mani- / feste qu'elles se prouvent par clles-memes. On ne demon- trepasun axiome. « Si I'homme, a dit Laplace (1), s'etait borne a recueil- des fails / grandes lois de C'est en comparant les f; Qrs rapports, et en remontant ainsi a des ph de plus en plus etendus, qu'il est enfm par empr • / » effets les plus va Que voulait Geoffroy Saint-Hilaire pour I'Histoire natu™ I relle? Precisement ce que veutici,pour les sciences en eneral, le continuateur de Newton, ouplutot ce qu'il pro clame, au nom de la logique et de la dignite de I'esprit humain, comme une regie fondamentale et generalement reconnue. Regie contestee pou par deux des grand s :)rits de Schellin siecle : Scliellina- et Cu\ b pi Pour lui, il ny a, il ne peut y avoir de / 1) Log, cit., Liv. I, Chap. Xi. \ I I ■x it 4 i. /* [ r 1 \ ^\ \ r I f^ I i ♦ m *. 'S A ^ ■;■ ii k tf Iff w « \\ i* j I V* te 4 f I .1 I 4 f 326 Pi * m PROLEGOMENES, LIV. U, CHAP. 11. ies, que les theories construites a priori extreme, et qui, en dehors cle la fei de ses premiers disciples, n'a pu'trouverun.seul parti- san! Quoi! le systeme du monde, parce que son point de depart est dans Vexpcrience, serait contraire a I'ex- perience elle-meme! Et il en serait ainsi de toatcs ces su- hlimes consequences, deduites depuis trois siecles, fails physiques, chimiques, geologiques! I Cuvier est moins absolu, mais aussi moins consequ Schelling etait parti d'un principe, et il y reste par . Que fait Cuvier PGeou'il trouve bondans les an des bi puissance 1 it humain ; il la nie dans la scieui in donner de si eclatantes preuve^ On a lu plus haut, resumees par Cuvier lui-mem< I ; vues qu'il fit un instant prevaloir, bien plus par 2 \ de son nom , que par la force de fr dont bientot de Tepoque ou ils furent produits ! No de- in du temps ou, bien que deja refutes, ils dans la science, tenus encore pour dccisifs et par la foule, qui ne les discutait pas, qui les Le danger de i'errcur : tcl est le theme invariable qui s'y reproduit sous mille formes, la menace sans cesse suspendue sur le novateur et son ecole. (1) Voyez plus haut, sect, v, p. 307. (2) .Sect. III. ■■ if *i / ( *1S 'i« % \ » ■- ' ^n V OBJECTIONS DE CtlVIER. 327 1) o et que je suis loin de meconnaitre. Mais il est deux manieres d'echapper a un danger prevu : s'aireter a I'entree de la route; la parcourir avec pru- dence. Le premier parti serait sans doute le plus siir. Mais voyez a quelle consequence on serait conduit ! Dans cette science de fails que vous dites seule positive et seule vraie, I'erreur ne s'est-elle jamais fait jour raison n'est pas ini\ullible, mais vos sens le sont-ils ( Les observations erronees sont-elles beaucoup plus ra dans les annates de la science que les aberrations de i sonnement? Si, de peur de celles-ci, nous devons ce^ de raisonner, cessez done aussi d'observer : tenez-v ; seul moyen, en effet, d Noti li). Mais immobiles, ne faites rien (3 lever toute chance a I'erre qu'on risque quelque chose pour elle, et vousl'avez com- pris. Pour echapper aux illusions microscopiqucs , avez- vous brise votre microscope? Non; vous avez fait une etude attentive du mecanisme de rinstrument, de tons les phenomenes dont il est le theatre, et la micrographie est devenue de plus en plus exacte. Notre raison , nos plus nobles facultes (5), ne meriteraient-elles pas qu'on en fit r (1) Voyez p. 288, note 2, Fexemple singulier d'une double erreur, commise par le chef illustre de I'ecole des fails, au moment oti il in- voquait son propre exemple k Tappui de ses preceptes. (2) Sur lesinnombrables erreurs de nos sens, voy. le Chap. IV, sect. ii. (3) Et conlentez-vous d'une science morte, selon I'expression de 4- M. Serres, loc. cit. (Zi) « Toute methode, disais-je en 1828, loc. cit, est comme un » instrument dont un homme adroit tire un parti avantageux, mais » qui, entre les mains d'un ouvrier inhabile, reste inutile et peutde- » venir daiigereux. » (5) Yoyez p. 318, I I mi i ^ : ■n I J ft i i i J i I 1 s r. ■ f I I r ■ ■' m r \ € V t M t i 4 \ !r V / ^ I I it M [ T I 328 PROLEGOMENES ) LIY. II, CHAl'. 11 autaiit pour elles, qii'on apprlt a en user logiquemeut, er, comme d't Descartes, a Ics condnire ? Sc pourrait-il que les plus magnifiques dons que le Createur nous ait ae- cordes ne fussent que des dons trompeurs, et que nous dussions, par prudence, nous en abstenir ? Veritable ab- dication intellectuelle apres laquelle nous rappellcrions ce pretendusage qui, ayant trop medite sur les dangers d'une cliute, avait trouve le seul moyen sur dc ne jainai tomber : il ne marcbait plus. , , Mais, disait Cuvier, ici la cbute n'est pas seulemeu possil)le : ellc est inevitable, et nous le (le d ^ ^ La demonstration historique de Cuvier est celebrc ; ellc a ete souvent dcveloppce par lui-meme (1), souvent re- I produitepar ses disciples. Mais tons ccs ecbos, repetantk parole du maitre, n'ontpu lui donner la force qui lui man- quait. Depouille de ces formes oratoires qui ont pu fairc illu- sion a debons csprits, I'argument bistoriquc de Cuvier esi le suivant : a L'histoire i)rouve que les resultats theoriques, successivementintroduitsdans la science, meme ceux qui y ont jete le plus d'eclat, n'y ont e sagere : lesfaits, an contraire, une s an contraire, une fois apercAis, sont pour acquis : done lesfaits sont, pour I'esprit humain, ! acquisition durable, et c'est vers leur decouverte que les esprits sages doivent diriger lem\s effoi 2 f-n. '\ y g J (1) Voyez sect, in, p. 291 et 292. (2) Recluit a sa plus simple expression logique, ce raisonnomenl se reduit aceci : Aunme des theories dejd imaginees n'a siibsiste; done aucme theorie ne subsistera. Enthymeme dont la proposition nioyenne i ^ » i : X ^4 - OBJECTIONS BE GUVIER. 329 jiisqu espe poin sombre et moiiis descspcrante(l). En nons retoiirnaiit vers le passe, nous n'apercevons pas senlement des mines, et Ifi onrtplnsinn deniicre de nos etudes n'est nas le decou- b Mais Ciiyier \ / mallienr d'avoiriei raison, quelle force en reeevrait son argument^ ]Mesurcra-t-on la puissance de la science, par- venue a sa maturite, sur les essais de son enfance (2)? Et h w J sous-entendue clevrait etre : Or Hen sera de Vavenir comme du passe. Ceux memes qui ont le plus applaudi au raisonncment oraioire de Cuvier, Teussent-ils admis ainsi ramene a la severite de la forme syllogistique ! ^ (1) Voyez V Introduction historique^ et particulierement le resume. Pour resumer la question au point de vue ou je me suis place dans cette Introduction 5 I'histoire conduit a reconnaitre trois periodes, caracterisees, Tune par la confusion des diverses branches des con- naissances huniaines , Tautre par la division du travail et I'esprit d'analyse, la troisieme \}d.v V association et Fesprit de synthese. Pour Cuvier, au contraire, apres ce que j'appelle la periode de con- fusion (periode qu'il diviseen religieuse etphilosophique), il n'est plus qu'une seule periode, celle de division et d'analyse (voy. son Cours sur Vhistoire des sciences, part. I, p. 10. Toute tentative pour rendre I THistoire naturelle philosophique serait done un retour vers une niethode que la vraie science a depassee. Serait-il vrai que Y association des sciences ^ aprHs la periode de division, apres la decouverte des faits par I'analyse, dCit etre assi- milee ii \e\ir confusion avant elles? L'esquisse historique par laquelle j'ai commence eel ouvrage a eu en partie pour objet de refuter cette assimilaUon, si souvent faite par Cuvier, entre la vague et confuse unite de la science dans sa premiere periode, et cette savante et harmo- nique unite qui s'etablit definitivement dans la \roisieme, (2) Voyez la note ci-dessus. « La vie des sciences a ses periodes comme la vie humaine, » a dit J. 21. \ \ r (I h i' i t i I r k i\ I \ \ J I i 1 - p' i :.-.f: ■ -.' . '.■' Q Y ! 'f i i^ f f*. t ! i^ \ ^ i \ I k i i 1 'S m l/Ki t i II 4f II !» \ 330 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. If de ce qu'elle n'apas construit qiiand les materiaux mt qiiaient, rcsiilte-t-il qu'elle ne saurail eonstruire qiiand abondent ? On se serait trompe dans le passe, et la con doit se tromper aussi dans le pi dans I'avenir, a per pour fOU done le progres ne serait qu'un mot; et parce que fii Ptole mee ni Brahc n'ont connu le vrai svsteme ( f nonde !ppler et Newton eussent ete impossible Que prouve done ici Fhistoire taut ir ici Fhistoire tant invoquee? Rien, On plutot , c'est elle-meme qui nous enseigne ce qu'a /. r pom ide sciences, ce que sera pour la notre, qui s'y introduit aujourd'hui (1); c'est elle ainsi qui nous montre le chcunin, devenant notre alliee contre ceux memes pouvait-il que Fhistoii ique (2 Geoffroy Salm-IIilaire, Princ. de philos. zooh, p. 189 ; ^ elles se )) sont d'abord trainees dans une penible enfance, elles brillent main- » tenant des jours dela jeunesse : qui voiidraitleur interd'ire ceux de I )' la virilite? » Voyez aussi untravai! deja cite, qui fait partie des Mem. de VAcad. des sc, t. XII. L'auteury reproduit, p. 136, la memepensee enreponse au celebre argument historique, et il ajoute : « Quant a cette affecta- }> lion de presenter les fails comme constituant seuls le domaine de » la science, il serait aussi, jc crois, plus juste de dire qu'ils n'ar- » rivent aux Ages futurs que s'ils sont escortes et proteges par les )) idees qui s'y rapportent, et qui seules, par consequent, en font la j> principale valeur. « (1) Voyez le Chapitre precedent, (2) Qieiques mots suftirontpour repondre a une troisicme objec- tion, laseulequi, apres lesprecedentes, merite de nous arretor. Celle-ci est de Frederic Cuvier.> (Voy. mxiBappoTtix I'Academie des sciences, sur \i ^ ^ " ^- I^ t 4 J -r f- f \ OUJECTIONS DF: CUMER, 331 Poiirsuivons done I'oftiivre coimnenctie ; que les in- Riiccosdenos devaaciers ne nous dccoiiragentpas, et que ^c 1 plus tard les nolres n'effraienf pas nos suceesseurs 1 Observons les fails ; ne nous y aVretons pas : chcrchons avcc confianee leurs rapports et leurs lois. Ne donnons G pas, eommc Scbeiling, tout a I'inleUigence ; rnais faisons lui sa part legitime : petite d'abord, il se pcut ; maisbientot plus gTande,-et immense dans I'avenir ; car chaque gene- ration viendra i'aecroitre a soii tour ; et qu'est-ce qii'unc generation ? on instant dans la vie de I'humanite ! Temerite singuliere dans nne ecole , qui se disait pru- dente et sage entre toutes, et qui osait dire ; .le trace co cercle ; la science n'en sortira pas (1) I i iin de mes memoires, plus haut cite; yinn. dessc.iiat.y t.XVI,p. 2] 6; J 1829.) Ce que vous voulez, disait le savant zoologiste, c'est le juste milieu. Or le juste milieu est un point ou chacun croitetre, et la "^uestiop est malhetireusement ijisohible. On pent repondre : Le milieu est determine, si les extremes lesont. Orun extreme, c'estici I'observation exclusive ou presque exclusive. I. L'autrCj c'est le raisonnement a priori. Entre ces deux extremes est le milieu dela vraie science qui n'est pas un jjoijit insaisissahle comme I rindique Frederic Cuvier, mais un large intervalle ou chacun doit s'avancer selon le nombre et la valeur des fails qu'il possede, et selon la portee logique de son esprit. , (1) Je ne saurais terminer cette discussion sans faire remarquer qu'une reforme en Histoire. naturelle etait necessaire, qu'elle Test 4 encore sur un tres grand nombre de points, non seulement pour rendre la science grande et philosophique, mais aussi^ etavanttouL oour lui donner ce caractere fo.^^t^7J eelte certitude^ cette siahilite, en vue n I ■ ^ ■ desquels on pretendait restreindre entre d'aussi etroitcs iimites Texor- cice de notre pcnsee. Cette assertion efonnera sans dou(c quclques uns de n:cs Iccteurs. (^uand une ecole qui se qualiflait ellc-meme de positive i\ domine . _ ' - " Jusque dans notre sieclc, quand un chef tel que Cuvier'a ete si long- V ¥ ^ \ . 1 \ i ^ I V- I * ■J ^ A h J r -L L 1. ' *. ^ \: » ^ 332 PROLEGOMENES, LIV, II, CHAP, 1|. I t* I m ^^i I 'J J i 4 \ J IX, r ■^ Resumons ce long chapitre , qui doit otrc , egards, comme la preface dc cet ouvragc (out Trois metliodes et trois ecolcs etaicrit en trois methodes que je crois pouvoir caracteriser, pour le faire en un mot , en disant celle de Cnvier. plpm^n- pr temps a sa tete, comment croire qu'elle n'ait pas introduit dans la r science, qu'elle n'y ait pas fait regner partout, avec Vesprit positif, la precision et Texactitude? La verite a ses droits, et il faut bien lo dire : cela pent paraitre etrange, mais cela est. Cuvier lui-memc a donne rexemple d'abus d'une extreme gravite qui malheureusement se sont perpetues jusqu'a b - - ce jour. On le voit tantot placer arbitrairement dans une division des etres qu'il eut ete necessaire, lui-meme le dlt, de ranger ailleurs dans tin systeme rigoureux [Regne animal, t. I, 1'' edit., p. 18/i; 2*^ edit., p. 188) ; tantot, et tres souvent, il assigne h un groupe tout entier une caracteristique vraie seulement d'une parliedes animaux que ce groupe comprend; tantot encore, et aussi bien dans les determi- nations des organes en anatomic comparee que des cspecesen zoologie, ilsemble admettreegalenient deux opinions opposces et contradictoires, par consequent Tune au moins fausse; comme s'il etait indifferent d'adopter Tune ou I'autre, de dire oui ou non ; comme si, ditGeoffroy Saint-Hilaire {Philos. anat., t. II, p. xv etxviij)une Inconnue x n'etaitpas necessairement a oh b, Vun a ['exclusion de Vautre. Les disciples de Cuvier ne pouvaient manquer de Timiter ici. lis Font fait et le font encore. Tels d'entre eux ont decrit, comme types d'especes nouvelles, des individus qu'eux-memes presument appar- tenir comme \arietes a des especes deja connucs, mals dont il est bon, disent-i!s, de faire mieux ressortir les caracteres; mode de pro- ceder qui a surtout ete reproche a I'auteur de VHistoire des mammi- n Menagerie, mais qui est loin de lui etre propre, et que nousvoyons pratiquer chaquejour encore. Tels autres, oules memes \ L > 1 \V' 333 taire; celle de Sclielling, selon sapropre expression (1), transcendantale ; celle de Geoffrey Saint-Hilaire , scien- tifique. De la le role et le sort de chaciine. On doit commencer, logiqiicment , par ce qui est e/e- mentaire. La premiere des trois methodes devait done d'abord dominer dans I'Histoire naturelle. Ses defenseurs ont done eu raison , temporairement, eontre ceiix qu'ils combattaient. Mais ils ont \oulu avoir trop longtemps rai- son, et c'est pourquoi la science a echappe de leurs mains, lis s'arretaient : elle ne s'arrete jamais. La methode de Schelling est trmiscendantale. S'appli- quera-t-elle un jour heureusemcnt a la science reelle ? Deviendra-t-elle , selon I'espoir toujours nourri par son auteur, un instrument de decouverte (2) ? Plus generate- i >^ r I V i •^ ailleurs, rapportent k des groupes pretendiis naturels des etres chez lesquels on chercherait en vain les caracteres de ces groupes ; ou encore ils associent entreeux des types qu'ils reconnaissenteux-memes etrangers les uns aux autres : abus que nous voyons se reproduire jusque dans les Iravaux recents des disciples directs et des collabora- teurs eux-memes de Cuvier. Voyez, par exemple, le Dictionnaire uni- versel d'Histoire naturelle, t. 11, p. 619 ; 18Zi3. Plus I'autorile de Cuvier est legitime et imposante, plus grand est le nombre des naturalistes qui ont ici suivi I'exemple du maitre , plus il importe d'insister sur la necessite d'une marche plus logique. Je I'ai fait deja a plusieurs reprises ; je le ferai de nouveau en toute occasion, tant que les naturalistes, qu'ils soient de I'ecole positive on de I'ecole philosopbique, ne s'accorderont pas entre eux sur un point aussi fondamental. (1) Yoyez p. 295, note 1, et p. suiv. Je laisse ici de cote cette science empirique et peripherique que re- connait Schelling, mais qui est en dehors desa doctrine fondamentale. (2) Schelling croit qu't'^ n'eut pas ete absolument impossible de pre- ^ i ; i f I i ^ ^ ri J I t lf ■-_.Vl r^-^' \i ^ \ H 1 A ir '! t 1 r n hi I I 'rt I I 4 I 4 i^ 33/1 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP, II \ ment, sera-t-il donne aii natiiraliste,partant, soit des idecs de Schelling, soit de celles, nees oii anaitre, de tout autre philosophe, de conclure a priori, de deduire les t^its biologiques de principes rationncllement etablis:' On repondra : Non. Je n'irai pas jusquc-la. Iristruit par I'liis- toire de I'esprit luimain , j 'admire trop sa puissance pour ne pas rester, meme ici , dans le doute. Mais, entre cette science ideate et la notre , quel abmic! Et dut-il un jour etre franchi par le genie, comment pourrions-noug an- jourd'hui porter an dcla nos regards ? On pent rever cet avenir, on ne pent le prevoir. Pour avoir depasse la methode de Cuvier, nous sommes done bien loin d'arrivcr a celle de Schelling. La premiere ne suffitplus a la science; comment la science suffirait- elle a la seconde ? C'est entre les services rendus par Tune 5 esperances illusoires ou indefmies de mouvemcnt de I'autre, que doit I'esprit humain. A la methode mixte, a la methode de gene ralisation logique, I'ctat present de I'Histoirc naturelli Buffon (1 pouvons apercevoir de y a plus d un siecle , ce pro gres; Geoffroy Saint-Hilaire a entrepris de le realiser. La prevision est aujourd'hui justifiee ; le progres se realise de jour en jour. Que reste-t-il de la vive opposition qu'il ren- r mif le galvanisme. Ne regrettoiis pas que Galvani et Volta aient evite a i'illustre philosophe la peine d'en faire la decouveiie. Les Philo- sophesde la nature ontpreVw un grand nombre de faits et de pheno- menes ; mais bien rarement ces faits et ces phenomenes se sont retrou- ves dans la nature. (1) Linne aussi (voy, p. 310 et 311); mais bieii plus vaguemenl et lui pen plustard. I I r v^ / --^-V:- r^ RESUME. 335 coDtrait encore il y a moins de vingt ans? Des dissentiments sur de graves questions : mais, dans ces luttes nouvelles, il ne s'agitplus, pourpersonne, dela methode elie-meme, mais de son application. On n'a ni le meme point de depart, ni la pensee d'arriver au meme but ; mais on n'en marche pas moins, des a present, dans les mcmes voies. Ou sonl aujourd'huiles partisans de I'observation a I'exclu- sion du raisonnement, de I'analvse a Fexclusion de la synthesePEtoutrouver, fut-ce danslapatrie de Schelling, un naturaliste qui voulut fonder ses theories idee conQue a priori et non verifiee ? Non ; tous obser- vent ; tous concluent et generaliscnt, plus hardis seule- ment ou plus timides , parfois encore licsitanis , selon I'ecole d'oii ils procedent. Ainsi s'apaisent de longs de- sur une bats, et si scpares efois qu blai r point pour but I' etude du meme iinivers (i), les disciples de Cuvier, ceux de Schelling sont bien pres de se donner la main sur le terrain mixte ou les appelait depuis long- temps dire a notre tour, sans etre accuses de devancer les temps : « L'esprit humaiii triomphe eiifm de la contradiction de » ses propres efforts (2) ! » Saint-Hilaire; et il nous est pennis de (1) Expressions de Geoffroy Saint- Hilaire, dans les Compfes rendus de VAcad. des sc, t. Ill, p. 525; 1836. (2) C'est encore Taiiteur de l^Philosophie anatomique qui s'exprime tilnsi. (Voy. son Coiirsde VHistoire natiirelle des mammiferes, leg. 1, p. 26; 1828.) II est incontestable que les idees de Tecole philosophique ont heu- reusement penetre jusque dans les travaux des disciples les plus de- voues de Cuvier. Jeclterai, enlretous, ceuxdu representant actuel le plus eminent de Fecole de ce grand maitre, du savant deux foisclioisi ^ I \ ! t I I « ■I ''■}• 9 m « ii^ il ^Itt \i 4 i r ■\ >\ I n I I 1 ir ^ /■ .I*f i- i I i. w f =M i < > 336 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. II. k . par lui a quarante ans de distance, comme son collaborateur dans Fun deses ouvrages capilaux. Pour prendre un exemple, lequel des deux adversaires dans la celfebre discussion de 1830, lequel de Cuvier ou de Geoffrey Sainl-IIilaire eut partage les vues de M. Duvernoy sur I'am- phioxe? Lequel eut applaudi > Texplication qu'il a donnee, par la theorie des inegaliUs de developpement, de Forganisatlon si remar- quable de ce dernier des vertebres? (Voy. dans le Magasin de zoologie, ann. 18/|6, p. 327 etsuiv., Tanalyse des Legons de M. Duvernoy au College de France.) D'une autre part, le progresn'est pas moins marque, en sens inverse, dansl'ecole deSchelling, ecole aujourd'hui d'observateurs aussi bien que de penseurs : « Integer et cequus rerum cestimator, disent-ils » aujourd'hui, facile concedit, Philosophiam naturw turn primum )i cequis procedi passibus, quando altera {via quce ducit per observa- )> tionum sylxmm immensam) alter i {viw per intuitionis deserta im- » mensa) arnicas porrigit manus. » J'emprunte ce passage a M, Fries, Systema orbis vegetabilis, Lund, 1837. Ce que dit ici M. Fries est ce que pensent et disent aujourd'hui tous les Philosophes distingues de la nature; meme ceux qui ne sont que philosophes, et non naturalistes. (Voy. Michelet, de Berlin, Preface de la Naturphilosophie de Hegel, dans VEnctjcl. der phil. IVissensch., loc. cit.) L'auteur de cette savante preface, parlant destravauxde Goethe, se montre tres favorable k cette methode intermediaire qui prevaut maintenant, et dont Goethe, qui a souvent corabattu Schel- ling, avait fait plusieurs belles applications des le xviii* siecle. (Yoy. plushaut, p. 295 el312.) \l mm i\ %--t : » . .. ^/^/\/xr'^-^ CHAPITRE III DU PERFECTIONNEMENT DE LA METHODE , ET DES PROGRES QUE DOIT FAIRE l'fIISTOIRE NATURELLE ^ A l'eXBMPLE ET AYEG LE SECOURS DES SCIENCES ANTERIEURES. SOMMAIRE. 1. Direction que doivent suivre les Rciences naturelles. Rapports entre leur methode et celle des sciences anterieures. — II. Progres qu'elles doivent accomplir,carac- teres qu'elles doivent revetir, arexemple et avecle secours de celles-ci. — III. Simplify cation possible du probleme. I. ^ i ■ f r \ 4 I I I r -.1 J^ t« < 1 I f Par ce qui precede, la question fondameiitale a laquelle Chapitre a recu une premier tion : la directi r du moins indiq est methode, c'est pour nous, / des a present, celle qui embrasse le domaine entier de la science, qui emploie et utilise, en les coordonnant, toutes nos facultes de connaltre. C'est celle qui procede des faits, soigneusement observes, a leurs consequences logique- ment deduitcs, et de plus en plus generabsees. . Et nous n'avons pas seidement determine Ic point de depart et le point d'arrivee 5 de Fun a I'autre, nous n'avons pas seulement pour guides les regies generales, et, pour I. 22 Ik -it I' J ■. P 4 V I f u Xl .) 1 I 'I L , X ■ ■ - ■ ■ u' h t IT ■s ! ■■ #» f[ li: * / i # K-^ < V '1 - 4 I U ( •f f '« *m W ■I* 338 PROLEGOMENES, LIV. 11^ CHAP. 111. ainsi dire, piirement theoriques, de lalogiquc; mais ses regies deja heureiisement appliqiiees a d'autres branches des connaissances humaines, et qui, par la mome, nous sont, a I'avance, pratiqiiement connues. Verite capitale, et qu'il iinportait d'etablir dcs le debut de cet ouvrage. Que I'Histoirc naturellc soit consideree, ainsi qu'elle I'a ete si longtemps, comine une science de * ■ * . simple observation, et, a ce litre, opposee aux sciences experimentales, de raisonnement et de calcul, ellc reste necessairement isolee, entre loutes Ics autrcs branches de nos connaissances, par sa methodc comme par son point de depart ; elle ne pent c|ue s'avancer peniblement, comine au hasard et par tatonnement, vers un but que rien ne lui indique a I'avance. Qu'elle rentre, au con- traire, science d'observation, mais aussi d'experience et de raisonnement, parfois de calcul, dans la serie gene- rale des connaissances humaines; qu'elle y prenne sa place, anneau necessaire de la chaine, au rang marque par ses connexions logiques : sa methode so trouve rat- tachee a la methode plus parfaite des sciences plus avan- cees, et la route lui est silrement tracee vers un but sur lequel nulle hesitation n'est possible ; car c'est celui vers lequel out successivement marche toutes les sciences an- terieures, et qu'elles ont atteint plu>s ou moins complete- ment, ehacune a son tour, selon sa nature propre, ou, ce qui revient au meme, selon son rang serial. Non cependant que la methode de I'Histoire naturelle L X doive ou puisse jamais se confondre avec celle des sciences physiques, et, a plus forte raison, des mathema- tiques ; sciences ou les memes facultes, mais diverse- _p ■ CONSIDERATIONS GENMALES. 339 ment exercees, s'appliquent a des Qonnaissances objecti- vement diverses (1). Jamais I'experience, en biologie, ne predominera sur I'observation proprement dite, et le cal- cul n'y tiendra toiijoiirs qu'une place secondaire. II y a des limites qui ne sauraient etrefrancbies. Mais, entre ccs limites, le champ est vaste encore, et pour tenir la meme route , il n'est pas indispensable de suivre le meme sentier. G'est ainsi que, dans les sciences anterieures,les geome- tres cberchent la verite par le pur raisonnement ; les alge- bristespar le raisonnement et lecalculj les astronomes par I'observation, le raisonnement et le calcul ; les physiciens, par I'experience, le raisonnement et le calcul : tous ne s'a- vancant pas raoins vers le meme but, et selon la .meme logique; tous pratiquant en realite une meme methode ge- nerate dont les methodcs propres a chaque science, si dis- tinctes qu'elles soient, ne sont qu'autant de formes secon- daires, autant de sentiers divers dans une route com- s mune. Et de la vient que dans toutes les sciences det deux premiers embranchements, se retrouvent, a des de- gres inegaux, il est vrai, plusieurs caracteres communs d'une grande importance, ceux-la meme d'ou resulte la superiorite de ces sciences sur toutes les autres branches du savoir humain. G'est cede methode generate qu'il s'agit d'importer et pour ainsi dire de naluraliser dans notre science, sous les formes et avec les modifications que comporte la nature des phenomenes biologiqucs ; ce sont ces caracteres ge'ne'- ^raux qu'il s'agit de lui imprimer, au degre ou ils lui sont t I . (I) Prolegomenes, Liv. I, Chap. Y et VI. k " \ w \ I 1 L L I r b : \ I 4. M I I ^ r « IE ^ * -\ 1 J Hi m / r H I " , A- J V r. ■ ' *. * ^. ^ h ^ . '^\ - ■ t - . _1 ^ b ' 4 n ■ P I ' ri «' . * -■ ^ - -- 1 i i II n 'i \ ( r^ Sio PROLEGOMENES, LIV. 11, CHAP. 111. applicables. Ainsi seulement la biologie deviendra ce qii'elle doit etre, non une science mathcmatique ou une autre physique experimentaie ; tel n'est pas et ne peut etre son avenir; mais, a I'exemple et avec I'appui des sciences anterieures, et tout en restant elle-meme, une science completement digne de ce nom , et comparable a r ses ainees, a la physique, aux mathematiques elles-memes, r dans les hmites resultant des diversites objectives, par la marche de + la grandeur incontestee de ses resultats. % m ■ ,1 * ■i t li Ft ' \ I 11 Ces considerations ont pour nous trop d'importance pour que nous ne cherchions pas a nous en rendre plus completement maitres. Nous avons besoin ici, non d'un apercu general des progres futurs de notre science, mais de notions assez precises pour nous devenir pratique- ment utiles. Le point de depart doit en etre pris dans une compa- raison etablie, au point devue de la methode et de la valeur logique de leurs resultats, entre toutes les sciences des deux premiers embranchcments. En procedant ainsi, on ■ L arrive bientot a saisir entre elles, d'une part, plusieurs dif- ferences caracleristiques dont les principales nous sontdeja connues, celles qui distinguent entre eux les deux em- brancheinents, et dans chacun les sciences particulieres qu'il comprend 5 de I'autre, une somme de traits com- muns a toutes ces sciences, qui etablit entre elles, malgre -/ *'w^r * >^ CONSIDERATIONS GENERALES. P>hi les diversites specifiques, une analogie marquee etcomme •i une similitude d'ensemble. Chacune differe, et toutes se ressemblent ; et il s'en faut de peu qu'on ne puisse dire d'elles^ comme Ovide des divinites de la mer (1) : Fades non omnibus una, Nee diversa tamen^ qualem decet esse sororum (2) ^h Laissons, pour le diver avons ailleurs essaye de tenir compte. Ce qui nous inte- resse ici, c'est ce qui est commun, ce qui reunit, non ce qui distingue. r Ce qui est commun, c'est d'abord et necessairement ce qu'enonceou impliquela definition meme de la science. Toute science raisonne, c'est-a-dire, de notions dcja re- connues vraies en deduit ou induit d'autres plus com- plexes ou plus cachees (3). ^Toute science aussi demonire, c'est-a-dire s'eleve, par des methodes et procedes d'ail- leurs variables, a des notions dont la legitimite ne pent plus etre revoquee en doute par auciin esprit droit (4); les unes etant certaines dans le sens absolu de ce mot, les autres avant du moinspette certitude physique ou experi- , (1) Metamorphoseon lib. II. (2) Ou, et mieux encore, comme le dit Goethe des formes \Ge^ r stalten) : / AlU Gesialten sind dhnlich, tend Heine gleichet der andevn , ' Vnd so deiitet das Chor auf ein gehemes Geset%. Ces vers 0(1 le grand poete de FAllemagne se fait si heureusemeflt I ^^^ rimitateur du poete latin, se trouvent dans la piece intitulee : Die ' Metamorphose der Pflanzen, (3) Voyez Chap. V, sect, l [U) Javary, De la certifAide y 18/47, Chap, 1. / ^ -* i t i^ ? ■ X F ^ \ I \ \ ^ > f { ^ ^ 1^^ r ' > ^ r r i ' * a -III- i » ■i t 1 I I i I i f 1 v^ ^ 4 342 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. Ill J mentale quiresulte d'une probabilite infinie outres grande. Ge qui est commun, c'est done d'abord le raisonne- ment, la demonstration, d'oii la certitude des resultats obtenus (i t^ ( Ce sont ensuite les neuf caracteres suivants, dont [uelques uns, comme il est facile de le voir, ne sauraient exister sans les precedents, et reciproquement : La positivite (2) et la precision, principes de tout progres dans les sciences, qu'elles affranchissent,qu'elles epurent, pour ainsi dire, de la plupart des causes d'er- reurs : I'une en eliminant, non seuleinent ce qui est de- montre faux, mais provisoirement aussi ce qui n'est pas demontre vrai ; I'autre, toute expression vague, confuse ou equivoque de la verite ; en deux mots, Fune, le conjec- tural et I'arbitraire; I'autre, rindefini. La generaliie, a laquelle I'esprit s'eleve par une suite d' abstractions de plus en plus compfehensives. Ces abs- tractions ont pour terme la decouverte des rapports ge- neraux et constants de coexistence , de succession ou d'analogie ; en djautres termes, la connaissance des lois } auxquelles se ramenent les notions particulieres d'abord obtenues. L^ deduction, toute loi, meme inductive, renfermant (1) Autrement on n'aurait pas la science, et c'est ce qu'a parfaite- ent exprime Bossuet, De la connaissance de Dieu et de soi- mem,e Chap. I, XIII : «Quand,par le raiso7inement, oneiUend certainement » quelque chose, qu'on en comprend les raisons, et qu'on a acquis la » faciilte de s'en ressoiivenir, c'est ce qui s^appelle science. » (2) Mot deja employe par plusieurs auteurs, comme aussi necessaire que les mots positifetpositivement^ depuis longtemps consacres par rusa^e- . J ^. --■ n - CARACTERES DES SCIENCES AVANCEES. 34 S \ ( clcdiictivement i obtcmics (1 r La fixiii de la science, indelmiment variable, tan 3 compose que de notions vagues et d'hypo theses douteuses ; qui so fixe, au contraire, des qu'elle es devenue precise et positive. , T.fl hierarchie des resultats obtenus : resultats qui, de des dans un ordr A determine par cette filiation n - La concordance des diverges methodes partielles, et plus generalement, des divers moyens de connaitre ; en d'autres termes, la possibilite de demontrer les memos resultats de plusieurs manieres differentes : verification / • • non decisive, thodes elles-memes qui y conduisc des Vassociation des diverses methodes partielles, des di branches de tard des di\ 1 I snces ; d'ou la realisation, par le concours de de toutes, de progres auxquels chacune d'e pu pplication au bien social, I'utilite pi terme des efforts eux-memes qui ne i i ^ ' - - d'abord qu'a agrandir le domaine intellcctucl de 1' esprit humaiii (2). (1) Ces consequences ne sauraient d'ailleurs avoir, malgre leur en- gine mixte, que la valeur de resultats seuleraent inductifs. Elles doi- vefit etre soumises a une verification experimentale. (2) D'apres les philosophes de Fecole de Saint-Simon, il y aurait lieu d'ajouter un treizieme caractere, commun, seloneux, nonseule- \ # \ i 1 ■ L i » « • 4 f f it 1 J } t , I L \ I { X i i i I \ \ ! il .1 ■l-^-' -- I % fi \y\ f ' r I 1 f k ( •^ h ^k I i f t :(»!( ' Hr ♦ t^ 1 !h * t u [/ a 344 PROLEGOMENES, LIV. 11, CHAP. 111. Tels sont les caracteres que je crois poiivoir dire aiijourd'hui communs a toutes les sciences des deux pre- miers embranchements, et d'ou resulte Icur superioritc actuelle sur toutes celles qui les suivent. Chacuiie les a revetus a son tour, et tres exactement, selon un ordre chronologique conforme a I'ordre hierarchique -, depuis les branches elementaires des mathematiques oii on les voit briller, partiellement il est vrai, des I'antiquite ; jus- qu'a I'astronomie, la physique, la chimie, la mineralogie, acquis du xvf siecle a la ont gTaduellement qui les fin du xviii% de Galilee et de Keppler a Lavoisier et a 4 Haiiy ; jusqu'a la geologic elle-ineme, plus complcxe en- core, par consequent plus tardive : science qui, a une i ment a toutes les sciences des deux premiers embranchements, mais a toute science : la prevision. Parmi les naturalistes, Blainville et Maupied, Histoire des scien- ces de Vorganisation, T. 1, 18/i5, p, xvij, ont dit aussi que toute science conduit ^ la prevision. L'exactitude de cette assertion depend du sens que Ton attache au moi prevision. f' selon la juste definition de I'Academie frangaise? II est clair qu'elle ne pent appartenir qu'aux sciences appelees dynamiques par quelques uns de ces philosophes et par Blainville : ces sciences sont en effet les seules qui aienta etudier des phenoraenes successivement produits. ' Veut-on entendre, au contraire, par prevision, comme on le fait si souvent, le premier apergu d'un resultat, non futur, mais seulement inconnu? La prevision est alors possible dans toute science , mais elle rentre dans I'induction ou la deduction ordlnaires. . En un sens, la prevision n'est done pas un caractere absoluraent general; dans I'autre, elle ne constitue pas un caractere distinct. Disons d'ailleurs, a I'avance, que, de quelque maniere qu'on en- tende ce mot, la prevision est possible en Histoire naturelle. \ i I f / ' ^ CA-PiACTEUES DES SCIENCES AVANCEES. epoque voisine encore de nous, n'etait guere collection de conjectures en Fair et dliypoth zarres, a ce point qn'on avaitpu appliqucr aux gt sans qu'ils eiissent trop le droit de se plaifidr 3/i5 qu une ses bi- 1 t! de un esprit heureusement positif a enfin penetre, et avec lui la precision, la certitude, la fixite-, ou, de nos jours, I'experience a pa etre appelee en aide a I'observation, et le calcul au raisonnement ihductif et deductif ; on une multitude de fails, source d'importantes applications, ont ete ramenes a cles generalitcs aussi certaines qu'eux- g des methodes diverses dont dispose, et qui tantot se compl se con trolent I'une I'autre , de • \ a plus laisser la moindre place au doute. Immenses progres qui datent presque tous d'hier, qui se poursuivent encore sous nos yeux, mais deja incontestes, et apres Icsquels il est vrai de dire avec M. Arago : « La geologic apris rang parmi » les sciences exactes (2). » \ . (1) Expressions d'AuAGO dans VAnnuaire du hureau des longitudes ,*^ * ^1 pour 1829, p. 207. (2) Log. cit, II y a quatorze ans qu'a ete redige le passage aiiqiiel je renvoie ici, - et les progres qu'a falts depuis la geologie I'ontde plus en plusjustifie. Au moment oti je termine ce Chapitre, vientde paraitre Timportant ouvrage de M. Elie de Beaumont sur les Systemes de montagnes (octobre 1852). Combien I'auteur s'y avance encore au dela de ses pre- cedents travaux ! Et apres les progres qu'il realise, combien d'autres il nous montre a Thorizon ! La grande idee de Vevolution reguliere dit globe (el non plus de revolutions, dans le sens ordinairement attache a ce mot) me parait ressortir comme consequence derniere du livre de M. Elie de Beaumont : vue nouvelle desfinee a exercer une I. 22. i ^ \ \ I s 'i I" r 1 I i I \ \ iX ■; !,;( t H \ I ) ■1 i ,1 \ us 1 I k I ' r. f r if : 1 ■ r It f 346 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. 111. Sciences exactes ! ce beau titre dont ont eu temps le privilege, s'est done etendu, de la derniere des proclie en procbe, jiisqu'a second embranchement . Pensera-t-on qu'il doit s'y arreter? ^ r Si, dans une progression, dans une serie, reguliere- ment ordonnee, et que Ton etudie successivement a partir de son orgine, les memes proprietes, les memes caraeteres se sont reproduits, sans lacunes , pour un y a-t-il pas qu'ils appar- grand nombre de termes consecutifs lieu de presumer (je ne dis pas d'affirr, tiennent aussi aux termes ulterieurs de serie (i) ? influence aussi grande et aussi heureuse sur les sciences biologiques que sur la geologie elle-meme. 11 m'est du moins impossible de ne pas le penser, d'apres les vues auxquelles j'ai ete conduit, et que j'ai exposees depuls plusieurs annees. Qu'est-ce, k I'egard des etres orga- nises, que cette hypoihese des destructions et creations successives qui a ete admise et qui Test encore par tant de naturalistes? C'est I'hypothese d'une suite de revolutions biologiques, concordant avec les rei;o/i r i |1 1 I 1 *' n. * If ! i ! ii '^ IMMENSITE ET DIFFICULTES DE LA SCIENCE. 353 Comment ramener a des lois des phenomenes, non seiH ] lement si diversifies, mais si instables? Ou fixer si pensee aii milieu de ces variations incessantes, de ce^ fluctuations perpetuelles , de ces differences fugitives ; mobile tableau dont on ne distingue quelques details que pour les voir aussitot modifies ou effaces? Il.n'est pas, ditunvieil ^idiHgc^ deux feuilles semblables : est-il une feuille que Ton puisse dire semblable a elle-meme a deux instants successifs de son existence? La nature orga- nique est comme un ocean sans bornes, ou un ensemble, qui neanmoins est permanent, se compose de parties continuellement agitees, deplacees, cliangeantes , et telles qu'elles semblent fuii dev obser vation, condamnee a ne saisir ici qu'un instant dans la duree comme un point dans I'espace ! Que ne pent I'homme quand il multiplie ses forces par la double puissance du nombre et de Tassociation ! Gette nature organique dont I'immensite n'est surpassee que par celle des cieux, il I'a embrassee tout entiere. Dans le dedale des fails biolo a su se rend du fil conducteur ; il a demele le plan simple des org nisations les plus Sur le terrain mouvant de phenomenes indefmiment variables, il ajetelesfon- dements solides d'une science une et immuable, et il a entrepris, avec succes, de demontrer la fixite generate de la nature, a Faide des phenomenes eux-memes qui sont, en apparence, les plus contraires a cette haute abs- traction de notre esprit ; a pen pres comme on prouve en astronomic I'immobilitc relative du soleil par les deplace- ments memes dont nous crovons elre temoins. r. 23 h44 }. •■ i \ . \ }-\ > t- ) / - I ' i ».* ill W n n- *m ^1'> . M ■> ',' V ;- '.- -2 >■ V -. -^ ^ Tj- ' -H i ' J r ' * 1 - ■^ «VS 1* -- ^H ,- t 1 .',*^\ - ^ , f-- t- ^'*- r 1 354 PROLIEGOMENES, LIV. II, CHAP. IV. 1 Admirables resultats, dont nous devons toutefois ne pas nous exagerer la valeur. Si importants qu'ils soient, et fussent-ils completement obtenus, la science sefait; elle n'est pas faite. Ce que nous possedons est conside- rable; ce qui nous reste a acquerir, bien plus conside- rable encore ; et si loin qu'aient pu aller nos predeces- seurs, il est toujours vrai de dire : L'infmi est devantnous. Mais, grace a eux, dans ce cbamp infini, nous savons maintenant nous orienter. Par tant d'epreuves si decisives et si heureusement franchies, la science a appris a se con- naitre elle-meme ; elle a la mesure de ses forces ; et, entre 1 tous les progres qu'elle a fails, celui-ci n'est pas un des moindres. II n'est plus de difficultes si ardues, que nous nepuissions regarder en face, que nous craignions d'a- border de front. Et non seulement nous le pouvons, mais nous le de- Yons. II bon qu s restassent voilees a tous les yeux , quand il s'agissait d'imprimer le mouvement. Quand il ne s'agit plus que de le continuer et de le di- riger, il importe de n'ignorer aucun des obstacles et des perils qu'il reste a surmonter. C'est pourquoi , dans mes efforts pour rapprocher, autant qu'il est possible, notre science des sciences ante^ rieures, je ne manquerai jamais d'en faire ressortir toutes les difficultes (1), convaincu qu'on est encore utile en les signalant la meme ou Ton ne peut les vaincre, et en eclairant la route, la meme ou Ton ne saurait la par- courir. - I I ^ \ i ■ \l) Voyez surtout ce Chapitre et le suivant. l-L ^ 5 ERRELRS ET LNSUFFISANCE DE L OBSERVATION 355 II -^ En Histoire naturclle, et plus generalement , dans les sciences qui ont la nature pour objet, tout derive mediate ment ou immediatement de I'observation : c'est par les fails seuls que nous allons aux idees. Posons done avan tout ces questions: Que nous donne I'observation? Qui sont pour nous ses resultats? Et sera-ce par I'exercice seu de nos sens que nous obtiendrons ces faits, dans mais Je hesite pas essaire de la science (1) le dire : L'observation nous donne de resultats certains et utiles, de faits vraiment entifiqu /. / r ' eiapprecies. Quoiqu'on en aitpu dire, la science tee qu'on laveuille concevoir, ne pent pas plus etr par I'observation pure que par la speculation pure pas plus par de nos sens que par espi - line multitude d'auteurs ont pense lecontraire, ou, pour mieuxdire, se sont exprimes comme s'ils le pensaient. On dirait, a les entendre, Fobservation exempte de toutes r ces difficultes, de tons ces perils qui, selon ces memes au- teurs, nous arretent invinciblement des que nous voulons penser et conclure. Aleur point de vue, il suffirait pres- qoe d'interroger la nature, de prendre la loupe et le (1) Yoyez le Chapitre 11. ) I V ^ n 1 - *^ i )i it I ^ il" 4 3 J ; * i 1 t P I i .d * H 1 r." r m iH T t n )■ r 356 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. IV. scalpel, pour obtenir surementdes resultats qu'il ne reste- rait qu'a fixer par ce qu'on a appele la metlwde descrip- tive ; en d'autres termes, a enregistrer et a classer. La science n'est malheureusement ni aussi simple, ni d'un acces aussi facile. II n'est guere plus aise d'en jeter les fondements par I'observation, qu'il ne le sera ensuile d'edifier par le raisonnement. Des I'origine, des difficul- b " _ " tes de divers genres, et d'une extreme gravite, se dressent L devant nous. r • Les unes signalees de tout temps. Combien de pages, combien de volumes ecrits depuis Aristote, sur les erreurs de nos sens(l) 1 Et combien encore a ecrire sur un sujet que Ton peut dire inepuisable ! Partout des apparences, des illusions 1 Nous vivons entoures de prestiges et comme en proie a un perpetuel mirage, entre ce ciel dont nous voyons les astres la ou ils ne sont pas, et pour quelques uns peut-etre, quand, depuis des siecles, ils ne sont plus; et cette terre qui nous entraine, quand nous croyons nous y reposer immobiles, d'un mouvement plus rapide qua- rante fois que celuidubouletala sortie du canon, et treize cent cinquante fois que le vol de I'aigle! • . Et tantot, ainsi que dans ces grands phenomenes, c'est la nature elle-meme qui nous trompe, nous montrant ce qui n'est pas : par exemple, en physique, pour citer /" des causes d'erreurs dont on peut rendre exactement compte, deux objets pour un, derriere un spath d'Islande; (1) Voyez entre autres un travail de Tillustre physicien Mariotte, intitule : Des erreurs ou les sens sont capables de nous faire tomber. C'est un chapitre de son Essai de logiqiie. (Voyez OEuvres, Leyde, 1717, t. II, p. 687.) 1 ERREURS ET INSUFFISANCE DE L OBSERVATION. 357 f^ par ] 'immersion partielle, une ligne bi d di par perspecti la convergence de deux lignes paralleles; ou bien encore, apres la pi apparence pour tons. Ailleurs la nature se presente a nos yeux telle qu'elle est, et ce sont nos sens qui nous egarent, substituant, a la realite des phenometies qui sont devant nous, leur image fausse ou alteree. Si, parexemple, nous agitons rapide- ment et circulairement un corps en ignition, il trace pour nous un arc lumineux, occupant a la fois, en appa- rence, toutes les positions par lesquelles il vient de passer tour a tour. Ailleurs, ce seront deux surfaces pareillc- ment blanches que nous verrons successivement teintees. I'une de vert, I'autre de rouge, ou de bleu et d'orange, ou de violet et de jaune, selon les couleurs qui leur se- ront juxtaposees. Reciproquement , dans d'autres cir- con stances, il nous arrivera de tenir pour semblablement colores des corps de couleur. differente. S'agit-il de la dimension des objets, nos sens ne sont pas plus infail- libles. Deux cercles, I'un blanc, place sur un fond noir, I'autre noir, sur un fond blanc, paraitront inegaux, s'ils sont egaux; et reciproquement, s'ils sont inegaux, le noir I'emportant un peu sur le blanc, I'ceil, a telle distance donnee, les tiendra pour egaux: a telle autre meme, le xt plus petit sera jugele plus grand. Et ainsi dans une foule d'exemples. Que serait-ce maintenant, si , apres toutes ces illusions physiques el physiologiques dont nul ne pent se defendre, nous mentionnions les aberrations individuelles des sens } b m [1 k' % t # h m 4>4 « :.^ *.4 1« 1* ^ '4 i 11 If f ^ ^ a p - ,ik . :. ■'. ^ . ,^-.:.-::'^^'-^ ■lb r r ,-■ ; .'* r_^ r ►- ,^ .-^" -h:^ ^ I _ L t F . -, r , ^ -■l h si?' < . i f? « I i^ fe A 1 V 358 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. IV. et les autres causes y)articulieres d'erreurs dont chaque w observalcur a en kii le principe (1) ? • Et que sera-ce surtoat , si nous passons des pheno- J menes,relativement simples et fixes, dont les corps inor- ganiques sont le theatre, a ceux dont rensemble constitue i ( ce qu'on a si bien nomme le tourbiUon de la vie? Ici, en meme temps que les causes ordinaires d'erreurs se com- pliquent d'une foule d' autres, les corrections deviennent d'une extreme difficulte, surtout lorsque les instruments d'optique, appeles an secours de notre vue, en etendent si loin le pouvoir, mais si loin aussi les illusions. II y a quel- que chose de plus insaisissable encore a I'homme que I'in- fini de la distance : c'est I'infmi dela petitesse. Plus mer- veilleux que le telescope lui-me me, le microscope est aussi plus difficile a manier ; et combien y a-t-il de grandes c questions ouil n'ait pas a intervcnii et de pi us en plus p Dans la connaissance des premieres formations, dans celle des ctres les plus simples qui sont aussi presque toujours les plus petits, dans celle des tissus dont se composent elementairement les organes, est le nceud de la science (2 et ce nceud, nos yeux seuls ne sauraient meme I'entrevoir. Dans une multitude de cas, I'observateur n' arrive done a la verite cachee apparence des phen qu'autant qu'il saitrendegager;cequ'il ne pent souvent qu'a I'aide d'instrumentsappropries ala nature de ces phe- nomenes ; ce qu'il ne pent jamais sans Ic secours du rai- r (1) Les err CUTS per sonnelles, commeon dit en astronomie. (2) N'est-ce pas ici surtout que Ton sent la justesse de cette pensee : Les plus petits faits sont souvent en realiteles plus grands! Eminet in minimis maximits ipse Dens / i I y ■f r-" OBSERVATION INDIVIDUELLE ET OBSERVATION TYPIQUE. 359 > sonnementet des connaissances anterieiirement acquises. Et encore, quand il est assez heureux pour y parvenir, r 'i que possede-t-il? Le plus souvent, un resultat incom- plet, et qui ne peut encore etre admis dans la science. On a passe du fait apparent au fait reel, mais brut : il reste a passer de celui-ci au fait scientifique, ou mieux, scientifie. ' III. * . - - - G'est ici que se rencontre, dans I'etude des fails par I'observation, un second genre de difficultes, et celles-ci ne sont guere moins graves que les premieres, qui pourtant ont presque seules fixe I'attention des naturalistes. II sem- ble qu'on ne se soil pas bien rendu compte des differences considerables qui existent entre Fobservation zoologique, botanique, phy siologique , essentiellement relative a des phenomenes ou a des caracteres individuels , et I'observa- ^ t tion physique ou chimique, portant sur les proprietes de la matiere en general, des corps elementaires et de leurs n _ combinaisons diverses. Dire, comme on Fa fait si souvent, qu'ici, les fails etant plus simples et plus fixes, I'observa- tion preparee ou Fexpcrimentation(l) peut etre le plus souvent substituee a Fobservation ordinaire, c'est, sans doute, signaler Fun des grands avantages de la physique et de la chimie sur FHistoire natarelle , et I'une des r causes principales de la siirete de leur marche ct de la rapidite de leurs progres. Mais diverses sciences, une differer bien plus impoi (1) Yoyez Liv. I, Chap. II, sect, i et ii. in 4 I i 1 I 4 I I Ml I' >*< f ! I I ** i 2 ' i t •.\ '■m V i f 1. I i- ;■■; k.. i I '■) i » i- 360 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. IV. r encore, et vraiment fondamentale, que j'enoncerai ainsi : En zdologie, en botanique, Fobservation n'est qu'w- dividuelle. En physique, en chimie, elle est, le plus souvent, typiqiie, c'est-a-dire representative de toutes les obser- /^ vations analogues deja faites ou qui pourront I'etre, et r ' telle, par la, qu'elle les resume, pour ainsi dire, en elle, et qu'elle pent suffire pour legitimer des inductions. Citons des exemples. • Qu'un phy fasse tomber sur un miroir pi J* faisceau de rayons lumineux, ou qu'il lui fasse traverse I dans une chambre obscure, un prisme de verre : la 1 miere, dans le premier cas, sera reflecbie, selon un pi F et sous un angle qu'il sera aise de determiner ; dans second, refractee et de plus decomposee en rayons col res dont I'ordre et la disposition seront facilement recc nus. Qu'un autre physicien, ou le meme, un autre joi d avec un autre mil OU un autre prisme, agisse semblablement sur un autre faisceau lumi- neux : s'il se sert encore d'un miroir plan, si le second prisme est egal au premier et de meme nature, de meme densite et dans lumiere \ , la reflexion ou la decomp de la meme maniere. Et a de fois erne Ton recommencera dans Constances. D'ou il suit qu'a la rigueur, la premiere experience pou- vait donner, a elle seule, les lois de la reflexion ou de la de- composition de la lumiere : toutes les experiences ulterieures peuvent etre considerees comme de simples verilications. -^ I \< \ OBSERVATION mDIMDLELLE FT OBSERVATION TYPIQUE. 361 Tl en est encore a pen pres de meme en chimie, . Veut-on, par exemple etudierl'oxygene? Qu'on extraie r ce gaz, comme dans la celebre experience de Priestley ; en 1774, dii precipite per se; qu'on le tire de tout autre peroxyde, d'un chlorate, d'une substance organique, d'un corps oxygene quelconque ; par quel procede qu'il ait ete decompose, reaction chimique on action de la L pile; ou encore qu'on puise le gaz dans ratmosphere, sur un point ou sur un autre, vers le pole ou vers I'equateur, pres du sol, au fond d'une mine, ou aussi haut que pent nOus porter un aerostat ; on aura partout et toujours un gaz identique avec lui-meme : i'oxygene et non tel oxygene Les proprietes qu'on aura une fois constatees sont celles que retrouveront, s'ils agissent de meme, tons ceux qui viendront ensuite. Encore ici, apres le premier observa- teur, oh ne fera plus que repeter ses experiences, que i^evoir ei verifier. Theoriquement, pour decouvrir, il suf- fisait au chimistc d'un seul flacon de gaz pur, comme tout a I'heure au physicien d'un seul faisceau lumineux. Etudier, analyser, danstoutes ses parties, un animal ou une plante, est bien plus difficile encore, qu'etudier, ana- lyser un gaz ou un faisceau lumineux : mais, de plus, quand on y a reussi, qu'a-t-on obtenu? Des resultats sen- lemcnt indivkluels. Qui pourrait dire ici, meme au point de vue puremcnt theorique, et abstraction faite de toutes , r les difficultes pratiques, que de tel cbene, par exemple, d'un rouvre ou d'un liege, le supposat-on parfaitement et completementdecrit, on put conclure, a tons les rouvres, es, a plus forte raison, a tons les chenesPOn f' le pourrait pasmeme prendre pour le representant, pour I. 23. ^ ] i t tn J J f» tt'^ »'> '* a M i^ If 11 ' , -^ " ^' :- ir ■^._.- *. n' ' "h I ' '; >♦ «■ M f I ¥ \ A 1 ft^ 'i I 1* .< 1 "i I S62 ' PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. IV. le type de tous les rouvres, de tons les lieges d'une seule ibret, fussent-ils venus de glands simultanement tombes sur un sol de meme composition et dans des lieux sem- blablement exposes. On ne saurait davantage admettre que les caracteres zoologiques de tel lion on de telle pan- there, si bien qu'on les conniit, pussent donner ceux de tous les lions ou de toutes les pantheres, et encore bien moins, si nous arrivons aux animaux domestiques, qu'il fiit permis d'etendre ceux de tel cheval ou de tel boeuf a tous les chevaux et a tous les boeufs. Chacun de ces animaux n'est qu'un individu, et non un type : un lion n'est pas le lion; un taureau, un boeuf, une vacbe, une genisse ne 4 sont pas le boeuf, et pour prendre en nous-memes un der- nier exemple, I'anatomie d'un homme n'est pas I'ana- tomie humaine. D'ou Ton voit, premierement, la necessite de multiplier les observations et, autant qu'il est possible, les expe- • riences. Quand vous aurez fait I'etude d'un individu, si 1 parfaite qu'elle puisse etre, I'etude d'un autre, de plu- sieurs autres ne repetera pas ce que vous aurez vu : elle le completera. Elle ne sera pas seulement utile pour verifier, mais indispensable pour decoiivrir (i). I (i) On objectera peut-etre que cette etude ulterieure est souvent impossible. La science sera-t-elle done condamnee, toutes les fois qu'il en sera ainsi, a s'arreter impuissante ? De telle espece on ne con- # ■ nait encore qu'un individu : renoncera-t-on a Tetablir? II est des types teratologiques qu'on n'a vuse produire qu'une fois : doit-on renoncer h en tenir compte? Non, sans doute. La comparaison de cette espece avec des congeneres bien connus, de ce type avec des types analogues bien determines, ournira le plus souvent des notions equivalentes iicelles que Ton ne I pent, dans ces cas, obtenir par une etude dlrecle. ,v ■ * 4 y^ * * OBSERVATION INDIVIUUELLE ET OBSERVATION TVPIQUE. o63 Et, en nieme temps que ressort toute Fimportance des Iravaiix cFobservafion, se montrc ici, non moins claire- ment, leur insuffisance. Que seraient nos raisonnements sur la nature, s'ils ne reposaient sur I'observation? Rien, {\ nToins que nous ne pretendions, comme Sehelling (1), lire en nous-memes les lois du monde physique. Mais aussi, que sont nos observations, si nombreuses et si parfaites qu'on veuille les supposer, tant que notre esprit n'est pas intervenu, pour en saisir les rapports et le lien? Beaucoup par ce qu'elles nous promettent, mais bien peu par ce qu'elles nous donnent immediatement. S'il est vrai qu'elles renferment en elles d'importantes verites, c'est, qu'on me permette cette image empruntee aux croyanees po- I pulaires, comme le caillou renferme I'etincelle : encore faut-il qu'on la fasse jaillir. Dix, cent, mille individus, ne sont toujours que des individus ; non I'espece, nonle type. Et de quel interet sont pour la science des individus ? Que lui importerait, si I'on ne devait alter au dela, leur exis- tence d'un instant sur un point de I'espace? Mais, ou nos yeux ne voient que des individus, notre esprit salt voir le type ; dans leur existence epliemere, il aper^oit I'espece elle-meme, I'une des unites permanentes de la nature J comme a si bien dit Buffon (2). C'est un mot de I'histoire de la creation qui en tail deviner une page. Voila par quel cote les faits individuels, en dehors meme de toute application pratique, meritent, non seule- ment de fixer notre attention, mais d'etre eludies a\ec Ic plus grand soin , et jusque dans leurs dernicrs details. I - (I) Voyez Chap. II, sect. y. , . (2) Seconde vuc sur la natiire^ dans VHlstoire naiiirellc, t. Xlll, p 1 . - L i I I h i \ ■ r I I H 1 b: * ^ m 1 ■ t fS I : t I; !( * I I mil PliOLKGOMENES, LIV. II, CHAP. IV. II n'en est pas de trop petits pour que le vrai naturaliste dedaignc de les constater au prix de longues heures d'e- tude, et de les fixer, s'il le faut, par les phis minutieuses deseriptions. Et il ne se laissc pas iion plus el'frayer par la multitude des notions partieulieres qu'il lui faut trop souventre- r cucillir pour la solution d'unc seule question. En est- 11 de telle plus pie que cello ci : homme ? Ou cette autre : determiner comhien ; fois le pouls bat par minute dans I'etat normal de ■t pece? Etcependant, que d'observations anatomiq d / • necessaires pour donner la notion vraie du typ duquel oseillent, pour ainsi dire, toutes les varia idividuelles ! II en est de memo, a plus forte raison il s'agit de determiner, en botanique ou en zoologie leteres d'une esnece. Les connaitra-t-on snrempn et exaetement, s'ils n'ont ete etudies ehez des sujets jeunes, d'age moyen, vieux, prisdans ditferentes saisons, sur des sols varies, sous des latitudes et a des altitudes di verses (1)? Eneore ici, il faut s'elever par la comparai- son d'un nombre suffisant d'individus a la connaissance 4 du type; de ce type qu'ils representent tons ensemble, et que pas un peut-etre, dans toute la nature, ne monti en lui seul ; de ce type qui est, par consequent, au seuil menie de la science, une premiere et necessaire abstrac- tion de notre esprit, qui le voit partout, quand, pour nos sens, il peut n'etre nulle part realise. L ■ r (1) Et nieme encore, pour Tespece vegelale, k des expositions diverses. \^ ■-^ * I ^ T \ ( I * * : ^ - -\ ■^ i /- ^ j.^ % I I i OBSERVATION INDIVIDUELLE EI OBSERVATION TTPl^iUE, 365 Observons done: muUiplions les observations, mais ne nous y tenons pas. Voir n'est pas savoir. II faut le travail de I'esprit en meme temps que celui des sens, pour les diric'er. en corri cr les erreurs, et degager le resultat fait reel, du resultat, du fait apparent; il le faut aassi, et encore des rorigine, pour substituei -m ^, reel, mais brut, le fait scientifie. ^ J'avais dit plus haut (1), montrant la necessite du rai- , sonnement en Histoire naturelle : Apres I'observation, quand nous avons etabli les faits, pose les premisses, notre esprit doit intervenir pour tirer les consequences, pour gencraliser, pour expliquer. A lui la decouverte des lois, la recherche profonde des causes. Enonce vrai, mais incomplet. G'est partout et toujours, c'est des le commencement de la science, on le voit main- tenant, que doit intervenir notre esprit; non seulement apres I'observation, pour conclure, pour edifier; mais aussi, pendant I'observation elle-meme, pour jeter, avec elle, les fondements de redifice qu'il devra ensuite elever par ses propres forces. - (1) Voyez le Chapitre precedent H ! I J "i ■ {■' 1? K I : *. i iffi f^W -'-■..-■ -:. .' "■: :.-■;. ■-. ■ r ^ I » !. f I 4^ r_ \ t ^ / M - \ i E'l rf K* » \ ^ / ^ I J I I r I ^ \ 40 \ \> vr\/\/\/\/\/\/v\* \/ w ,' CHAPITRE V. V- H •I I 1 i DES DIFFICULTES, DU CARACTERE ET DE LA VALEUR DU RAISONNEMENT DANS LES SCIENCES NATURELLES. SOMMAIRE. — I. Caractere et valeur de Vinduclion. Induction ddmonslrative. Induction inYentive. — ■ II. Caractere et difficultes du raisonnement dans les sciences naturelles. Premiere soin*ce de difficultes : necessite d'aller du particulier au general. — III. Scconde source de difficultes : necessile de proceder^ dans un tres grand nombfe de cas , du compose au simple. — IV. Verification, par Tobservation , de^ resultats induits. y. La certitude peut etre oblenue par I'emploi combine de I'observation et du raisohne- ment, et par la consideration des rapports necessaires. — VI. Elle peut Tetre meme, dans certains cas, par voie analogique. — VII. Le criterium de la certitude est dans la concordance des resultats obtenus par des voies diverses, el surtout dans la verification experimentale des consequences deduites. I. Raisonner, dans le sens le plus general et, par la meme, ■f le plus vrai de ce mot, c'est combiner deux ou plusieurs notions anterieurement acquises, de maniere a en faire sortir une notion nouvelle . II n'y a que deux modes fondamentalement, differents de raisonner, la deduction et Vindiiclion, parce qu'il ne r peut y avoir que deux sortes de relations entre les notions deja obtenues et celles qu'il reste a obtenir. II n'y a que deux chemins possibles du connu a I'inconnu; comme il n'y a que deux manieres de naviguer sur un fleuve ; le descendre ou le remonter. • »* n '' i. t, i\ Mil ( ^1 -'I ■ F J ,''^^.:■ ■c -*- ^ ' L I L 1 I \ 1*, i fi I r f i I I r, I i» \i I 4 B V S68 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. V. Le raisonnement est deductif^ lorsque, des notions deja acquises, on passe a des notions qui en sont les con- sequences logiques; c'est-a-dire, telles que, les premieres etant admises, les noiivelles notions soht, pourainsi dire, elles aussi, virtuellement admises. On pent, en effet, con- + siderer celles-ci comme implicitement contenues dans les notions d'abord obtenues, si bien que tel esprit clairvoyant pouvait les y entrevoir avant tout examen ulterieur. Et encore pourrait-on alter plus loin, et dire, avec Buffon (1),^ des verites de deduction, qu'elles se ramenent souvent les unes aux autres,etse reduisent a des identites, n'etant, dans beaucoup de cas, que des expressions differentes de la meme chose. Le raisonnement deductif est rigoureiix (2). Si les no- tionsdont on est parti sont certain es^ celles auxquelles on r arrivera, le seront pareillement; en sorte que d'elles aussi, combinees a leur tour avec d'autres notions certaines, on pourra deduire de nouvelles consequences, presentant (1) Dans le celebre discours De la manure d'etudier et de traiter VHistoire naturelle, tome I de VHistoire natnrelle, p. 54. Biiffon parle ici des verites mathematiques. ; Je crois ne devoir pas renvoyer i ce passage sans faire quelques re- serves, Les idees que Buffon y expose me semblent, sur plusieurs points, empreintes d'exageration,parfois meme tout k fail inadmissi- bles. Je laisse d'ailleurs aux gcometres le soin de les refuter, et de defendre leur science, comme I'a essaye deja, centre les vues analogues r de Leibniz etdeCondillac,le celebre metaphysicien Dugald Stewart (voy. Elements of the philosophy of the human mind, Chap. II, sect, iii ; traduct. de M. Peisse, t. Ill, p. 115). — On peutconsulter aussi avec fruit sur ce sujet Wiiewell, The philosophy of the inductive sciences^ t. II, 18Zi7; appendice, p. 595. (2) En supposant, bien entendu, qu'il soil conforme aux regies de la logique. \ m I r. ,'A* * - k • CAHACTOE ET YAJ.EUI! DE L INDUCTION. 369 encore le meme earactere de certitude; ei ainsi dc suite. D'ou ces lonqiies cliaines de rmisonsii) qui s'etendenl parfois, sans interruption, des premiers elements d'une science a ses plus hautes et plus complexes verites. Le raisonnement inductif ou par induction precede ement. L' esprit y faire un effort de pi \ R II n'a pas seulement a obtenir, a I'aide des acquises des resultats derivaient necessairement. Induire, c' est tirer d'un certain nombre de cas particuliers, le plus souvent, de faits, des con- sequences generales; en d'autres termes, et ceci fait clairement ressortir le vrai earactere del'induction, passer, non du contenmil au contenu, mais du contenu au contenant. II y a des raisonnements inductifs rigoureux ; tellement que, comme les logiciens I'ont remarque , ils peuvent etre assimiles a un argument syllogistique. Ce sont ceux ou la consequence generate est induite de toutes les no- tions particulieres auxquelles elle est applicable. En sup- posant certaine chacune des notions dont on est parti, il est clair qu'on arrive a une consequence certaine aussi. Mais qu'est-ce que cette consequence ? L'expression pour Vensemble de ce qu'on savait deja pour toutes les par- ties (^). De toto concluditur, quod de singulis partibus I ^* ) 'i I k I i^ t p I i V I I r 1; m (1) Voyez plushaut, p. 273. '2) Expression qui ne peut d'ailleurs etre generale, sans ajouter quelque chose aux notions qu'elle comprend. On a parfois commis ici une erreur que, deja, j'ai du relever ailleurs : « Toute idee generale » suppose un rapport saisi enlre les differentes idees individuelles * dont elle se compose; d'ou il suit que dans une idee generale est ren- 1. 24 m w»- I } t4 1 \ ^ lit ' , .. ^ 4 ■ -'C- vv^^r " t ■ ' 'k ^ I f- I I IT! J 1 ?■ » \ I t) I 'i l< ^ ,i I I f 370 PROLEGOMENES, LIV. H, CHAP, V /!«£ demonstratum. ^ comrae on dil dans Ics traites de ^ logiqiie(i). , Bien plus sou vent, le raisonnement inductif manque r de rigueur, et des lors, fut-on parti de donnees certaineSj. les notions auxquelles il conduit ne sauraient Tetre. II en est ainsi toutes les fois qu'on indiiit une consequence generale d'wne par tie seulement des notions particulieres qu'elle doit comprendre. On suppose alors la conformite des notions deja obtenues avec celles qui manquent encore : hypothese que de legitimes analogies rendent souvent tres vraisemblable, et que Ton pent, souvent aussi, soumettre a des verifications decisives : d'ou, pour la consequence induite, audefaut de la certitude absolue, qui est ici impossible, une tres grande probabilite; si grande meme parfois qu'on est en droit de la tenir pour infmie et des lors equivalente a la certitude elle-meme. Contradiction singuliere, mais plutot apparente que reelle, entre la logique et la science : I'induction rigou- reuse qui, scule, satisfait notre esprit, le scrt peu ; a peine pourrait-on citer quelques progres qui lui soient dus. A Finverse, une multitude de decouvertes ont ete depuis B fermee, outre la connaissance de plusieurs idees particulieres, la » connaissance d'un rapport. De meme, un fait general a une valeur j>,scientifique plus considerable que la somme des faits particuliers dont )) il se compose ; car, outre ces faits, il suppose necessairement la con- j> naissance d'un rapport entre les faits. » Memoires du Museum (Phis- ^oire nqturelle, t. XVII, p. 127, note, 1829. Voyez aussi le remarquable ouvrage deja cite de M. Whewell, t. II, p. 48. (1) Voyez, parexemple, le traite si longtemps classique, et si souven copie, de S'Grayesatvbr, Introductio ad philosophiam^ Levde, 1736. Logica^ p. 366. _ y DIFFICULTES DU KAlSOiNNEBIENT EN lilSTOlUE NATUUELLE. 371 le Novum organum, et sont tons les jours, I'oeuvre de cette induction non rigoureuse, hypotbetique, dont la pliipart des iogiciens, pendant des siecles, n'ont pas meme dalgne dire un mot, a moins que ce ne fiit pour la con- damner. C'est que Vinductmi demonstrative, ainsi qu'on peut nommer le preiiiicr genre d'inductions, ne demontre guere que ce qu'on savait deja, moins bien toutefois (1) : voie devait / • J / ( d definie elle-meme I'art de demontrer la verite, n'etait guere en realite, cliose fort differente, que iter Ferreur. L'autre, I'induction analogique^ par opposition avec la precedente, find fait qu le, toujours d'accord avec elle, ne pouvaient man^ de s'en faire un puissant instrument de decouverte, . I I ^ I( y a pas de sciences, pas meme la geometric, pas ebre, ou Ton ne precede que par deduction ; il n'y en a pas non plus ou Ton se borne a rinductioii; mais il en est ou I'induction ne tient qu'une tres petite place, et d'autres ou la deduction reste subordonnee a I'induc- tion. C'est a ce point de vue qu'on peut admettre, avec M. Wheweli, la distinction des sciences en deductives et r- (1) Voyez plus haut, p. 369, note 2. II m ->,K - K U Mi »!► i 1 »'* i^ I #« 1 372 \ PROLEGOMEISES, LIY. II, CHAP. \\ inducdves (1) : distinction qui, du reste, avait ete depuis longtemps faite en d'autres termes (2). L'Histoire naturelle organique est essentiellement in- ductive (3). 11 n'y a qu'ime voie pour s'elever des faits a leurs lois: c'est I'induction, et generalement, 1 'induction anatoyique^ et non demonstrative. X ■ L'Histoire naturelle organique est , en meme temps , mais secondairement, deductive. Non que la deduction y soit rare, et qu'elle n'y joue souvent un role important; mais elle y succede a I'induction , et ne pent rien que par elle, ne faisant, en realite, qu'en etendre et multiplier les resultats, sans meme en changer la valeurlogique. Une no- tion deduite de notions prealablement induites n'est tou- jours qu'une consequence, plus indirecte seulement, de I'observation ; par suite, bien qu'obtenue par un raison- nement rigoureux, une notion seulement experimentale, et non purement rationnelle ; contingente, et non neces- m saire ; plus ou moins probable, et non absolument certaine. Les sciences physiques aussi sont essentiellement in- ductives, secondairement deductives. Mais, apres cette analogic generate, que de differences ! ettoutes, an des- avantage des sciences biologiques. Combien s'aggravent ici toutes les difficultes que Ton rencontrait deja dans I'etude des corps inorganiques ! -^ (1) Deductive sciences ei Inductive sciences, Whewell , ouvratre deja cite, et History of the inductive sciences^ 3 vol. in-8, Londres, 1837; 2^ edit., 1847. (2) Voyez ProUgomenes, Li v. I, Chap. IV. (3) A moins d'admettre, avec les Philosophes de la nature, qu'on doive descendre des lois aux faits. Voyez plus haut, Chap. II, sect, v, ranalyse des vues de Schelling. h \ 1 t f M _ ».v :-i '-' -■'' ;' ■? / ■ t^ ;--■'■ '- 3 Hv DIFFICLLTES Dli RAISOINNEMENT EN HISTOIRE INATURELLE S73 Ou I'observation est ty pique (i), ou chaque fait bien etii- die represente une infinite de faits analogues, I'induction est manifestement aussi legitime que pent I'etreun raison- nement du pdrticidier an general. Et comme, en outre, il s'agit ici, le plus souvent, de notions qui peuvent etre soumises au controle decisif de rexperience(2), on obtient, dans la plupart des cas, et parfois tres promptement, non la certitude metaphysique ou deductive, mais a son de- faut, ce qu'on a appele la certitude physique, c'est-a-dire cette probabilite infinie ou presque infinie, en presence de laquelle Fesprit le plus severe n'hesite pas a se de- F clarer satisfait. II taut bien aussi, en Histoire naturelle, que nous arri- vions, par I'induction, a la certitude physique; mais ici, de I'observation a la generalisation, de la connaissance du fait a celle de la hi, quelle longue route a parcourir ! Qu'est-ce qu'une generalite, et surtout une de ces hautes generalites que nous appelons /ou.^ En biologic comme et en toute autre science, une abstraction de notre esprit qui, dans une seule notion, comprend, resume, concentre une multitude de notions particulieres. Et qu'est-ce qu'un fait biologique? Un resultat seulement indii^iduel, vrai peut-etre du seul individu chez lequel on le constate, seulement dans I'instant ou on le constate. Et c'est de cette variete indefinie que le naturaliste doit faire sortir I'unite ; car aucune autre route ne lui est I ^ (1) Voy. le Chap, precedent, p. 360. (2) « Lecontrdleest le caractere de la raethode experimentale », a dit recemment et tres justement M. Chevreul, dans I'undeses savants articles sur VAlchimie. Voyez le Journal des savants^ ann. 1851, p. 765. V !i r ^ T ' i i .J 1/ » - 1 * m*- - * I H i? \ i I m L ■ « >4 r >«^ £ -. • -., --■ V ' V -■-.-■■'■-■ \ i i *'r »m \ Zlk PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP, V. ouverte. 11 iui faut, remontant pour ainsi dire (3ontre le cours naturel de sa pensee, conclare en general et syn- * thetiquement , quand il ne possede, avec certitude, que des notions particulieres et isolees ; conclure a un ordre enticr de faits, non de tous, successivement verifies, niais d'une partie seulement de ces fails ; pas meme du grand nombre au petit, mais presque toujours du petit nonibre au grand; bien plus encore, quand il s'agit d'une loi^ dufini a I'infini; car toute /oi, vraiment digne de ce nom, est I'expression, non de cent, mille, dix miile faits, mais d'un nonibre illimite de faits deja produits ou pouvant se produire. La presomption analogique par laquelle, en de on assimile aux faits observes les fails passes ou presents, ^ ■ mais inconnus, etles fails futurs , et en vertu de laquelle on induit, ne semble-t-elle pas une hypothese trop bardie pour etre avouee par la logique? Et se peut-il qu'ici Fin- duction ne tombe pas au rang de la simple conjecture ? III. 4* I •« *» ^i n m 4 m On a signale plusieurs fois deja les graves difficultes sur lesquelles je viens a mon tour d'insister. Gelles dont il reste a parler, ont ete, au contraire, passees sous silence par les biologistes ; et pourtant, comme on va le voir, elles ne meritaient pas moins leur attention. n ■ A cote de cette regie logique qui est le premier principc de toute methode scientifique : Aller du connu a I' in- connu, i! en est une autre que Ton a regardee comme } 1 T J f .^ ■ - , 1 ***■>- ^ ■- i: - - .-X" ^ =- V'^ Hb RIFFICULTES DU IIAISOISNEMENT EN HISTOIRE NATURELLE. 375 non moins fondameiitale : Aller du simple an compose. Regies connexes qui souvent menie se confondent Tune avec I'autre, le simple etant aussi le connu, et 1 inconnu ne restant tel que parce qu'on n'a pu encore le decompo- ser. II en est ainsi en mathematiques, et presque toujours aussi, dans les sciences physiques (1). Mais il n'en est plus de meme en Histoire naturelle. Comment a-t-on pro- C(kle lorsque, dans Fantiquite, cette science a etc ci et creee, comme on Fa vu (2), par les philosophes? D'l part, de I'homme aux animaux, de ceux-ci aux plant / / de de adulte au fa?tus. En d r du plus compose au moins compose. Et co] ron procede dans les temps modernes, quand et science a ete pour la seconde fois creee, et maintem par les medecins (3) ? Encore de I'homme aux animairs aux vegetaux qui Tentourent, et de I'etat adulte a I'e fcetal ; et plus tard, par I'extension et le perfectionneuK V raduel des notions d'abord obtenues, des animaux des vegetaux les plus eleves en organisation , aux types les plus simples des deux regnes, et du foetus aux etats embryonnaires an terieurs. Toujours du plus compose im moins compose et au simple. Tellement que les confin de nos connaissances zoologiques, botaniques, embryoge- niques, reculant pen a pen jusqu' aux animaux et aux vegetaux les moins complexes , jusqu'aux premiers pro- \ (1) Les exceptions sont surtout relatives kla geologic, la derniere en effet des sciences physiques, et celle qui lie le second embranchement » ■ \ au troisieme. (2) Voyez V Introduction historique^ p. 16 et sniv. (3) Ibid., p. 37. -t i L \ \ V _s \ : \ \^ I #H \ 9 if ■if ■ i i i * Vi I %^ h I if i f . v< I \ 2>16 PU0LE<10JIF.>ES, LIV, 11, r.lI.VP. V. duits (le la conception, Ics etres les plus simples sont aujourd'hiii les seuls dont Fhistoire reste enveloppee de tenebres qui, lieureusement, commencent a se dissiper. Et il ne pouvait en etre autrement. Les etres et les etats les plus simples ne sont-ils pas aussi les plus difficiles a etudier ? La nature les derobe a nos yeux, les cachant dans les eaux ou a I'interieur d'un autre etre organise, dans la graine, Foeuf et la, encore. que sont-ils pour la plupart? Des points vivants que leur petitesse et leur transparence nous rendent double- ment invisibles ! Le plus souvent , pour savoir meme qu'ils existent, il a fallu I'invention du microscope ; pour penetrer les mysteres de leur nature, il faut ses perfec- r tionnements, tout recents encore, et ceux que Ton realise de jour en jour. Le simple devait done etre ici Vinconnu. Et reciproquement, le compose devait etre le connu. A lafois sujet et objet^ I'homme n'est pas seulement I'etre dont la connaissance, medicalement et philosophiquement necessaire, nous importe le plus : si complexe qu'elle soit, elle est aussi celle qui peut etre portee le plus loin, puis- qu'ici Vobservation de soi s'ajoute, chaque jour, chaque heure, et autant de fois qu'il y a d'hommes eclaires, a tous les movens ordinaires de savoir. L'etude de I'homme par lui-meme commence pour chacun de nous le jour ou il commence a penser •, elle ne cesse que lorsque sa pensee s'eteint avec sa vie. Voila comment le naturaliste est contraint a marcher, le plus souvent (1), du compose au simple, sous peine de i (1) Non toujours. U est heiireusement pliisieurs ordres de question 1 I il •I T t .■ ! ^ . - ■ * - ^ .-. . T ^ ^ ^ * ^ L ^ i*-c^ ■J '■ .. L r* J # i ._^ DIFFICULTES DIJ P.AISONNEMENT EN HISTOIRE NATURELLE. d// s'aventurer (/e /'iwcojiMit au conmi . C e^it la logique elle- meme qui le coiidamne a s'avancer en sens contraire de ce qu'elle veut presqiie partout ailleurs , et de ce qu'in- 1 B diqiiait ici meme Fordre de la nature, procedant genera- lementpour renscmble des regnesorganiqiies, ainsi qu'on le verra plus tard, comme elle precede dans la formation de chaque etre en particulier : du simple au compose. D'ou Ton voit qu'il en est, en Histoire naturelle , de par le r interpretation et de la generalisation des raisonnement, comme de leur constatation par I'observa- tion et r experience. En meme temps que les difficultes I communes a toutes les sciences qui ont la nature pour objet, se reproduisent toutes, et plus complexes que partout ailleurs, d'autres viennent s'y ajouter ; et toutes ensemble opposent a nos progres des obstacles si graves, elles multiplient tellement sous nos pas les causes d'er- reurs, qu'on se demande si Pascal a ete ici au dela du vrai, en disant de Fintelligence de I'homme : « Tout ce » qu'elle pent faire est d'apercevoir quelque apparence » du milieu des choses, dans un desespoir eternel d'en » connaitre ni le principe, ni la fm... Nous brulons du » desir d'approfondir tout, et d'e^difier une tour qui s'e- ■t w leve jusqu'a I'infmi. Mais tout notre edifice craque, et » laterre s'ouvre jusqu'aux abimes (!).» Rassurons-nous cependant, et ne concluons pas des chimeres de I'esprit humain aux monuments de sa sa- r oil Ton peut marcher en Histoire naturelle du simple au compose. Ajoutons qu'il en sera ainsi de plus en plus a mesure que la science se perfectionnera. (1) Pens^es, Part. 1, art ly. L 2/1. I If y- i J -4 ! } -^ i i ■A 1 ' 4 '1 •^ I i 1t« h I I F^ ;>78 PROLEGOMExNES, LIV. II, CHAP. V, gesse; de la tour qui, semblable a celle de la Genese, eleverait orgueilleusement son faite jiisqu'au cieKi)-, ^ Fedifice moins gigantesque, mais stable, dont les assises lentement, mais solidement superposees, portent sur des fondements affermis. Ici les fondements, ce sont les re'sultats de I'observa- tion; c'est Vinduction qui pose les premieres assises, etla deduction continue I'edifiee. IV . i; #'i* I ( mp Quand il s'agissait des faits, nous avons vii Tobsei n, d'oii ils derivent tous, soumise a un double contn me part, V observation elle-meme, plusieurs foisrer experimentalement quand il est possible fiee besoin , a I'aide d appropries; de sonnement, intervenant d'abord pour fier, puis pour apprecier. C'est par ce double et indispen- sable controle que nous arrivons, en ce qui concerne les faits, a la certitude physique. Comment, les faits reconnus certains^ s'assurer de la validite des consequences qu'on en a tirees ? Encore par le double controle de I'observation, rendue experimen- tale toutes les fois qu'il est possible (2), et du raisonne- ment. (1) Genese, XI, /j. (2) II est a peine besoin d'avertir qu'ici, conime plus haul, le mot experimental est pris dans le sens qu'on lui donne le plus ordinaire- ment, et non dans Tacception beaucoup plus generate quMl a recue en philosophie. L 1 -AV^ I I VERIFICATION NECESSAlllE PAll l'oBSERYATION S79 G'est a robservation senle qii'il faut ici recoiirir, ont ditun grand nombre d'auteurs. Comme eux, je recon- nais robservation, et surtout I'observation sous sa forme experimentale, comme le juge souverain de toutes les theories et de toutes les idees theoriques en Histoire naturelle; mais j'ajoute que, le plus souvent, elle ne saurait prononcer sans I'intervention du raisonnement. Toujours la meme conclusion : ni I'observation exclusive, ni le raisonnement seul : I'observation' et le raisonnement intimement associes. Les seuls cas ou rinduction puisse etre legitimee par le seul secours de I'observation, sont ceux ou elle se ren- ferme dans le cercle des analogies les plus prochaines(l), et ou, de plus, les observations sont parfaitement concor- dantes et tres multipliees ; ou elles ont pu etre repetees, non seulement dans le meme lieu, aumeme instant et d'une seule maniere, mais dans des lieux, des temps et, s'il se pent, par des precedes diffcrents. C'est ainsi qu'il nous arrive a chaque instant d'etendre a toute une espece, sans crainte d'erreur, tels resultats dont nous ne pouvons nous rendre raison, dont la cause nous echappe, mais que nous avons successivement verifies sur un tres grand nombre d'individus ; si bien que nous sommes invinci- blement entraines a les tenir pour communs a tous. On rirait d'un sceptique, venant revoquer en doute, au de la logique, I'existence de cinq doigts et de buit sives chez les peuples encore inconnus du cent de (1) Et encore est-il vrai de dire que dans ce cercle meme, « il faut quelque chose de plus que Inexperience^, comme le remarqueDuGALD Stewart, loc. cit ,2*part.,ch. II; sect, iv; traduct.,t. II, p. 160, > 1 V \ ^ \ Li J J 1 il I ^m -J * ni i A^m ^W \ u< -^::/- y-- i I I f Tf \ Iff I J ♦it i s- > f«» ( I. 380 PROLEGOMEiSES, LiV. II, CHAP. V. rAfrique ! Et Ton en rirait a boii droit, et tout autant que si son doute portait sur Fun des organes essentiels a la vie. L'exces du scepticisme touche a I'absurde. Mais ce scepticisme, qui tout a I'heure etait folie, ne deviendra-t-il pas sagesse , si les observations n'ont pas multipliees,oumemesi,faiLcs en tres erand bi ^ r eiles ne I'ont pas etc dans des circon stances, des r 5 et des iieux divers ; en \m mot, si Ton n'a pas pris n de les vaiiei^ autant qu'il est en notre pouvoir d ( i_/ N'en sera-t-il pas bien plus for faits encore a la science , francliir le cercle des analogies les J plus prochaines ? Que pent alors I'observation? Rendre la probabilite tres grande, jamais assez pour nous tenir lieu de la certitude. Un resultat a ete induit de cinquante,-de cent, de mille observations : que Ton parvienne a constater encore le meme resultat cent, mille fois encore : le tien- dra-t-on pour suffisamment vcrifie et legitimement admis- sible? Sera-t-ori en droit d'affirmer qu'un nouveau fait ne viendra pas le lendemain contredire les precedents? Non. Si vraisemblable qu'il puisse etre devenu, on n'aura pour- tant pas encore, selon les expressions de Bossuet, « la I ' » science elle-mcme^ mais seiilemcnt uiie opinion qui^ » encore qu'elle penclie d'un certain cote, n'ose pas s'y » appuyer toot a fait (1). » Et ici, rhistoire ne nous enseigne que trop la circonspec- tion. Cuvier, au termc de scs longaes recherches paleon- tologiqiies, croit pouvoir dire : « ]} n'y a point d'os humains (i) Bossuet, Belaconnaissance de Diea et de sot-meme^ chap, I, V XUI Ot XIV. ( it \ '^ 1 I 5 VEIilFiCATlOIN NECESSAIKE I'AR L OBSERVATION, 381 fossiies (i » c'est a ce raomont memo qu'on en de- couvre en plusieurs iieiix differents (2). Exemple dont or pourra dire qu'il ne porte que sur un resultat negatif, e qu'il est pris dans I'une des branches les moins avanceej de la science. Mais, dans toutes, que de resultats positifi g emps confirmes par I'observation, paryenus ainsi a un tres haut degre de probabilite, ont etc a la fir condamnes par de nouveaux faits , au moment meme ou on les admettait universellement , comme on en admet encore taut d'autres qui peut-etre auront le meme sort ! En — r zoologie, pour citer en exemples des resultats tres ine- r galement generaux, n'avait-on pas attribue a tous les animaux une cavite digestive ; a tons les vertcbres un eerveau; a tous les mammiferes des corpuscules san- , a tous les mammiferes superieurs, des guins circulaires circon volutions cerebrales ; a tous les carnassiers , ongles et des molaires plus ou moins tranchantes ? Au- jourd'hai, on ne saurait le nier, autant de ces pretendus caracteres generaux 3), autant de rectifications a faire ! II existe des animaux infusoires sans cavite digestive ; des h 1 i \ \ a! r r J I ;t -s ^ (1) Ce sont les termes inemes dont se sert Cuvier, Recherches sitr les ossements fossiies^ Discours preliminaire. Voy. 2* edit., 1821, 1. 1, p. Ixiv, ou Discours sur les revolutions du globe, 6^ edit., 1830, p. 135. (2) La decouverte d'ossements humaiiis fossiies dans diversesca- vernes et i)reches et dans des terrains meubles, n'a d'ailleiirs rien de contraire au grand fait que Cuvier cherehait a demontrer : I'appari- tion tardive de riiomme a la surface du globe. La demonstration etait inexacte, mais la conclusion subsisle. (3) On verra par la suite que ces caracteres, quoique n'etant plus que presque generaux, conserveiit, sous plusieurs points de vue, une tres ^rande valeur. i ■ N H ^ J Kk * it^ ^ i - - I it » I ' : I I K '*' f^' ■ *'■* b 4 I ^- y 382 PROLEGOMENES, LIV. II. CHAP. V. vertebres, les amphioxes (1), sans cerveau; des mammi- feres, les chameaux et les lamas, a corpuscules sanguins elliptiques ; des primates, des singes meme, sans circon- volutions cerebrales ; et, sur le meme point du globe, il s'esttrouve simultanement deux carnassiers, I'un sans on- gles, I'aonyx, Fautre, a molaires d'edente, le protele (2) 1 Combien d'exemples encore, dans les mcmes branche d la science, dans toutes les autres! Un entier ne suffirait pas a enumerer toutes les generalisa- tions trop hativement faites, et sur lesquelles il a falln revenir. f y \ \ C'etait la, comma on I'a vu plus haut(3), le grand argu- rnent de Cuvier, defenseur, durant la seconde moitie de sa vie, de Fobservation exclusive ou presque exclusive : c'est contre cette meme doctrine que je Finvoquerai a J- mon tour. J'essaierai de faire voir qu'ou ne saurait nou conduire Fobservation seule, on peut parvenir par Fem- ploi, heureusement combine, de Fobservation et du rai- sonnement inductif et deductif. L'induction qui succede a Tobservation, n'est d'abord qu'ime consequence isolee, plus ou moins probable, selon (1) Ou plus generalemeiit les myelaires, ainsi que j'ai propose (dans mon cours de 1852) d'appeler cette derniere classe de vertebres, dont les amphioxes sontle type, et jusqu'a present leseul genre connu. (2) Tous deux trouves dans I'Afrique australe par Delalande. (3) Chap. II, sect, iii et viii. I 1 tl- > ^ DliMONSTRATIO?^' PAR LES RAPPOHTS ^'ECESSAIRES S83 le nombre et la valeur des (aits doiit elle decouJe. Mais quand plusieurs resultats ont ete ainsi obteniis, il pent arriver, il arrive soiivent que notre esprit, faisant un effort de plus, saisisse entre eux des rapports, qu'il les enchaine, qu'il en compose un ensemble. Ces rapports, dont le reseau, de plus en plus serre, s'etend peu a peu sur la science tout entiere, sont de deux genres. Peut-etre serait-on fonde a penser qu'ils ne dif- f ferent pas an fond ; mais nous devons les prendre ici pour ce que les montre I'etat actuel de nos connaissances. Les uns, et il est trop vrai que ce sont encore aujourd'hui les plus nombreux, sont de simples rapports de coexistence, de succession, ou d'analogie, ou autres encore, dont nous pouvons dire tout au plus : Us sont. Mais il en est aussi que nous concevons comme etant, non pas seule- ment de coexistence^ mais d'harmonie necessaire, non de simple succession ^mixis de causalite., et dont nous ar- rivons a dire : Us doivent etre. II est facile de voir que renchainement d'un plus ou moins grand nombre de resultats par des rapports de ce second genre, pent leur donner cette probabilite infmie ou presque infmie qu'on a justement appelee la certitude physique. II suffit, en effet, que quelques notions parti- culieres ou generales soient placees au-dessus de tout doute raisonnable, pour qu'on ne puisse douter non plus de toutes les notions qu'on reconnaitrait necessairement liees, soit avec les premieres, soit avecune de leurs conse- quences rigoureusement deduites. D'ou une certitude qui, resultant de raisonnements ou la deduction se combine avec I'induction, est manifestement d'un ordre bien supe- ,h_ J I * il i in f ■4* r . h 4 K H I ;' V J i m Hi -J -n"' ^—^ t' I il ! ■ 1 f ^,i' I I i t i mil PROLEf.OMENES, LIV, IT, CHAP. V. 3 certitude purcment inductive dont a heui ici , nous ne nous bornons plus a voir, a constaler; nous comprenons Nous concluons, non plus comme la pour avoir quotidiennement assiste ; foule de du soleil, n'hesitent pas a dire : il se levera demain dans telle region du ciel ; pas meme comme cekii qui induirait le meme resultat, non seulement de ce qu'il a pu constater par lui- meme des milliers de fois, mais de ce qu'ont vu aussi, des milliers de fois, les hommes qui Font precede; mais comme I'homme instruit qui sait que la terrc tourne snr son axe, et que son piouvement de rotation s'accomplit en un jour d'occident en orient. i r C'est dans des cas analogues qu'il devient pcrmis aii na- luraliste d'affirmer, de declarer telle consequence non seu- lement probable, mais certaine. Soient deux phenomene dont le second ne pent exister que comme un effet d'u autre; si, d'une part, je suis sur de ce rapport de caus£ lite, si, de I'autre, j'ai constate I'effet, je ne puis plu douter de la cause, n'eusse-je pu jusque-la que I'induir avec vraisemblance, on meme me fut-elle restee comnlp tement espece ambiantes plement, un individu, a subsiste pendant un certain temp I'harmonie, par la meme constatee, de ses organes ent: J ^ eux , et aussi de tous avec les circonstances permettra de deduire, des connaissances deja acquises sur quelques uns, de precieuses notions sur d'autres, du moins en ce qui concerne leurs conditions essentielles d'existence. C'est ce que fait lenaturaliste, lorsque, sur rexamen exterieur d'une espece nouvellement decouverte. I * ■) V \ I I DKMONSTRATION PAR Lh:S RU'POUTS ^^ECRSSilRES. o85 il dit, eii vertu des harmonies riecessaires (1 ), ce que r soiit les priiicipaux organes interieiirs; lorsque, par pie , a la - viie d d affiraie I'existence d'un coeur a quatre cavites, sans un doute s'eleve dans son esprit, et sans qu aucun iste puisse lui refuser son assentiment. Le droit d'affirmer eniporte pour ie naturaliste celui de nier. II n'hesitera pas a dire : Ceci est certainement faux, comme inconciliable avec tel autre resultat certaine- ment vrai; et encore ici , quandil s'agira de causes et d'ef- fets , ou d'harmonies necessaires, il obtiendra I'adhesion unanime. Qu'un pretendu naturaliste s'avise de cherclKn^ un oiseausans poumons, ouun mammifere sans cerveau ; il ira de pair, au jugement de tons les hommes instruits, pretendu qui s'efforcerait de 'S un triangle rectangle a cotes egaux. II y a des impossibi litis biologiques aussi bien que matliematiques . r Repetons-le cependant. Quoi que nous puissions faire la certitude a laquelle nous arriverons , ne sera toujour que la certitude physique ; car la cbaine de nos raison- nements, si grande qu'y soit la part dela deduction, a tout au moins , pour premier anneau , un resultat simplement induit. Mais la chaine n'en est pas moins assez solide, pour que le plus circonspect puisse, selon I'expression de Bossuet , s'u appuyer tout a fait (2). Qui pour- (1) Des harmonies, disons-noiis , et non , comme il arrive le plus 50uvent, des analogies. Nous porterons plus tard notre attention ^ sur celles-ci. (2) Voyez p. 380. - Abstraction faile, bien entendu, des erreurs individuelles de raisonneraent. La geometrie, la logique elle-meme ne I. 25 ■5 11 M F ■ I 1; •i ! It if ■ t \ ■ -\ . i i* I i > I! 1 Ml 1 I ^■ J y - f . J fff M t i W't ^ i ■ r « 386 PROLEGOMENES, LIV, II, CHAP. V. rait le coiilcsler? En do Liter meme? Uii Pyrrhon, un Sextus, ou mieijx, un Marphurius. Mais onne refute plus Sextus, et il faut laisser Marphurius a Moliere. VI. N'y a-t-il de certitude possible, en Histoire naturelle, e pour ces deux ordres de resultats : Finduction simple r des analogies les plus procliaines^ et api un tres grand nombre d'observations ; et la m complexe, abstraite par induction et deduction ports necessaires de causalite ou d'harmonie? 11 est clair qu'en partant des rapports de simp Pl sion , de coexistence , d'harmonie , induire. soit deduire. Nous devour pei aussi soit de quelle obtenues Ces rapports sont-ils, au fond, d'une autre nature que ux que nous disons necessaires? N'y aurait-il pas seu- nent entre eux cette difference, que nous nous rendons \ I mpte des uns, et point encore des autres? Pour beaucoup de cas,' poser cette question, c'est resoudre. i^nts se succcdent toujours I'un a Tautre simple succession est bien pres de se-chai le en un rapport de causalite. De meme, le rapport de coexistence, s'il est constant, semble indiquer unrapport sont pas exeinptes de ce genre d'erreurs; mais elles y sent bien moins exposees que les sciences biologiques. Nous verrons bientot comment, dans celles-ci, {'observation peut '# / nous fournir im cntermm. 'jm-. 'i- I ■J BEMONSTRATION PAR VOIE ANALOGIQUE. 387 d'harmonie, qii'avec quelques efforts nous decoiivrirons doiite. 11 en a ete ainsi dans une multitude de de oduire dans ] a plus perfect dans le passe ne pent manquei avenir, et d'autant plus que la Quant a Vanalogie, s'il est clair qu'elle ne pei fondre ni avec une cause , ni avec une hai meconnue , il pent arri^ d'analogie s'encliainent da _7 d ic des rapports rapports neces- liciper, p A ractere de necessite. Combien d'exemples, sans parler de ceut que nous trouverons plus tard dans noire propre science, attestent deja cette possibilite! Pour n'en citer qu'un , et le prendre dans la page M plus glorieuse de I'histoire de Fesprit humain, que savait-on autrefois de la marche des planetes? On savait, des les temps les plus re- J- y -. cules(l), que cette marche est analogue; que les orbites i . ■ . I de tons cos astres sont des courbes du meme genre ; en d'autrestermes,des courbes analogues {'2) . Pourquoi? On I'ignorait ; et de ces grandes analogies, vingt et un siecles apres Philolaiis, les astronomes etaient encore reduits a \ (1) Philolaiis, qui vivait dans le cinquieme siecle avant notre ere, avait deja reconnu runiformite des orbites plaiietaires. Voy. sur I'illastre disciple de Pythagore, le remarquable ouvrage piiblie par M. PvENOUYiEK , sous le titrc modesle de Manuel de philosophie ancienne, 18/|4, t. I, p. 200 et suiv. (2) Circulaires, a-t-on dit d'abord. C/estce que Keppler en a pense lui-meme avant de les supposer ofa/atre5, et enfin de les demontrer elliptiques. Mais Yanalogie etait egalement admise dans ces trois con- ceptions, qui ont.ete comme autant de pas vers la verite, enfin plei- nement obtenue. 1 1 -J ^ 1 \ i ^ '» I 1 '■■f: -^ . I -_ _' - -'/. ■ .T:^/t ^ 'y\-\ ' I I* I ! r k :■ i \ V f i 1 3 388 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. V. dire, coiiime noos disons aujoiird'hui en Histoire iiatii- I relle : EUes sont. lis disent maintenant : EUes doivent etre, etilsen ontle droit; car Fimmortel Keppler avait a peine acheve de demontrer ces analogies, que Newton y ■3 faisait voir en elles autant de consequences liarmoniques et necessaires d'une meme loi generale, la loi supreme g r qui regit les cieux . ' Qui pourrait affirmer qu'une semblable revolution s'ac- complira un jour en Histoire naturelle? Qui, surtout, oserait en fixer le moment? Mais aussi, qui oserait dire que ce moment ne viendra jamais? La science des analo- gies organiques, je le prouverai, n'en est plus a Philolaiis : elle en est, ou peu s'en faut, a Keppler. Pourquoi n'aurait-elle pas un jour son Newton: En prevoyant ici Fun des plus grands progres que puisse accomplir notre science , avons-nous d'ailleurs a attendre sa realisation, pour faire intervenir legitimement, dans nos raisonnements, les rapports d'analogie? Non, sans mil doute : une autre voie nous est ouverte. Neces- saires ou nor>, il est des analogies tellement manifestes que Fesprit le plus difficile ne saurait leur refuser son acquiescement; et, celles-ci admises, il en est d'autres qui s'en deduisent aussitot avec une probabilite egale a I, la leur, c'est-a-dire encore, dans un grand nombre de cas, avec une probabilite tres grande ou meme infinie. Encore une source de certitude physique. , Et comment? Pour le comprendre clairement, tour- nons-nous encore une fois versles sciences anterieures{\ ), (1) Chap. I, sect, ii et m. I M (« I « % y DEMONSTRATIOIN PAR VOIE ANALOGIQUE. 389 J a taut d'egards modeles de la iiotre, et ses guides dans la longue route qu'elle parcourt apres elles. On demontre directement , en geometrie, I'egalite de deux grandeurs, en les superposant, et en constatant qu' elles coincident dans toute leur etendue. II est des ana- logics qui se demontrent par un procede tres exactement comparable a la superposition geonie^trique, on pent le dire meme, par umveriidhh superposition analogique. Ce sont celles que nous obtenons en mettant en rapport deux etres ou deux organes, et en constatant qu'ils se cor- respondent soit dans toutes leurs parties , mode elemen- taire de demonstration qui a ete usite de tout temps, soit par tons leurs rapports essentiels, mode nouveau intro- duit dans la science par Geoffroy Saint-Hilaire (1). Que Ton compare la main d'un homme a celle d'un enfant nouveau-ne : comment ne pas voir aussitot que , n'etant ni egales, ni semblables, Tune et I'autre sont cepen- dant composees de parties semblablement constituees et disposees : en un mot, qu'il y a analogic entre elles ? Resultat sur lequel on ne saurait avoir plus de doute que sur I'egalite de deux grandeurs geometriques par- tout superposables. II en sera de meme dans une multitude de cas plus ou moins simples; par exemple, si Ton compare, a la main de I'homme, au lieu de celle de I'enfant, d'une part, celle du I foetus, deTaulre, celle d'un singe, ou encore lapatte d'un (1) En attendant la suite de ce traite, je puis renvoyer aTexposition que j'ai dejk faite de la TMorie ou plutot de IsiMethode des analogues, M Geoff^ k i ' 1 14 I S II ^ . \ t* .rb T q ../•.-:- ^. ' ^»« 4 L I I I I II 390 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. V. J degagee des grossiers teguments qui en masquent rapports 5 et je puis meme ajouter le pied de la plupart des mammiferes, si je tiens compte de tolites les ressources riouvelles qu'offre la Theorie des analogues pour la de- analogies aussi certaines, quoique directe d moins frappantes au premier aspect. s ]^iais n'existe-t-il , en Histoire naturelle, d'autres ana- 1 logies que celles qui peuvent etre mises en lumiere par une comparaison directe plus ou moins facile? Et, s'il eri existe, devons-nous renoncer a les connaitre? Ge serait s'arreter, en geometric, a ces cas simples ou I'egalite se prouve par superposition, au lieu de noiis iaire, eomme elle, de ceux-ci demontres , les mo\ ens de demontrer les autres . Son pie devant la logique nous y autorise pleinement. Deux quantiteSj egales a une troisieme, sont egales entre elles : Tel est Fun des axiomes fondamentaux de la geometric, et plus generalcment des mattiematiques , et chacun sait que c'est, de tous, celui dont elles ont tire le plus de parti. L'algebretout entierc n'en est qu'une suite d'applications. Nous dirons a notre tour : I Deux parties, deux organes, analogues a iin troi- sieme , sont analogues entre eux . ,r Chacun reconnaitra que c'est la aiissi un axiome ; et non pas seulement dans le sens abusif quelquefois donne a ce mot en Histoire naturelle ; mais dans son acception vraie, et eomme rentendent les geometres. Nous ne per- drons done pas plus notre temps a demontrer notre axiome, qu'ils ne Font fait du leur. Nous I'applique- \ •** m i f H D15M0NSTRATI0N par VOIE ANALOGIQUE S91 apports d'analogie, que nous de rs, des analos^ies d'abord consta exactement tees par voie de comparaison directe, a la meme valeur logique que celles-ci. D'ou la possibilite de les combiner a leur tour entre elles et avec celles dont elles derivent, pour obtenir encore de nouvelles con- sequences auxquelles la certitude saurait non plu s faire defaut, si elle existait au point de depart (1). On yerra plus tard jusqu'ou pent conduire cette me- tbode nouvelle et rigoureuse de comparaison indirecte, instituee a cote de cette comparaison directe si long- temps seule en usage, et condamnee par sa nature meme a s'arreter presque partput des les premiers pas (2 (1) Reprenons ceci sous une autre forme. En mathematiques, lors- qu'on a A=B. B=C, et d'une autre part, C=D, on conclut d'abord A==C, puis A=D. On ne saurait contester que le naturaliste raisonnera semblable- ment, et avec non moins de rigueur, lorsqu'il dira : A est analogue a B, B I'est 5i C, et C k D; done A est analogue k C, et par consequent aussi k D. Ou en abregeant k I'aide de notations (le signe ::: exprimant Tanalogie) : A:::B, B :::C, C:::D; doncA:::D; OU : A"ll>*--v4ltl 1)9 I De I'emploi des notations que j'indique ici, peut resulter, il est facile de le voir , une expression aussi claire que concise de rap- ports tres complexes, et meme une sorte de calcul des analogies dont la science pourra tirer, par la suite , un parti tres avantageux. (2) A ce qu'on peut appeler en general la methode de comparaison indirecte se rapportent une multitude de tentatives faites, depuis un demi-siecle surtout, pour determiner les analogies des etres ou de quelques uns de leurs organes , k I'aide de moyens termes ou , selon I'expression regue, de passages. Ces tentatives ont souvent ete tres heu- L \ i r '1 ( i 1 1 \ ■ 1 .1 J ^4 ^ ■ 4 t-r ■" ■■::■:■-.:>; Jf-, .h An*, * f * f-" 39'2 PHOLEGOMKNF.S, LIV . 1(, CHAP. V. } - t !« fr 1^ I. > *■ ' ^ # ■ ( VII. * Qiielqiie assures que nous puissions etre de notre point de depart et de chacun de nos pas, il importe, un resultat obtenu, que nous puissions le controler. Tout homme est sujet a I'erreur; cujusvis hominis est errare; et la me- thode theoriquement la plus parfaite n'est pas, pratique- ment, infaillible. C'est pourquoi le calculateur qui vient de trouverunproduit, d'extraire une racine, ne manque pas I de faire la preuve. Le marin s'est a peine eloigne de la cote, qu'il/aif /e /)om^. Peut-on faire la preuve en Histoire naturelle ? Un con- Irole y est-il possible ? Un controle absolu^ non; car, pas plus par cette voie indirecte que par la voie directe, nous ne saurions attein- dre a la certitude metaphysique ; niais un controle , et meme un double controle, d'une tres grande valeur. En premier lieu, comme dans les sciences physiques, et surtout comme en mathematiques, il arrive souvent, en Histoire naturelle, que le meme resultat puisse etre obtenu de plusieurs manieres ; et non pas seulement en ! 41 l) ■ reuses, quoiqu'on n'agit guere, jusqu'a la Theorie des analogues, que par tatonnements, et trop souvent sans qu'il fut possible de se rendre compte de la legitimite des rapports premierement adniis, et par con- sequent, de celle des resultats ulterieurement obtenus. Aussi que d'erreurs ! On en compterait presque autantque deverites decouvertes, que de services rendus! V^ ' I ill ti I DOUBLE CONTROLE. 393 partant des memes dorinees, iiiais a I'aide de donnees en grande partie ou meme totalement dilTcrentes. Ges suites , r d'inductions et de deductions, independantes les unes des ? yant de que forment, chacune etant dcia d ande force par meme, un faisceau que rien ne semble plus pouvoir bi Qui pour d qui, d'abord solidement ctabli en anatomie comparee, s'est trouve ressortir aussi , un pen plus tard , d'une part , des faits de la teratoloaie, de I'auti^e, de ceux de i'embrvo- ou reciprc nples , der Y 1 -1 Admirable [ , GeoffroA dont Hilair M . Serres, sont devenus innombrables (1), etqui n'ost pas le dernier ter^me des progres deja realises ou possibles dans cette direction : ie montrerai , plus d'une fois , d'une part , la physiologic experimentale , de 1' autre , la patho gie elle-meme, apporiant aussi leurs lumieres au foy commun, et toutes ces sciences, sfa ensemble a ce double besoin de notice esprit : la ceilitude et • i / I'umte. Ges multiples et reciproques contre - epreuves d'une methode et d'une science par une autre, si imposante que soit leur autorite, laissent pourtant place, apres elles, a une verification plus decisive encore; et celle-ci, qui ^ d'ailleurs est souvent la seule possible, est un dernier I appel aux faits. L'observation est le point de depart de tons nos raison- I nements; c'est a elle aussi qu'ils doivent aboutir; mais ^ (1) J'en ai expose ou indique des centaines dans les trois volumes.de mon Histoire generate des anomalies. I. 25. t: ■' n f i ?» ii. V, [ I 1 ; i i^i ( 11 ^ t : / t _^ I I J *i U' t^ \: IK ill ♦-' «fi < t t ^94 VROLEGOMKiNKS, LIV. IT, CHAP. V. e paleQient sous sa f( d ( tions noiivelles. Rep obsei" tioii de ques- doiit on est parti, ce ne serait toujours, le tit-on a rinfiiii rer du point de depart : c'est an terme de 1 faut placer les verifications. Or, il y en aui possibles que le resultat obtenu pourra fourn P tibles d'etre controlees par les fails previsions logiques ^ fient \ riellement realises tons les fails dont nous venions de faire, pour ainsi dire, la decouverte virtuelle, le resultat dont ils derivent, est manifestement confirme et mis hors doute; sinon, infirme. L eduction a I'absiu >gles ordinaires de la logique trouvent d aiUi I I application. A peine est-il besoin d'ajouter d'unc ou de quelques unes des consequence; millementlafaussete de /o«fe5 les notions a et la necessite de les rejeter, sans distinction 3e. On ii'abat pas un arbre, parce qu'il porte 'S branch( duction s deductions , il pent suffire de cbang K pour rattacher solidement aux fait i^ onsequences dont on s'etait d'abord Reciproquement, la verification ^ es consequences obtenues, de toutes de toutes esprit, ne demontre pas absolument de des notions, a I'aide de -\ est arrive. I u I \ ^» ' ^* » *y L^-. I 5 i I :v *f il I) U B L E C N T II L E . S95 4 la riaueLir, une notion vraic pent resnlter de faiisse ces c tant 1 pa I '» • i excepti( eoccupee ; en annulle une autre, dont la vieille scolastique s'est nt nen la vraie droit de J conclusion : Quand d'unc notion theorique, logiquemeni etabiie ne pent tirer que des consequences conformes a 1 phenomenes ; quand et ne ..„ _^ jcnt, se justifient fails eux-mcmes, vus des > I'esprit avant de Tetre de ceux du corps en droit de dire : la certitude nous est a en avons le criteriiim . A qui ne suffirait-il pas? Nier ici, ce se s pte partout; nier en physique ■ astronomic , comme en Histoire naturelle. Qu'on ne trompe pas : ou le calcul pent efficacement interve - t . les resultats sont , sans doule , bcaucoup plus rapidei obtenus : ils sont susceptibles de plus de precision, m t> chan pas t plus satisl^isants pour laquelle on est parvei le caractere : on ne a ces resultats n'en possede touiours que certitude phy icordance de et pour crilerium^ la pariaite nos deductions avec la realitc des phenomenes. Le prineipe lui~meme de la gravita- tion universelle, cette clef de voiite de la philosoph Poi lie, n'echapperait pas a la logique faussement qui ne se contenterait pas de ce genre de pr s'ptrc servi de la aeometrie dans la demons; r (I {' I f h I r J J t ^ ^1 r m ■ - - :^ ^ L --- J- ^ -_ - ''"^lA * i I I " -*■ 4. I M i r. li 1 t * l»i « it * t^- 396 PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. V. de cette verite sublime, Newton ne Fa pas rendue geome- Irique; elle ne Test que par I'expression ou la forme, non par le fond. Mais, par elle, ce qu'on savait, s'ex- plique, et ce qu'on ne savait pas, se deduit; lesproblemes regardes comme les plus insolubles, se resolvent de la maniere la plus satisfaisante ; les astres les plus rebelles se laissent eiix-memes dompter (1); et Fordre regne dans les cieux. Et c'est pourquoi on ne dit plus, comme autre- fois Newton lui-meme, Yhypothese, mais la bide New- ton; la loi deslois, regulatrice de tous les astres connus et inconnus de notre systeme, et plus generate encore ; si bien qu*on pent presque aujourd'hui lui appliquer ces m \ paroles hardies de Descartes sur les lois fondamentales de la nature : « Encore que Dieu aurait cree plusieurs mondes, » il n'y en saurait avoir aucun ou elles manquassent d'etre » observees (!2) . » f . (1 ) Expression de FoiMeinelle clans un passage de VEloge de Newton, + oil Tauteur traduit, ou plutot imite, deux vers de Tillustre astronome Halley. * (2) Discours de la Methods, cinquieme partie, edit, de 1668, p. liS; et dans les OEuvres. edit. deM. Corsm. t. L n. 170. V . - tT ! \ I m ^ i I 'I % .X 1 . \j'^r\y\y\/ t- I r ■ IS r f { t w I I I % i|^ J » 1 f * t^ i I 398 I'FiOLEGOMENKS, L!V. 11, CHM'. VI. de ses applications , Fart de bien conduire sa raison et de chercherla verite dans les sciences (i). De la, autorise par la logique,etconsacre parl'usage, I'emploi habituel du mot Methode, pour indiquer tout a la fois ces re procedes generaux de notre esprit qui se retrouvent dans \ recherche scientiliq admirablement dans son immortel D movens divers de decouvrir ou de demontrer, dont dis- pose specialement chaque science; absolument comme il est, dans presque toutes les langues, un nom commun a la route magnifique, menee, a travers une vaste conlrcc, d'une frontiere a 1' autre, el a I'humble sentier qui relie i deux hameaux voisins . C'est a ce point de vue que jeme suis cru fonde, d'une part, comme je I'ai fait, a ramener la methode des sciences biologiques, prise dans son ensemble, a la methode f rale, commune a toutes les sciences avancees; et de Fan tre, ainsi que je vais le faire maintenant, a considerer cett meme methode biologique comme decomposable en me thodes par les unes principalement inventives , d'autres demonstratives, d a tour se suppleant ou se > pletant , concourent , a des des degres divers, et chacune par propres, a Fceuvre commune, I'institution de la Ce sont les principales de ces methodes part faire le suiet de ce Chapitre exposerai des a present plan et les avantages. Si ie n'ignore pas thodes ne peuvent etre completement appr (1) Descartes, litre du Discours de la methode. t i w>- fc r i^ . ^ It I I ♦ METHODES PARTI ELLES. 399 seront f; independamment des applications qui en plus tard, je sais aussi qu'il impoiie , pour donner toute leur valeur a ces applications elles-memes , de les avoir preparees , des ces Prolegomenes , par quelques remar- ques generates. On ne connait bien qu'a I'user le parti qu'on pent tirer des instruments ou des amies dont on dispose; mais encore est-il bon d'en faire la revue avanl de s'engager dans une lutte difficile. Cette revue, je n'essaierai pourtant pas de la faire ici plete. Laissant aux traites de logique ce qui est d'une t pplication generale a tons les travaux de voudrais de cet ouvrage tout ce qui ne s'etend pas de notre science. Comment, quand je le ter ici de la Methode naturelle , a laquelle se rattache, par excellence, le nom des Jussieu (1), et de la Melliode des analogues , ceuvre propre de Geoffrey Saint-Hilaire (2)? Clefs, Tune de la zoologie et de la bota- nique descriptives (3) , I'autre de I'anatomie comparee et de ranatomie philosopbique, on ne saurait ni les juger, ni meme les comprendre , sans une etude prealable et approfondie, d'une part, des rapports naturels des de I'autre , des ^ onditions d et des rappoi ■g des elements E s de ces deux grandes metbodes, p \ (1) \oyezY Introduction historique, p. 89. . ^^ (2) Yoyez Vie , travaux et doctrine de Geoffroy Saint-Hilaire , chap. Vin, sect, iir et iv. (3) Et longtemps consideree comme la methode par excellence. Yoyez I'Introduction dii second livre des Prolegomenes , p. 267 et 268. 1 I 4« H > < I '. ■I » 1,; I ' n \i !l - -;^ r; i I ^ i'- i I 1' MA I i i r ■ I L ,r i 1^ Jh T f «i 1 I 400 quelles pli fait des pi PROLEGOMENES , LIV, II, CHAP. YI. sieurs branches de FHistoire natiirelle ont r igres si decisifs qii'ils ont ete ressentis par la science tout entiere, comment n'en serait-il pas de meme des autres methodes partielles: de celles dont I'application L branches de se non a une ou pi ( jues queshoi d nais, dans une branche, a quel- dre determine, parfois a une pour I'histoire de chacune de recherche des moyens particuliers a I'aide des ( e pent etre resolue, et dont la connaissance, ei effet, est inseparable de ph la nature propre des qu'il git de peneti des ditficulte dont il faut triompher. Rien, au contraire, ne s'oppose a ce que ie doi Prolegomcnes a trois methodes d'un ordr general pour que leurs apphcations s'etendent, a mesure qu'elles seront bien comprises, a toutes les branches de la science, et exercent sur leurs progres Tinfluence la plus marquee. Telles sont la Methode seriate, depuis longtemps en usage parmi les naturalistes, mais incom- pletement, et trop souvent a contre-sens ; la Methode pa- rallelique, tout rccemment introduite dans la science, et h Methode synthetique par division qui, bien qu'on puisse citer quelques anciens et heureux exemples de son emploi, n'est guere moins nouvelle : les deux premieres, intimement liees entre elles, et ayant pour caractere com- mun, en cooi^donnant la science, de Tenrichir de faits nouveaux; celle-ci, fort differente, a laquelle appartient, par excellence, la recherche et la decouverte des lois bio- logiques. 4 \ i II METHODE SYNTHETIQUE PAR DIVISIOK. km Les developpernents dans L d'entrer siir ces trois methodes e re que nous avan- dans nos etudes, sontioin de rendre premier expose destine k servir de pplications par de cet ouvraoe. Essavons de leur donner ici une ba _ commune. Aller an deia, ce serait oeut-etre franchir 1 chapitres seulement prelin rait assurement ne pas les 5 restei \ II I i iii { ^ i y ^ La Metliode synthetique par division n'est pas eelle I ^ dont les applications seront les plus nombreuses ; mais elle se place au premier rang par leur importance. Comme I'indique le nom sous lequel je I'ai designee (Ij, diviser est ici le moyen ; i^eunir est le but. L'immense extension que la science a prise depuis un siecle , et qu'elle prend chaque jour encore, y rend de plus en plus necessaire cette division du travail que nous (1) En iSkT, et depuis, dans plusieiirs de mescours. J'avais formule cette metliode, j'avais meme commence ii Tappli- quer des 1831, mais sans la denommer, dans mes Recherches sur les variations de la taille chez les animaux. Yoyez le recueil des Memoires de VAcademie des sciences, Savants etrangers, t. Ill, 1832, p. 503) et mes Essais de zoologie generale, 1841, p. 331. Je montrerai par la suite que Buffon et mon pere, sans avoir conQu dans son ensemble ce que j'appelle la Methodesijnthetique par division. Tent tres heureusement pratiquee dans quelques cas par- lieuliers. ^ I. 26 '4 1 'ill I 'f ffS\ I PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP, VI. avons vu s'y produire des la tin du xvii* siecle, comme une consequence des progres ^nierieurs, et coi^nme la source feconde de progres nouveauxfl). lusau'ou elle est aujourd'hui portee, chacun le salt : jusqii'au fractionne- m.ept, jusqu'au morcellement le plus extreme, surtout en h \ ce qui concerne rtlisioire naturelle descriptive (2). Si, plus haul, I'unite de la science subsiste, s'il n'est pas ui] vrai naturaliste dont les connaissances qenerales ne s'e- I >i 4 .r ■■'.. ^ V ?. T "J. Il i r (1) Introduction historiqiie, p. 62 et suiv., et Resume^ p. 121. (2) Chaquebranche de I'Histoire naturelle, etplusgeneralement des sciences biologiques, est devenue, dans notre siecle, conimc une science I distincte, specialement et separenient cultivee. Ainsi que je le faisais remarquer il y a vingt ans, <= c'est a peine si, parnii les naturalisles dis- Ungues de notre epoque, on pent en compter quelques uns dont les re- cherchess'etendent a I'ensembledu regne vegetal oudu regne animal. On necultiveplusYeritablementlazoologie, maissculementrornithologie, rhistoire naturelle des mammiferes, Tichthyologie, ou quelque autre division de la science; encore est-il uoe de ses branches, Tentomo- L logic, dont il est devenu necessaire de subdiviser riraniense etendue. Comment pourrait-il en etre autrement, lorsqu'il est tel ordre, celui des coleopleres, par CKempIe, qui conlprend k lui seiil plusieurs milliers de genres, presque tons composes eux-memes de nombreuses F especes!... Qui ne congoit rinimense difficulte desaisir, au milieu de ■ ■ w cette diversite presque infinie, quelques uns de ces apergus philoso- phiques dont chacun lie entre eux et resume en lui une midtitude de faits speciaux, semblable a ces formules algebriques ou se trouve k la fois, sous une forme simple et gincrale, la solution de tant de cas particuliers? » Memoire cite, /??irodwcf^o?^. + " r ' "" ' La division de la science a encore eu lieu d'une autre maniere. Par exemple, Tanatomie est devenue une science distincte dela physiolo- gie; et, en outre, la premiere s'est fractionuee a mesure qu'elle s'est gnrichie. II est aujourd'hui a peu pres impossible d'embrasser dans de communes etudes I'immense etendue de Tanatomie comparee, de Tembryogenie , de la teratologic, de Tanatomie pathologique , de ^ rauatomie generate et de ranatomie philosophique. ^ 1 ( 1 ift m *1. ^ i i \ 4 i I METHODE SY'NTHETIQUE PAR DIYISIOA'. /lOS 4 tendeiit a la totalite des elres organises, chacuii a du se spe- cialiser pour Fetude des faits de detail, et il se tient pour satisfait si, dans cet ordre de recherclies, il est parvenu ^ _ a se rendre maitre d'une ou de quelques parties de Fim- r mense ensemble. L'ambition d'un naturaliste, tut-il un ^ Gesner, iut-il un Linne, ne saurait iei pretend re da van- tage; on n'est plus miiversel dans notre science, on n6 pent piusl'etre, qu'a la condition d'y avoir tout effleure, rien approfondi. Ne savons-nous pas que la vie la pli laborieuse compte nioins d'heures de nnait auiourd'hui d'etres oreanisesM 1 Comment concilier la nccessite ou noils sbmmes, d'une part, de borner nos etudes speciales a un nombre rela- tivement tres petit de faits particuliers, de I'autre, de les comprendre tous dans de communes generalites ? A I'aide de la Metliode synthetique par division, combinaison de osant les question^ ciu'il s*amt de resoudre, I'autre les recomposant apres de precedes logiques, I'un dcCdm[ s premieres solutions partielles. Le premier n'est qu'une des formes ordinaires et les plus connues de Fanalyse. Decomposer un problemetrop complexe en plusieurs plus simples, delier le faisceaii qu'on ne saurait rompre dajis son entier, c'est ce qu'oh i dans toutes les de F esprit fait non dans ( du cores. Divide n'est rien mo ins que p a j )plication universelle . ides elle s d (1) Chap. iV, sect, i \ u m \ : 1 il I ;• J, t : ^ i ■ ; * ? n \ I i r * i Mt it ( ? pi til f m iOi PROLEGOMENES, LIV. II, CHAP. VI Appiiquons-la done aussi a la recherche des generalites at deslois en Histoire naturelle. Sachonsrenoncer d'ahord, I J poor mieux y parvemr ensuile, a la connaissance des lois zoologiquesoubotaniques, a plus forte raison biologiques; car nal d'entre nous ne possede tous les ordres de faits que doit embrasser chacune d'elles , et les connut-on , quel regard serait assez vaste pour les embrasser dans le meme instant, assez percant pour en saisir le lien secret? Quel effort assez puissant pour ramenerau foyer commun tous ces rayons disperses? Ne teutons pas rimpossible, et rimpossible, c'est ici la solution complete directement pbtcnue : on ne voit que dans la fable Minerve sortir tout armee du cerveau de Jupiter. Ne jiretendons pas aller vite, mais faisons en sorted'aller suremcnt. Chacun dans le cercle de nos connaissanecs speciales, sur h terrain que I'etude nous a rendu famihcr, mammalogistes, orni- Ihologistes, entomologistes, botanistes livres a I'etude de ^ - tel embranchement , de telle classe ou meme de telle famille vegetate, essayons seulement d'enchainer les faits d'un meme ordre, ceux dont de longues etudes nous ont rendus maitres; de determiner leurs rapports, de decou- vrir les lois partielles qui les regissent ; de demontrer ces lois, et d'en donner une expression aussi generate que le comporte ce degre de recherche. Premiers resultats, d'nne grande valeur par eux- memes (1) ; bien plus precieux encore paries conse I generales dont ils peuvent nous ouvrir Faeces. (1) Fut-il impossibie cFaller au dela, cequi a parfoislieu. II est des generalites partielles qui reslent sans application en dehors de tel ordre de faits ou de tel groupe zoologique ou botanique- I 4 *\ i im IS \ » I I METHODE SYNTHETIQUE PAR DIV1S10>'. 405 Comment franchir mainteiiant les limites dans les- quelles nous nous tenions'd'abord renfermes? A Tana- lyse, nous avons fait succeder une synthese partielle : par quel procede logique nous elever de celle-ci a la synthese g pour chaque generalisation t d'esnrit et d'invention n^ pour nous mettre en possession de notre premiere loi par- tielle? Non, il n'est plus besoin de decoiivrir; la decou- verte se trouve faiie, pour ainsi dire, une Ibis pour toutes ; il ne s'agit plus que d'en etendre Fapplication aux autres , aux autres ordres de fails. Dirons-nous cette ^ seconde partie de notre taehe exempte de diftieultes? Non, sans doute ; en Histoire nalurelle, tout est complexe, tout est difficile. difficultes principales sont apla- e reste de la solution n'exigera plus cet effort dont si pen d'esprits sont capables. Tout peut se simple travail de verip 11 suffi effet . d ^ suecessivement, pour oupe ou ordre de fait ppl pondre par posee prepare, comment celui qui a fait V premier pas, le plus difficile, ne reussirait-il pas faire d'autres? En dehors du de ses etude L pour s'eclairer, la lumiere quelui-meme a fait lir de celles-ci. 11 a d'ailleurs ouvert la voie a besoin. les diverses syntheses nartielles dont n fin il'* ei obte preparees, |)ar une divisior bicn entendue du I { r* 'I I I -.':-. .'-'■'■ J K r ■ - \ ' ' ' . ■ -y ^-. r_, - "h _ i" J -_ ■\ '.';.< H I ! >^ \ 4 .1 # 1 ' , I »i' y i06 « : ^.. PROLEGOMENESf LIV, 11^ CHAP. VI. Telle est la Methode syiithetiqiie par division, Je la re Slime amsi : Decomposer le problemc; decouvi plus favorable a la decouverte(i); sub pie pre pai par une suite de synth a cette s;^nthese geiicrale qui, dii , nous */ essible / ^ ill. Remplacer Vinveniion proprejiient dile, par la simple constalalion d'uii rcsuliat prevu, tel est encore I'un des caracteres et I'un des avantages principaux de la Methode par ordination seriate, on plus simplement, Methode seriate. Mais, dans la plupart des cas, ce que celle-ci nous fait prevoir, ce sont, non plus des resultats generaux, des ( lois , mais des resultats pailiculiers , principalement des faits^ dont la realite est ensuite soumise au controle de 1 'observation ou de rexpcrience. Qu'est-ce qu'une serie? C'est, dans les sciences qui ont y* (1) Ce point plus favorable se trouvera souvent, pour lazoologie, dans lesdegres inferieurs deFanimalite, en raison de lasimplicite de rorganisation et des plienomenes; mais souvent aussi, plus souvent meme, on devra le clierclier a Fextremite opposee du regne animal, i c'esl-a-dire parmi les etres, non les plus simples, mais les mieux con- nus. C'est chez les mammiferes que Buffon a d'abord recherche les lois de la distribution geographique des animaux. C'est par Tetude des F veriebres, et d'abord par leur etude osteologique , que mon pere a ■ commence la demonstration de Tunite cle composition organique. ii 4 I I -J - _■ 4k ^ ■ »J^"" METHOBli SERIALE. 407 les premieres employe ce mot , « une suite de grandeurs » qui croissent ou decroissent suivant une certaine lot; » et , en dehors des mathematiques , detinition tres gejierale oil rentre la precedente , une suite de termes ordonnes suivant une certaine loi. Dans les cas les plus simples, cliaque terme est a celiii qui lui succede, a son consequent, commeest, alui-meme, son antecedent . Dans d'autres, les relations entre les divers termes sont plus compli- quees , mais telles encore que les variations d dans des & plusieurs repr / • pour ainsi dire, sur elle-meme, et son developpement des termes plus ou moms analogues a oeux par lesquels Atin de obscurite sur les preli minaires d suiet ifficile, eitons immexlia tement, pour ces trois formes de series, quelques pies, pris parmi les plus elcmentaires : pour la pn la suite des nombres entiers, celle des puissanc ressives d'un de ces nombres, ou toute autre pro^ i - 1 _w4 rithmetique, soit geometrique ; pour la seconde, h des Carres ou des cubes des nombres entiers et po poi des distances de cbacun des points d'une demi-circonference audiametre, on des durees des jours durant le cours d'une annee, ou encore, pour recourir a une comparaison vulgaire, mais exacte, celle des longueurs des echelons dans une echelle double. Dans ces derniers exemples, au lieu de la demi-circonfe- rence, considerons separementles deux arcs de 90 degres t ^ I I e 1 V i4« Mi ! -*-r¥* 'J, - ^ L -» - -r-l fl u I \ I I J ¥ m w- h E t t k Hr it 408 PROLtGOMENES, LIV, 11, CHAP. YI. compose; de meme, divisons I'annee en deux ! six mois, s'etendaiit d'lm solstice al'autre: separons rechelle double en deux que les distances, les durees dcs s des de ces arcs. Tune de ces periodes, I'une de ces echelles simples: f toutes decroissantes , au contraire, dans I'autre. De- composition possible, sinon facile, dans tons les cas analogues ; ce qui nous dispensera de nous occuper ici separement series successivement croissf et decroissantes , progressives et retrogrades. Ainsi entendu dans son sens le plus general , le mot serie, comme Fidee qu'il exprime, a depuis longtemps passe enHistoire naturelle, et il y est de nos jours aussi usite que dans les mathematiques elles-memes. Tons les etres organises peuvent-ils etre disposes dans un ordre serial? La serie naturelle, si elle existe, et si elle est unique, est-elle continue, ou presente-t-elle des solu- tions de continuite? S'il y a plusieurs series, sont-elles ramifiees, entre-croisees , paralleles? II suffit de rappeler ici ces questions si fondamentales , et, de nos jours encore, tant debattues, pour faire prejuger toute I'impor- tance de la Metiiode aeriale^ appliquee a I'expression des atiinites des etres. C'est par elle seule que nos classifica- ■t tions peuvent, enrestant naturelles, devenir exactes. Elle fournit d'ailleurs un si grand nombre d'autres ap- plications, et a des sujets si varies, qu'il n'est pas une tranche de la science ou elle ne puisse trouver son em- ploi utile. En anatomic comparee, n'avons-nous pas chez les animaux, et plus manifeslernent encore, I p. *»* \ kli mh\ j r .1 ^ * -i* ■ ; ; ' 1*- j ^.'- f I -, . - ■J^:-" V; MlVlHODE SERIALE. ao9 vegetaux, des suites soit d'orgaiies, soit d'appareils organifjues plug ou moips complex.es , modifies deg pre- miers aux derniers dans leiirs (limensions , leur disposi- i - , .. . tion , leiir structure , de maniere a nous faire suivre , degre par degre , i'accroissement ou le decroissement , jle. perfectionnement ou la degradation d'un meme type? En geographic biologique , a la serie des climats qui se sue cedent de la zone '. ^u.^ regions aires, ne voit-on pas correspondre, pour les especes dont la dis- tribution geograpliique est tres etendae, une suite corre- , notamment en ce qui concerne lative de les caracteres exterieurs et la taille? Et pour citer un ■ n exemple plus remarquable encore , pour le prendre cjans la teratoloffie elle-meme , les divers degres d'anomalie ne se succedent-ils pas , pour certains organes , ou meme pour I'ensemble de I'prganisatiQp , de maniere a repre- si regulierement senter des suites de termes, par ordonnes qu'on pourrait dire Vechelle teratologique , comme on a dijt si longtemps, C(^mme on dit encore Vechelle animale (1)? ^ J r (1) Ce dernier exemple est pris dans un ordre de faits, avec lequeji beaucoup denaturalistes sont encore pen familiers; mais je ne pou- vais passer sous silence ja possibilife, aujourd'hui cqmplefementde- montree, d'appliquer aux monstres eux-memes les idees de serie, de progression reguliere, iVordre hierarchique. Pour citer un exemple propre k mettre en lumiere ce resultat capital des replierches mo- dernes, la serie teratologique, etablie d'apres lesprincipesdes classifi- cations zoologiques et botaniques, est naturelle, k ce point que le rang de chaque groupe dans la classification, en d'autres termes, son rcmg serial, se trouve exprimer avec uiie grande precision Ten- semble des conditions d'existence des etres que comprend ce groupe, et particulierement , leur degre de viabilite. La concordance, Ji ce 1. 26. !f r I I b, I. t ^ ^m 1 / M 'i ^ m ' " " "h ■ * -'■ ' I f 1^ 1 1 I \ ■ I I i^# J .; !i i: »>- MO prolkgome:^es, liy. ii. chap, vi Que sont ces suUes graduees de formes biologiques, de r modifications climatologiqiies, de variations organiques, sinon des series, dans le vrai sens de ce mot? Et n'est-il pas clair qu'autant de series, autant d'applications de la Methode seriale? Ces applications se ramenent toutes a ceci : conclure dans line sene, des termcs bien connus, a ceux dont la eonnaissance est encore imparfaite (1), en vertu des rap- ports qui relient plus ou moins manifestement les uns avec les autres, comme auiant de degres successifs d'un meme type ou d'un meme ensemble de phenomenes , \ comme autant de cliainons de la meme cliaine, d'echelons de la meme echelle. Procede logique, d'ou resulte I'avan- J— tage, des qu'un certain nombre de fails ont ete constates, de les utiliser doublement; d'en obtenir, outre leurs con- -V, sequences directes, d'autres indirectes, seulement analo + giques, mais souvent d'une tres grande probabilite. Comme toute methode, comme tout instrument de I'esprit aussi bien que du corps, h Methode seriale mal dernier point de viie, est surtout tres nianifeste k regard des monstres imitaires. Ceux qui forment la tele de la serie, c'est-a-dire, tous les types de la premiere famille, peuvenl vivre des annees, et meme atteindre TSge adulte. Les suivants peuvent vivre des jours ou des heures; ceux qui viennent plus bas dans Tordre serial, des minutes seulement. Plus bas encore sorit des monstres qui mexirent ennaissanty L et en dernier lieu, d'autres qui ne naissent m^eme pas au monde exterieur. Voyez mon Histoire generale et particuliere des animialies, t. HI, p. 367; 1836. (1) Parfois k des termes encore inconnus et qu'il devient possible r \ L de prevoir. Je pourrais citer des exemples de types zoologiques, et meme teratologiques, annoncels et caracterises a Tavance Ji Taide de la methode seriale, et qui plus lard se sont presentes a Tobservation tels quMls avaient ete prevus. I 4 < i / -' -*A V- , ^ N f * I 1 MiSthODE S1&R1ALE. comprise , mal appliqu ■ I V y /ill dangers. A quels resultats absurdes ne serait-on pas conduit nait a assimiler aux vraies series de simpl de reguUerement ordon 5 ne conduiraienl-elk s pas prendre une serie successivement croissante et deer ^ progressive et retrograde, pour une serie unifor mement croissante ^ y 2 ) ? Ou V-' (1) Et surtoiit appliquee a des sciences pen avancees et non encore revetues clu caractere positif. On s^est hate d'appliquer la niethode seriale a rhistoireet a recononiie politique. Pour quelques admirables travaux, que d'erreursINe rendons pas la melhode responsable de I'abus qu'on en a fait. (2) On s'exposerait aiors h conclure, comme celui qui, ayant vu les X _ jours croitre depuis le solstice d'hiver, jugerait qu'ils doivent croitre encore apres le solstice d'ete. II en est, du reste, presque toujours des series successivement progressives et retrogrades, comme de cet exemple, oil un observa- teur attentif , ignorat-il completement les causes de Taccroissement et du decroissement des jours, se mettrait facilement a Tabri du >'enre d'erreurs que je signale ici. A I'approche du moment ou la serie, de croissante qu'elle ctait, va devenir decroissante, ou reciproquement, les variations d'un terme a Tautre deviennenl tres faiWes. C'est comme un temps d'arret entre deux mouvements con- \ Iraires. Ce temps d'arret s' observe presque toujours en biologic aussibien que dans les autres sciences. Je citerai comme exemple une serie fort simple, en raison du petit nombre de termes dont elle se compose, la serie des ages, et je Vindiquerai ici telle que je Tai donnee plusieurs fois dans mes cours depuis 18/(6. Dans ceUe serie, 11 y a d'abord ascendance ou progres plus ou moins rapide, puis etat stationnaire, puis marche retrograde ou declin. Essayons d'exprimer avec precision ces faits qui nous sont k tous fa- miliers, et de definir chaque age physiologiqueraent. La periode ascendante comprend trois termes, caracterises, le pre- mier, ou la premiere enfance {infantia) , par un seul ordre de I'onc- } , i i * ? 1» *> 1^ f foJ \ -^ ^---l ± I ■^^ 'l •ii \ 1 t ■\ ' ( \ i ! 412 iOME.NES, LIV. II, CHAP. VI. h'etait pas composee de termes tons homogenes, c'esl~a dire de meme nature, et aiissi, du meme degre de gene- pie, dans i'application de la Methode classifieation es peces toutes du du de genres tous de la meme flimille , de families toiites meme ordre, et ainsi de suite(l)?Ou meme encore, la serle etant r^guliercment composee et ordonnee, si Ton pre ten- flait y conclure, de quelques termies, seuls bieli etudies, a L un grand nombre encore mal conmis, ou si Ton depassait de toute autre maniere 1 e cercle des conseauences legitimes rS")? 4 1 .1 If ¥' f > p^ (. **t * ^ i I ^t \ w I tions, nutrition; le second, renfance {pueritia), par deux, nutrition et relation; le troisieme, Fadolescence ou la premiere jeunesse, par trois, nutrition, relation, reproduction. i . 11 y a aussi trois termes dans la periode descendante; termes inver- sement caracterises : le premier, Fage mtir, on mieux le premier declin,- par les trois ordres de fonctions; le second, la vieillesse, par deux, nutrition el relation ; le troisieme et dernier, la decrepitude, par un ^ 1 seal, la nutrition, qui survit aux aulres fonctions comme elle les avail precedees. Entre ces deux portions de la serie, ou ces deux series partielles, sy- metriquemenl croissante etdecroissante, est la virilite,caracterisee par le developpement complet de Tetre el le plein exercice de ses fonctions : mmmum^ apogee de la vie, ou Thomme semble s'arreter quelques an- nees, entre le moment ou il Fatteint , et celui oil il va en descendre. (J) On verra bientot que les relations plus complexes qui echappent a la methode seriale, peuvent donner lieu a I'enipioi d'autres pro- cedes logiques. (2) Une des exagerations, an des abus de la methode seriale, auquel les auteurs se sent le plus souventlaisse en trainer, est celui qui derive du raisonneinent suivant : Tel caractere, tel organe, telle fonction onl ete constates dans un groupe B ; tel etre appartient a un groupe A, supe- rieur au precedent; done, a plus forte raison, cet etre doit posseder ce meme caractere, ce meme organe, cettememe fonction. Citons, entre cent exemples, cetlefausse application dela methode seriale, en vertu de laquclle un physiologiste distingue niaitsi energiquement, il ya quel- ii#i \^ -,_ - .. V t -r n ' - - ' rr * ^ : ^ ■ * ■( < - TP J J-; i ■^ t- MJ:TH0DE SERIALE. MB \ L'analogie est un guide sur, a-t-ori dit (1), mais pour - ^ Us esprits sages; et dans tdiis les cas, elle ri est qu un guide; elle indique , elle iie {)rouve pas. Ne demandons pas ( ^ I i ques aniieesjes resiiitats des observations par lesquelles M. Owen et nioi venions de constater,chacun de notrecole, ledefaut decirconvolutions r I J cerebrales cliez quelques singes. Elles existent , disait-on , chez les -^ niakis, qui sont au-dessous des singes ; done elles doivent exister chez tous ceux-ci. Et cet argument paraissait si demonstratif, qu'on ne you- lait pas meme examiner les pieces produites a Londres et a Paris. Voyez les Comptes rendus de VAcademie des sciences j t. XVI, 18/i3. Aujourd'hui, le fait que nous annoncions a ete verifie par tous les zobloalstes ; il est generalement admis. Faut-il en conclure que la liie- ^ thode seriale etait en defaut? Non, mais seulement qu'on Tappliquail mal, qu'on depassait le cercle des consequences legitimes. De Fexistence d'un organe ou d'un caraciere chez plusieurs animaux d'un groupe, oii peutinduire avec vraisemblance dans beaucoup de cas, qu'il se re- r I trouvera dans le groupe immediatement superieur {on inferieur, setoii la nature de cet organe ou de ce caractere), mais non qu'il doit exister^ ce qui est bien different, dans toutes les especes de ce groupe. Cette derniere extension ne serait legitime que si, un groupe A etant superieur dans son ensemble a un groupe B, chacune des especes A, prise en particulier, etait necessairement, par cela meme, superieure k toutes les especes B. Ce qui reviendrait a dire que la baleine, en tant que mammifere, est necessairement superieure en organisation au perroquet,ou eilcore, la lamproie etramphioxelui-meme, en tant que vertebres, a Fabeille ou au poulpe. Citer cesexemples, c'est faire sentir; autant que je dois le faire da'os ces Prole^gomenes, le vice d'une hypo- these qui a longtemps regne dans la science, mais qui est aujourd'hui appreciee a sa valeur par tous les vrais naturalistes. Je montrerai ail- leurs qu'il en est le plus souvent de deux groupes sifperieurs et infe- rieurs, comme de deux branches d'arbre, nees Tune au-dessus de I'autre sur le meme tronc : ne voit-on pas les rameaux ascendants de la branclie inferieure atteindre ou meme depasser les rameaux descen- dants de la branche superieure? , (1) Geoffroy SAiAT-IIiLAthE, Memolrc sur les Molosses, dans les ^ Annates du Museitm d'histoire ndturelle. t. VH, p. 150; 1805, i ■ k i > \ m 4 _ _T- - n B t^n->- ^- I -■- H r f ^ ■> r i 'i ' i> li I fi'' I M» »i fli #M H It *»* in »■■ f f»t i * » > •! 1^ « ^ .'J i kill PROLEGOMENES, LIY, 11, CHAP. VI. davantage a laMetliode seriale, qui n'cst qu'ime forme dc ce qu'on pent appeler en general la Methode analogique ; et pour qu'elle nous devienne ce guide siir dont nous eprou- vons a chaque instant le besoin dans des etudes aussi com- plexes, ne franchissons jamais klimite de ses legitimes ap- plications , qui toutes peuvent se ramener a la solution de deux genres de problemes que Ton pent enoncer ainsi . Tantot nous connaissons plusieurs termes consecutifs miner les conditions d'exis- d'une serie; il reste a ' I tence, lesproprietes, les caracteres du terme qui vient en- suite dans Fordre serial. Tantot, au contraire, la deter- mination porte siu^ un terme intermediaire a deux autres, prealablement etudies. La comparaison avec les termes conn us, parti cuiierement avec les termes anterieurs dant I'un de ces cas, avec I'antecedent et le consequent dans I'autre, conduit presque toujours a la solution par une fa- cile induction. Soit, par exemple, une suite de dix termes, ou, pour fixer les idees, de dix genres d'un memegroupe, modifications graduelle le serie resulicrement s des carac- / pour neuf de ces termes, un ensemble de caracteres secondaires, variant aussi, et C( par degres, n'est-on pas fonde a prevoii grande probabilite, ceque scront ces carac Si celui-ci est le dernier dans Fordre ■i 1 _ comment supposer la brusque au dixieme terme, de la concordance jusque-la observee ? Et s'il s'agit d'un terme de rang intermediaire, comment pre- sumer Finterruption, sur un point, de rapporls communs I a tousles termes antecedents et a tons les consequents? 1 ^ t t I Mt ^ i ** 4kt«>\£l ^ .* < * ^-4, * : , , ^ .:-- : t _'. ,.*i:- 1. .f .i _ ."-».y^' ^'^ ' - t : ' ¥$ ■i M#.THODE SERIALE. dans le dei hi plus severe ne se defend pas kii-ineme de eoi saiif le recours a un controle ulterieur, pou defendrait-il ? On conclut ici en vertu d'un rai lable, sinon a celui des du des astronomes et des pliysiciens, lorsqu'a I'exemple de Galilee (1), lis determinent iine grandeur, une distance, une Vitesse, une temperature , une intensite magnetique ou lumineuse, en vertu de la loi dite de coniiniiite. La methode dont ils se servent par application de cette loi, et par laquelle tantotils simplifient et abregent un travail trop complexe, tantot suppleent a des calculs ouades ob- que ce que i'ap- servations impossibles, n'est au fond que ce que j pelle, en Histoire naturelle, la Methode seriale. Et cela est si vrai qu'il est des cas ou le pbysicien et le naturaliste s'avancent paralleiement , cliacun sur son ter- rain vers des resultats dont la liaison intime est manifeste, et qui meme s'expliquent les uns par les autres. Qu'un physicien, par exemple, determine experimentalement les temperatures moyennes, et plus generalement, les condi- tions climatologiques, de deux points A et G situes sous le meme meridien entre Fun des poles et I'equateur ; et qu'en meme temps un naturaliste constate les differences orga- nitjues d'une espece animate ou vegetale, successivement observee en A et en G : si ces points sont pen distants, et s'il n'existe aucune cause locale de perturbation , comment V mediair ne pas prevoir, pour le point B , inte: A et G, ce double resultat? En ce point, le climat, d (1) Voyez Whevvell, The philosophy of the mduclioe sciences, 1867, t. II, p. ai3. ^ i (1 i , ;i ! i * 1* ^ t 1^ 1 1 r _r ^ ^^^'^ 4 i t r i ! I m r w ? Ji L ti h t ■ I 9 r f ( ' ■ ill If- I » t I V 416 PROLEGOMENES , LIV. H, CHAP. VI, part, raiiimal on le vegetal, de 1 'autre, se trouveront dans des conditions intermediaires aussi entre celles que le pliysicien et le naturaliste auront constatees en A et en B; conditions qu'on pourra determiner, avec unetres grande probabilite et une tres grande approximation, par une simple interpolation. Sachons, du reste, nous defendre d'une illusion trpp naturelle. Dans ces cas eux-memes ou le naturaliste s'a- vance ainsi a cote du physicien , il ne pent se flatter de mai T d dure de J sont pas meme degre legitimes. I eyiter les causes d'erreur, ou en tenir compte : F naturaliste pretendrait connaitre toutes celles dont Quand le physicien a le droit de doit done pour encore ici, parti de ob observation qu'il dey paries applications dela Loide contimiite, on se dispense r souvent, en physique, de recourir a i'experience, comme, en mathematiqijes, au calcuj. Le role, bien compris, dela Methode seriale, est, non de dispenser de Fobservation, de la dev de ouvrir le chem fi nonce les resultats; celle-ci en est juge. I i y ^ ■^ \ IV. r ■ / - Dans toute science, I'e^tude des series pent etre faite deux points de vue .-etude isolee de chaque serie; etud comparee de plusieurs series. De la deux genres de rap t - ports : les uns, directs, entre les divers termes qui s r # I 1 %i > I ; p^-^\^\zii\i'^^'':^-:^] .'^_*:::J.■^t;,t.zri^^:^'Z->-^'^"-y:^Z'!M^:i^^-'^-^^^'^- >i*:- . "_"_^ji_ I 1 >i •' I METHODE PARALLELIOLE, 417 suite dans la meme serie; les aiitres, indirects, entre des lermes de, series differentes : ceux-la neeessaires, car sans eiix il n'y aurait pas serie ; ceux-ci dii moins possi- bles, et c'est assez pour que nous rechercbions s'il; tent, et quel parti nous pourrions en tirer. Sur les premiers se fonde la Melhode seriale, ou par simple ordination lineaire de baserai sur les rapports du tliode seriale simple J second genre, apr la metliode non moins feconde, que je nommerai Methode lie , ou plus simplement par coordination Methode par allelique , le la condition necessaire de succession e seriale ou lineaire des lermes etait celle d I'emploi de la Methode seriale (1). II est a peine besoin de dire , apres ce qui precede qu'il ne s'agit pas seulement ici d'une methode de I'enerale , et \ fication, mais d'une methode beaucoup plus applicable a plusieurs ordres de questions, ho. Classifica- tion parallelique m par series paralleles que j'ai pro- posee en Histoire naturelle, il y a plus de vingt ans (2) , n'est ^ (1) II est facile deconcevoir, pour deux ou plusieurs series, plusieurs modes de coordination. D'autres Methodes seriales composees vien- dront-elles un jour s'adjoindre h la Methode paraMelique? On peul le prevoir et on est fonde ^ Vesperer. J'ajouterai qu'une grande partie des considerations qui vont suivre sont applicables , non seulement a la Methode parallelique , mais ix loute methode seriale composee, quelle qu'elle puisse etre. Je me borne ici a cette indication : le moment ne me semble pas venu \ d'aller au dela. (2) J'avais anterieureraent, comme plusieurs auteurs, signale des exemples plus ou moins remarquables dc parallelisme; mais en n'v 1. 1 ■ L n ^1 ■ i a ^ i 1 ,■< L TT ^ ■ r .1 f I " I A f f I t r Hi / '. f m i 1 J Wf i.r 418 PROLEGOJIKNES, LIV. II, CHAP. VI. qu'un cote de thod n pi cable a I'expression iles rapiiorts iiaturels des eti-eis , elle est, de plus, esseiitiellement inventive. J'anrai done a la deux points de considfc d Que devons-nous entendre par series par alleles {i Des suites, semb lab lenient ordonnees, de termes re pectivement analogues, par consequent, semblableme croissantes ou decroissantes. Soit nne serie ficuree n ■) la suite des lettrcs A, B, C, D A',B', C, D' et A",B", C". I par: ^s 4 .., et ains! de suite : . . . . seront deux scries represenre par A', A", voyant encore que des cas particuliers, fort dignes tontefois d'alteii- lion. C'est seulemeiit en 1832 que j'ai compris d'une maniere gene- rale, et que j'ai sigiiale la haute importance des resultats auxquels on peut arriver, en substituant a la vieille hypothese de VecheUe ou de la serie unique, la consideration des series muUipks etparaUeles qui se Pfesentent k chaque pas dans I'etude des etres vivanls. En attendant que je puisse traiter ex professo de la grande ques- lioi) que j'indique ici, et des tentatives faites, en divers sens, pour parvenir a sa solution, mes lecteurs me saurontgre de les renvover, outre les livres habituellement cites par les naturalistes, aux deux ouvrages suivants : J. Rey?sAud, Encyclopedie nouvelle , article Cuvier, t IV, p. 17^; I8Z10. — Henri Martin (de Rennes), Philoso- phie spiritualiste de la nature^ I. II, p. 297; iSlid. Voyez aussi Alpli. Blanc, Ie(^on5 de zoologie generale [d'^m^ Fun de mes cours au Museum), Paris, in-8, I8/18, p. Ill et suiv. L'excellent ouvrage de M. Blanc avait d'abord paru par frag- ments dans le Journal general de I'Jnstruction ' publique, iU\l eti8Zi8. (1) Ou series coUaterales, ou encore series a entree double ou mid- iiple,\oyez le savant ouvrage a cite de M. Cournot, Stir les fan- dements de nos connaissances, t. II, p. 61 et 67 ; 1851. — Sur la preference k accorder au nom dont je me suis habituellement servi, voyez Blanc, loc. eiL, p. 125. '( I I ii»% ^Bl -^ VT*^*4«ia:!^.*i^; ^'^>-.— '..t-l,*. ^ J — -Xn-t- t y METHOUE PAKALLELIQUE . 419 B, par B', B", et ainsi de suite, ces termes se correspon- danl comme feraient les echelons d'echelles juxtaposees^ que Ton monterait ou desceudrait parallelement(l). Qu'il y ait de presentent ici en foule dans des branches differentes iw t I (l)Disposons plusieurs scries parallelemeiit les uuc^auxautres sous la forme suivanle : A B G B A' B ''I G M A B" D // A ■ \ B Hi IH G D 'in 111 L Z v// Z z /// II suffil de Jeter les yeux siir ce tableau pour voir qu'outre les suites ou series principales, verticalementdisposees, nousavons transversa- lement des suites de termes qui peuveiil aussi etre considerees comme seriales, A, k\ h!\ A'^' ; B, B^ B", B^'^ ; C, G\ C", C'^' ; d'ou Ton Toit deja la possibilite, au moins theoriquC; de determiner un terrhe inconnu, B', par exemple, en vertu de deux ordresde rapports. II est clairqueB'n'est pas seulement intermediaire ou moyen entre A'etC'; il Test aussi entre B et B". Afin de ne negliger aucuu moyen de me faire comprendre, je re- produirai ici une conlparaison deja employee par deux chimistes distingues : les images les plus vulgairessont quelquefois les meil- leures.Quel'on range ainsi un jeu de cartes : toutes celles d'unememe couleur, les unes au-dessus des autres, du roi a Fas; et acoted'elles, les cartes des trois autres couleurs, semblablement disposees. II est facile de voir qu'on aura ainsi un double ordre serial : toutes les cartes de meme couleur seront en serie verticale ; toutes les cartes de meme figure ou de meme point, en serie transversale. G'est exacte- ment ce que representent sous une autre tbrme les lettres que j'ai ci- dessus employees/^ Les chimistes qui out recouru a ccltc comparaison, sont MM. Ger- iiARDT et Ghaincel, dans un remarquable memoire Sur la constitu- r , ion des corps, que Ton Irouvera cite plus bas- t 4 H ^ ** \ . L ij ) ■ !■ |l 71 4HI 4 ^ I -***^'^ - — A ■(; ^ ;f' Itt, im I'ROLEGQMENES, LIV. IF, CHV?. VI. Ell einbi'yogeme,iie voyons-nouspasle developpemeiit de deux aoimaux de la meme classe ou de classes voi- + sines, s'operer par ime semblable succession de pheno- hienes? d'oii resulte une semblable succession d'etats I organiques, termes respectivement analogues, jamais identiques, de deux suites semblablement ordonnees. En geographie biologique, quand deux especes conge- neres ou de genres voisins ont une distribution tres eten- due, n'arrive-t-il pas que les types specifiques, sans pour- tant se confondre , se modifient graduellement dans le meme sens , de maniere a representer des suites de vai'ietes qui se correspondent do Tune a Taiitre, selon les latitudes ou les altitudes i En teratologic, des causes d'une autre nature, et dont I'influence s'etend bien plus profondement, ne produi- sent-elles pas encore, a partir de divers types specifiques, ) B^ r des suites correspondantes, mais partout distinctes, de deviations? Si bien que la serie des anomalies Immaines, celle des monstruosites du cbien, du cbat, et des aufres especes zoologiques, etant enlre eWes com parables tenne a ierme, mats jamais ucs , nous n arrivons a concevoir la serie teratologique comme une que par une pure abstraction de notre esprit, et en la composant de termes dont cbacun est Texpression generate, et pour r ainsi dire, la somme de tons les termes de meme rang dans cbaqae serie partielle. 11 serait difficile d'imaginei' des exemples plus dilTe- 4 renis par la iiatiire des phenoinenes aiixquels ils se rapportent, el poiirlaiit, qui n'en saisit aussitot Taiialo- ;ie? Dans tons trois, et dans une foule d'autres que cha I i F -t 'S tm r 1 ^ I \ METHODE PARALLELIQIE. w J ilement a leur suite, 1 421 etude des paralleles conduit egalement a ceci : Pour tous les termes de la meme serie, un ensemble de proprietes qu'on pent appeler la constante de la serie, et qui la caracterise relativement a toutes les autres ; Pour cliacun des termes d'une serie , une modification de la constante. ex pi r usage dans plusieurs Pour les series coitip des suites de moditic a differente s'y de semblabl litude, jamais ident espon dance point par point, nulle par dans la meme direction, a par difte 1 Histoire 4_ J de termes homologues on correspondants \ que nominees series par i la necessite d'une methode qui soit pour Fetude paree de ces series, ce qu'est pour I'etude isolee de d'elles la Methode seriate simple. I Cette methode heureusement comparative , c'e F Methode paraUelique, dont les applications seront ] la bi pent I'affirmer sans teme^ite, tout aussi nom- aussi importantes que celles des deux tout tliodes precedentes ; et non p branche bi i). \ '^ ] (l) J'al dejamontre plus haul(Liv. l.Chap. VI, sect. v)la possibilite d'appliquer la Methode parallelique h une question importante qui, *.* I ^ * \ ^ i I I 1 1 I 1 rj / ^ ^ ^^ i L h'. i^T ^ n J f I /i22 PROLEGOMEiNES, LIV. II, CHAP. VI t V. i r I " » M I J i V Concevons detix ou plusieurs series de teimes homo- logues, parallelement disposees; vis-a-vis de la suite des termes A, B, G... Z^ on a placd A', B', C... Z' et A", B", C". . . Z", chaque terme se trouvant en regard de son corres- pondanUlansla premiere (1). On voit,tould'abord,ravan- que peutoffrir une telle disposition pour I'expressiori tenir compte. Ges rapports des dont de deux gen mes de la meme / • T ; rapports entre eeriains termes de series differentes. ins et Jes autres no sont-ils pas exactement et olai- tit indiques, disons mieux, graphiquement traces, chaque terme, par un arran place dans sa serie, entre son antecedent sans son secours, ne saurait recevoir une solution satisfaisante : I'ex- pression des doubles rapports desconnaissances huniaines. (I) Comme dans la note de la page Zil9. Dans cette disposition, d'ou resulte une table d double entree{\oyez p. 261), tons les termes dc la ineine serie se trouvent sur la meme ligne verticale ; tons les termes correspondants des di\erses series, sur la meme ligne transversale. Ainsi nous avons, pour de doubles rapports ^ exprimer, un double ordre lineaire. Outre les series A, B, C...Z; A', B', C...Z'; A", B^C^./Z'^ qui se succedent et peuvent elre ordonnees de maniere k donner pour ainsi dire nueseriede series, on peui concevoir une ou plusieurs autre$series a, b, c... z; a, 6, c.s, paralleles aux precedentes, mais lie pouvant ni se placer k leursuite, ni s'intercaler entre elles. De tels cas se presentenl a chaque instant dans les classifications zoologique et botanique. La Methode parallelique leur est tout aussi tacilement applicable qu'aux autres. Seuleinent, ici, les termes correspondants neserontplus tons sur une meme //^ne transversale, mais sur un memeplan transversal. t I ' X ^^.fl. \'*^ |t'*.'H*!H h -.« I ^^ iifVP* *"r»* ' - ^ ur t ; »1 ■■> I i METHODE PARALLELIQUE. 423 consequent (1) , le met, en meme temps, en regard de ses correspondants on homologues dans les antres series? Et ce que je dis ici d un terme, etant vrai de tons, Test par consequent des series elles-memes dont les rapports reciproques sont clairement exprimes , ^ans que , pour aucune, I'ordre serial soit en rien trouble ; car, dans I'en- spiiTible plus on moins complexe dont elle fait partie, cha- cune reste exactementcequ'elle etait, prise isolement (2). De la, en premier lieu, d'importantes applications a la classification des etres organises. Nous ne sonmies plus au temps on le perfectionnement de la classification etait proclame le but, Videai auqiiel doit tendre VHistoire naturelle (3) ; oii les avenues du sanctuaire (d) etaicnt prises pour le sanctuaire iui-meme. Mais aujourd'hui, comme alors, et comme toujours, une ■, (1) Entre son antecedent etson consequent, s'il s'agit d'undes lerraes inlermediaires. Apres son antecedent ou avant son consequent, s'il g'agit cle Tun dps extremes. ■_ (!2) Qui voudraitsoutenir que les rapports d'un terme tel que B'avec A' et C seroiit moins exactement et moins clairement exprimes, parce que B\ en meme temps qu'il se trouve entre A' et C, est aussi entre ses correspondants des autres series, B et B'' ? Qui ne voit la possibilite de considerer successivement chaque ordre de rapports a part^ abso- lument comme s'il etait seul exprime? (3) CcviER, Regne animal, Introduction ; 1" edit., 18i7, t. I, p. 11 etl2; 2^ edit., t. I, p. 10. * ' — - - » (/i) Pensee et expression de Cuvier, Eloge historique'^'^'Bosc, dans les Memoires de VAcademie des sciences, t. X, p. cxf "^ISSl- - CuYier pourrait sembler ici en contradiction avec les pjiincipes qu'il a si longtempset si fermement defendus (voyez Cliap. IF, sect. iii). 11 ■ r n'en est rien. Cequejedisicidela classification en general, Cuviernele ditque des systhnes artificiels de classification ; desseches nomencla- tures et des autres moyens de se preparer a la veritable science, celte science dont la Methode naturelle serait VideaL i' if 11^ I m \ a s i ■\ I 1 i I i, 1 ^ f s 1^ A V J /• -\ ■ ^'^ t: ^'^ ^' '^rSf^ < ': ■■: ..y -V. ,^ : .:",^- ' r - : fc --^-Ir, LS- :V. /.r,-' :' ---]-■ _ x^ J * f m tt r^ 424 PHOLIinOMfciXES, LIV. II, CHAP, YI. histoiie, Mmmeni nalurel le ^ des etres organises, suppose, comme expression de leurs rapports entre eux, ime classi- fication qui les rapproche selon les ressemblances qu'ils presentent (1); c'est-a-diro,un arrangement tel que les plus semblables par leur orgaoisalion, se trouvenl plus \ S vmsms entre eux que de tons les autres (2). Ainsi s'expriment, a quelqiie ecole qu'ils appartiennent, tous les auteurs qui ont traite de ce qu'on nomme, depui les Jussieu surtout, la Methode nalurelle. Si loussont icid'accord, comment ne le seraient-ils pas bientot sur les avantages de la Methode parallelique appli- quee a I'expression des rapports des etres, ou, en deux mots, dela Classification paralleluiue? Comment, sans elle, parvenir a cette expression dans une multitude de cas? Si un groupe B ressemble, sous un point de vue, a A et a G , sous un autre a B' , est-ce exprimer ses rapports, r est-ce le classer naturellement, que le rapprocher de A et de C, en I'eloignant de B'? G'est pourtant ce que Ton fait a chaque instant dans les classifications pretendues tiatu- relies qui ont rempli jusqu'a ce jour les livres de bota- nique etdezoologie (3). Ln Methode parallelique donne, au contraire , une solution satisfaisante du probleme, et quel I w (1) Achille Richard, article Methode du Dktionnaire classigue d^Histoire nalurelle, t. X, p. Zi9Zi; 1826. (2) CuviPPx.- '^^one animal, locis cit. (3) Citons ^^>/i;xemple proprea fixer les idees. Les lamantins res- semblent, par plusieurs systemes d'organes,auxcetaces; parplusieurs aussi, aux pachydermes. Impossible d'expriraer ces doubles rapports dans le systeme ordinaire de classification. Aussi qu'est-il arrive? Pour Cuvier, les lamantins viennent pres des cetaces, a grande dis- tance des pacbydermes; pour Blainville, c'estTinverse. ilssont places J4 la suite des pachydermes, loin des cetaces. Et pourtant Cuvier et ( I mi \ >1 r I METHODE PARALLELIOUE V 425 autre moyen de robtenir? Elle place B eiitre A et G, ?, met en relations immediates, de B', c'est-a~dii r el pour diver de voisinage Stres ou les e Toupes d etres entre lesquels existent dcs ressemUa & randes des points de vue et par de s differents de leur organisation. Et cela , sans de appi Blainville cherchent egalemenl ii rendrep/Ms voisins enlre euxque de tons lesautres, les types qui se ressemblent le plus. II est clair qu'il faudrait id, pour y reussir, rapprocher h la fois les lamantins des pachy- dermes et des cetaces. Comment y parvenir ? Par la Methocle paralle- Uque. Failes deux series parallels; mettez, dans I'une, les lamantins au-dessus des cetaces; dans I'autre, les pachyderraes, a cote des laman- tins; Yousaurez exprime nettement, non seuleraentque les lamantins ressemblent en raeme temps aux pachydermes et aux cetaces, mais de plus qu'ils leur ressemblent a des points de vue differents. Et ainsi dans une multitude de cas. Les exemplesse presentpraient ici par ceritaines. Si ^Classification parallelique nepeut expriiiier exactement tous les rapports naturels des etres, ce qui est etsera toujours impossible, quoi qu'on fasse, elle fournit du moins de ces rapports une expression approchee, et elle la fournit, sans tomber dans la complication extreme de ces arbres ou de ces reseaux, auxquels ont recouru quelques auteurs, frappes de I'insuffisance de la classification unilineaire. Jemontrerai plus tard a quel point de vue, dans quelles circon- stances particulieres ces reseaux ou arbres peuvent etre utilement substitues h la'disposition parallelique. En attendant, signalons, et c'est assez pour la refuter, I'erreur de quelques auteurs qui n'ont vu dans la Classification parallelique, lorsque je I'ai proposee, qu'une etiforme et arhorifi Des series paralleles, c'est-a-dire partout distinctes, assimilees & des series (si encore on admetici un veritable ordre serial) entre-croisees, enibran- chees, diversement reunies! Autant vaudrait appeler paralleles, en geometrie, des lignesqui se coupent. 1. 27. < r f b \ I 1 i i 1 i ■v .V i t p ■ t I , I t ) f 4 f I I /itiG MtOLKGOMKMlS, LIV. II, CIIAV. VI. sulleiif de rapplicatioii de la Metliode parallelique, puisse eompliquer de la moindre difficiilte I'etude ahalytiqiie de r chacime d'elles. Nous est-il plus difficile de lire une ligne associee a plusieurs autres que de la lire isolee? Non ; car ail moment ou nous la lisons , nos yeux ne voient pas toutes Ics autres; il est un instant ou elle existe seule 'pouv eux (Ij. yi. D'une expression heureusement approcliee des rap- 4 r ports conhus des efres , il n'y a qu'un pas a Tindication de rapports j usque-la ignores, et de celle-ci, a ladecouverte defaits encore inconnus. La Metliode parallelique est, en effet, inventive aussi bien que la Metliode seriale^ et elle I ne Test pas moins utilement pour la science. Quand deux ou plusieurs series de termes homologues out ete paralle- lenient ordonnes, il est clair que, de ceux qui sont bien connus , on peut conclure a des termes encore mal con- nus, aussi bien s'ils sont correspondants ^ que s'ils sont consecutifs (2). Dans Tun et Tautre cas on procede par f (1) Yoyez page Zi23, note 2. (2) D'ou la possibilite, dans un grand nombre de. cas, d'oblenir le meme resultat de deux manieres differeoles, en verlu des relations d'unterme telqueC, d'une part, avec les termes dela meme serie, A',B', D'.., derautreavecsescorrespondants, C, C/, prealablement connus. A peu pres comme, en arithnielique , la valear de Tun des termes d'une progression geometrique peut etrecalculeed'apresses relations, d'une part, avec les nombres auxquels il fait suite, de I'autre, avec ses cor- respondanls dans d'autres progressions geometriques ou meme arith- III s H - ■:^>- i *l n METHODE PARALLELIQUE. 427 des inductions si semblables, et applicables a la solution de problemes tellement analogues, que jepourrais repe- ter ici tout ce que j'ai dit de la Methode seriate, des aussi des dangers oii avantages qu'elle procure, niais I elle pourrait entrainer des esprits trop pen circonspects, et oublieux de cette maxime , ici encore fondamehtale : I'analogie indique, annonce les resultats ; robservation en est le iuge. sachons Ne demandons a la Methode paraUeliq pent legitimement nous donner; niais d r* Q en presence de deux series paralleles, I'une bien k ;, rautre encore imparfaitement etudiee , ne crai- pas , sauf le controle ulterieur de 1 'observation , de transporter les acqu I'autre ; de calquer, pour ainsi dire, sur les resultats deja obtenus, ceuxqui restent a obtenir. D'ou la prevision de rapports et de faits auxquels Tobservation, abandonnee a ■t elle-meme, n'eut peut-etre de longtemps conduit, mais auxquels il lui devient facile d'arriver, des que son role se reduit a une simple constatation, a une reponse par out oupar non^ a une question a ravanceposee(l). En procedant ainsi, que ferons-nous, sinon ce qu'on a itf * \ f 4 I \ \ i h s I metiques. Qu'est-ce que lelogarithme d'un nombre, sinon, en prenant ce mot dans le sens le plus general, son correspondantddins une autre serie? (1) Comme on le voit , la Methode parallelique conduit, elle aussl, oil Ton arrive par la methode si differente, exposee plus haut sous le nom de Methode synthelique par division. Voyez: p. 401 et suiv. 1 f -V ^ m :\ L_-J-V- ;. ^^^^^'t-^'-'^^ ■ - > r^ '\-"r _ / , L 1 M «( li /i28 PHOLEGOMENES, LIV. II, CHAP. VI. soiiverit fait , ce qii'on fait chaque jour en physique et en chimie; sinon suivre, sous la forme et dans la mesure ;e I'Histoife naturelle, Fexemple donne par 311 nous sommes habitues a trouver les guides que compoi et les modeles de la notre? Sansdoute la Methode paral- /e%we ii'existe pas en physique comme methode gene- de classification et d y voyons habilement et he at pratiquee! N'est-ce pas en vertu d paralleliques que de savants et in & omparant la chaleur a la lumiere, viennent de cherchei et de trouver ^ en thermologie , les pond ,s des ph et des lois opt constates o\i den 5S , precedemmen t et Fresnel , par MM. Arago, Biot, Faraday et Gauchy(l)? Eut-on pu, en chimie, aussitot Ic brome decouvert, decouvrir et pre- parer, comme on I'a fait si siirement et si promptement, une multitude de composes bromes, si leur existence et jusqu'a leurs proprietes principales n'eussent pu etre pre- vues, al'aide de leurs relations avec les termes corres- pondant orps chlores et iodes? Enfin, poUr prendre encore un excmple , et le plus remarquable de tous, dans 1; paraUelique it-ce pas a la Methode tement telle que nous la concevons en Histoire naturelle , qu'on recourt chaque de en plus , en chimie organique, lors- fourni un plus ou moins grand nombre (1) Voyez pdncipalemonl les memoires de MM. dela Provostave, etP. Desains, dansles Annales de chimie el de physique, t. XXVII a XXX; 18^0 a 1850. II U I ( i '*?->,»_ — ■-J-.— ^ J i m METHODE PARALLELIttUE. 429 de derives , on obtient , d'lm corps analogue, soimiis a de semblabies reactions, d'autres suites de derives cor- pondant terme a terme aux precedent d termes, des cliimiques parallel 1 Puisqu'ici encore, les physiciens et les chirni on I de\ fair que de loin. Ne negiigeons rien pour nous appropi completement unemetliode qui, Coiiime classification, ti deia Inie si g ■ande nlace dans les sciences biolo qui n'v est encore, comme methode ses (1) Now seulemeiit le mot serie est, depuis quelques annees, aussi usite en chimie qu'en mathematiques ou en Histoire naturelle, mais quelques chimistes out expressement parle de series paralleles. Des 1838, tres peud'annees apresque ce terme avaitete introduit en His- toire naturelle, MM. Dumas et Peligot donnaient Texemple de son emploi en chimie. Voyez les conclusions placees a la tin de leur beau Memoire sur tin nouvel alcool, Tesprit de bois ou alcool methylique, dont les produits ont offert, disent les auteurs {Memoires de VAca- denue des sciences, t. XV, p. G!21) « une serie decomposes, parallele » Jicelle de Falcool commun. » ^ (2)Maisseulementaupolntdevuederapplicationdelai¥et/iodf^parai- lelique,cm\siAevee commc inventive. C'est tout le contraire au point de vue de Tapplication de cette methode k I'expression des rapports natu- rels, ala classification et a la coordination. La classification par series paralleles, telle quejeTemploie en zoologieet eh teratologiedepuis 1832 a bientotpassedeces deux sciences dans les au tres sciences biologiques. Au contraire, aujourd'hui meme, je la chercheen vain en physique; et c'esttout recemment qu'on a puemettreen chimie, d'une maniere L generale, les idees que resume celle phrase remarquable de deux chi- y n r . ^ _ mistes aussi ingenieux que hardis : '-< Pour determiner la constitution » d'un corps, il faut preciser la place qu^il occupe ^ la fois dans les » deux especes dc series. ^> Yoyez Geuiiaudt et CnA^fCEL, Sur la constituHon des corps oryanises, dans les Comptes rendus destravaux de chimie, par MM. Lai^kex r cl G-iaiAUDT, 7^ annee (1851), p. 73. ? r i I 1 4 m 44 4 \ J* -1 I I I P I \ '>H r 7 i i , i? f 430 f'ROLEGOMEXES, LIV . 11, CHAP. VI. debuts. JusqLi'ou pourra-t-elle nous conduire un jour ? Jl serait temeraire de pretendre le dire aujourd'hui ; ma;s aussi temeraire de lui denier que de lui promettre un grand avenir. Qui pouvait prevoir, au commencement de notre siecle, et plus pres de nous encore, cet immense mouve- ment des etudes chimiques, dont nous avons ete, dont nous sommes les temoins, et dans lequel une si part revientad'admirables travaux, manifestement et executes dans respritde la Methode paralleliq .5^Et s serait-ilinterdit, en voyant ( d'y cherclier aussi une espei ^^ An surplus, si nouvelleque soit, dans notre science, la Methode parallelique consideree comme methode in ven- tive, elle a deja hcureusement commence a y faire ses preuves. 11 a presque sufii de concevoir nettementle parti r qu'on peuttirer, en Histoire naturelle aussi, des correspon- ' I dances paralleliques , pour que des rapports ou meme des I faits nouveaux fussent aussitot obtenus; c'est-a-dire prevus analogiquement, cherches comme a coup sur, et bientot trouves par I'observation ; ou, mienx verifies par elle, apres avoir ete theoriquement decouverts (1). Entre ces faits, il en est un dont j 'ai cru devoir, il y a un an environ, entretenirrAcademie des sciences, c'est ledefaut •T t i-f ; i » .. r (I) Apres avoir ete prophetises, dirait Schelling. Voyez p. 308. II n'est pas inutile de remarquer a cette occasion que, meme ici, la voie qu'a pretendu ouvrir Tillustre philosophe allemand, n'esl pas celle ou s'avance la science. S'il y a ici, selon les expressions deSchel- ling, prophetie verifiee experirnentalement, du moins est-il a remar- quer que la prophetie se fonde, non sur desvues admises a priori, mals sur des notions obtenues a posteriori; non sur des idees pre- congues, maissurdes faits pre-observes. i\ -^ b-* -. '- METHODI': PARALLELIQUK . liU de circonvoliitions cerebrules cliez ini primate , le mici cebe . II in'a parii que cette petite decouverte anatomique ii ritait de fixer ratteiition, siiion pour son iiiteret propr de ^ pplicatioii de la M semblait-il p de meme da microeebe s iiul doute,a cette famille eminemment naturelle? 11 if en \le cer\eaulisse(l). IIS tranchee ? Pourtant i! pour pt delaprevoir(2).Elle /. f des correspondances paralleliq et 1 qu'il est devenu possible obse r apres avon* amessesde h theorie . Une exception decouverte analogiquement : ces deux mots semblent impliquer contradiction •, et cependant, c'est bien ce qui a etc realise dans ce cas et dans quelques au- tres moins remarquables • et il en sera de meme dans une foule d'autres, des que la Methode parallelique sera gene- I (1) Voyez Note sur I'encephale du microeebe, et sur une application \ nouvelle de la Classification par series paralleles, dans les Comptes \ rendus de VAcademie des sciences, t. XXXIV, p. 77 ; Janvier 1852. (2) 11 siiffisait en effet tie sawir que les circonvolulions cerebrates ; font defaut cliez les ouistilis, dernier terme ou echelon de la serie des singes, pour prevoir qu'elles manqueraient aussi chez les microcebes , terme correspondant de la serie parallele des lemurides. On voit que la Methode parallelique s'est appuyee ici precisemenl sur ces memescaracteres ducerveau des ouislitis, qu'on avail un instant revoques en doute, an nom de la Methode seriale nial comprise. Voyez p. il3, note. i if \ ^1 X ■ '4 1" t 1 r I \ i ] !^^'-:^ ■ ■>:^^ . h L ^1 - ^ " - ' ^ . J J ^ ' ^ V ■ - ■ -7 ^ ■ L ^ ■■ '.4' ■ . a. ft '* t i I I » ii: ! \ ' ■"■I /i32 PROLl^GOMENES, L[V. II, CH.U'. VI ralemerit comprise et pratiqiiee. Ce qui est on semble exception, au point de viie ties analogies directes ou de ftmiille, est sou\ ent la regie au pointde vuede ces analogies indirectes ou collaterales que j'appelle correspondances paraUeliques, et que j'ai essaye de restituer a la science, en dehors de laquelle elles restaient depuis si longtemps meconnuesou negligees. Et maintenant, comment nier que la Methode paralle- lique, a part meme son importance pour le perfectionne- ment de la classification, puisse nous conduire a des resul- tats nouveaux, parfois meme a des faits, a des rapports, a deslois, auxquels nous n'eussionspu parvenirpar aucune autre methode, ou meme dont les methodes ordinaires ten- h daient a nous detourner? Depuis que la science existe, les inductions auxquelles on recourt chaque jour, out toutes :)bjet d'etendre analogiquement a un genre , a un ordre, a une classe, des conditions deja coniiues chez d'autres etres du meme genre, du meme ordre, de la meme classe. Si paradoxal que puisse sembler ce resultat, on estbien oblige de reconnaitre que la consideration des series parallels pent conduire, en outre, a des inductions d'un ordre precisement inverse; c'est-a-dire.foire nrevoir & classe, des conditions qui ne sont encore connues que dans d d'a?i£re5 families, dV/if/?"6.? elasse>; o^^ n f '^^-:r, , ' * ■ I - H ■^yxrv^\^^^./\yV/\y-.^\/\r\/\y\y\^-VV'v^\y'^^\y\yVvrw'V'VV/V/N^V/~-/-vv *.-■*.- \^-\^\/ k CHAPITRE VII DES HYPOTHESES ET DE LEUR ROLE UTILE EN HISTOIRE NATURELLE. ■ \ SOMMAIRE. — I. Role ulilo ties hypotheses dans les sciences. Point (le vue nuquel ellos .toivent etre considerees en Hisloire nalurelle. — II. Melhodcs do yerification. — III. Veri- r , fication directe on positive. — IV^ Simplification possible de la verification dii ecte. Ehini- nation des hypotheses non scientiftqucs; essai prealable des hypotheses vraiscmblabies. Verification par les consequences necessaires ; verification par les faits d'exception. V. Verification indirecte ou nesjative. i'f )j I t i-'i ] Dans line grandeentreprise, la vraie sagesse ne consiste X _ pas a s'en tenir anx moyensles plus surs et les plus faciles, mais a faire converger vers le but ou Ton tend tons ceiix qui peuvent y conduire. Les premiers d'abord, et seuls, I s'ils suffisent; mais, apres eux, an besoin, tons les autres, dut leur emploi etre difficile, dut-ilmeme nous faire courir quelques hasards. Gette marche est celle qu'on suit dans les sciences, lors- r - qu apres la deduction, on recourt a V induction, moins sure deja, puis, ou elle cesse a son tour d'etre possible, a Vhypotliese. On Ton ne salt pas, on conjecture, on essaie de deviner. Et ce que la science fait ici, avec les ressoui^ces de la metbode, n'est an fond que ee que nousfaisons tons, I. 28 % l« i -^* \ I ? I 4. : -1 - ■ - v^^^■:t^^;■;f^^■^^a^ \\ V r^ i 1 !T' r i- y\ 1^-' J. I I f I \\ ♦ T tH» /l3/|. mais PROLEGOMK^l^.S, LiV. II, CHAl\ VII. sails ellcs et parfois si tci^ierairemenl , dans les ordinaires de la vie- tant notre circon stances les plus I I ■! \ f I esprit se resignc dnticilci pkispelites choses. :\ ignorer, memc dans les Sllffit pour e role dc rhypotbcsc dans les t-elle pas etre icl ce qu'elle est Ou les tlieories manaucnt encore, ne viendr c nous scsPNc pas parfois grouper, coordonner utilement les fa obtenusPNe nous conduira-t-elle pas a en prevoiri veaux , [iar la memc, a faire dc nouvelles obscrva inslitucr de nouvelles experiences? En un mot, r portera-t-ellc pas en avant des coimaissances acqui I nous fera-t-clle pas cntrevoir, dans des regions inconnues, de lointains horizons, vers lesqucls desorniais nous sau- rons nous diriger, scmblablcs au voyageur qui, d'un point ulminant, a apercu iongtemps a Favance le terme de sa route? Plus d'un naturaliste n'hcsitcra pas, ie le sals, arepon- f dre : Non. Les arguments de Guvier centre i'interventioii du raisonnement en Histoire naturelle (i) , les innombral)les amplifications dont its ont etc, dont ils sont, chaquc jour ( ■* y I encore, le theme devenu banal, oiil. fini par donncr, ii quelques zoologistes surtout, des convictions tellement arretees, qu'ils ne tolerentici ni la contradiction ni memc I'examen. Pour eux, il y a chose jugee: en fait d 'hypo- theses, i'usage et Tabus, c'est tout un. Un peu plus, et ils diraient que devancer de quelques pas les taits, c'csl presque inevitablemcnt marcher centre eux. r (1) VoyezChap. II, sect, ui et viii. Urn t ■* ■ I 1 i ^ 1 1 1 ^ IJTILITE DES li\lH)TilESES. /l35 a fond Nous ne saiirions soiiscrireiiceitecondamiiationabsol des hypotheses, pas plus qu'a la dochinc quelle on la prononcc. C'est ioujours au these : le danger de Ferreur (I ). Et a la mcme these nous ferons encore une fois la meme reponse : soyonsprudents, mais gardons-nous de cettc circonspeciion extreme qui prudence, et n aliens pas d parcc ou'un fosse la bordc. Qu'est~ce que former unehypolhcse? Suj: oseest possible; tout an plus, prevoir ( nsun temps plus on moinseloigne. Ou done est I'erreur ? et on la verrte? Ou realisation - * OLil' usage? po dc( oila Terreur, et assurement I'mie des plus ^ luisse commehre. Considerer Fhypothesc conime un doute emis, une question posee (2), tout au plus coninie un probleme mis en equation, et qu'il s'agit de Rai prit f • ( [u'elle soil, comme a partir d'une V demontree, voila i'abus, et je me hate de naitre qu'il n'en est ni de plus reprouve par la logique, nide plus prejudiciable a la science. Raisonner a partir d'une hypothese , donnee seulement pour ce quelle (1) Meme ctiapitre, sect, vm, p. o'io. (2) Vn soupQon , cmme le dit Co^'dill.vc, Traite des systemes, chap. XII ; voycz les OEuvres, t. li, p. 328 ; 1798. •( • f i .'« ill w^ I ■ *l i '^' ■-• - < J^'- --'-J* -^ / 1 i t ^■^V^^-i-;.^ ^ ..^-- >M ^ 2 X r , h — ^T- Ih. r-^ '^A.*^ I ! ^Ii ^ i \ *1 :♦ # r1 ill :'. ll PROLEGOMENES, LIV. 11 CHAP, VII. donnees de pour ce qu'elles sont, c'est-a-dire encore poiir de simples possibilites; cherchcT a verifier ces consequences, et, avec et par dies, I'hypothesc dont elles derivent : en un indre celle-ci, non comme un resuliat, mais in but. comme une direction donnee a de noii- pi de moms. ches ; voila I'usage. Rien de pi poui plus hautes verites de Q de la log hiei encore cellesde la physique? De hardies hypotheses, fiees par robservation , elles se sont trouvees A'accord avec I'oeuvre de Dieu (2), et elles sont aujourd'hui le sublime couronnement de la science. Pourquoi ce qui est permis en astronomie, en phy- sique, serait-il interdit en Histoire naturelle? Comment ce qui la est utile, ne serait-il ici que funeste? L 'Histoire +* elle est-clle une de ces sciences ou une hypothes( it etre soumise a une verification positive F ]s pas ici, en realite, du naturaliste comme du ph P d revenir sur oujours devant lui , pour reprcndre de de Tobservation et des fails? Que ' que risque le physicien : P pour iicien : d 'avoir a sir, en connaissance de (1) Voyez Henri Maht.n (de Rennes), Phihsophie spiritualiste de la nature, 18/i9, I. II, p. io5, clans un tres remarquable cl.apitre qui a puui' titre : Sur les lois physiques generales et sur la maniere cJe les decoiivrii\ (2) H. Martin, loc, ciu, p. 108, I \ 1^ *•#. i IP' «• ■£*_ - 1 H « VERIFICATION DES inTOTHESES. cause, une autre route. Longs 437 s, il estvrai, et plus longs pour lui, je le reconnais , que pour le physicien ; jnais , pour tous deux , exempts de perils serieux. Pru- dents, ils pourront s'egarer un instant, mais non se per- dre. Et qu'importe si, de detour en detour, I'hypothese w parvient oii n'eussent pu atteindre les methodes directes ? Ne craignons done pas, quand celles-ci nous font de- faut, derecourirparfois aux hypotheses, comme au chemin de traverse apres la grande route. Ne craignons pas d'en imaginer, d'en proposer au hesoin de nouvelles, a la condition de ne les doiiner que pour ce qu'elles sont^ pom* de simples vues de notre esprit , pour des conjee- ■t turesplusou moins probables, rien de plus, tant que la demonstration n'a pas ete faite. Verite peut-etre , errein- peut-etre aussi. En un mot, accordons a I'hypothese sa place legitime dans la science, ne fut-ce que pour ne pas lui en laisser prendre une autre. km ] 4 1 I k J II. « L'oeuvre du genie dans les sciences, a dit un auteur deja cite (1), c'est la creation des 6ow?ie6' hypotheses. » Celles-ci ne sont, en effet, que des consequences pre- maturement obtenues, formulees avant le temps ou elles se manifestent aux esprits ordinaires. N'essayons ni d'in- spirer ni d'expliquer ces propheties du genie; mais, lors- (1) II. Martin, /oc. cit., p. 108. On avait dit deja : « Les bonnes hypotheses seront toujours les ou- « \rages des plus grands homines. » Article Hypothese de VEmyclo- ; Ellc est vraie encore, si rori pent prouver que toule autre supposition est en desaccord avec les faits. Demonstration directe ou positwe dans le premier cas; indirecte seulement et negative dans le second, c'est-a- (lire, par tioie d'exckision^ ou, seloii I'exprcssion tech- nique, par syllogisme disjonctif : demonstration dont la methoiie imr reduction a I'absurde^ siusitee en geome- trie, n'est qu'une forme parlicuiiore. Voila done deux modes de verification eaalement auto- Et si main tenant on demande de quel peuvcnt je repondrai en rappelant ce qu'ils sont des a present dans les sciences ou nous clierchons toujours, ou nous trou- vons si souventles modeles de la notrc. Comment le arand concevant , api ^ uppositions erro nees hypothese de rellipticite des orbites plane ifiee taires , I'a-t-il prcsque aussitot ve douie, eterigee en une loi gcnerale, la sec( qui portent son glorieux nom ? Par la conc^ metriquement demontree, des faits avec cf i mode direct de demonstration. N'est-cepas d c geo- poi ode indirect que recourait, en 1838, M. Arago (2), r trancher (S), fondamentale apres deux siccles de debats, la qucs de I'optique , pour prononeer entr ■* % t I I M t f I * -^v ^ > '^ -t' ■^■-fl r r ^ *■ f t ^'■■M lillO PP.OLEGOME^ES, LIV. II, CHAP, Yll Ne^^^ iseinble par eojinue de rune, Tautre devait elre demontree, el I'a f . f Pl Travauxjiisrcmeiil; admires, apres lesquels tc ation serait siiperflue. Oii Irouver enseigiie pai exemples ce qii'on peul appeler I'art d ureparl'hypolliese? s ^ r ^.i^t r « "<;! f m > I t it MV llf. ^- deux :S dont nous t) ■der : mecoriiiailre les analogies : les exagerer. C f^ dir Histoire naturelle, et plus dii troisieme embrancheinent dans les sciences ce qu'elle dan sciences du second? Sans doute, la certitude physique etant de meme, dans les unes et dans les autres, le seul teraie de nos efforts (2), les preuves y seront de nieme nature, en tant que toujours reductibles, en derniere ana- lyse, a la simple constatation d'une concordance entre les conceptions de notre esprit e( les rcsultats de I'observa- tion. Mais, au grand desavantage de notre science, les dif- ferences I'emportent bientot sur les analogies. A moins ( enferme dans le cercle des faits ou des (1) Voyez les beaux Memoires de M. Foucault et de MM. Fizeau et L. Breguet, dans les Comptes rendus de I' Acad, des sciences, t. XXX, 1850, p. 551 etp. 562 et771. (2) Voyez le Chap. V. ■h'V -■» "^ti^rtl^^HWM^ '- VERIFICATION DH^ECTE . kill lions les plus simples, il est rare que Ic natiiraliste piiisse appeler a son aide, comme Ic cliimiste, une experience surement et promptemcnt decisive (1) ; plus rare encore, qu'il lui soit donne, comme a rastronome, de recourir a la geometric, on, comme an physicien, de faire inter- fois I'expei palemcnt d par Histoirc , se re- 2), cond des difficultes plus grandes. II est clair que, ponr toute hypotl obser ordinaire, et non expcrimentalc, est scule ou presque senle appclee a pi / ification se resout en une r moins longne de verifi pouvant n'etre que pen significativ d'une arande b et telles que nul esprit droit ne saurait a la fm refuser son adhesion. C' encore le faisceau qui, solidemcnt lie, resistc; brii brin, le moindre effort I'eut ploye ou brise. verifie pas autrement une hypotb t- demontre une induction 1 (1) Davy, par exemple, apresson experience fondamentale de 1807, est a peine conduit a supposer analogiquemenl, dans tons les alcalis I ' ■ ' ' et dans les terres, des metaux inconnus, qull en obtient plusieurs Ji I'aide de la pile. Les decouverles du calcium, du baryum et du stron- tium sont presque de meme date que celle du potassium. Le natural iste se ferait illusion, s'il pretendait jamais obtenir aussi rapidement d'aussi grands resultats. Mais assurement la plus funeste des illusions serait celle qui lui ferait croire a I'impossibilite d'imiter, meme de loin, de tels exemples- (2) Yoyez les Chap. IV et V. 1. 28. n I .! ^ » / / f « I ^ h ■ ,^.w- .. V'. Ai,..- , ■■- ■-: .' T^ - IP ^t I M I ( k i^ \} m *\ t W I 1; f im PROLEGOMENKS, LIV. II, CHAP. VII 1 pas aiiisiPN'avoiis-iiGiis pas vii que les bonnes faits dont elles du logiquenieiit deri :) Et / • iproqu inductions ne sont-elles pas de simples hyp , tres vraisemblables des I'origine nombre ou de 1 'importance des fait en raison du induit? Line hypothese, c'est done une indue liypothese prudenle induction On devra se defier de I'une, on pourra se confier fond, les demon ordre. seulenifin de difficultes pi plus fa j_ L lY. 1 se resignerait bien difficilement a s'engagerdar presque infmie de verifications de detail: a en e endre doit ( pour chaque hypothese , autant qu'elle 'e de resultats partiels. Marche lente, penible, au terme de iaquellc on apprendrait enfm si de conquerir une verite, on si Ton n'a fait que poursuiv bien compi heureusement de ombres perspectives. S'il est vrai que toute suppo f ra nchi deto :eur aussi bien qu ;i la verite , plus souvent, le seuil a peine e Tune , nous orienter vers V I'autre, clioisir notre route , et ecarter , sinon toutes les chances deiavorables , du moins, et c'est Fessentiel, ^ f - I»".l I'f w ^^ , , 1 pittnn '"J *• vr iM3», dont parlbis meme nous admirons la grandeur ; tre meme vraies en partie ; mais comment le si elles ne sont nas discutables? Sachons done 1 pent T (1) Historiarum mundt lib, II, ii V * C m 1 / s % i if if + F \f ^ ^ i I i / 1 t ! ( *\ II I I. ^ I I t lilid PKOLEGOMENES, LIV. II, CHAl*. Ml ^- passer outre, en rcservant les droits de Favenir ; et con- tentons-noiis de chercherla verite, plus humble peut-etre et moins sediiisante, oii elle nous est accessible. Apres V elimination dcs unes, vientla prise en conside- ration, Vessai des autres^ etd'abord, des plus simples comme etant les plus vraisemblablcs (i). Les essayer , c'est substituer a ce qu'on peut appeler le mode normal de verification, im mode abrege et, aussi prompt que possible ; sorte de jugement sommaire apres lequel viendra, s'il v a lieu , le jugement definitif. Les epreiives, les moyens d'essai varieront necessai- rement , plus ou moins nombreux, plus ou moins surs, selon la nature des hypotheses : mais le premier, le plus if, sera presque toujours la verification de I'hypo ! par ses consequences necessaires . croutons, sans nous arreter a les verifier oar I'obser pi hypothese Ions juger. II arrivera souvent, trop souvent, qu'une ou plusieurs d'cntre elles viendront rencontrer et contredire des faits dcja constates, des propositions depdemontrees; d'ou, les contradictoires ne pouvant subsister en merne, temps, la faussetc de ces consequences, par suite, celle (le riiypotliese elle-meme. ^n voit qu'ici le jugement sommaire est definitif. Si, au contraire, les consequences , si loin qu'on let b (1) Sur les plus memorables exemples que Ton puisse citer a cet egard, ceux qu'ont donnes les iainiortels reformateurs de rastronomie, connaissances, 1851, t. I, p. 6 et 81. /■' ^ ^« »k *» IXfk VEUIIICATION DlRt:CTE /|/i5 ait siiivies, concordent avec ce qu'on savait d'ailleurs, ^ il y aura lieu de continiier la verification sommaire, c'est- J ^ a-dire de procckler a uoe seconde epreuve, a peu pros comme on fait passer par un second crible le grain qu'on vent epurcr. , - On ppurra, le plus souvent, faire sortir cette seconde . epreuve de Fexamen, fait au point de vue de I'hypothese, de ce qu'on peut appeler en general ies fails d' exception ; I faits con/re lacoiitiime, dirons-nous avec Montaigne (1), mais selon la naiurej, et par consequent , pour qui Ies comprend bien , reductibles aux lois communes. Mais la reduction est i<3i 3ilc, et par la meme, s'il est une hypothese qui nous y fasse parvenir, le succes devient w tres significatif en safaveur. En science aussi, Ies preuves no se comptent pas , elles se pesent; et un fait teratolo- eiquc ramene a sa loi, un groupe anomal ou aberrant. monadiq / rappoi dans X distribution geogi raiiachee a sa (^n d'une famille heureusement peut valoir une longue suite de resullats obtenus sur lui terrain plus facile. II y a des foils si simples qu'ils se pretent pour ainsi dire a toutes r Ies hypotheses ; il en est de si difficiles a penetrer , que la vrrite semble en avoir le poll voir (3). m t- (i) Essais, liv. II, chap. xxx. (2) Novum organum, lib. II, § xxvlil. (3) AjDres Ies travaux teratologiques de mon pere, de Meckel, de M. Serres, de leurs disciples, esl-il besoin d'ajouter que Ies faits d'ex~. ^ cept/ion lie ionvuisseni pas seiilement a la nielhode un moyeii precieux de verification? lis sent souveut aiissi , et non moins utilenieot, le point de depart de nouvelles inductions. C'est pourquoi, coiniTieje f4 i( ( * . V l=-mZM.^T^ ^^ Jw~a-~V-~k'7~ E -3 ^ ^ - r ^ - ri ■-L '■.-:": -V ■','-.,. t^*^'. '■ . -. '..I. -.-.. s-"- ■^ Hi 1 + 1 I f I h /i 6 PIIOLEGUMEAES, LIV. II, CHAP. Vil Pourtaiit no nous v ompons pas. Mei epreiives, et apres celles qu'on pou ordre de questions, la verite ne nous est pa s plet Le jugement sommair n est jamais definitif que lorsqu'il condamne. S'il est favorable, il reste a le confirmer par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, les memes maintenant qu'a I'egard de r induction proprement dite (1 dev probable qu'elle, I'liypothese ne s'en distinguera plus que par son origine. Ce sera, pour ainsi dire, une autre forme de I'induction ; I'induction legitimee, au lieu de I'induction primitivement legitime. I I I 4\ m i # li , 1 V. y ^ ' Pour parvenir, par le mode direct, a la demonstration de I'hypothese i;raie , il n'est pas necessaire de savoir ■- r me suis cru fonde a le dire des 1832 : « la teratologie , dans les mille )' et mille feits qui lui appartiennent , embrassant toutes les condi- » lions de Uorganisation chez tons les etres, il n'est aucun fait ge- » neral , aucune loi anatomique ou physiologique qu'elle iie puisse » eclairerd'unevivelumiere, eta laquelleellene donne ou une intir- " mation ou une confirmation positive. » {Preface de YHistoire naturelle generale des anomalies, p. xij.) Proposition a plus forte raison vraie, faits fails Je ne vols d'aiUeurs pas que I'etude des faits d'exception, consideree comme moyen de decouverte, puisse etre elevee au rang d'une methode distincte, ayant ses procedes et ses regies propres. De Ik le silence que j'ai garde dans le chapitre precedent, sur ce qu'on a nommeen general la Methode des residus. VoyezWHEWELL, The philosophy of the inductive sciences, iW, t. II, p. /i99, et H. Martin, he. cit. , 1. 1, p. 67. (1) Voyez le Chap. V. I I I t I I i 1 < r i ^ - f'" m !H .E-' ^ \ --^ Ft i«iniMmi>eWMNauw «-> ■TP" ■-. VEUIFICATION INDIRECTE . /ii7 ; combien d'hypotheses faiisses se troiivent par die eli- minees. La solution obteniie , il ne rcsto plus qu'a rejeler en bloc tout ce qui lui est contradictoire. Tout auplus, dans quelques cas particuliers , pourrait-on juger utile de fortifier la preuve, deja acquise, par des contre- epreuves negatives. * . 11 en est tout autrement de la demonstration indirecte. Le denombreuient des liypotheses que Ton pent foi s ne question , est ici la condition premiers de sa solution : une option negative ou pai moms ete ivement examinees, iugees condamnee pour une multitude de questions, I'impossibilite recourir au mode indir compan qu'une methode particuliere a cotede lamethode e, alaquelle, dans certains cas, elle vient en aide, d'autres se substitue. utre, la methode la moins generalement applicable i la moins rationnelle. Par la demonstration directe. comme Comment leur connaissance rapports, paries causes (1 accessible a la me'lhode par verification indirecte ? Procedant par sion successive de toutes les hypotheses erronees, ne pent que degager a la fm les resultats cherche r les rattacher a leur principe , sans les expliquer. pas faux; c'est la son der- r I (1) « Vers scire esse per camas scire. » Bacon, Nov. organ. ^ lib. Jl, aphor. 2, , i i L- J i *m :■ :. / I *= 'r r TABLE DES MATIERES. 453 CHAPITRE in. — De la classification des connaissances humaines d'APRES la DIVERSITE DES BUTS OU ELLES TENDENT 195 I, Double but des connaissances humaines. Sciences theoriques OU speculalives. Sciences appliqu^es ou pratiques 195 IL La classification ne peut ^tre fondi^e sur la diversitc des buts OU tendentnos connaissances. Classifications de MM. d'Oma- lius d Halloy et Gerdy 199 CHAPITRE IV. — De la classification des connaissances humaines d'APRES la DIVERSITE DES SOURCES ET DES METHODES DONT ELLES DERI- VENT 203 I. Diversite des sources d'ou emanent nos connaissances. Obser- vation, experience et temoignage; raisonnement et calcul. Faits et theories 203 II. Sciences rationnelles. Sciences dites d'observation et d'expd- rience '^^^ III, Classification de Bacon. Classification de D'Alembert et de Diderot 211 IV. Classification de De Candolle 217 CHAPITRE V. — De la classification des connaissances humaines d'aPRES la DIVERSITE DES OBJETS QU'eLLES CONSIDERENT 221 I. Conception encyclopedique de Descartes; sa determination de Tordre hierarchique ou de la serie des connaissances hu- maines 221 II. Classifications mathesiologiques plus ou moins conformesa la s^rie de Descartes. Classifications de M. Auguste Comte et d' Ampere 226 III. Concordance de ces diverses conceptions, et particulierement de celle de Descartes, avec I'ordre logique et avec Tordrc historiquede revolution des diverses branches des connais- sances humaines 230 F CHAPITRE VI. — De la classification objective et parallelique DES sciences, et DU RANG DE l'HISTOIRE NATURELLE DANS LA SERIE DES connaissances humaines - 23r) I. Etat de la question aprfes Descartes 235 II. Division objective des sciences. Sciences mathematiques. Sciences physiques. Sciences biologiques. Sciences humani- taires ou sociales. Philosophic ou sciences philosophiques. . 238 III. Concordances diverses 24o IV. Verification par Tetude comparative des travaux modernes. . . 247 V. Subdivision de chacun des groupes primaires. Sciences theori- ques. Sciences appliqu^es ou pratiques. Expression de leurs doubles rapports a Faide de la classification paralle- lique 255 VL Resume. Rang des sciences naturelles dans la serie generate des connaissances humaines 263 / V\r \ f ■ »* f >. m - ^-^^ i^i >-- I t » I r I k^ *ll ri t-.. ^ if k (iV ^ 41 ill ll^ll TABLE DES MATIERES. LIVRE 11. — Dk la mkthode DA^'s son application aux sciences naturelles. m Introduction -. 267 CHAPITRE I. : — De la methods, dans son application aux sciences naturelles 269 r I. Considerations preliminaires 269 II. Rapports necessaires entre revolution des sciences naturelles et celle des sciences physiques 271 III. Consequences relatives au perfectionnement de lamethodeen Histoire naturelle 273 IV. Etat present de la question 277 CHAPITRE II. — Des trois ecoles principales en histoire naturelle, EX de leurs vdes sur la methode 28 1 I. Parallele des trois methodes et des trois ccoles 281 II. Vues de Cuvier dans sa jeuoesse 283 III. Expose des vues definitives de Cuvier et de son ^cole sur I'ensemble de la science et sur la methode 287 IV. Caractere et influence de la Philosophie allemande de la na- ture. Accueil fait en France aux travaux des Philosophes de la nature 293 V. Expose des vues de Schelling etde son ecole 302 VI. Sources de fesprit nouveau de la science. Ecole philosophi- quefran^aise 310 VIL Expose des vues de Geoffroy Saint-Hilaire et de son ^cole. . 316 VIII. Refutation des objections de Cuvier 325 IX. Resume 332 CHAPITRE III. — Du perfectionnement de la jiethode, et des pro- gres que doit faire l'histoire naturelle, a l'exemple et avec le secours des sciences antehieures 337 I. Direction que doivent suivrc les sciences naturelles. Rapports entre leur methode et celle des sciences antcrieures 337 II. Progres qu'ellcs doivent accomplir, caracteres qu'ciles doivent rev^tir, a fexemple et avec le secours de celles-ci. 340 III. Simplification possible du probleme 348 CHAPITRE IV. — Des difficultes, du caractere et de la valeur DE L'ORSERVATION DANS LES SCIENCES NATURELLES 351 I. Immensite et difficultes de la science 351 11. Causes d'erreur dans i'observation 355 III, Valeur difT^rente de fobservation dans les sciences physiques et dans les sciences naturelles. Observation lypigue. Obser- vation seulement individiielle. Necessite de Tintervention du raisonnement, non seulement pour saisir les lois des faits biologiqucSj mais m6me pour obtenir et etablir ces faits. . 359 r CHAPITRE V. — Des difficultes, du caractere et de la valeur DU RAISONNEMENT DANS LES SCIENCES NATURELLES. 367 1 lHJ|tTn]Bl^fr^r^1\^>Mtf«lfcllH^ i>-^ >.r: L- r. ♦ i V TABLE DES MATIERES. /l55 L Caract^re et valeur de rinduction. Induction demonstrative. Induction inventive ; 3G7 II. Caractere el difficultes du raisonneinent dans les sciences naturelles. Premiere source de difficultes : necessite d'aller du particulier au g^n^ral 371 III. Seconde source de difficultes : necessite de proceder, dansun ires grand nombre de cas, du compost au simple 374 IV. Verification, par I'observation, des resultats induits 378 V. La certitude pent etre obtenue par Temploi combine del'ob- servation et du raisonnement, et par la consideration des rapports necessaires 382 VI. EUe pent Tetre memc, dans certains cas,par voie analogique. 386 VIL Le criterium de la certitude est dans la concordance des re- sultats obtenus par des voies diverses, et surtout dans la verification experimentale des consequences d^duites 392 CHAPITRE VL — Des principales methodes de decouverte et de DEMONSTRATION EN HISTOIRE NATURELLE 397 I. Decomposition de la metbode generale des sciences biologiqucs en metbodes partielles 397 II. Methode synthetique par division 401 HI, Methode par ordination seriate, on, par abreviation. Melhode seriale. 406 IV. Methode par coordination paralieiique, on, par abreviation, Melhode paralieiique • 416 V. Emploi de la Methode paralieiique pour Texpression des rap- ports naturels des fitres. Classification par series paralleles ou classification paralieiique 422 VI. Emploi de la Methode paralieiique consideree comme methode inventive 429 I CHAPITRE VII. —Des HYPOTHESES et de leur roee utile en iustoire NATURELLE • 433 I. Role Utile des hypotheses dans les sciences. Point de vue au- * quel elles doivent ^trc considerees en Histoire nalurelle. • , 433 II. Methodes de verification - 437 III. Verification directe ou positive. 440 IV. Simplification possible de la verification directe. Elimination des hypotheses non scicntifiques; essai prealable des hypo- theses vraisemblables. verification par les consequences necessaires ; verification par les faits d'exception. ........ 442 V. verification indirecte ou negative 446 Table des matieres, 4 Si * VIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLI'MK. } \ \ y^ ^ '< w \ ' . MWM*' ** -m If ^ ♦ « p *^ f # r I *if^ « > ' ^ • ERRATA -rf ii PAGES . LIGNES MOTS A EFFACER, ;105 110 114 152 152 186 249 347 27 25 21 28 29 36 5 17 Jt [ ^4 ' Quarante L'a de beaucoup devance dans la science. Importants • • • Babenhausen Dans la premiere partie^ du xix^ siecle. . r Plus generalement. Avait Serail. . MOTS A SUBSTITUER; Vingt. L'y a de beaucoup devance Imposants. Bebenhausen. A Stuttgart, en 1844. • » Serial ■ '* - *y m ¥. • » f %-■ :::*>-■ -i*A^- Fr L * / \ r _ b , ^ - H .-^ / X ' i#iwn rV -*^ -- j:-- j;^ Y ^ \ / \ f / \ \ I X \ ■i c \ f \ I \ \ / \ \ / / / I \ \ - - \ \ N V N / I i V \ I N I ^ ^ ^ \ / \ V / y i / / s / t / i !■ \ \ / / \ \ 'H -^'*r- » Ik m > «« , ,,,^-*^'r: . > ; % ^^^■/^ t i^ rmt if LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON. HEBDOM. BikllUl SE ZOXDECnffE ET DE CHI- R1TBGZE. Ce journal, dont la direction est confiee au docteur Urchambre, parait le vondredi de chaque semaine , a partir du 7 tobre 1853. — Chaque numero comprand 32 colonnes in-4, L'abonnement part du 1" de chaque mois. oc- Prix: Un an, 24 fr. 6 mois, 13 fc. — 3 mois, 7 fr. BLANCHARD (Emile). ORGAI^ISATIOBT Utt REGNE AlfflBCAI. publiee par livraisoris grand la-4°, contenant chacune deux planches magn.fiquement gravees et une feuille et demie de texte. Prix de chaque livraison. ..,...., -^ . DELAUNAY. 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